Le lendemain, Harry fut réveillé par le Réveil Bavard de Blaise Zabini. Ce réveil chantait la chanson la plus populaire de la semaine selon Sorcière Hebdo (Tes yeux de Vélane, par Alphonse Romentik) avant d'enchaîner sur les nouvelles. Harry fut surpris d'entendre qu'on parlait de lui à la radio des sorciers. Il crut d'abord qu'il rêvait, mais non, le réveil était bien réel et parlait de lui comme d'une célébrité dont on avait envie de connaître les moindre faits et gestes:
-Et cette rentrée pour les élèves de Poudlard n'est pas n'importe laquelle, puisqu'elle marque l'entrée du déjà célèbre Harry Potter dans le monde des sorciers. En effet, après le cruel assassinat de ses parents par Vous-Savez-Qui, Harry fut envoyé chez son oncle et sa tante moldus, sans la moindre connaissance de son statut de sorcier. C'est donc comme n'importe quel né-moldu que Harry Potter a reçu une lettre de convocation à Poudlard. Selon nos sources, il aurait été réparti à Serpentard, à la grande déconvenue de nombreux sorciers. Ses parents étaient en effet tous deux Gryffondor, répartis sans la moindre hésitation du Choixpeau, et en de pareilles circonstances, il est rare de voir un enfant réparti dans une autre maison que celle de ses parents. Tout de suite nous allons passer à la météo, avec notre experte en voyance, Cassandra Vablatsky elle-même! Alors, Mrs Vablatsky...
Mais Harry ne put entendre la suite, car ce fut le moment que choisit Blaise pour émerger de son sommeil et éteindre son Réveil Bavard.
-Ouah, dit Peregrine Derrick, un élève taillé comme une armoire à glace. A peine arrivé à Poudlard et la Sorciémission matinale parle déjà de toi? Eh bien! Je ne serais pas surpris qu'il y aie un article sur toi dans La Gazette du Sorcier!
Harry n'avait pas la moindre envie qu'une gazette écrive un article sur lui, a fortiori après être passé à la radio. Malefoy, furieux que l'attention se soit tournée vers Harry, s'habilla rapidement et sortit du dortoir, suivi de près par les deux garçons massifs de la veille qui furent contraint de mettre leurs capes et chaussures en marchant. Harry décida d'en faire autant et ne tarda pas à s'éclipser. Dans la Grande Salle (qu'il faillit ne pas trouver), le petit déjeuner était servi, et tous les élèves mangeaient joyeusement. Harry s'assit au bout de la table des Serpentards. Tandis qu'il avalait distraitement quelques toasts, le professeur McGonagall passa entre les tables et leur distribua leurs emplois du temps. Harry fut heureux de découvrir qu'il avait encore trois quarts d'heure de libres avant d'entamer son premier cours de Sortilèges. Il se servit de la tarte à la mélasse et se surprit à contempler la table des Gryffondor. Il n'avait toujours pas digéré la décision du Choixpeau. "Il me faudra du temps" se dit Harry. Il remarqua Ron qui avait fini de manger et se dirigeait vers le hall. Il décida de le suivre.
-Salut! lui lança-t-il.
-Oh, salut, répondit Ron, un peu gêné.
-Regarde, on a cours de potion tous les deux, dit Harry en pointant une case de son emploi du temps.
-Oh, vraiment super, marmonna Ron. Ecoute, je dois y aller, j'ai... Euh... Botanique.
-Tu ne veux pas me parler car je suis un Serpentard, c'est ça? demanda Harry avec colère.
-Ecoute, ce n'est pas contre toi, Harry, mais si les autres apprennent que je traîne avec des Serpentards...
-Eh bien, va-donc faire plaisir aux autres et pars, cracha Harry. De toutes façons moi aussi j'ai cours.
Et il courut vers la salle de sortilèges. Arrivé devant, il se sentit bête. Ron était la seule personne qu'il n'avait jamais considéré comme un ami, et il y a un instant, il lui avait presque crié dessus. Mais d'un autre côté, le fait que Ron ne veuille pas lui parler... En un sens c'était pire que tous les mauvais coups de Dudley réunis. Chassant ces tristes pensées, il vit une jeune fille blonde assise contre le mur. Elle était plongée dans la lecture du Livre des sorts et enchantements (niveau 1), de Miranda Fauconnette. Harry s'assit à côté d'elle et engagea la discussion:
-Salut! Toi aussi, tu es à Serpentard?
La jeune fille leva les yeux de son livre.
-Euh... Je... Oui. Je m'appelle Laura Feynman. Et toi... Enfin, tout le monde te connaît, tu es Harry Potter.
-En effet.
Il y eut un silence gêné. Voyant qu'il se prolongeait, Harry le brisa:
-C'est vrai que tout le monde me connaît? Je veux dire... J'ai été élevé par des Moldus. C'est très nouveau pour moi.
-Je pense que tu es célèbre d'une façon très particulière. En un sens, tu n'as pas fait grand-chose, mais en même temps, tu as libéré tout le monde de Tu-Sais-Qui. Tu es surtout un symbole, un symbole de libération. Tu as détruit le Seigneur des Ténèbres, tout en devenant orphelin. C'est quelque chose qui donne de l'espoir aux sorciers dans les périodes sombres, tout en leur rappelant qu'il y a toujours un prix à payer.
Ils méditèrent quelques instants sur ces paroles. Laura reprit:
-Mais tu sais, je n'en sais pas grand-chose. J'ai plus ou moins reçu une éducation de moldus.
-Vraiment? demanda Harry. Tu as pourtant l'air d'en savoir beaucoup plus que moi sur le monde de la sorcellerie.
-Euh... Mes parents... Mes parents sont sorciers. Mais quand j'ai eu sept ans, ils m'ont placée dans un internat pour moldus. Ecoute, ça ne t'ennuie pas qu'on en parle plus tard? Le professeur Flitwick arrive.
En effet, un tout petit homme, une pile de livres sur les bras, s'avançait vers la salle. Il s'arrêta devant la porte.
-L'un de vous deux pourrait-il m'ouvrir la porte? demanda-t-il d'une voix flûtée.
Harry, serviable, se précipita pour permettre au professeur d'entrer. Ce dernier le remercia et l'invita à prendre place.
-Vos camarades ne devraient pas tarder à arriver, précisa-t-il. C'est le premier jour, la plupart des gens se perdent...
Sur ces mots, une douzaine de Serpentards essoufflés entrèrent dans la salle, saluant à peine le professeur Flitwick, et allèrent s'installer dans le fond. Le petit homme soupira, posa la pile de livres derrière son bureau et se hissa dessus avant de commencer son cours. Harry l'apprécia beaucoup, même s'il était tourné vers la théorie. La journée passa très vite, les élèves étaient si suspendus aux lèvres des professeurs qu'ils oubliaient souvent de prendre des notes. Malheureusement, une crainte de Harry s'avéra fondée: il avait beaucoup de retard par rapport aux autres élèves. Il crut comprendre que la plupart provenaient de grandes familles de sorciers qui n'avaient pas connu de moldus depuis des générations. Il se promit de travailler dur pour rattraper tout cela. Tandis qu'il rentrait à la Salle Commune il croisa (ou plus exactement percuta) Hagrid, qui tenait d'énormes blaireaux morts dans ses mains.
-Harry! s'exclama-t-il! Comment vas-tu, mon garçon?
Puis sans attendre se réponse, il ajouta à voix basse:
-Sale décision du Choixpeau, n'est-ce-pas? Mais ne t'inquiètes pas. Cela ne veut pas dire que tu es quelqu'un de mauvais. Tu es quelqu'un de très bien, Harry, j'en suis certain. Mais méfies-toi des Serpentards. Certains ne sont vraiment pas fréquentables. Si tu as un problème, viens prendre le thé dans ma cabane.
Et il repartit sans un mot de plus. Ces paroles rassurèrent Harry. Savoir qu'il y a quelqu'un sur qui on peut compter dans un environnement inconnu, presque un ami, le comblait de joie. Il fit un détour par la bibliothèque pour emprunter quelques ouvrages sur la magie. Et même le visage furieux de Mme Pince qui lui faisait remarquer que "Ce n'était pas une heure pour emprunter des livres" ne parvint pas à atténuer cette euphorie. Mais une mauvaise surprise l'attendait dans le dortoir. Son lit avait été défait, sa valise ouverte et ses affaires jonchaient le sol. Sur ses rideaux, quelqu'un avait marqué en lettres rouges: POTTER LE FAUX SERPENTARD. Harry vit Drago Malefoy ricaner, il en déduit que c'était lui le responsable. Les larmes aux yeux, il commença à ramasser ses affaires et à les ranger dans sa valise. Aucun autre Serpentard ne proposa de l'aider. Au pire ils gloussaient en le montrant du doigt, au mieux ils l'ignoraient. Harry s'endormit en imaginant la meilleure vengeance possible et rêva qu'il l'écrasait sous une pile de livres.
Le lendemain, les choses ne s'améliorèrent pas. La plupart des autres élèves faisaient de leur mieux pour l'éviter soigneusement. Harry ne comprenait pas ce qu'il avait fait de mal. Mais à l'évidence, il n'avait rien fait: il était simplement Serpentard. Cela suffisait pour être rejeté des élèves des autres maisons. Mais sa propre maison, elle, ne le considérait pas comme un des leurs. Peut-être parce qu'il était le fils de deux Gryffondors, peut-être parce qu'il avait détruit Voldemort, ou parce qu'il avait grandi chez les moldus, sûrement pour tout cela à la fois. Harry ne savait pas très bien ce qu'il voulait. La veille, il était embarrassé de sa célébrité et souhaitait que les gens arrêtent de se retourner sur son passage pour quelque chose qu'il n'avait pas fait. Aujourd'hui, il cherchait désespérément un prétexte pour que quelqu'un accepte de lui parler. Même Laura avait mystérieusement disparu. Il ne la vit que durant le déjeuner. Harry, attablé seul, mangeait un rôti en ruminant ses problèmes. Il faillit crier quand Laura, arrivée discrètement dans son dos, lui toucha l'épaule.
-Laura! s'écria-t-il. Tu aurais pu me prévenir!
-Désolée, répondit-elle à voix basse. Tu sais, j'ai appris ce qui s'était passé hier soir. J'ai vécu ça pendant des années. Je comprends ce qui t'arrives. Surtout, n'essaies pas de répliquer, et fais-toi discret. Très discret. Il y a quelqu'un qui s'amuse à répandre des rumeurs sur toi, et elles vont bon train. Je vais essayer de t'aider.
-Je... Quoi? Mais qui pourrait vouloir répandre des rumeurs sur moi?
En posant cette question, Harry devina immédiatement la réponse. Drago Malefoy à coup sûr.
-Je n'ai rien dit. Je sais précisément qui fait ça. Mais, dit-il en se remémorant son absence, où étais-tu ce matin?
-Ce matin? En cours avec toi, bien sûr!
-En... Cours? Je ne t'ai pas vue de la matinée!
-Sois plus attentif. Je vais devoir retourner à la bibliotèque, mais surtout, rappelles-toi mes conseils.
Et elle partit sans rien ajouter. Harry était presque sûr qu'elle cachait quelque chose. Si elle avait été en cours avec lui, il l'aurait vue, non? Et pourquoi devait elle retourner à la bibliothèque? Harry ne la revit pas en cours de métamorphose. Pas plus qu'en botanique. Ni en histoire de la magie. C'était plus qu'inquiétant. Harry regarda son emploi du temps. Le cours suivant était un cours de potion. C'était l'occasion parfaite pour s'excuser auprès de Ron. Mais son coeur se serra: Et si Ron ne voulait définitivement plus lui parler? Les jambes tremblantes, il descendit les escaliers qui menaient à la salle des potions. Un petit groupe de Gryffondors était déjà présent. Harry reconnut Ron et Hermione, mais nota également l'abscence de Neville Longdubat.
-Ron! lanca-t-il. Je peux te parler un instant?
Ron s'écarta de son groupe et vint se placer à côté de Harry.
-Je voulais juste te dire pardon. Désolé de m'être comporté comme un idiot. Est-ce que... Tu accepterais de me parler à nouveau?
-C'est moi qui m'excuse. Tu n'as pas choisi ta maison, n'est-ce pas? Tu n'y peux rien si tu es Serpentard... En revanche...
Il regarda autour de lui avant de continuer à voix plus basse:
-C'est vrai ce qu'on dit? Quand Tu-Sais-Qui t'a attaqué, il a laissé une partie de sa personnalité dans ta cicatrice? Et que c'est pour cela que tu es à Serpentard?
-Quoi? Mais... Je n'ai pas la personnalité de Voldemort!
-Chut! lui intima Ron. Ne prononce pas son nom! Mais c'est bien ce que je me disais. Ce ne sont que des histoires. Le problème, c'est que tout le monde y croit... Ainsi qu'à des tas d'autres. En une journée, j'ai entendu dire que tu avais la capacité de te transformer en serpent, que tu es un sorcier très expérimenté et que tu faisais semblant de ne rien savoir pour nous tuer dans notre sommeil, que tu avais tué toi-même tes parents et Tu-Sais-Qui, et bien d'autres encore. Tout le monde pense que tu es un genre de créature maléfique. Ne te laisses pas faire. Je suis sûr que tu es juste un garçon normal. Oh, non, le cours a déjà commencé...
Tout les autres élèves étaient déjà rentrés dans le cachot moite qui leur servait de salle de classe. Lorsqu'il passèrent la porte, un sourire mauvais se dessina sur le visage de Rogue.
-Mr Weasley... Ne pensez-vous pas qu'arriver à l'heure nous permettrait de commencer l'année dans de meilleures conditions? Votre ponctualité déplorable coûtera 10 points à Gryffondor. Allez vous asseoir. Vous aussi, Potter.
Harry resta pantois devant cette injustice.
-Vous m'avez entendu, Potter? rugit-il. A votre place!
-Mais, monsieur... Je suis arrivé tout aussi en retard que Ron...
-Une objection, Potter? Vous irez vous plaindre en retenue. Et maintenant, allez vous asseoir.
Ne voulant pas s'attirer plus d'ennuis Harry s'assit et sortit son nécessaire à potions (un peu abîmé, faute d'avoir été jeté sur le sol la veille). Durant tout le cours, Rogue s'ingénia à humilier Harry en lui posant des questions qu'il ne comprenait même pas. Sous divers prétextes, il enleva au total 60 points à Gryffondor, et en donna 20 aux Serpentards, qui pourtant avaient une attitude déplorable. Ce traitement de faveur rendait Harry furieux, mais n'osait faire la moindre remarque à Rogue, de peur qu'il ne se déchaîne sur lui. Ce cours parut interminable. Il laissa son esprit vagabonder un instant, et se remémora le conseil du préfet des Serpentards: Différenciez vos amis de vos ennemis. Hagrid et Ron étaient ses amis. Hermione? Elle ne s'était pas montrée très désagréable lorsqu'il l'avait rencontré dans la train. Mais peut-être avait-elle entendu les rumeurs et choisi d'y croire? Quant à Laura Feynman... Elle était sympathique. Mais où passait-elle donc durant les heures de cours? Beaucoup de mystère planait autour de cette fille. Mais Harry ne put continuer ses réflexions: il fut interrompu par le professeur Rogue:
-Mr Potter se donnerait-il la peine de descendre un instant de ses sphères pour remarquer que le cours est terminé?
Harry rougit et s'empressa de ranger ses affaires. Il avait subi pendant des années le mépris des Dursley, puis celui des autres élèves, et maintenant celui de Rogue. Finirait-il un jour d'être méprisé?
