Disclamer : Naruto ne m'appartiens pas et est la propriété de Masahi Kishimoto.
Genre : one-shot parallèle à ma fic « Et grandir… »
Rating : T (pour les gros mots)
One-Shot : Shun Uzumaki
Dans un coin isolé du Pays du riz, une jeune femme d'une vingtaine d'année rajusta les nœuds du tissu qui maintenait son enfant sur son dos. Elle passa une main sur son front en sueur, soulevant sa franche pour profiter de la brise rafraichissante. Non loin d'elle, l'homme qui était désormais son mari avait fini de boucler leur sac, qu'il était occupé à fixer solidement à lui. Sans un mot, ils reprirent la route vers ce qui leur paraissait être une trace de civilisation, au loin. La première qu'ils rencontraient depuis bien longtemps. Du haut de leurs dix-neuf ans, ils se sentaient comme s'ils avaient déjà vécu plusieurs siècles.
oOo
Naruto et Hinata venaient d'arriver dans un petit bourg malfamé. Epuisés, ils avaient voyagé au pas de course durant les dernières semaines afin d'échapper aux chasseurs de déserteurs qui leur avaient à nouveau mis la main dessus. Ils avaient fini par leur échapper quelques jours plus tôt, mais étaient encore sous le choc du danger qui les avait menacés de près. De plus, ils avaient fini par se perdre à force de courir dans tous les sens, et ils étaient tombés sur le minuscule village d'Okimono au détour d'une colline.
Paumés, découragés, ils tombèrent plus qu'ils ne s'assirent sur le seul banc public qu'ils croisèrent. C'était la première fois depuis de trop nombreux jours qu'ils pouvaient se permettre de se reposer. Alors que Naruto soupirait longuement, frottant douloureusement ses yeux encrassés, Hinata relâcha sa prise sur l'enfant qu'elle tenait dans ses bras et la laissa se dégourdir les jambes.
Hagane avait tout juste un an, mais elle possédait déjà une énergie à lui donner la migraine. La petite fille avait été particulièrement difficile à supporter durant leur fuite, se rebiffant ouvertement face aux restrictions qui lui avaient été imposées. Honnêtement, jamais Hinata n'avait imaginé que ce serait aussi dur de vivre avec leur fille en voyageant constamment. Elle était très jeune mais savait déjà marcher – leur mode de vie mouvementé l'y avait forcée – alors qu'elle balbutiait à peine quelques mots.
Au début, la liberté avait plût à Hinata. Elle avait découvert une indépendance sans limite et s'en était abreuvée jusqu'à presque s'y noyer, elle qui avait toujours vécu entre les barreaux de la demeure Hyuuga. Mais cela faisait trois ans que ça durait, et le goût de la nouveauté avait fini par faner. À présent, elle ne désirait plus qu'une chose, une seule. Trouver un endroit où sa famille serait en sécurité, et où elle n'aurait plus à trembler chaque seconde pour la vie de sa fille. Elle n'en avait pas encore parlé à son compagnon, mais elle avait sentit au cours des dernières semaines que lui aussi commençait à en avoir assez.
Naruto passa une main lasse dans ses cheveux. Ils étaient sales. Il était sale.
- Trouvons-nous une auberge, murmura-t-il à Hinata, la gorge sèche et la voix rauque. Nous avons besoin de nous reposer quelques temps.
Sa femme acquiesça et il la regarda se lever précautionneusement, comme si tout son corps la faisait souffrir. Bon sang, elle avait l'air d'avoir vieillit de dix ans, et la poussière grise dans ses cheveux n'arrangeait rien. Il ne devait guère être plus reluisant, cela dit. La devançant, il prit leur fille dans ses bras à sa place pour la soulager, malgré son lourd sac à dos qui contenait toutes leurs affaires. Hagane était sûrement la chose dont il était le plus fier au monde, songea-t-il avec tendresse. Même si elle était un peu fatigante, parfois...
Ils se dirigèrent alors vers ce qui semblait être une taverne. Elle était miteuse et paraissait sur le point de s'écrouler mais, de l'humble avis d'Hinata, ils pouvaient s'estimer heureux qu'il y en ait une dans un village aussi isolé que celui-ci. Lorsqu'ils entrèrent, ils se firent aussitôt dévisagés par les occupants, ce qui était compréhensible car on ne devait probablement pas croiser souvent de nouveaux visages, dans le coin. Hinata tiqua légèrement en avisant les crachats gluants qui jonchaient le sol ainsi que les femmes décharnées et presque entièrement dénudées, mais elle ne se permit aucun commentaire. De son côté, Naruto resserra prudemment sa prise sur sa fille lorsqu'il remarqua que l'attention générale se focalisait de plus en plus sur elle. À moins que ce ne fut sur son sac à dos.
Ils approchèrent du comptoir, où un homme solidement bâti et aux traits busqués essuyait quelques verres avec un chiffon pas vraiment propre. Il dévisagea Naruto avec l'air de le jauger, examina rapidement Hinata de haut en bas, hochant cordialement la tête à son intention, avant d'arrêter son regard sur Hagane. La petite lui adressa un sourire radieux, comme elle le faisait à chaque inconnu qui avait le malheur de croiser son regard. Le tavernier renifla d'un air dubitatif, puis reporta son attention sur les deux adultes en leur adressant la parole d'un ton brusque :
- J'vous souhaite la bienvenue, étrangers. Qu'est-ce que j'peux faire pour vous ?
- Une chambre pour nous trois, pour quelques jours, répondit Naruto. Nous souhaitons nous remettre d'un voyage éreintant, et nous laver si c'est possible.
- Par ici tout le monde va chercher son eau à la rivière, grogna l'homme. Et les gens d'passage vont directement dedans s'ils veulent pas puer le bouc.
Ses yeux passèrent brièvement sur Hagane, dont le sourire était sur le point de faire le tour de sa tête.
- Mais j'vous ferais monter une bassine pour la gamine, bougonna-t-il. Vous réglez tout maintenant, repas compris.
Naruto ne se fit pas prier, ayant l'habitude des tenanciers suspicieux, et passa la petite fille à Hinata pour payer la somme demandée, qui n'était pas aussi astronomique qu'il l'avait craint. La jeune femme huma discrètement l'odeur de son enfant, une de ses rares sources de réconfort quand les choses tournaient aussi mal qu'elles l'avaient été ces dernier temps.
La chambre était minuscule, Hagane devrait dormir dans le même lit qu'eux – alors qu'il contenait déjà difficilement deux personnes adultes. Mais la pièce était propre et assez bien protégée de l'étouffante chaleur extérieure. Et c'était bien tout ce qu'ils demandaient.
oOo
Quatre jours après, Hinata se sentait déjà revivre. Elle se sentait propre, enfin reposée, et avait le ventre plein. Elle se baignait actuellement avec Hagane dans la rivière à proximité du village, pendant que Naruto montait la garde un peu plus loin. Car la vigilance était toujours de mise, les chasseurs de déserteurs surgissaient le plus souvent lorsque l'on s'y attendait le moins.
Hagane riait aux éclats, jouant à éclabousser sa mère le plus possible. Elle paraissait heureuse. Mais Hinata savait que la vie de fugitif ne convenait pas à une enfant. Ils avaient plusieurs fois pensé à la confier à une famille d'accueil, et c'aurait été la solution la plus sensée. Mais la jeune femme avait la chair de poule rien que d'y penser. Elle vivante, personne ne lui prendrait jamais son enfant. D'autant plus qu'elle avait la ferme intention d'en avoir d'autres, et ce n'était pas quelques gêneurs vindicatifs qui allaient l'en empêcher.
Elle en avait parlé à Naruto, durant leur séjour à Okimono, et il était entièrement d'accord avec elle. Il était temps pour eux de trouver un endroit où personne ne les retrouverait jamais, où ils pourraient élever leurs enfants dans la paix la plus totale. Une telle cachette ne serait pas facile à trouver, et la solitude serait le prix de leur tranquillité. Mais ils avaient pris leur décision, et ils s'y tiendraient.
Elle jeta un coup d'œil à Naruto par l'intermédiaire de son byakugan, regrettant qu'il ne puisse pas profiter de cet instant de bonheur avec elles. Encore quelque chose qui lui manquait, dans leur vie de déserteur. Elle songea au départ prévu pour le surlendemain, réalisant qu'il était bien rare qu'ils s'attardent aussi longtemps au même endroit. Preuve encore une fois qu'ils n'en pouvaient plus, ni l'un ni l'autre, de vagabonder au hasard. Ils étaient prêts à s'établir définitivement, c'était évident. Leur décision était la bonne, elle en avait l'intime conviction.
Se sentent particulièrement de bonne humeur, elle se leva, prit sa fille dans ses bras – qui protesta à grands cris de se faire enlever à son jeux – et rejoignit son mari quelques mètres plus loin. Celui-ci les regarda approcher d'un air circonspect, nues comme au jour de leur naissance, mais Hinata ne lui laissa pas le temps de dire quoique ce soit. Elle le prit par la main, lui sourit, et l'entraîna avec elles vers la rivière. Et Naruto, déconcerté, ne put que suivre le mouvement.
De retour sur la berge, la jeune femme reposa Hagane sur le bord sablonneux et, sans autre forme de procès, poussa son compagnon, qui ne s'y attendait pas et tomba à l'eau. Il remonta bien vite à la surface, protestant, s'étouffant et crachant à moitié. Et Hinata souriait :
- Détendons-nous, pour une fois, Naruto-kun, lui dit-elle. Je me charge de la surveillance, ne t'inquiète pas.
Et Naruto rendit les armes. La femme de sa vie était aux anges, sa fille se moquait de lui. Que pouvait-il bien arriver pour tout gâcher ?
La réponse lui fut donnée le soir même.
oOo
Alors qu'ils étaient en train de dîner dans la salle enfumée de l'auberge, la porte branlante s'ouvrit puis se referma sur du vide. Du moins, c'est ce que crurent tous les clients rassemblés dans la pièce alors qu'ils fixaient le phénomène d'un air incrédule. Mais après un instant de flottement, on put s'apercevoir qu'un minuscule petit garçon aux cheveux noirs en était la cause. L'enfant – presque un bébé, il semblait à peine savoir marcher – était affreusement maigre et couvert d'une crasse de plusieurs semaines. L'air hagard, butant contre les chaises et les tables, il se dirigeait tant bien que mal vers le comptoir, d'où provenait l'odeur de la nourriture en train de cuire. Là, il tomba sur les fesses et ne bougea plus.
Ecœurée, Hinata fut incapable d'avaler ne serait-ce qu'une bouchée de plus. Le bébé fixait le tenancier de ses yeux caves, enfoncés dans leurs orbites, sans vraiment le voir. Il ne paraissait même pas complètement conscient. Un silence de plomb s'était installé dans la salle, personne n'osait regarder directement la scène qui se déroulait sous leurs yeux. Même les rires bruyants des serveuses et des ivrognes s'étaient tus. Sans un mot, Naruto couvrit les yeux d'Hagane de sa main.
- Vire-moi ça, Toki ! lança soudainement le tavernier à l'une de ses filles au kimono débraillé. Il a rien à faire ici, qui c'est qui s'en occupe ?
- C'est la vieille Makome, j'crois bien, répondit celle-ci en posant un regard indifférent sur le garçon. Mais maintenant qu'j'y pense, ça fait un moment qu'on l'a pas vu dans l'coin.
Son patron lâcha un grognement exaspéré.
- Bon sang d'dieu, j'avais oublié. Elle pourrait pas s'en occuper correctement, pour une fois ? marmonnait-il dans sa barbe.
Soudain, Naruto se leva – Hinata prit aussitôt la relève pour dissimuler la scène à leur fille – et alla s'accouder au comptoir, juste à côté du garçon hagard que la dénommée Toki n'avait pas l'air si pressée que ça de mettre dehors.
- Qui est ce gosse ? demanda-t-il sans détour.
- On sait pas, répondit l'homme en retournant sans façon à la préparation de sa mixture. C'est une bonne femme qu'a un jour débarqué ici, elle était enceinte jusqu'aux miches et malade comme un chien. Elle nous a pondu son gamin dans mon auberge, sans vouloir nous dire qui était l'père. Elle nous a demandé d'nous en occupé et puis elle est morte, voilà tout.
- Et cette Makome dont vous parlez, c'est la nourrice à qui vous l'avez confié, c'est ça ?
- Ouais. Tout l'monde est pauvre, ici. Personne a d'argent pour une bouche de plus à nourrir. Même moi, j'ai assez à faire en m'occupant de ces bonnes à rien qui pensent plus à aller se faire foutre plutôt qu'à gagner leur croûte. Alors on l'a confié à la vieille, qu'avait plus personne à part elle. Mais elle est sénile depuis un bon bout d'temps, et le gosse a pas mangé tous les jours, si vous voyez c'que j'veux dire.
- Je vois, oui, répondit Naruto en posant des yeux affligés sur le tas d'os à ses pieds.
- Sauf que là c'est pire que d'habitude, ajouta le tavernier comme pour lui-même. C'est vrai qu'on l'a pas vu depuis une chiée d'temps, la vioque. Sûrement qu'elle a fini par crever, tiens.
De sa position, le jeune homme échangea un regard avec sa compagne, toujours assise à leur table. Hinata hocha la tête, sans le quitter des yeux.
- La tambouille que vous avez préparée pour ma fille, il doit vous en rester, non ?
- Ca s'pourrait. Ca dépend si vous m'payez ou pas.
oOo
Ils avaient ramené le « tas de chiffons » dans leur chambre et avaient sacrifié leur réserve d'eau dans la bassine d'Hagane. Le nettoyage dura plus d'une heure, tant l'enfant avait accumulé la saleté. Ni Naruto ni Hinata n'avait l'impression que la nourrice – dont le décès avait été confirmé peu de temps après l'intervention de Naruto auprès du tavernier – ne l'ait lavé très souvent. Un peu ragaillardi par son repas, le petit garçon restait cependant très faible et ils devaient le manipuler avec beaucoup de précautions pour ne pas risquer de le blesser.
Hagane suivait toute la scène sans en perdre une miette et, de son point de vue de petite fille, l'enfant n'était ni plus ni moins qu'un intrus qui accaparait l'attention de ses parents. Aussi s'appliqua-t-elle à piquer une colère impressionnante, comme ses parents en avaient rarement connu jusqu'alors. Tout le long que dura la séance de nettoyage, elle les accompagna de ses hurlement suraigus, ce qui déclencha fatalement les pleurs angoissés du petit garçon, auxquels vinrent s'ajouter les coups sur les murs et les protestations des autres occupants de l'auberge – qui, de toute façon, n'étaient pas occupés à dormir.
Lorsqu'il fut enfin à peu près propre, la bougie qui les éclairait avait entièrement fondu, si bien qu'ils ne purent distinguer à quoi il ressemblait sous sa couche de boue.
- Tant pis, on verra ça demain, murmura Hinata.
Tandis que Naruto s'efforçait de calmer les pleurs d'Hagane, la jeune femme aménagea une place de plus dans leur lit étroit. Leur fille dormirait entre ses parents, et l'autre enfant reposerait sur le bord, sécurisé par les bras de Naruto. Après tout, ils ne s'étaient pas donné tout ce mal pour que l'enfant se fracasse le crâne en tombant du lit.
oOo
Au matin, il faisait toujours sombre dans la salle de l'auberge. Le tavernier n'ouvrait pas ses volets avant midi, par respect pour les gueules de bois de ses clients de la nuit. Il était justement en train de préparer ce qu'on pouvait appeler un petit-déjeuner lorsque que Naruto et Hinata descendirent de leur chambre avec les deux enfants qui s'étaient manifestement déclarés une guerre sans merci. Elle avait passé un yukata propre, bleu ciel, et ça lui donnait presque l'air d'une mère comme les autres, pensa Naruto en la couvant du regard. Débordée, elle se précipita directement dehors, en tenant un enfant dans chaque bras pendant qu'ils essayaient de se tirer les cheveux par-dessus sa tête.
Naruto, quant à lui, entama une nouvelle discussion avec l'aubergiste :
- Vous savez comment il s'appelle, cet enfant ?
- Il a pas d'nom, répondit-il. Sa mère lui en a pas donné avant d'crever. Mais cette cinglé de Makome l'avait appelé Baishun (prostitution) parce qu'on pensait tous que sa mère était une pute qui avait mal tourné. C'est un peu crade mais de toute façon personne s'adresse à lui, alors c'est pas tellement grave.
- Je vois… fit Naruto, un peu dépité. Et cette femme, vous connaissiez son nom ?
- Tsuyu (saison des pluies) ou un truc comme ça. Connaissais pas son nom de famille.
Il allait le remercier pour ces maigres informations lorsqu'Hinata revint brusquement dans la pièce, ouvrant la porte à toute volée. Elle se tint un instant sur le seuil, essoufflée, figée devant le regard surpris des deux hommes. Elle était seule.
- Hinata, ça ne va pas ? s'inquiéta Naruto. Où sont les enfants ? Où est Hagane ?
- L-les ai laissé de-dehors, balbutia la jeune femme, retrouvant instinctivement ses vieilles habitudes dans son affolement. I-ils… ils vont bien m-mais… Oh N-Naruto, viens vite !
Inquiet du comportement étrange de sa femme, il l'accompagna sans hésiter à l'extérieur, suivit de près par l'aubergiste qui avait cédé à sa curiosité. Lorsqu'il fut sorti, le soleil matinal l'aveugla quelques secondes. Les deux enfants étaient là, assis sur le sol poussiéreux, se chamaillant et essayant de se mettre les doigts dans les yeux. Hinata attrapa aussitôt le garçon par les aisselles (Naruto ne pouvait se résoudre à l'appeler par un prénom aussi dégradant) et le lui mit sous le nez, le manipulant avec à peine assez de précaution dans sa précipitation.
Le visage de l'enfant était enfin propre grâce à leur longue séance de nettoyage de la veille, et son regard était plus animé grâce à la nourriture qu'il avait ingérée. Sous le soleil et sans les multiples couches de saleté, Naruto pouvait enfin voir à quoi il ressemblait. Et il comprit aussitôt la raison de la panique d'Hinata. Car le garçon qu'il avait sous les yeux…
… était un Uchiha.
oOo
Cela ne faisait aucun doute, songea Naruto un peu plus tard, lorsqu'il avait réussit à calmer sa compagne et à se remettre lui-même de ses émotions. Certes, les bébés se ressemblaient beaucoup à cet âge-là. Mais la famille des Uchiha possédait des caractéristiques physiques presque aussi reconnaissables que celles des Hyuuga. Et l'enfant ressemblait trop à Sasuke pour que le doute puisse être permis.
- Bon… fit Hinata. Que fait-on, maintenant ?
Elle était assise à ses côtés sous l'ombre d'un saule pleureur, sur la berge de la rivière. Ils avaient préféré s'éloigner des curieux que la scène insolite avait rapidement attirés. Conscients de faire face à un problème de taille, ils contemplaient les deux enfants jouant dans l'eau peu profonde. Ces derniers étaient finalement parvenus à un terrain d'entente et avaient consentis à ne pas tenter de se noyer mutuellement, se contentant de s'arroser le plus méchamment possible. Lourdement appuyé sur le tronc, Naruto soupira. Longuement. Profondément.
- Je ne sais pas, dit-il. Je n'en sais même foutrement rien, si tu veux tout savoir.
- Tâchons de voir les choses d'un point de vue objectif, tempéra-t-elle en se triturant les doigts. Si ce garçon – il s'appelle vraiment Baishun ? – n'était pas un Uchiha… Pardon, s'il ne ressemblait pas à un Uchiha, qu'en aurions-nous fait ?
- Nous l'aurions emmené loin de ce village malfamé et nous l'aurions confié à une famille accueillante, je suppose, répondit-il en haussant les épaules. Mais nous ne pouvons pas nous permettre de faire ça avec lui. Tu imagines ce qui arriverait si le sharingan se perdait dans la nature ?
- Précisément. C'est pourquoi nous ne pouvons pas le laisser se balader parmi les civils. Et si nous le confions à une famille de ninjas quelconque, qui ne serait pas rattachée à un village caché ?
Naruto grimaça.
- Crois-moi, Hinata-chan, se faire traiter comme une simple arme humaine n'a rien d'une vie agréable. Et c'est ce qui se passera, tu le sais aussi bien que moi.
- … C'est vrai.
Silencieusement, ils contemplèrent le désastre miniature qui venait de leur tomber dessus en train de batifoler dans l'eau.
- On pourrait carrément le rendre à Konoha, fit soudain Naruto avec une ironie non dissimulée.
- C'est ça, et pourquoi ne pas le confier à Sasuke Uchiha lui-même, pendant que tu y es ?
Après un instant d'hésitation, ils se regardèrent en chien de faïence.
- Pourquoi pas ? demanda Naruto.
- Surtout que Sakura a déjà un enfant de lui, ils mènent déjà une vie de famille.
Le jeune homme tiqua. Hinata plissa le front.
- Attends un peu… gémit-t-elle. Tu ne crois pas que… ?
Connaissant Sasuke, on pouvait s'attendre à tout, songea amèrement Naruto en laissant échapper un reniflement dédaigneux. Tromper sa femme avec une prostituée malade aurait très bien put faire partie de ses possibilités, comme tant d'autres.
- Ne sautons pas sur les conclusions hâtives, modéra-t-il toutefois. Mais je ne pense pas que cela soit une si bonne idée. Si Sasuke a intentionnellement caché cet enfant à Sakura, il serait bien capable de le faire disparaître avant qu'elle n'apprenne son existence. Et je préfère éviter de faire un aussi long voyage pour aboutir à ce genre de résultat. Et dans la possibilité où Sasuke ne le connait pas…
- … On ne sait pas pour autant comment il va réagir, termina Hinata à sa place. D'autant plus qu'il pourrait très bien avoir trompé Sakura sans savoir qu'il avait mit sa maitresse enceinte.
- Alors nous sommes d'accord pour ne pas leur parler de l'existence de ce gamin ?
- Je crois que ça vaut mieux pour leur bonheur, ou du moins pour la tranquillité de leur famille, oui.
Nouvel instant de flottement.
- C'est bien joli tout ça, reprit Naruto. Mais finalement, qu'est-ce qu'on en fait, de ce gosse ?
Hinata haussa les épaules, défaitiste.
- On n'a qu'à le garder, dit-elle par hasard et sans le moindre sérieux.
- Déjà qu'on a du mal à gérer Hagane à elle toute seule, objecta Naruto en grimaçant une nouvelle fois. Surtout qu'ils n'ont pas l'air d'être les meilleurs amis du monde, si tu vois ce que je veux dire.
- Je vois, oui.
Hagane venait de frapper le garçon sur la tête avec un bâton (qui était tellement humide, ceci dit, qu'il n'était pas vraiment dangereux) et celui-ci avait répliqué en lui tirant les narines d'un air vengeur. Naruto secoua la tête comme pour chasser une mouche.
- Je disais ça en l'air, de toute façon, ajouta Hinata.
« Mais bon » pensa-t-elle « Si on arrive à s'installer rapidement ce ne serait plus vraiment un problème, quand on y pense. Et puis ce serait la solution idéale, pour ce gosse ». Sans s'en rendre vraiment compte, elle réfléchissait à la question. Et plus elle y pensait, plus elle réalisait qu'elle souhaitait garder cet enfant.
- Dis-moi, Naruto… dit-elle au bout d'un moment. As-tu déjà une idée sur l'emplacement de notre future cachette ?
- Plus ou moins, oui, répondit-il. Tu te souviens de la vallée secrète qu'on a croisée l'année dernière ? Celle avec le village de timbrés à un bout ? On n'en serait jamais sorti sans ton byakugan.
- Une bonne idée, approuva Hinata. C'est bien caché, et j'aime beaucoup la faune et la flore démesurées qui s'y trouvent, on a l'impression d'être insignifiants. Et puis il y a de la place pour une famille nombreuse…
- C'est vrai…
La jeune femme gratta un instant la terre avec son ongle, puis jeta un coup d'œil en coin à son mari. Avisant son expression blasée, elle comprit qu'il n'était plus dupe.
- Je te préviens, dit-il. Il est hors de question qu'on l'appelle Baishun.
- Evidemment, répondit-elle de son air le plus innocent.
- Sa mère s'appelait Tsuyu, apparemment, fit-il en regardant dans le vague, résigné.
- C'est parfait ! s'exclama Hinata. Si on l'appelait simplement Shun (saison pour les aliments) ça rappellerait un peu le nom de sa mère biologique et ça ne s'éloignerait pas trop du nom qu'il est habitué à entendre.
Naruto regardait le petit garçon d'un air absent. Il paraissait réfléchir.
- Shun Uzumaki… dit-il pensivement. Ça sonne plutôt bien.
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Fin du One-shot
Ouf, j'ai bien cru que je n'arriverais jamais à l'écrire, celui-là. Si vous saviez le nombre de fois où j'ai entièrement recommencé la première page. Mais j'ai finalement trouvé la bonne version, et la suite est venue toute seule, juste à temps pour le moment où je voulais le publier.
J'ai une impression étrange, sur ce chapitre. Il est à la fois un peu cru et affreusement cul-cul, non ? D'un côté, c'est la première fois que je mets un couple en scène, je ne savais pas trop sur quel pied danser. Je crois que j'ai inconsciemment opté pour la solution de la facilité en rendant Naruto et Hinata trop épuisés pour penser aux amourettes. De l'autre, j'ai fais en sorte de contrebalancé ce petit défaut, mais je me demande si je n'en ai pas fait un peu trop. Enfin, ce sont des détails, tout ça. A moi il me plaît beaucoup, j'en suis très fière. Et vous, qu'en pensez-vous ? Il n'apporte pas vraiment de réponse sur les origines de Shun mais ça va venir, ne vous en faites pas !
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