Toute prison a sa fenêtre. – Gilbert Gratiant
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Lorsque les gardes les poussèrent à travers l'entrée de la Salle de Jugement, Drago fut tout d'abord aveuglé. Cela lui avait pris une bonne dizaine de minutes pour s'accommoder à cette lumière brutale la dernière fois qu'il fut conduit ici, il y a quelques jours. Elle lui semblait écrasante, pesant sur les yeux qu'il s'efforçait à grande peine de garder ouverts. Les quelques rayons qui s'infiltraient entre ses cils battant furieusement lui perçaient les yeux. Il se dit une seconde fois que l'effet devait être voulu. Les prisonniers avaient des chambres peu éclairées, puis étaient guidés le long du couloir chaleureusement éclairé à l'aide de quelques torches avant d'être lancés dans cette blancheur lancinante.
Plutôt déstabilisant, comme effet. Et les juges profitaient de cette situation afin de bombarder les accusés d'une liste détaillée des crimes les ayant conduits à cet endroit précis. Bien sûr Drago n'avait pas été assez malin pour se rendre compte de cela sur le coup. Il l'avait déduit à la suite de leur premier procès, une fois que le choc de celui-ci se fut estompé de son cerveau engourdi et qu'il s'était assis sur sa couchette passablement confortable pour s'en remémorer toutes les étapes.
Et puis il s'était aussi rendu compte que la lumière clinique ne constituait pas l'unique facteur qui l'empêchait de penser proprement.
Il tremblait comme une feuille.
Drago n'avait jamais été courageux. Il ne se contait pas de blagues à ce sujet. Et il avait d'ailleurs été plutôt heureux de ne pas avoir ce trait qu'il considérait stupide et auto-destructeur, caractéristique des idiots de Gryffondor. Par contre, plus les années avancèrent, plus il se rendit compte de la valeur dudit stupide trait. Il aurait beaucoup donné pour avoir une parcelle, aussi minime soit-elle, de bravoure durant sa sixième année… Et lors des réunions avec le Seigneur des Ténèbres, il— Suffit de dire que son respect pour Potter avait exponentiellement monté lors de ces réunions. Quoi qu'il ne l'admettrait probablement jamais à qui que ce soit. Il déglutit—il n'en aurait probablement même pas la chance.
Soudain, trois chaises se matérialisèrent derrière lui et ses parents et de lourdes chaînes surgirent afin de les y plaquer. Drago ne put s'empêcher de pousser un cri et d'essayer de se débattre tandis que le métal encerclait ses membres et le maintenait solidement immobiles contre le bois froid et dur. N'y pouvant rien faire, il se mordit la lèvre en se répétant intérieurement que ce n'était que procédure nécessaire, rien d'autre… Ils allaient le relâcher assez vite…
«…Utilisation des Sortilèges Impardonnables, possession d'objets maléfiques interdits pas le Ministère de la… »
Ils récitaient la même liste que la dernière fois. Drago eut encore une fois l'impression qu'elle s'allongeait au fur et à mesure que le grand sorcier moustachu la lisait de sa voix de stentor, appuyant durement sur chaque acte les incriminant.
«… années de conspiration avec Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, tentative de meurtre d'Albus Dumbledore… »
Drago grimaça, comme à chaque fois qu'il entendait son nom. Il y a quelques jours, ses yeux s'étaient agrandis comme des soucoupes tandis qu'il écoutait l'interminable liste des accusations. Paniqué, il avait regardé sa mère et son père à ses côtés, cherchant à s'assurer que c'était absurde, que c'était impossible qu'ils aient fait tout ça. Cette fois, il ne faisait que grincer des dents, le regard fixé sur ses chaussures sales, priant mentalement pour que la liste se soit raccourcie par miracle, qu'il se soit avéré qu'il y avait des erreurs, que les crimes n'étaient pas si nombreux que ça en fin de compte. Il savait, sans avoir à les regarder, que sa mère avait les yeux fermés et les larmes ruisselaient sur ses joues pâles – il l'entendait étouffer des sanglots de temps en temps – tandis que son père fronçait les sourcils sans ne rien laisser paraître dans son regard.
Ils avaient tous trois la tête baissée et se demandaient tous comment est-ce que la situation a pu se retourner contre eux de la sorte… Drago se remémora ce moment où il retrouva ses parents quand, par miracle, Il tomba enfin, les libérant de cette prison dans laquelle ils s'étaient eux-mêmes enfermés.
Rien n'avait importé sauf le fait qu'ils étaient vivants et libres. Ils étaient habitués à ne jamais subir les conséquences de leurs actes grâce à leur argent et leur pouvoir au sein du monde sorcier et n'avaient pas songé un instant à ce qu'engendrerait la défaite du Seigneur…
«...tentative de meurtre de Ginevra Molly Weasley, torture sous Endoloris, évasion de la prison d'Azkaban, ouverture de la Chambre des Secrets, à l'école de sorcellerie de Poudlard… »
Drago commençait à s'accommoder à la dure clarté dans la salle. La liste de crimes donnait l'impression de ne jamais se terminer.
«…Refuge de Mangemorts et de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom au manoir Malefoy, effraction au Département des Mystères… »
Il fit des poings de ses mains et les tendit afin de réduire leur tremblement. Il lui sembla obtenir l'effet contraire.
Ils étaient foutus.
Il avait été effrayé la dernière fois qu'il fut conduit ici. Mais ils ne semblèrent pas vraiment décider de leur sort, toute la procédure ne se concluant qu'avec le verdict qu'ils allaient être jugés ensemble, plutôt que séparément. Cette fois-ci par contre, ça y était… Drago se sentait glacé, mais il sentait de la sueur perler sur son front et lui couler le long du dos. La chaise lui faisait mal.
« …Et obtention de la Marque des Ténèbres. » Un dur silence se fit dans la salle. Drago leva un instant les yeux pour voir les regards accusateurs des sept membres installés au-dessus d'eux. Il rebaissa rapidement la tête. « Plaidez-vous coupables ou non coupables? »
Personne ne dit rien. Narcissa laissa échapper un sanglot bruyant avant d'essayer de plaquer sa main délicate sur sa bouche, mais celle-ci fut brutalement ramenée en arrière par une large chaîne.
Le sorcier moustachu à la tête du jury se pencha légèrement en avant. Son ton devint plus menaçant. « J'ai dit… Plaidez-vous coupables ou non coupables? »
« Je plaide coupable. » Drago releva brusquement la tête sur le visage de son père. L'expression de celui-ci n'était plus aussi bien dissimulée que quelques minutes plus tôt… Son teint était gris, sa bouche une fine ligne, sa mâchoire serrée et… Drago se rendit compte que les poings de son père tremblaient plus que les siens.
« Très bien. » dit le sorcier en se redressant dans sa chaise. Il tourna la tête vers une longue femme sèche aux cheveux sel et poivre courts qui, plume à la main, s'acharnait sur un parchemin bleuté depuis le début de la séance. « Lucius, Narcissa et Drago Malefoy plaident coupables. »
« Non! » Lucius s'efforçait de garder sa voix ferme. « Je, Lucius Malefoy, plaide coupable. Narcissa et Drago n'y sont pour ri—»
« Avez-vous oublié, monsieur Malefoy, que la dernière fois que vous avez été emmenés dans cette même salle, le jury a pris la décision que vous alliez être jugés en famille et subirez conséquemment tous trois la même sentence? »
Narcissa inhala brusquement, le souffle coupé. Lucius blanchit encore plus et on aurait dit que son visage anguleux fut fait de marbre, si ce n'était des narines se dilatant furieusement au centre de celui-ci.
Visiblement, les parents de Drago non plus n'avaient pas saisi l'ampleur de la sentence de leur dernier procès… Drago se sentit légèrement étourdi. Le Ministère avait donc trouvé un moyen supplémentaire de faire croître les chances de leur capture. Tout ce dont ils accuseraient l'un se refléterait inévitablement sur les autres et ce fait ne pouvait être que négatif, vu qu'ils n'allaient certainement pas se montre ambigus à leur sujet.
Les Malefoys étaient dorénavant piégés comme des mouches dans une toile d'araignée. Une toile d'araignée dans laquelle ils s'étaient jovialement jetés de leur propre gré, faut-il mentionner.
« Donc, comme je disais, vous venez de plaider coupable—»
« Je me suis trompé! Je plaide non coupable—Je ne savais pas—»
« Pensez-vous réellement qu'une fois que vous avez plaidé coupable, vous pouvez changer d'avis? » La moustache touffue noire bougeait furieusement tandis que son propriétaire s'inclinait à nouveau dangereusement en avant. Suspendu sur les bancs au-dessus des trois prisonniers, sa figure les toisait de haut comme trois vulgaires insectes qu'il s'apprêtait à écraser. « Trouvez-vous que ce genre de plaidoirie est crédible à nos yeux? Tu étais plus malin que cela autrefois, Lucius. »
Il connaissait son père personnellement. Non, non, non, non. Drago eut tout à coup envie de secouer frénétiquement la tête, tel un aliéné. Tout allait de mal en pis. Ils ne faisaient que s'enfoncer avec chaque minute qui passait. Et lui perdait la tête.
Lucius ferma les yeux, pressant fortement ses paupières bleutées. « Je— Nous plaidons non coupables. » Sa voix trembla légèrement au dernier mot.
Il y eut à nouveau un silence dans la salle, interrompu seulement par la plume qui s'activait fiévreusement dans la main desséchée de la vieille sorcière.
« Tu sais quoi, Lucius… Je te l'accorde. » Drago n'avait nullement besoin de lever le visage pour voir le sourire narquois ornant les lèvres du membre principal du jury. Il pouvait l'entendre. « Que vous plaidiez coupables nous aurait facilité la tâche. Comme c'est là, la situation repose entre nos mains. Et pour être franc, Lucius… » Il se pencha encore plus en avant. Un peu plus et il allait tomber de son banc, eut l'impression Drago. « Tout ce que ça change est que ça prendra légèrement plus de temps. »
Le sorcier confirma leur damnation avec ces paroles, mais Drago s'accrocha désespérément à la pensée que plus de temps signifiait plus de chances de s'en sortir. Qui sait, l'un des sorciers voterait possiblement en leur faveur. Cela créerait un débat. Peut-être celui-ci changerait-il l'opinion d'un autre membre. Ou—ou un dragon pourrait surgir de façon tout à fait inexpliquée et détruire la moitié du bâtiment, comme c'est arrivé lorsque Potter s'était échappé de Gringotts. Ou n'importe quelle autre bête sauvage – un troll, un scroutt à pétard, Hagrid!
« Les interrogateurs seront : Marival Gorlenius Brayd, directeur du Département de la Justice Magique ; Karina Muyr Layndova, secrétaire d'état des Services administratifs du Magenmagot; Arnold Bondupois, Oubliator en chef et membre de la Brigade de réparation des accidents de sorcellerie. Alors, qu'avez-vous à dire pour votre défense? »
Drago jeta deux regards affolés jumeaux dans la direction de ses parents.
« Nous ne voulions pas—nous avons été forcé à faire ce que l'on nous accuse d'avoir fait. Nous—»
« Avez-vous été placés sous Imperium? » coupa sèchement le dénommé Brayd, sa moustache s'élevant brusquement à chaque parole qu'il prononçait.
« Je—Peut-être. » continuait Lucius. Drago était reconnaissant que son père tentait son possible en s'agrippant à toutes les options ayant la moindre chance de les sauver, aussi invraisemblables soient-elles. Peut-être réussirait-il, une fois de plus, à persuader leur entourage? Il avait déjà échappé à toute cette situation une fois, non? Il pouvait donc les en tirer une seconde? Drago reposait tout son espoir sur son paternel car, de toute façon, il était le seul qui pouvait faire quoi que ce soit pour changer la situation…
« Quels faits viennent appuyer ces doutes? » lança la vieille dame sans lever le regard de son parchemin ou stopper la course de sa plume sur celui-ci.
« Je—je ne me sentais pas en total contrôle de ma personne et c'est de même pour ma femme et mon fils. Il nous arrivait de nous poser des questions sur ce qui nous arrivait, le déroulement des événements était quelque peu flou et—»
« Foutaises! » cria presque Brayd, riant aux éclats. « Ce mensonge va clairement se retourner contre vous, Lucius. Tes liens et relations si estimées ne t'ont pas averti qu'un examen est fait sur chaque sorcier entrant ici afin de déterminer les sorts majeurs ayant été lancés sur sa personne durant les derniers mois? »
Non, non, non, non.
Drago entendit son père déglutir à sa droite.
« C'est—C'est possible que cela ait été avant ces derniers mois. Le Seigneur des Ténèbres nous a piégés bien avant cela—»
« Piégés? Tu oses dire piégés? Je te prie de ne pas ridiculiser la situation, Malefoy. »
« Je ne—»
« N'est-il pas vrai que deux des prisonniers, Lucius et Drago Malefoy, portent la Marque des Ténèbres sur leur avant-bras droits respectifs? » demanda le troisième interrogateur, un petit homme joufflu aux longs cheveux bruns lissés par en arrière dans une minuscule queue de cheval. Sa voix était monotone et il avait constamment l'air d'avoir mordu dans un citron frais plaqué au visage.
« Cela ne veut pas automatiquement—»
« N'est-il pas vrai que deux des prisonniers, Lucius et Drago Malefoy, portent la Marque—» reprit le sorcier de sa voix lasse.
« Oui. Oui… »
La dénommée Layndova gribouilla frénétiquement.
« Pourquoi? »
« Je—Le Seigneur voulait que l'on accepte sa Marque, sans quoi il nous aurait tous tué, il ne—»
« N'est-il pas vrai que le plus jeune prisonnier, Drago Malefoy, utilisa les sortilèges impardonnables qui faillirent causer la mort de plusieurs personnes, dont Katie Bell, Ronald Bilius Weasley et Rosmerta Thornwell dans le but même d'assassiner le directeur de son école, Albus Perceval Wulfrik Brian Dumbledore, ce qui résulta en le décès de ce dernier, ainsi que les blessure de William Arthur Weas… »
Drago avait la tête qui tournait. Il avait de la misère à suivre la voix monotone qui exigeait des explications pour tous leurs crimes, mais écouta son père répondre du mieux qu'il pouvait lorsque le jury le laissait parler.
« Il ne l'aurait pas tué, Drago n'aurait jamais—»
« Quelles preuves avez-vous pour appuyer vos dires? » Même la voix de la vieille membre du Magenmagot semblait déshydratée. Étouffée.
« Il était stupide et innocent. Il ne savait pas dans quoi il s'embarquait, il ne pensait—»
« Et pourtant cela ne l'empêcha pas d'utiliser des sortilèges menant directement en prison et de poser des actes que la plupart des sorciers d'un âge mûr n'oseraient jamais poser. »
Drago avait envie de pleurer.
« La situation était critique. La plupart des sorciers ne se trouveront jamais dans une telle situa—»
« Se trouver dans une situation critique ne signifie aucunement qu'il est nécessaire d'avoir recours au meurtre. »
« Je vous en prie! » sanglota Narcissa « Il n'a tué personne—Il n'a rien fait. Lai—Laissez-le partir! »
« Silence, s'il vous plaît. Je ne veux pas de scandales dans cette salle. » ordonna Brayd de sa voix tonitruante.
« Mais il n'a—»
« Narcissa…—»
« J'ai dit silence ou on sera obligés de vous sortir de la salle et le reste du procès se déroulera sans votre présence! »
Un silence se fit à la suite de quelques coups de marteau.
« N'est-il pas vrai que le Seigneur des Ténèbres résida dans le manoir des prisonniers et utilisa la baguette du prisonnier aîné, Lucius Malefoy… »
Le procès progressa. Chacun de leurs arguments était déchiqueté et aussitôt oublié, aucune de leurs excuses n'était convaincante. Lucius se débattait, cherchait des idées, tentait tant bien que mal de manipuler le jury, mais rien ne fonctionnait. Sa mère pleurait aussi silencieusement qu'elle le pouvait. Et le temps filait, filait… Emportant avec lui tout l'espoir et l'optimisme auxquels Drago s'efforçait désespérément de s'accrocher et sentait fuir inexorablement entre ses doigts.
Puis vint le moment inévitable où, ayant visiblement fini leur interrogatoire, le jury s'apprêta à prendre leur décision.
Il y eut une minute de silence durant laquelle on n'entendait que les pleurs de Narcissa Malefoy ainsi que le grincement de la plume de Layndova.
Puis, le robuste moustachu se leva.
« Nous avons pris notre décision. »
« Quoi!? » s'exclama la mère de Drago. « Mais vous ne vous êtes même pas consultés, vous—»
« La façon dont nous procédons ne vous concerne en rien, madame Malefoy. » la coupa-t-il durement. « Maintenant, si vous voulez vous abstenir de m'interrompre, nous allons procéder à la l'étape fatidique du procès d'aujourd'hui. »
Il la fixa d'un regard mauvais durant quelque secondes puis prit une inspiration et énonça clairement la décision :
« Le verdict est que les accusés Lucius, Narcissa et Drago Malefoy s'avèrent tous trois Collaborateurs. Ils se verront par conséquent attribuer le baiser du Détraqueur, samedi, à vingt heures. »
Drago eut l'impression que le monde se refermait sur lui, se repliant de plus en plus jusqu'à l'étouffer.
Il entendit à peine sa mère crier à travers l'opacité et la lourde épaisseur qui le suffoquaient impitoyablement.
Il lui sembla tout à coup être conscient du moindre détail de son corps comme il ne l'avait jamais été auparavant. Sa bouche était devenue un orifice déshydraté, un désert dans laquelle crevait sa langue tarie et rugueuse, comme tapissée de sable. Ses yeux se consumaient, la sensation de brûlure se répandant tout autour de l'orbite jusque dans sa tête. Ses tympans allaient tout simplement exploser sous la pression.
« Je vous en supplie, pas Drago, pas Dra— »
Brayd saisit son marteau qu'il abattit sur sa planche de bois à quelques reprises. Le bruit assourdissant se répercuta dans la tête de Drago.
« J'exige le silence dans la salle ! »
Narcissa collapsa dans sa chaise comme si son corps venait d'être balayé de tout os et muscle l'ayant auparavant soutenu, son visage grimaçant inondé de larmes.
Satisfait, Brayd continua la lecture de leur verdict, levant lentement le bras tenant le marteau dans les airs. Drago n'arrivait pas à concevoir que l'abattement de l'outil inoffensif cèlerait pour lui une fin pire que la mort.
« La sentence sera donc exécutée dans très exactement deux jours, six heures et trente-deux minutes. La décision a été pris—»
« Monsieur Brayd! » s'exclama soudain un petit homme chauve à sa droite n'ayant jusqu'à maintenant pas ouvert la bouche. « Attendez. Il y a un témoin. Je—Je ne l'avais pas vu—Il n'y a jamais de témoins… »
Brayd, visiblement ennuyé, reposa son marteau avec un bruit sourd. « Un témoin? »
« Oui… On doit nécessairement inclure le témoin dans le procès ou l'on ne respecte pas les règlements du Magenmagot, monsieur. Je—je suis désolé, je n'avais vraiment pas porté attention, je ne m'attendais pas à un témoin—je veux dire… Je ne pensais pas qu'on nécessitait de preuves supplémentaires fournies par un témoin pour le procès des Malefoys voyez-vous, je… »
Brayd arracha son papier de la main du sorcier dégarni.
« Très bien, très bien. Veuillez être plus attentif à l'avenir, Moose. Cela aurait été une erreur majeure que d'omettre d'inclure un témoin. Très grave. » Cela dit, Brayd jeta un regard à la paperasse et se retourna vers les prisonniers avec un regard amusé. « Eh bien. Apparemment, le monde veut tellement s'assurer que vous serez punis pour vos actions que quelqu'un a demandé de témoigner. Les témoignages sont très rares, Malefoy… Réjouissez-vous, vous êtes un cas spécial. » Il jeta un autre coup d'œil au parchemin, son sourire s'élargissant. « Très spécial. »
Drago, qui aurait normalement du se réjouir d'une nouvelle interruption et, conséquemment, pour la chance de gagner du temps, regrettait cet ajout au procès. Brayd semblait si heureux de cette tournure des événements que cela ne pouvait plus rien changer en leur faveur. Une certaine indifférence l'avait envahi… Il n'avait aucune idée de comment il allait réagir une fois que le choc se sera estompé. Mais, pour le moment…
Il se sentait… vidé.
Il n'aurait plus d'âme bientôt. Elle lui serait arrachée.
Cela le terrorisait, mais il sentait cette frayeur au loin quelque part, soigneusement dissimulée derrière un brouillard protecteur qui le séparait de la vérité. Il la connaissait – Dieu sait qu'elle fut une compagne très fidèle durant ces deux dernières années – et il sentait sa présence, mais sans encore la palper entièrement. Il ne pouvait pas encore établir de contact avec la réalité.
Lorsque le coup serait définitivement assumé, par contre, il allait virer fou. Il le savait déjà ; il ne serait jamais assez fort pour encaisser un tel ébranlement. Les Détraqueurs allaient hériter d'une âme de dément. Ha. Qu'ils s'étouffent avec.
« Karina, faites donc les modifications nécessaires à la description du déroulement du procès. Nous allons faire entrer le témoin de charge. »
Drago regarda son père. Il était plus gris et crispé que jamais, le regard planant dans le vide, les mains serrant les chaînes jusqu'à en avoir les jointures blanches et saillantes. Elles tremblaient toujours.
Sa mère, quant à elle, n'avait pas bougé. Sa silhouette délicate et brisée secouait sous les sanglots qu'elle ne tentait plus de dissimuler.
Après avoir ajouté le nécessaire sur ses feuilles, la vieille sorcière hocha sèchement la tête dans la direction de Brayd.
Celui-ci se leva à ce signal et, sa voix plus retentissante que jamais, annonça clairement :
« Veuillez faire entrer Harry James Potter dans la salle d'audience ! »
Drago eut l'impression qu'un objet lourd venait de tomber au creux de son estomac, lui coupant quelque peu le souffle. Potter? Potter!?
Il comprit alors pourquoi Brayd semblait si satisfait par cette visite. Harry Potter se faisait respecter de tous depuis sa grande victoire et s'il témoignait contre un accusé, celui-ci connaîtra la pire fin possible. Probablement qu'en plus du baiser des Détraqueurs, leur nom sera à jamais souillé dans la société sorcière, ou quelque chose du genre.
Drago frissonna. Le souvenir de Potter lui sauvant la vie dans la Chambre sur Demande ainsi que durant la bataille de Poudlard lui revint à l'esprit. Il l'avait ménagé, pour des raisons que le Survivant seul connaissait, mais il allait les punir, lui et sa famille, pour les plus graves actions qu'ils avaient commis. S'il y avait quelqu'un en ce monde qui avait le droit de se venger de leur alliance avec le Seigneur des Ténèbres, c'était bien son ancien rival. Drago tenta de l'haïr de la même force qui le poussait durant toutes ces années à l'école, mais n'y parvint pas plus que lors des vingt-quatre derniers mois de sa vie.
Sa haine immuable s'était progressivement évaporée au fil de sa sixième année, sa fumée âcre et acide filant entre ses doigts malgré tous ses efforts pour la contenir en sa personne. Il se souvint avoir désespérément pensé qu'il avait besoin de se sentiment. Il était familier, il l'accrochait à tout ce qu'il connaissait : ses valeurs, ses convictions, sa position dans la vie, dans cette guerre. Cependant, malgré son entêtement, tout avait changé. Les événements vécus en sixième année lui avaient ouvert les yeux et repositionné le moindre détail dans sa perception du monde. Et Harry Saint Potter avait toujours été et sera probablement toujours un élément important et criard dans celle-ci.
Les grandes portes de bois s'ouvrirent et ses yeux suivirent la mince silhouette s'infiltrant dans la grande pièce sous tous les regards des occupants de cette dernière.
Il enregistra rapidement tous les détails de son apparence, comme il l'avait toujours fait. Ces études s'avéraient parfois utiles afin de tourmenter son ennemi et devinrent progressivement un réflexe chaque fois qu'il le voyait.
Sa cape frappait l'air derrière lui tandis qu'il avançait d'un pas déterminé. Ses cheveux étaient aussi ébouriffés qu'ils l'avaient toujours été, quoiqu'un peu plus longs depuis la dernière fois qu'il l'avait vu. Ces horribles lunettes enlaidissaient toujours son visage, reflétant occasionnellement la violente lumière de la salle. Les éléments caractéristiques de son apparence étaient donc bien en place.
Drago nota toutefois quelques changements.
Ses joues semblaient légèrement creusées, donnant un air plus mature et prononcé aux traits de son visage. Des cernes soulignaient ses yeux que l'on pouvait difficilement percevoir à cause des cheveux tombant dans ceux-ci. Drago se remémora cependant que les quelques brèves fois où il avait croisé Potter au courant de la dernière année, celui-ci semblait déjà plus mince et cerné que lors de leurs rencontres à l'école ; il n'avait simplement jamais vraiment pris la peine de le constater, car des pensées plus pressantes lui plombaient alors l'esprit. Finalement, il remarqua une longue et mince cicatrice longeant la joue de Potter venait s'ajouter à la collection de balafres du Vainqueur. Le jeune Serpentard déduit qu'elle avait dû être administrée par un sortilège ou elle aurait déjà été effacée par un sort de guérison.
« Monsieur Potter! » s'exclama chaleureusement Brayd. « Bienvenue au jugement de la famille Malefoys. Je suis Marival Brayd et voici Karina Layndova et Arnold Bondupois. Nous sommes chargés d'interroger les accusés. »
Potter hocha la tête en se dirigeant vers la cabine du témoin.
« Oh, mais ne vous donnez pas la peine de rester dans cette cabine cloîtrée, prenez donc un siège! »
« Ça va aller, monsieur Brayd. » répondit Potter en se plaçant dans la cabine.
« Comme il vous plaira, monsieur Potter. Mais, au moins, assoyez-vous, mettez-vous confortable. » Sur ce, il fit apparaître un siège moelleux derrière le témoin avec un coup de sa baguette et une brève incantation.
Potter resta debout, les mains appuyés sur la barre.
Drago eut une légère envie de rire devant l'expression paumée se peignant sur le visage de Brayd tandis qu'il regardait son siège ignoré. Ce désir disparut rapidement lorsqu'il se souvint de la raison pourquoi Potter était présent.
La mine déconcertée disparut du visage de Brayd tandis que celui-ci se racla la gorge. « Alors… Nous avons mené un interrogatoire détaillé sur les nombreux forfaits commis par Lucius, Drago et Narcissa Malefoy qui leur valent leur emprisonnement. À la suite de celui-ci, nous avons décrété qu'ils étaient bel et bien Collaborateurs et se méritent tous trois le baiser des Détraqueurs pour leurs crimes. Ceux-ci vont comme suit…»
Drago garda ses yeux sur le visage de son rival qui resta impassible tandis qu'il écoutait la récapitulation de Brayd. Potter n'avait pas besoin d'entendre tous ces détails. Il les connaissait possiblement mieux que tous les membres du Magenmagot.
Le temps d'une seconde, il releva la tête un peu et Drago crut noter une différence supplémentaire dans son visage : ses yeux semblèrent briller d'une intensité plus puissante qu'auparavant. Mais ses cheveux recouvrirent rapidement ceux-ci et Drago songea qu'il ne s'agissait probablement que d'une illusion créée par la vive lumière de la salle.
« En tant que témoin de la Couronne, qu'avez-vous à ajouter à ces accusations et quels sont les événements que vous venez partager avec—»
« Je crois que vous faites erreur ...Je ne suis pas un témoin de la Couronne. » interrompit Potter.
Encore une fois, Brayd eut ce même air penaud. « Pardon? Je— Pourtant, monsieur Potter, c'est noté sur mes papiers que vous êtes bel et bien témoin et je—»
« Oui. » poursuivit le Survivant en relevant complètement la tête — la vue claire de ses yeux assura Drago qu'il ne s'était pas trompé… Son regard était définitivement possédé d'une lueur puissante et déterminée. « Je suis témoin, comme c'est indiqué. »
« Alors je ne vois pas—»
« …Témoin de la Défense. » finit clairement Potter. « Je suis ici pour livrer des témoignages en faveur des accusés, et non le contraire. »
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Un merci personnel à chaque commentateur. Je me suis donnée comme devoir de m'asseoir taper, ne serait-ce que quelques mots, avec chaque review apparaissant sur le compte de l'histoire. À tous ceux qui ajoutent la fiction à leur liste de favoris ou d'alerte, merci aussi, mais svp, ajoutiez-y quelques mots pour commenter -- ça m'encouragerait bien plus. Allez, peuple, ça prend même pas de temps!
Bref. J'aimerais juste savoir combien de personnes suivent l'histoire. Écrirez un moi pour m'en aviser? Heh. Merci bien.
- Moi
