Hello Everyone,

Avant toute chose, ne m'en veuillez pas de ne pas avoir répondu à vos reviews 'personnellement' mais ma connection est 'megalow' et prendre 10 min par page pour répondre à 9 personnes avec une chance sur deux que 'Internet ne peut pas afficher cette page', je vous laisse imaginer que c'est un peu mission impossible pour mon impatiente personne ... Donc : Merci à tous, j'ai lu et apprécié vos commentaires (j'ai même été un peu inquiétée parfois de voir ce que les gens pouvaient attendre de la suite^^), je ne réponds pas aux questions volontairement car je pense que pas mal se trouve dans ce premier chapitre (ou au choix prologue bis). J'espère que vous aimerez ^^

Et pour ceux qui demandaient, j'essayerai de poster une fois par semaine, le mercredi, heure variant selon les cours. (Et espérons que ces ** auront remis le poteau téléphonique en état d'ici la semaine prochaine...)

Note : Ne vous étonnez pas de l'étrangeté des noms de certains personnages, chercher des noms d'étoiles pour ma cousine combiné à une petite centaine d'heures passées sur mes examens de septembre, ça peut avoir quelques effets collatéraux …

Bonen Lecture


Picturing Sirius

Chapitre 1

Le garçon à l'appareil

Souvent, Remus se demandait comment toute cette folie s'était emparée de lui. Cela faisait partie de ces choses, dans sa vie, qui ne tournaient pas rond et qu'il ne pouvait pas reprocher à L'autre. Comprenez le loup-garou sommeillant dans ses entrailles. Il était pourtant tellement pratique et usuel de se dire que tout venait de lui. Mais quelque fois, le jeune homme sentait au fond de lui que cette folie-là n'avait rien à voir avec la schizophrénie latente de la lycanthropie.

Elle n'avait pas eu que du mauvais : grâce à Sirius Black, il avait développé un autre don, celui de la photo. Dans le château, on l'appelait d'ailleurs 'le mec à l'appareil'. Il ne le quittait jamais, son fidèle objectif pendant toujours autour de son cou. Il voulait être toujours prêt, quelque soit l'heure du jour, à capturer l'instant présent si le décor se prêtait à lui. C'était parfois pas grand-chose : le sourire d'une amie dans les rayons du soleil tombant dans l'encadrement de la fenêtre, le dos d'un professeur agacé des simagrées de James Potter soupirant en baissant les épaules, la passe décisive d'un match de Quidditch sous une pluie diluvienne.

Des moments volés dans la vie d'autrui, pris avec la spontanéité du débutant. Il n'avait pas les moyens d'acheter le matériel dont il rêvait, il n'avait pas le temps d'apprendre les techniques académiques, il n'avait pas les aménagements pour se prétendre photographe. Pourtant, ses quelques clichés avaient leur petit succès dans l'école, son plus grand client n'étant autre que James Potter.

James Potter était l'archétype du garçon populaire. Il était mignon, intelligent, rebelle, riche et, par-dessus tout, il devait être le type le plus sociable de l'univers. Il parlait à tout le monde, avec tout le monde, de tout, de rien, de n'importe quoi. Il faisait rougir les intellos du premier rang et les autoproclamées garces du dernier, rire la plus lunatique des filles ainsi que la plus coincée. Il était l'ami du mec que personne n'aime et le bras droit de celui que tout le monde admire. Cauchemar des profs et source d'inspiration, rêve de toutes les filles, convoitise de tous les garçons.

Jamais de silence tendu, de sourire crispé avec James Potter. Et quand il concluait une conversation, il laissait son interlocuteur avec un sourire satisfait, fier, d'avoir parlé avec lui, ses interlocutrices les yeux pleins d'étoiles, émues d'avoir flirté avec lui.

Et donc, bien sûr, statistiques obligent, James Potter parlait également à Remus Lupin, Remus qui faisait tout pour ne pas lui sauter au cou et lui crier « Comment c'est ? Comment c'est d'être le meilleur ami de Sirius Black ? »

Non, à la place, il vendait à James ses clichés. James n'était pas un enfant de cœur, il ne se prétendait pas 'opposant au règlement' juste pour en jeter, il en pensait chaque mot. Il ne faisait rien pour en jeter d'ailleurs, il en jetait, tout simplement. Et s'il est une chose dont il était fier, c'était de son succès auprès des filles. Et il payait Remus une véritable petite fortune pour posséder, à chaque fois, une photo de sa petite amie du moment le regardant avec admiration et amour. Il devait lui aussi avoir un petit cahier secret, rempli du visage admiratif de ses conquêtes.

Remus n'approuvait pas le comportement mais pensait aux magazines que lui apportait, sans le savoir, Potter. Le meilleur ami de la cible, le frère de cœur du sujet, qui aide le détraqué à être obsédé.

Potter appréciait également d'avoir quelques photos de ses matchs de Quidditch – et si Remus parvenait à capturer le bon moment, l'instant exact où le capitaine Potter avait senti le match se sceller et la victoire apparaître, alors là, il touchait le pactole.

Mais rien ne valait plus que les photos de Lily Evans.

Remus n'y avait pas souvent recours, seulement quand il était à court d'argent. Il voyait ces nouveaux numéros, ces nouvelles photos de Sirius, et il serait prêt à voler, à braquer la boutique pour ne pas partir sans les avoir. Alors parfois, sans qu'elle s'en doute, il photographiait sa meilleure amie et revendait ses photos à James Potter. Et il en tirait tellement d'argent qu'on aurait pu croire que dans le colis, c'était de la drogue qui se cachait…

Il n'était sûrement pas le seul obsédé névrotique de cette école.

James Potter était donc l'ami de tout le monde mais deux personnes seulement avaient réellement de l'importance pour lui : Peter Pettigrow et Sirius Black.

Peter était le stéréotype même du Pouffsouffle mais il était à Gryffondor. Il suivait Black et Potter partout, comme un petit chien, toujours à l'affut de la dernière blague de James, toujours sous l'aura protectrice de Sirius. Il était potelé, pas très beau, pas très doué en magie, assez maladroit et carrément ennuyant. Remus n'avait eu qu'une conversation avec lui – rien qu'avec lui puisqu'il était toujours dans les pattes de James et que James lui parlait régulièrement. Cela avait donné ceci :

-Salut
-Salut
-Tu es Lupin, c'est ça ?
-Peter, on est dans la même classe depuis six ans
-Oh, ouais
-… Hum, tu voulais quelque chose ?
-Quoi ? Non…
-Ben, à plus alors
-Remus, attends, James m'a demandé …-
-Le colis, tiens. Il n'aura qu'à payer la prochaine fois.
-Oh, bien… Hum, Lupin, t'as … comment tu t'y prends pour faire poser toutes ces filles ?
-Je leur dis que je suis gay, ça les fait rire
-O...
-Bon, ben, au revoir Pettigrow. Tu devrais essayer mon truc.
-A… a… a… oui

Très bien, c'était méchant. Très méchant de lui faire ce sale coup. Il n'avait pas eu beaucoup plus de chance avec les filles qu'avant. Mais cela n'avait pas d'importance. Car cette petite farce avait valu tout l'or du monde. Le temps d'une réplique, durant un quart de seconde, il avait cessé d'être invisible aux yeux de Sirius Black.

Sirius, le si sombre, si majestueux, si magnifique, Sirius Black l'avait regardé, lui, l'insignifiant et obsessionnel collectionneur de photos. Et il avait eu cette grimace, un rictus moqueur, une seconde de complicité entre deux garçons se moquant d'un troisième un peu bête. Ca n'avait duré qu'un court instant mais Remus s'en souviendrait jusqu'à la fin des temps. Pendant cette seconde, le monde s'était arrêté de tourner. Son cœur ne battait plus, l'air ne diffusait plus dans ses poumons. Parce que Sirius Black le regardait. Et il le voyait, pour la première fois.

C'était en sixième année. Et pour la première fois ce soir là, Remus ne trouva pas seulement le réconfort dans les images de Sirius, la beauté physique, l'exceptionnelle aura qu'il dégageait. En feuilletant son livre aux merveilles, il ressentit également de l'excitation. Et même s'il se doutait depuis longtemps que les garçons ne le laissaient pas indifférent, même s'il savait que ce n'était pas un hasard que ce soit sur Sirius Black que son attention se soit focalisée, ce jour là, il se sentit incroyablement honteux de ressentir tant de désir pour un autre homme. Pour quelqu'un dormant dans le lit d'à côté. Pour celui qui avait croisé son regard.

Aujourd'hui, il se souvenait de cet instant et se trouvait ridicule. Il avait toujours su que son admiration pour Black n'était pas platonique, tout comme il avait toujours su qu'il était gay. Pendant l'été qui avait suivi, il était sorti avec un garçon. Son premier petit ami. La seule chose qu'il en retirait était la certitude que jamais une fille ne lui conviendrait car même un garçon qui ne lui allait pas, c'était mieux que la plus belle des filles.

Il avait bien sûr immédiatement confié son secret juste confirmé à Lily, sa meilleure amie, qui n'avait rien dit de plus que le jour où il avait avoué être un lycanthrope. Elle avait souri, compris, l'avait serré contre elle et lui avait juré qu'elle serait toujours là pour lui, quelques soient les épreuves qu'il traverserait.

Lily Evans était de ces gens formidables incapables de vous juger, toujours prêts à vous tendre la main quand vous en avez besoin. Elle était la seule personne au courant de la passion de Remus pour un modèle en particulier et, même si elle s'inquiétait beaucoup de le voir se plonger avec tant de ferveur dans sa malsaine activité, elle ne cherchait pas à l'en empêcher. Lily était persuadée que les gens devaient faire des erreurs pour grandir. Que ferait-elle si elle apprenait qu'il vendait des photos d'elle à James Potter pour se permettre ses achats compulsifs ? Il ne pouvait dire et n'osait pas y penser. Que Lily ne soit plus son amie la plus chère était une pensée pire encore que celle de Sirius Black arrêtant sa carrière de mannequin.

Pourquoi les gays sont généralement plus proches des filles que des garçons ? Il n'en savait rien. Peut-être un sixième sens, un instinct de protection de ses condisciples. Ou ça venait de lui : on est toujours plus tendu face à un partenaire potentiel qu'à un égal. Quoiqu'en soient les raison, les choses étaient ainsi faites :

Remus était le copain gentil, un peu obsédé de la gâchette, légèrement maniaque sur la photo, avec qui les autres garçons de son dortoir appréciaient de taper une causette de temps à autre. James Potter, le client, et son fidèle toutou, Peter Pettigrow ainsi que Christobald Thrombi, le rat de bibliothèque par excellence, et Alnilam Tophi, le clown que tout le monde plaint quand il se croit drôle à tort, tous de bons copains à qui il ne parlerait sans doute jamais plus après Poudlard.

Mais Remus n'était pas que ça, il était le meilleur ami, la touche masculine, le garçon à l'appareil photo collé autour du cou, de Lily Evans, qu'il considérait volontiers comme sa sœur, Mirza Necrosis, l'indienne délurée, et Hansen Dumbballgrumble, l'amoureuse transie, la Juliette notoire, dont la moitié n'était autre que Christobald Thrombi.

D'ailleurs, Christobald avait déjà acheté à Remus des photographies de Hansen et quand Remus l'avait dit à la jeune fille, elle avait sauté de joie et lui avait à son tour acheté des photos de Christobald. C'était le premier garçon que Remus avait osé photographier. Il avait 15 ans et, sans en comprendre la raison, il trouvait qu'il y avait quelque chose d'inconvenant à photographier un garçon. Peut-être parce qu'il savait qu'il ne véhiculerait jamais aucun désir pour ses modèles féminins ? Il ne savait guère.

Quelques fois, Lily se moquait de lui, déclarant quand ils étaient seuls à deux que l'apogée de l'œuvre de Remus ne serait pas de devenir un photographe renommé, ni de travailler pour les plus grands. Non, sa seule ambition, c'était de photographier un jour Sirius Black. Remus ronchonnait alors et, en guise de revanche, lui offrait des clichés de James Potter faisant la cours à des damoiselles. Il ne savait jamais très bien si elle s'offusquait de recevoir une photo de James ou si elle était jalouse de la scène.

Il était toujours très marrant de voir le James Potter de la photo se désintéresser subitement de sa dulcinée dès qu'il apercevait Lily. Le personnage se mettait alors au bord du cadre de la photo et se mettait à lui envoyer baisers et mots doux. C'était toujours aussi très drôle de voir la tête de Lily à ce moment… Dès que le James Potter miniature avait été conquis, à son tour, par sa rousse altesse, elle jetait la photo dans la corbeille.

Ce n'était pas parce qu'il était gay qu'il prétendait être capable de comprendre comment marchait l'esprit féminin.

Remus savait son secret bien protégé. Les seules personnes au courant étaient Lily, Mirza et Hansen. Peut-être Gomelza Ankirine s'en doutait-elle ? Il était sorti avec elle en cinquième année. Pas longtemps, suffisamment pour que tous les deux comprennent que même les meilleurs efforts du monde ne serviraient à rien. Mais Remus n'avait pas abandonné là, refusant de voir l'évidence. Il était sorti avec Mirza après ça, au début de l'année dernière, sous l'œil attentif de Lily qui s'inquiétait des dégâts à leur amitié que cela pourrait causer. Il était presque sûr que la rousse se doutait déjà de quelque chose. Il était resté près d'un mois avec Mirza, sans grande conviction, puis il y avait eu l'épisode avec Pettigrow, la nuit qui avait suivi où Remus avait compris qu'un tel désir, il ne l'éprouverait jamais pour une fille et il avait tout avoué à Mirza le surlendemain. Et avant qu'ils n'aient compris comment, ils étaient à nouveau amis, plus soudés qu'avant encore, et ils parlaient de garçons continuellement.

Gomelza et Mirza étaient deux très jolies filles, aucune n'ayant sa langue dans sa poche mais toutes deux extrêmement intègres. Remus savait que pas mal de mecs avaient jalousé ses petites amies, ce qui lui permettait légitimement de penser que personne ne se doutait de sa préférence sexuelle… Ses trois meilleures amies, peut-être Gomelza et bien sûr, Yukon Scotia, son premier, et à ce jour unique, petit ami. Les personnes au courant de son secret se comptaient sur les doigts d'une main. Et c'était tant mieux comme ça.

La plupart des gens prenaient Remus pour quelqu'un de timide, ce qu'il n'était définitivement pas. Quelqu'un de timide ne se promènerait pas continuellement objectif à la main en prenant des photos de gens dont il ne connaissait même pas le nom. Quelqu'un de timide ne passerait pas son temps avec des filles aussi bavardes et extraverties que ses amies, attirant continuellement l'attention sur elles. Quelqu'un de timide aurait bien plus de difficultés que lui à s'intégrer dans un groupe. Non, il n'était pas timide, simplement discret. Il n'aimait pas spécialement l'attention – principalement car il avait nombre de secrets qu'il préférait garder cachés – mais elle ne le mettait pas mal à l'aise non plus.

La seule personne qui avait légitimement le droit de le croire timide, c'était Sirius Black. Et pour cause. Remus n'avait jamais osé l'approcher, lui dire bonjour le matin, bonne nuit le soir. C'est à peine si, de tant à autre, il lui jetait un coup d'œil à la dérobée. Et ils étaient dans la même école, la même maison, le même dortoir depuis bientôt sept ans. Si ça, ce n'était pas de la timidité …

A ceci près que tout le monde était timide – exempt James Potter – face à Sirius Black. On le surnommait le 'Prince de glace' ou, quand il avait vexé quelqu'un de sa froideur et son indifférence, 'Le prince de Serpentard'. En milieu de la salle des Gryffondors, cela jetait un froid certain…

Sirius Black était un sang-pur de la vieille bourgeoisie, un héritier comme on en voit guère, ayant la beauté sombre de sa famille, le maintien digne de son rang. Comme tout grand chef de clan avant lui, il avait su prendre son indépendance vis-à-vis des siens, d'une manière innovante : il avait refusé Serpentard pour le rougeoyant Gryffondor. Certaines rumeurs disaient également que le mannequinat n'était qu'une autre façon de rendre ses parents fous d'indignation.

Certes, Sirius Black n'avait pas été à Serpentard mais cela ne signifiait pas qu'il ait quoique ce soit le rendant différent des vert et argent. Il ne parlait jamais, à personne, sauf à James Potter, contrastant énormément avec celui-ci. Ses rapports humains se limitaient à James et uniquement celui-ci. Quelque fois, il s'adressait à Peter Pettigrow également ; de ce que Remus avait entendu, cela n'était guère que des insultes et des ordres.

Quand les gens l'approchaient, une fille sous son charme, un garçon cherchant à être sympathique, il les transperçait de son regard gris acier et se détournait avec sur son magnifique visage un rictus moqueur et supérieur.

Un prince des glaces, s'isolant volontairement des foules, mettant une distance infranchissable entre lui et les autres. Il n'avait jamais été pris en train de rire, ou de crier, il était toujours d'une humeur égale, indifférente, comme si être présent dans ce château n'était ni joyeux, ni malheureux. Cela devait simplement être fait, il le faisait, sans état d'âme et avec éclat.

Certes, il donnait cette impression de mépriser le monde l'environnant et pourtant, tout le monde ne cessait de l'admirer. Il était comme une étoile brillante – illuminant une pièce de sa présence mais restant toujours hors d'atteinte. Sa voix même était froide et dénuée d'expression quand il parlait en classe. Aux professeurs, exclusivement.

On ne lui avait connu aucune petite amie à l'école, pas faute de filles courageuses tentant de l'impressionner pourtant, ni aucun 'copain', la camaraderie n'était pas son truc non plus. C'était à se demander comment quelqu'un d'aussi expansif et contagieusement bavard que James Potter pouvait être son ami.

Et ici, le terme d'amitié n'était pas à négliger. Quand ils étaient ensemble, Sirius Black était comme transformé : on le voyait sourire, même rire, pousser de vives expressions, plaisanter et devenir, un tant soit peu, quelqu'un de normal. Mais dès qu'une tierce personne s'approchait du duo, il redevenait cet être froid et immanquablement intimidant. Sirius Black était quelqu'un de cruel également, et s'il surprenait jamais une personne lui manquer de respect, la foudre s'abattait sur le malheureux ayant eu l'imprudence de se moquer de lui.

Tout le monde, Gryffondors comme Serpentards, s'écartait sur son chemin et personne n'ignorait qui il était. Avec James Potter, il formait le duo le plus célèbre de l'école : le premier populaire par son caractère, le second par l'intimidation qu'il faisait naître en chacun. Et pourtant, tout le monde semblait admirer Black. Pour son statut, pour son caractère, pour sa carrière. Chacun avait sa raison et tout le monde en avait une.

La seule autre personne à pouvoir prétendre connaître Sirius Black à part James Potter était Peter Pettigrow. Traînant toujours dans les pieds de James, il était bien sûr dans ceux de Sirius également. Mais lui, personne ne l'enviait car si Black méprisait la populace, il n'y avait de mot pour la manière dont il s'adressait à Peter.

Sirius Black n'avait conscience de rien, ni de personne, en dehors de son univers clos ; il ne semblait s'intéresser à rien, ni à personne. Pourtant, il passionnait Remus au point qu'il en vienne à partir à l'affut de la moindre photo de lui dans n'importe quel magazine. Parce que Remus avait cette intime conviction, au fin fond de lui-même, que Black aussi cachait un lourd secret : celui de son humanité.

C'était la veille des vacances de Noël, Remus était en cinquième année. Il était assez satisfait de lui-même : il venait de rompre avec Gomelza sans la faire pleurer, sans se sentir trop mal et en ayant l'impression qu'ils resteraient en bons termes. Dehors, la neige tombait, leur faisant la promesse muette d'un noël blanc.

Il se trouvait dans un couloir désert, en direction de la bibliothèque où il devait retrouver Lily Evans. Depuis quelque temps, depuis que James Potter avait découvert son existence en réalité, Lily passait beaucoup de temps à la bibliothèque. Elle appelait cette pièce le 'repousse Potter naturel'.

Quelques fois, Remus se disait que son goût pour les raccourcis lui jouerait des tours – et ce fut bien sûr le cas ce soir là. Il venait à peine de tourner à l'angle du mur quand des cris retentirent. On aurait qu'un enfant était torturé… Remus n'entendait pas très bien ce qu'il se passait, même avec ses sens aigus. Son instinct lui criait simplement que quelque chose était en train d'arriver, là-bas, au bout du couloir. Il se mit à courir pour venir en aide à l'enfant qui criait.

L'enfant n'était plus vraiment un enfant – c'était un Serdaigle de seconde année à la voix aigue. Et sans surprise, son agresseur n'était autre qu'un Serpentard. Il pointait le plus jeune du bout de sa baguette en l'insultant. Il suffit de quelques phrases à Remus pour comprendre que ce jeune imprudent avait osé bousculer son aîné dans un couloir et partir sans s'excuser. Remus se demanda quel genre d'orgueil animait les Serpentards.

Il était sur le point d'intervenir, sachant que ses chances de battre un Serpentard seul étaient assez bonnes sans être excellentes, quand quelqu'un apparut à l'autre bout du couloir. Et Remus crut que cela ne ferait qu'empirer les choses. Après tout, tout le monde disait que Sirius Black était pire que le plus cruel des Serpentards mais qu'il ne s'abaissait pas à faire le sale boulot lui-même.

Sans doute allait-il passer son chemin en prétendant ne rien voir, ne pas entendre les suppliques du gamin lui quémandant un peu d'aide. Peut-être allait-il acquiescer froidement envers l'agresseur pour lui confirmer qu'il faisait bien de remettre ce petit avorton à sa place. Remus ne savait guère, il ne connaissait pas plus Black que le reste de l'école.

A sa plus grande surprise, Black s'arrêta et son regard changea. Il s'obscurcit, devenant ombrageux, dangereux et il darda le Serpentard de cet air implacable qui disait 'Oseras-tu me défier ?'

« Laisse-le » Ordonna Black

« Ce Sang de Bourbe a osé me bousculer et s'est enfui » Répliqua le Serpentard, comme s'il s'attendait lui aussi à ce que Sirius partage son point de vue – mais Black haussa un sourcil, paraissant presque surpris que la cause soit si stupide.

« Combien de gens as-tu bousculé sans t'excuser, Rabastan ? » Demanda calmement Black en avançant vers le jeune homme qui recula. Remus se demanda combien d'étudiants, à l'instar de Rabastan Lestrange qui était pourtant d'un an leur ainé, auraient peur de Sirius Black avant même qu'il ne sorte sa baguette.

« Je ne salis pas les autres de mon sang souillé ! Toi mieux que quiconque devrait comprendre cela, Sirius »

« Qui t'as donné la permission de m'appeler par mon prénom, insignifiant petit détritus ? Tu penses que t'en prendre à un être inférieur à toi par l'âge et la taille te donnera la gloire et le pouvoir dont tu rêves ? Vas –t'en » Le Serpentard continua à reculer alors que Sirius Black, qui semblait de plus en plus énervé par la vue de Rabastan, s'approchait. « Si tu t'en prends encore à un enfant de Moldus, Lestrange, je le saurai »

Remus trembla également, jamais il n'avait entendu quelqu'un être si menaçant simplement par une phrase. Rabastan dut penser de même car il détala comme un lapin. Et Sirius n'avait toujours pas sorti sa baguette. Remus crut que s'était terminé, que Black allait tourner les talons, satisfait de son élan charitable, mais il ne partit pas. Il se dirigea vers le gamin qui était toujours assis par terre et tremblait de tout son soûl. Il posa sa main sur son épaule et échangea un regard avec le Serdaigle qui semblait signifier 'je sais ce que tu dois ressentir'.

« Lève-toi et rentre dans ton dortoir, il vaut mieux ne pas se promener seul dans ces couloirs une fois le soleil couché » Le plus jeune acquiesça, les joues rouge écrevisse – de la peur passée et de la présence de Black sûrement, et se redressa en s'appuyant contre le mur.

« Me…merci » Balbutia-t-il en essuyant rageusement ses joues, s'en voulant certainement d'avoir pleuré devant l'ennemi. « Merci beaucoup »

« Evite les Serpentards à l'avenir, certains ont vraiment un nombre réduit de neurones » Plaisanta Black en ramassant le sac de l'adolescent pour le lui tendre. Il ne ressemblait plus au prince des glaces à cet instant précis, son visage semblait exprimer de la frustration et de la sympathie vers le gamin, il n'était plus figé, distant, mais au contraire sympathique et chaleureux, tout ce dont une victime pouvait avoir besoin. « Et ne parle de mon intervention à personne, mec »

Remus se demanda si Black allait également menacer le Serdaigle pour obtenir son silence mais il ne sembla pas juger cela nécessaire. Après tout, il était ridicule de croire qu'après l'avoir sauvé, il le trahirait en le racontant à tout le monde… Et qui irait le croire, de toute façon ? Black ne s'intéressait à personne et surtout pas aux enfants de Moldus…

Ce fut le seul jour de toute sa vie où Remus vit Sirius Black se comporter comme un être humain avec quelqu'un d'autre que James Potter. Il venait de découvrir que son masque de snobisme et je-m'en-foutisme, Black était quelqu'un, une véritable personne avec des convictions – des convictions et le courage de les défendre au point d'être envoyé dans une maison que n'approuvait pas sa famille.

En pénétrant dans la bibliothèque, Remus songeait toujours à ce qu'il avait surpris et comprit soudainement l'origine de l'amitié entre James et Sirius, ce lien qui semblait pourtant si contre-nature d'un point de vue extérieur mais qui prenait tout son sens à présent.

Le lendemain, Remus rentra chez lui. Sa mère lui demanda d'aller lui acheter un magazine de cuisine à la librairie du coin et il tomba sur la photo de Black, la première qu'il voyait alors que le jeune homme n'en était qu'aux balbutiements de sa carrière. Il ne sut ce qui se brisa en lui à cet instant mais il fut incapable de ne pas acheter le magazine, il était collé à ses mains, c'était comme si son esprit refusait qu'il le remette dans le rayon.

Et c'est ainsi que tout avait commencé.

Il avait ouvert ce livre vierge qu'il gardait dans sa chambre, attendant d'avoir une bonne raison de tenir un journal intime, et avait collé la première image de Black. Puis il avait passé les quinze jours suivant à récupérer le plus de clichés possibles des débuts de Black qu'il n'avait pas suivi. Bientôt, il avait récupéré des photos datant de l'année précédente, les toutes premières, et sut qu'il ne s'arrêterait jamais de les chercher.