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Une semaine de voyage, dans un drakkar, signifie cinq jeunes vikings ayant explorés de long en large le mot ennui dans un espace réduit, et avec des adultes pas forcément patients ou compréhensifs. Bref, en arrivant à l'île des Cueilleurs, Stoïck était plus que soulagé. Il a ordonné aux jeunes de décharger les affaires de tous les membres du groupe et de les déposer dans la maison qui les accueillerait. Les jeunes ont grognés, voulant explorer le village et l'île, mais comprenant qu'il s'agit d'une sorte de punition pour avoir tapé sur les nerfs du chef.

Sur le ponton auquel ont accostés les drakkars, se trouve le chef des Cueilleurs, Movic le Bienveillant. Il accueille son homologue berkien avec joie.

- Stoïck, voilà bien longtemps que tu n'es pas venu nous rendre visite. À quoi dois-je cet honneur?

- Movic, c'est un bonheur de te revoir. Mais tu ne peux m'accuser de ne pas venir quand toi-même tu ne quittes jamais ton île!

- Tu as bien raison. Je pense devoir te rendre la politesse un jour. Je vois que tu as emmené de jeunes guerriers. Tu leur fais voir le monde?

- En partie, oui. Mais j'ai regretté ma décision après seulement deux jours. Les jeunes sont intenables quand ils s'ennuient. Et j'ai un sacré lot avec moi.

- Je vois ce que tu veux dire, ceux de ma tribu sont pareils. Nous pourrions les faire s'affronter, ça les occuperait et ils ne traîneraient pas dans nos pieds pour nous faire sentir à quel point ils débordent d'énergie.

- Je t'en serais reconnaissant, ils me rendent fou!

- Alors c'est réglé, je parlerais à mon second pour qu'il arrange ça le plus vite possible. Combien de temps restez-vous?

- Eh bien, ça dépend de ce que nous allons pouvoir convenir. Comme tu le sais, les dragons sont un fléau. Les raids ne cessent pas et cette année à été mauvaise pour les récoltes et la pêche. Les réserves de mon village sont au plus bas. Je viens donc marchander quelques vivres, des matériaux pour notre forge et des remèdes.

- Je comprends, nous parlerons de ça ce soir, au repas. Mais si je peux te faire une suggestion, tu devrais demander l'aide du jeune Rider. Il a fait des miracles avec les dragons.

- Des miracles?

- Oui, viens, allons au village, tu comprendras.

Intrigué, Stoïck suit Movic au village, suivit de Gueulfor et des jeunes qui oublient de décharger les drakkars. Arrivé aux premières maisons, le groupe s'arrête et contemple la vue. Partout des vikings s'affairent, comme il est de coutume durant une journée ensoleillée et calme. Mais ce qui interpelle le groupe de berkiens, ce sont les dragons qui se promènent en liberté dans les rues. Des cauchemars ronflent sur les rochers bordant le village, des vipères portent des paniers de poissons en suivant des vikings, des braguettaures aident des hommes à construire un bâtiment, des terreurs volent dans tous les sens en portant des bouts de papier, se posant sur des perchoirs, et des gronckles surveillent des enfants qui jouent.

- Qu'est-ce que ça signifie? demande Stoïck.

- Je te l'ai dit, le jeune Rider fait des miracles.

- Qui est-ce jeune?

- Nous l'appelons Rider, répond Movic, nous ne savons pas grand-chose sur lui, mais c'est pareil en ce qui le concerne. Le pauvre s'est échoué sur nos côtes il y a près de cinq ans. On pensait qu'il allait mourir, il est resté inconscient près de deux semaines. Il avait une grosse bosse à la tête, sûrement due à la chute qui l'a fait atterrir sur nôtre île. Quand il s'est réveillé, il ne se souvenait plus de rien, pas même de son nom ou du dragon qui l'accompagnait.

- Un dragon? questionne Gueulfor.

- Oui, un furie nocturne. Il est plus protecteur qu'une mère envers son nouveau-né. Il ne voulait pas qu'on s'approche du gamin quand on l'a trouvé. Il nous a fallu des heures pour lui faire comprendre que nous voulions juste aider son ami. Et même quand il nous a autorisé à l'emmener au village pour le faire soigner, il a suivi et a refusé de sortir de la maison des guérisseurs jusqu'à ce que le petit se réveille. Et c'est une bonne chose, le gamin était complètement perdu, ce qui est normal dans son état. Il n'y a que le dragon qui parvenait à le calmer. Et même si Rider ne se souvenait absolument de rien, il avait une confiance aveugle envers le lézard.

- Et quel est le rapport avec ce qui se passe aujourd'hui?

- Rider nous a aidé à entraîner des dragons. Il s'est dit que s'il parvenait à être ami avec un furie nocturne, ça ne devrait pas être compliqué avec les autres. Alors, après un raid, il m'a fait part de son idée et je l'ai laissé tenter sa chance avec les dragons que nous avions capturés. Il lui a suffit de quelques mots et deux ou trois poissons pour que tous les lézards se roulent à ses pieds en ronronnant comme des chats! Quand on a vu ça, on a compris que c'est mieux d'avoir les dragons à nos côtés plutôt que contre nous. Du coup, il nous a appris à nous lier avec les dragons et à les monter. Je peux vous assurer d'une chose : une fois que vous avez volé sur un de ces lézards, c'est dur de redescendre. Et vous voyez le résultat aujourd'hui. Les dragons vivent avec nous, en bonne entente. Quand il y a un raid, nous formons une défense aérienne et les autres dragons font demi-tour. Certains restent ici et s'intègrent au village. La vie est bien plus simple et facile depuis. Maintenant, au lieu d'apprendre à tuer des dragons, les jeunes apprennent à les monter et à combattre à leurs côtés.

- Et ce Rider, c'est lui qui a rendu ça possible? demande Stoïck. Pourquoi n'aide-t-il pas les autres îles?

- Ah, c'est le problème. Le gamin a peur.

- Peur?

- Oui. Après cinq ans, il n'a toujours pas retrouvé le moindre souvenir. Tout ce qu'il sait, il l'a apprit depuis qu'il est avec nous, en dehors de ses instincts avec les dragons. Il est effrayé à l'idée de partir et de se retrouver dans la même situation. Ce n'est pas très logique, on ne perd pas la mémoire comme ça. Il le sait et le dit lui-même, mais ça lui fait peur. Il ne veut pas perdre le peu qu'il a. On le comprend, donc on ne le pousse pas, mais on essaie de l'aider à surpasser ses craintes. Il fait des progrès. Par exemple, il n'est pas là aujourd'hui. Il est partit avec mon fils et quelques autres pour explorer les alentours. Ils sont partis il y a une semaine et devraient être de retour ce soir. De toute façon, Rider ne s'absente pas trop, il est l'apprenti du forgeron depuis trois ans et il y a toujours du travail.

- Si nous lui demandons de nous accompagner sur Berk, il viendra?

- Aucune idée. Mais s'il ne veut pas venir, je vous conseille de laisser tomber, Krokmou n'est pas très patient quand ça concerne Rider.

- Et c'est qui ce Krokmou? demande Gueulfor.

- Le furie nocturne.

- Attendez, un furie nocturne, le plus mortel de tous les dragons, s'appelle Krokmou?! s'exclame Astrid.

- Oui. Quand Rider a voulu lui donner un nom, le dragon a tout refusé jusqu'à qu'il montre ses dents et les rétracte, en faisant semblant de manger un poisson, Après quelques essais, Rider a trouvé le bon nom. Et laisse-moi te dire une chose petite. Le plus mortel de tous les dragons est aussi le plus joueur et le plus loyal. Et il a un caractère bien trempé.

Avant qu'Astrid ne puisse répliquer, un cri retentit. Le groupe se tourne vers la source du cri et aperçoit sept dragons atterrir dans le village. L'un deux est très différent des autres, plus petit et entièrement noir. Les berkiens en déduisent qu'il s'agit du furie nocturne. Celui qui le monte est vêtu tout de noir et a un casque sur le visage, sans doute pour couper le vent. Les voyant, Movic les appelle et leur fait signe d'approcher. Les jeunes gens, cinq garçons et deux filles, arrivent en bavardant.

- Taisez-vous un peu, les jeunes, dit Movic. Nous avons des invités. Je vous présente Stoïck, chef de Berk. Les autres sont tous des berkiens. Je compte sur vous pour leur faire bon accueil. Rider, Stoïck aimerait te parler, tu peux lui accorder un peu de temps?

- Bien sûr, répond le jeune homme en se battant avec son casque, dès que j'aurais réussi à enlever cette chose. Ce nouveau modèle laisse à désirer.

Enlevant enfin le casque, le jeune homme relève la tête et s'adresse au groupe de visiteurs.

- Bonjour, enchanté de faire votre connaissance. Comme Movic vient de le dire, je me nomme Rider. En quoi puis-je vous aider?

Le groupe de berkiens, en voyant le visage du jeune homme, se retrouve figé sur place, incapable de parler.

- Euh, vous allez bien? demande Rider, inquiet.

- Harold? demande Stoïck, sous le choc.

- Pardon?