~ Chapitre 1 : Le commencement ~
Il serait stupide de faire une énumération exhaustive des évènements ayant encouru l'histoire des pays élémentaires, qui n'est que guerres et conflits.
Les jinchuurikis, réceptacles d'entités étranges et démoniaques, sont probablement la cause de ce chaos. Leur pouvoir, immense et incommensurable ont depuis des lustres attisé l'avidité des plus grands. Le savoir commun énonce que leur origine provient de la division de la bête mythique que fut le Juubi, le monstre aux dix queues par l'intervention légendaire sennin des six chemins qui dissocia l'abomination en neuf êtres de pure énergie.
Toutefois, la dernière guerre n'a pas été la plus connue et la plus sanglante en raison de l'éclatement de ces mêmes pays, ni des titanesques changements qui en sont ressortis, car c'est au cœur du problème qu'il faut chercher la réponse. Un individu, inconnu jusque là et dont la naissance ou la conception se perd dans la nuit des temps a marqué son époque, tant par ses attributs, que par sa présence, et qui par la même occasion a modifié à jamais le cours de nos existences. Sa nomination ?
Kurama...
Naruto, tu es sous mon emprise.
Cette phrase restera gravée en moi aussi clairement que la manière dont j'entends au quotidien le claquement de la vaisselle cassée sur mes mains écorchées. Cette phrase seule a changé tout le cours de ma vie durant.
Et encore une fois, mon crayon se casse et étrangement, je ne cherche pas à récupérer la mine ayant roulé sous la table. Je demeure figée face au parchemin coûteux que j'ai une fois de plus gâché de mes ratures maladroites, pour une tâche que je considère sans doute des plus vaines. Tsunade m'a toujours encouragé à écrire cette histoire, mais néanmoins, je ne sais pas si j'en suis capable après coups, car je réalise que mon œuvre n'est que la synthèse de l'amertume et de la rancœur qui sont imprégnées dans mon âme et que je pensais à jamais éteintes. Je croyais pourtant avoir oublié tous les soucis du passé, mais lorsque je repasse mes doigts brunis sur la fibre du papier, mes pleurs de petite fille resurgissent pleinement de l'encre appliquée sur cette matière impitoyable. Je suspecte les mots eux-mêmes que je forme de n'être que mes croûtes s'ouvrant de mes anciennes blessures renfermées.
À vrai dire, si ce n'était pour Kakashi et Tsunade qui avaient été si enthousiastes à ce que j'écrive l'histoire des pays élémentaires et qui sont parmi les derniers proches qui me restent, j'aurai certainement laissé tomber cette entreprise depuis belle lurette. Toutefois, à chaque fois que je m'écarte du bureau où je m'apitoie sans cesse sur mon sort, une force irrésistible me rappelle à mon devoir. Fait étrange n'est-ce pas ? Comme si ce simple exercice pourrait cicatriser mes plaies intérieures et aiderait le temps à passer. Néanmoins, je constate que ce n'est que très inexacte, car à chaque fois que le bout de mon crayon touche la feuille, je me remémore au combien chaque évènement de ma vie est teinté de solitude et de regrets.
Alors je recommence encore et encore et trouve toujours que mes propres récits ne sont pas l'histoire de mon pays mais plutôt mes premiers pas au monde. Je ne sais pas non plus à qui dédier mon œuvre. Ma vie a toujours été remplie de secrets, qui sont dangereux, même actuellement, de faire partager. Pourquoi dois-je donc absolument écrire ceci en sachant pertinemment que tous ces mots ne sont destinés qu'à devenir brasier ? Une autre question qui demeure sans réponse.
Mes souvenirs remontent aussi loin que je puisse me souvenir à mes quatre ans. Avant cela, il n'y a que le vide, un vide incommensurable que je tente de percer mais qui reste, même à présent, toujours impénétrable, et qui me hante perpétuellement. Cependant de ce jour, je me rappelle distinctement, car il est rempli de détails qui me submergent tant, tant que je me demande parfois s'ils m'appartiennent réellement. Est-ce donc l'influence du démon renard scellé en moi qui en est responsable ? Je l'ignore. Ceci est probable, même tout à fait possible, mais que je n'espère pas être le cas, car cela reviendrait à me poser d'autres questions bien plus dérangeantes encore.
Mes réminiscences me paraissent tellement réelles qu'elles sont presque physiques par leur intensité. L'effroi de la pluie s'incrustant dans ma cape élimée et mon petit corps meurtri au cour de cette longue marche effrénée, mes cheveux humides d'où gouttent les larmes de l'averse me tombant sur le nez, ainsi que la main rugueuse et calleuse qui m'attire continuellement vers un futur abri qui bien sera mien. Je me souviens que je me débattais sous sa poigne mordante. Celle-ci était rêche, ferme mais d'une certaine façon chaude, grande - et réconfortante. L'homme en lui-même n'avait rien de particulier, mise à part que son bonnet lui camouflait complètement ses cheveux et qu'il était recouvert d'un masque qui lui cachait intégralement sa figure ne laissant que son œil gauche. À son accoutrement, je suppose que ce n'était qu'un jounin du village.
Un vulgaire soldat.
« Dépêche, ils nous attendent... », énonça d'une voix grave l'homme sans me laisser aller pour autant. Sa main gantée était aussi implacable que les effluves qui ressortaient des tuiles des maisons et des bouches à égouts. Je glissais souvent sur les dalles au sol, mais cette main me rattrapait toujours pour me restreindre à continuer ma course. Les passants nous observaient étrangement du coin de l'œil, comme s'ils n'osaient pas poser leur regard sur moi. Sur la route pluvieuse et les murmures nous environnant teintaient mes oreilles en permanence. Et tous avait la même phrase en commun :
L'engeance du démon...
À chaque fois que je l'entendais, l'homme qui m'accompagnait paraissait se renfrogner au fait qu'il réajustait son bandeau frontal, et me pressait l'allure d'avantage. J'étais persuadée à l'époque qu'il voulait terminer rapidement sa besogne, mais je demande actuellement s'il n'avait pas tout petit peu d'empathie pour moi. Je n'ai jamais connu son identité même si j'ai des doutes - et je ne désire pas la connaitre car il était l'un de ceux qui m'ayant abandonné à mon destin.
Nous arrivâmes alors devant une immense bâtisse dont les fenêtres barrées ne me disaient rien qui vaille. Nous y entrâmes après que l'homme vérifia l'adresse avec un bout de papier enfouie dans sa poche qu'il ressortit à l'occasion, et devant lequel il acquiesça sereinement. J'étais terrifiée en voyant les portails de la bâtisse se refermaient sur nos pas. Une vieille dame bossue avec une canne racornie nous attendait depuis le vestibule. Elle ne paraissait guère accueillante avec ses rides qui se plissaient encore plus par ses sourcils froncées et son air désabusé.
« Est-ce elle ? », l'entendis-je cahoter, craquetante.
L'homme acquiesça encore et la vielle peau ronchonna.
« Je ne vois pas pourquoi le Sandaime m'oblige à l'héberger ici ! Qu'elle aille... » Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase car l'homme qui était définitivement énervé la prit par le col de sa chemise à carreau et l'attira vers son lui pour qu'elle contempla en face son seul œil découvert. Il lui souffla d'une voix sèche qui me fit ciller si bien par la dureté du ton, que par la signification des mots eux-seuls.
« L'ordre du Hokage est sans appel ! Tu y complais, ou je m'assurerai moi-même de t'enterrer vive... » Il la relâcha en la propulsant au sol, les quatre fers en l'air et sa canne retomba à quelque centimètres de mon emplacement, duquel je fis un petit bond terrifiée pour m'écarter. La matriarche cracha par terre et se releva tant bien que mal.
« J'ai compris... », rétorqua-t-elle soumise cette fois, en s'inclinant humblement. L'homme la fixa pendant un moment et referma son œil.
« Soit, » somma-t-il alors. La femme vint alors à moi puis me saisit le bras durement avant de m'emmener vers l'un des escaliers menant à ma future chambre. Je retournais ma tête pour observer mon ancien protecteur, qui les bras croisés, sembla pousser un léger soupir, et rebroussa chemin alors que j'entamai la première marche vers mon futur cachot.
Je crois que si je me souviens si bien de ce jour, c'est aussi parce qu'il symbolise le commencement de mon calvaire, et l'épanchement de mes pleurs.
A/N: Un chapitre court, mais qui je crois en a surpris plus d'un.
