Voici le premier chapitre !

Nanofrom : merci à toi de me lire ! J'ai moi aussi une nette préférence pour Burning Moon, normal mon écriture a évolué depuis Imprégnation donc je la maîtrisais mieux. Concernant Abby : comme tu vas le voir dans ce chapitre elle n'est pas encore née, mais il est tout à faire possible que l'histoire des jumelles aille au delà de sa naissance.


PDV de Sarah Black

Il y a des avantages dans le fait de faire partie d'une famille de gens bizarres. Par exemple, nos frères et notre sœur aînés ont tellement fait les quatre cent coups qu'il faudrait que ma sœur jumelle Liza et moi fassions quelque chose de vraiment, vraiment énorme pour que nos parents réagissent. Ils sont blasés, les pauvres. Les plus âgés de notre fratrie n'ont pas du tout la vie que le reste de la famille avait imaginé pour eux.

Prenons Elliot. Papa était persuadé que son fils aîné était l'Alpha que la meute attendait et qu'il marcherait sur ses traces. Il pensait qu'il s'imprégnerait d'une gentille petite humaine (Quileute de préférence), s'installerait à La Push, consacrerait sa vie à la meute et serait un lien solide entre les vampires et les modificateurs.

La blague. Elliot ne vit même pas dans le coin. Pas que le lieu où il a toujours grandi le rebute à ce point, mais il est chirurgien à l'hôpital de Seattle, où il vit depuis de nombreuses années. Et puis, Lily, à qui il est fiancé, n'a jamais supporté La Push.

D'ailleurs, Lily n'est pas spécialement le prototype de l'imprégnée que tout le monde imaginait pour Elliot. Blonde, un quart vampire, fille adoptive de la tante de ma mère, imprégnée d'un loup-garou mort depuis longtemps… Elle est journaliste de mode et, brillante comme elle est, ça ne m'étonnerait pas qu'elle passe rédactrice en chef un jour ou l'autre.

En ce qui le concerne, mon frère Will était supposé être la copie conforme de mon père : il s'était même trouvé une imprégnée aussi rousse que Maman. Tout a capoté quand Madison a été transformée en vampire à l'âge de seize ans. Madison est chiante, râleuse, mesquine, et si on met Lily, Allie et elle dans la même pièce, ça se termine par un bain de sang. A part ça, je l'adore. Cette fille a trop la classe.

Cela dit, Elliot et Will restent relativement proche de notre famille et nos parents se sont depuis longtemps accoutumés aux vies qu'ils mènent. Ca pourrait être pire.

Allie, par exemple. Tout le monde autour d'elle, nous comprises, croyait mordicus qu'elle passerait le restant de ses jours avec Matthew Uley, son imprégné. Mais notre sœur met un point d'honneur à ne rien faire comme les autres : quand elle avait dix-sept ans, elle l'a plaqué (un peu plus délicatement que l'expression le laisse supposer) et est tombée amoureuse d'un Enfant de la Lune dont le clan était ennemi avec le nôtre. Nate est charmant. Flippant, un peu antipathique sur les bords, mais super beau. Pas que je bave sur mon beau-frère, hein.

Depuis, Allie est allée s'enterrer avec son cher et tendre au fin fond Canada, dans une région immense appelée les territoires du nord-ouest dont la densité est de 0,03 habitants au kilomètre carré. Je le précise car je suis actuellement dans un avion à destination de cette région. Soudainement, ce chiffre prend toute son importance.

Notons que je n'ai prévenu personne de mon départ, pas même mes parents qui vont sans doute halluciner en réalisant que leur fille de vingt ans a fait une fugue. D'où l'intérêt d'avoir des frères et sœur qui ont préparé le terrain avant moi. Comme je le disais, il y a certains avantages à avoir une famille bizarre.

En ce moment, je fixe sans le voir le paysage qui défile à travers le hublot de l'avion. Tout comme mon moral, le temps n'est pas au beau fixe et les nuages me cachent un paysage que je sais être magnifique.

Si je vais chez Allie, c'est tout simplement parce que je sais que mes parents n'iront pas me chercher là-bas. J'ai d'abord pensé à Elliot et Lily, qui sont de mon point de vue bien plus supportables qu'Allie et Nate, mais Seattle est loin d'être assez dépaysant à mon goût. En plus, Allie et nos parents sont en froid en ce moment : ils se parlent par téléphone mais elle leur a clairement fait comprendre qu'elle n'avait pas l'intention de les voir de sitôt, ce qui m'arrange : aucun risque qu'ils ne viennent me chercher pour me ramener à la maison par la peau du cou.

Mon avion atterrit à Yellowknife, la capitale du territoire, en début d'après midi. De là, je prends un autre avion, une minuscule chose ne pouvant embarquer qu'une cinquantaine de personnes, à destination d'une toute petite ville, la plus proche de l'endroit où vit Allie possédant un aéroport.

Une fois arrivée, je loue une voiture et me dirige comme je peux en m'aidant d'une sorte de carte que ma sœur m'a passé il y a plusieurs années. D'habitude, les gens font le trajet à pied car une grande partie du chemin est impraticable pour les voitures, mais avec ce que j'ai pris comme bagages cette option ne me tente pas trop.

J'abandonne la voiture à l'endroit où la carte indique que la route disparaît et j'avance en trainant mon énorme valise derrière moi. Grâce à ma force d'immortelle, l'exercice ne devrait pas être trop difficile, mais le sol est si accidenté que je commence à craindre pour mes affaires. Encore heureux que nous soyons en été : la terre est vierge de toute neige et il fait très beau.

Au bout d'une dizaine de kilomètres, je suis si lasse que je prie pour tomber sur une patrouille obligeante d'Enfants de la Lune qui accepteraient de porter mes sacs.

Les arbres sur ma route se rapprochent, je pénètre dans l'immense forêt qui entoure le village des Enfants de la Lune. Les végétaux sont par moments si rapprochés qu'ils bloquent ma valise. De mieux en mieux.

Mon vœu finit par être exaucé lorsqu'un gigantesque loup au pelage brun clair se matérialise devant moi, m'arrachant un cri de surprise. Reprenant contenance, je me présente d'une voix ferme :

-Bonjour, vous ne me connaissez pas, je suis désolée de débarquer sans prévenir. Je suis Sarah Black, la sœur d'Allie.

L'Enfant de la Lune me scrute, et l'intelligence qui brille dans ses prunelles dorées m'apprend qu'il comprend très bien ce que je lui dis. Malheureusement, ses yeux ne sont pas seulement intelligents : ils sont aussi suspicieux et méfiants.

La pensée que j'aurais vraiment dû annoncer mon arrivée n'a pas le temps de me traverser que l'énorme animal me charge. Tétanisée, je le regarde foncer dans ma direction sans faire le moindre mouvement, jusqu'à ce qu'il soit à moins de deux mètres de moi, moment auquel je me réveille enfin et fais la seule chose qui me passe par l'esprit : je lui jette mon sac à main à la figure. Geste que j'ai tôt fait de regretter, car la rencontre entre mes affaires et les mâchoires de l'animal se manifeste par un craquement effrayant -j'espère que ce n'est pas mon ordinateur, ou pire mon portable. Seul avantage : la bête ralentit légèrement, sans doute surprise par cette proie qui ne se comporte pas comme les autres.

Alors, je fais la seconde seule chose qui me passe par l'esprit : je m'assois par terre, décidant que si ce comportement fonctionne pour les chiens, il est tout à fait susceptible de marcher aussi pour les loups.

Il fonctionne dans le sens où le loup freine des quatre fers, même s'il est plus probable que ce soit parce qu'il pense que c'est un piège que parce qu'il me prend pour une pacifique. Indécis, il me renifle de nouveau, s'agite, décide que je suis vraiment bizarre, grogne et avance sa mâchoire impressionnante dans ma direction.

Mon dieu, ce serait vraiment idiot de mourir en déclenchant une guerre entre ma famille et celle de Nate. Tu parles de laisser un bel héritage.

Soudain, un éclair blanc passe devant mon visage et un loup tout aussi impressionnant que celui qui m'attaque se jette sur celui-ci. A ma grande surprise, au lieu de répliquer, mon agresseur se contente d'esquiver les morsures que l'autre lui administre et il s'enfuit sans demander son reste

Nullement perturbé, celui qui vient de me sauver la vie trottine jusqu'à moi. Méfiante, je rampe sur les fesses pour m'éloigner de lui tandis qu'il s'assoit face à moi, enroulant sa queue autour de ses pattes avant.

C'est à ce moment-là qu'une Enfant de la lune sous forme humaine, aussi blonde que sa peau est laiteuse, débarque en courant :

-Je viens de voir Zayne passer, qui garde la frontière nord maintenant ?

Elle s'interrompt en m'apercevant et je mets aussitôt un nom sur son visage : Hannah. Je ne l'ai pas vue très souvent mais je sais que c'est la cousine de Nate et l'amie d'Allie. Elle me reconnaît aussi, me salue d'un sourire incertain et s'élance vers moi pour me relever, passant un bras sous mes épaules.

En parlant du loup, celui devant moi mute avec une rapidité déconcertante, laissant place à un homme que je ne connais que trop bien. Nathaniel Wells me toise d'un air sévère que dément l'amusement dans ses prunelles aigue-marine :

-Il existe des façons moins douloureuses de se suicider, Sarah Black.

Epoussetant mon jean qui de toute façon est définitivement mort, j'opine tout évitant son regard. Il n'est pas dans mes habitudes de faire preuve de timidité, mais en l'occurrence la gêne me brûle les joues. Devant mon absence de réponse, il demande tout en regardant derrière moi comme s'il cherchait quelque chose :

-Ton clone n'est pas avec toi ?

C'est la question qu'il ne fallait pas me poser. Je l'attendais, bien sûr, mais pas venant de lui, pas si tôt, pas dite de façon si naturelle et décontractée. Je ne sais pas si c'est la question en elle-même ou le contrecoup du choc qui me font réagir de la sorte, mais toujours est-il que des larmes se mettent à dévaler mes joues et que je me précipite vers lui pour entourer son torse de mes bras et enfouir mon visage dans son blouson.

Hannah pouffe, apparemment plus concernée par le fait que je suis en train d'étreindre son alpha que par mon désarroi. Je ne peux pas voir l'expression de Nate mais vu sa posture la situation ne lui plaît pas spécialement. M'épargnant la honte de me faire repousser, une voix familière s'exclame derrière moi :

-Je vous ai déjà dit d'arrêter de partir en courant à tout bout de champ, c'est insupportable… Sarah ?

Essuyant mes larmes, je libère Nate et me tourne vers la personne qui vient d'arriver, à savoir Allie. Celle-ci est semble légèrement essoufflée, mais à part ce détail elle est semblable à elle-même : malgré ses cheveux bouclés, non coiffés et en désordre, malgré son allure pas très citadine, elle reste si belle que je me demande une nouvelle fois si elle n'a pas triché à la loterie génétique. Me jugeant sans doute trop larmoyante pour être en état de parler, elle demande aux deux autres :

-Qu'est-ce qu'elle a ?

-Choc post traumatique, peut-être, répond Hannah en haussant les épaules.

Comme Nate avant elle, Allie regarde autour de moi avant de s'enquérir :

-Tu as perdu Liza en chemin ?

-Non, elle ne vient pas, reniflé-je en essayant de reprendre une contenance.

Choquée, Allie me regarde comme si je venais de lui annoncer que j'ai l'intention de devenir bonne sœur. Je vois presque les rouages de son cerveau se mettre en marche et il ne lui faut qu'une seconde pour sauter aux conclusions :

-Ne me dis pas que tu es enceinte. Bordel, Sarah, combien de fois je t'ai répété de ne pas finir comme grand-mère Bella, c'est-à-dire mère de famille, mariée à dix huit ans, sans diplôme et sans emploi ? Oh mon dieu. Tu as un nouveau copain et tu ne me l'as même pas dit ! Est-ce que c'est ce gars aux yeux vairons qui est dans la même fac que toi ? Tu as pensé à lui offrir un billet d'avion pour le pôle nord avant que Papa ne le trouve ?

Et moi qui voulais du calme.

-Je ne suis pas enceinte, marmonné-je. J'aimerais juste passer un peu de temps chez vous. (Je passe sur le fait que ma phrase a l'air d'inquiéter particulièrement Nathaniel et je poursuis : ) On peut y aller maintenant ? J'ai froid.

-Une seconde, réplique ma sœur.

L'instant d'après, elle me prend dans ses bras tout en me frottant le dos comme si j'avais cinq ans. Je lui rend son étreinte de bonne grâce en me demandant ce qui m'a pris de me jeter dans les bras de Nate.

Puis elle me prend par le bras et m'entraîne à sa suite. Nate mute de nouveau et part devant tandis qu'Hannah s'empare sans effort de ma valise et mon sac à main. Pendant le trajet, Allie se tait, ce dont je lui sais gré. Elle a manifestement saisi que ce n'est pas le bon moment pour m'interroger.

Ma relation à Allie est étrange et c'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles je suis venue. Liz et moi avons toujours partagé un lien fusionnel qui forcément nous isole du reste du monde, aussi Allie et nos frères sont plus proches les uns des autres qu'il ne le sont de nous, d'autant plus qu'ils sont rapprochés en âge. Néanmoins, je connais mes frères par cœur pour avoir longtemps vécu avec eux ou près d'eux, alors qu'Allie a quitté la région quand nous avions neuf ans. De part notre éloignement et sa réputation à La Push, réputation qui peut se traduire par "cette fille est sympa mais elle est totalement timbrée", je n'ai jamais vraiment su si elle méritait qu'on la considère comme un modèle de conduite ou d'excentricité.

Plongée dans mes pensées, je n'ai même pas remarqué qu'on étaient arrivés au village des Enfants de la Lune. Ses habitants me coulent des regards pratiquement hostiles. Bon sang, j'aurais vraiment dû prévenir de mon arrivée.

-Ils n'aiment pas les étrangers, m'explique Allie, que leur attitude ne semble pas perturber.

Suivie d'Hannah et de mes bagages, elle me pousse en direction de son chalet, à l'intérieur duquel se trouve déjà Nate, en compagnie d'un homme et du femme que j'ai déjà vus auparavant. Tandis qu'Hannah dépose silencieusement ma valise sur le sol du salon, Allie fait les présentations :

-Logan, Heaven, Sarah, débite-t-elle d'une traite en faisant un grand geste de la main, m'épargnant la peine d'essayer de me souvenir de leurs noms.

La jeune femme, qui ressemble pratiquement trait pour trait à Hannah à cela près qu'elle n'a pas une expression très aimable, s'enquiert en me désignant :

-Elle va rester ?

Manifestement, j'avais raison pour le "pas très aimable". Les Enfants de la Lune sont-ils tous comme ça ou ai-je le monopole de leur froideur ? Allie lève les yeux au ciel :

-Par pitié, essaye d'avoir l'air plus civilisée sinon elle va partir en courant.

Contre toute attente, l'autre acquiesce docilement. Logan semble prendre au mot le conseil de ma sœur puisqu'il m'envoie un sourire charmeur :

-Bonjour, jolie demoiselle.

Je l'examine discrètement tout en lui rendant son sourire. Tant son visage que sa stature sont plutôt attirants, savant mélange de grâce féline et de puissance contenue. Ses cheveux roux pâle un peu trop longs rendent son apparence plus unique, plus surprenante.

Pendant ce temps, Allie ronchonne :

-Logan, c'est ma sœur.

-Et donc ?

Pour seule réponse, elle le foudroie du regard avec application tout en faisant le tour de la table pour s'emparer d'un couteau de cuisine qui y traîne. Elle ne compte tout de même pas l'égorger quand même ? En riant, il déclare :

-Ne t'en fais pas Allie, tu sais bien que mon cœur n'appartient qu'à toi.

Le couteau se fiche dans le mur derrière, à un centimètre de sa joue. Je pousse un cri. Pas le moins perturbé du monde, Logan nous envoie un baiser avant de sortir de la pièce. Heaven a l'air blasée, Nate narquois.

-Civilisé tu disais ? se moque-t-il en retirant le couteau du mur.

Pour seule réponse, Allie lui tire la langue pendant que je me tourne vers elle.

-Mais pourquoi tu as fait ça ? m'écrié-je. Il ne me dérangeait pas. Tu n'as pas besoin de me protéger, tu sais.

-Tu as l'intention de coucher avec lui dans un futur proche ?

-Heu, non…

-Bon alors c'est lui que je protégeais en lui faisant gagner du temps et de l'énergie.

Je ne sais que répondre. Sans Elizabeth pour le découvrir avec moi, cet endroit semble tellement nouveau que c'en est fatiguant. Cela doit se lire sur mon visage car Heaven se penche vers Nate pour lui murmurer qu'elle passera le mot aux autres meutes, avant de prendre Hannah par le bras et de sortir du chalet avec elle.

Je pensais que c'était une sorte de signal signifiant "fichons-lui la paix pour aujourd'hui", mais il s'avère que je l'avais mal interprété, il marque plutôt le début des hostilités. Tant Allie que Nate me considèrent d'un air songeur, elle dans le style "de quel côté s'est-elle cogné la tête ?", lui plutôt dans le genre "risque-t-elle nous envahir longtemps de sa présence ?".

Finalement, il s'adresse à moi :

-Tu comptes regarder dans le vide comme ça longtemps ou tu vas te décider à nous dire ce que tu fais ici ?

Dieu ce qu'il m'insupporte déjà.

N'ayant nullement l'intention de répondre, je me tourne vers Allie en lui faisant ma moue de petite fille pour lui signifier que j'attends qu'elle me défende et qu'elle m'accorde au moins une nuit de répit. Elle se racle la gorge :

-Oui, moi aussi j'aimerais bien savoir.

Je la fusille du regard. Dire que ce tour marche même sur Will !

-Super, je vois que je suis la bienvenue ici, ça fait plaisir !

-Ca n'a rien à voir Sarah et tu le sais, s'énerve-t-elle. C'est la première fois en vingt ans que je te vois à moins de trois mètres de Liza et ce de ton plein gré. Je te jure, c'est flippant, j'ai l'impression d'avoir une moitié de personne devant moi.

Moi aussi, j'ai l'impression de n'être qu'une moitié de personne. Je me prends la tête entre les mains et m'avachis sur une chaise.

-Je suis un peu perdue en ce moment, avoué-je à mi-voix.

-On avait remarqué oui, ironise ce qui me sert de beau-frère.

Je relève la tête. Il m'a toujours intimidée mais je suis déterminée à faire comme si de rien n'était.

-En parlant de ça, tu aurais pu me faire un câlin, espèce de sale égoïste sans cœur. (Je prends une grande inspiration avant de déclarer : ) Bref, si je suis perdue, c'est parce que... Keith s'est imprégné d'Elizabeth.

Voilà, la bombe est lâchée. Autant dire qu'elle n'effraie pas beaucoup Allie et Nate, vu leurs regards vides de poissons rouges. La première finit par se pencher vers le second pour lui expliquer :

-Keith est le beau gosse officiel de La Push. C'est, ou plutôt c'était, le seul Quileute à la fois beau, musclé, sincèrement gentil et célibataire à ne pas être un modificateur. Toutes les filles en sont folles, y compris le spécimen devant toi.

-Je n'étais pas vraiment amoureuse de lui, protesté-je. Mais il s'est quand même imprégné de ma sœur jumelle, j'ai le droit de souffrir non ?

Nate et Allie ne tentent pas de me cacher l'absence de compassion dans leurs expressions. La seconde finit par maugréer :

-Es-tu vraiment en train d'expliquer à deux personnes qui ont risqué leur vie ne serait-ce que pour avoir le droit de se tenir la main que tu es malheureuse parce qu'un mec que tu n'aimes même pas s'est imprégné de Liz ?

Illico, je sens les larmes me monter de nouveau aux yeux. Pas étonnant qu'Allie ait cru que j'étais enceinte, je n'ai rien d'une pleurnicharde d'habitude. Elle soupire et me tapote l'épaule comme on le ferait pour un gamin qui piaille parce qu'on lui a offert un jouet de couleur rouge alors qu'il le voulait bleu. Quant à lui, Nate a toujours l'air aussi indifférent à mon malheur. Mon agacement doit se voir comme le nez au milieu de la figure car il prononce d'un ton moqueur :

-Désolé, j'ai beaucoup de compassion en réalité, mais elle est caché sous toutes ces couches d'égoïsme.

Je lui renvoie une grimace mais il ne me voit pas, trop occupé à échanger un long regard avec Allie. Je ne sais pas s'ils en ont conscience, mais ils passent leur temps à se consulter des yeux. Leur conversation muette doit donner quelque chose du genre :

-Elle est cinglée.

-Je sais. J'espère qu'elle partira bientôt.

-Moi aussi. On la mettra dehors sinon.

-On trouvera bien un moyen de se débarrasser d'elle.

Non, je ne suis pas du tout parano. Allie finit par me serrer l'épaule, piétinant l'image mentale que je me suis faite de leur conversation :

-Viens, je vais te montrer ta chambre. On téléphonera à la maison demain.

Elle s'empare de ma valise et je la suis dans les escaliers. Le premier étage est aussi grand que le rez-de-chaussée et il comporte tout un tas de pièces différentes. Ma chambre, dont les murs sont lambrissés, est chaleureuse et confortable.

Après le départ d'Allie, je prends une douche et fais ma toilette. Dans la salle de bain, je m'installe devant le miroir et brosse longuement mes cheveux noirs. Ils sont lisses naturellement et ne sont pas aussi rétifs que ceux de Liza ou d'Allie, ce qui d'ordinaire rend cette activité apaisante.

Mais aujourd'hui, elle fait remonter des souvenirs bien trop douloureux à la surface. Avec Liz, nous avions l'habitude de nous peigner mutuellement les cheveux, et nous disions pour plaisanter que c'était en réalité moi qui était malchanceuse pour être celle qui héritait de la chevelure bouclée de l'autre à démêler.

A présent, je ne supporte même pas de voir mon image dans le miroir. Cette peau presque tannée, ces grands yeux chocolat ourlés de longs cils et ce visage en forme de cœur me rappellent trop ma sœur.

Je ne veux pas penser à elle et au fait qu'elle a réussi à me briser le cœur. Je ne peux pas la détester, ce serait comme essayer de me haïr moi même.

Mon portable vivre, et je sais que c'est un énième message ou appel de sa part, pour tenter de comprendre pourquoi je suis partie si brusquement.

Je lâche ma brosse et me jette sur mon lit pour éteindre cet objet de malheur. J'aimerais bien réussir à éteindre mon cœur dans le processus.

Si seulement c'était aussi simple.


On verra souvent Allie et Nate dans cette histoire, je suppose que ça ne dérange personne ^^ A partir d'un moment il y aura aussi d'Elliot et Will (avec peut-être Lily et Madison). L'histoire de Liz se fera en parallèle mais elle aura droit à moins de chapitres.

Pour rappel, chronologiquement l'histoire se passe avant la naissance d'Abby mais pendant le bonus numéro 4 (cf les bonus de Burning Moon), c'est donc la période où Allie ne rentre pas à La Push et évite ses parents.