Nouvelle histoire Dramione dans la collection Muse Lullaby. J'espère qu'elle vous plaira.

Heibi


Chapitre 1

_ Le Conseil décide de reporter la réunion pour étude plus approfondie du projet sur la rémunération des elfes de maison en vue des nouveaux éléments apportés. Fin de la séance.

Le marteau s'abattit dans un silence total, tandis qu'Hermione rassemblait ses dossiers. La jeune femme sentit sa voisine Susan Bones se pencher vers elle :

_ Ne t'inquiète pas, c'est dans la poche, ça ne fait aucun doute. Ma mère m'a toujours dit que la Cour avait admiré tes propositions et ton ambition lors de la réussite d'un projet.

_ Remercie-la de ma part, dans ce cas, répondit nonchalamment Hermione en grimaçant.

Le fait de rester assise sur ce banc inconfortable contribuait toujours à lui donner le dos en compote. En même temps, il fallait bien travailler pour vivre, non ? Se levant quelque peu péniblement, elle fit un effort pour ne pas s'étirer devant tout le monde et sortit de la salle, bougeant légèrement le cou pour chasser un torticolis.

_ Ah ! Mrs Weasley !

Il fallut quelques secondes à Hermione pour s'arrêter. Même si cela faisait déjà plusieurs années qu'elle était mariée à Ron, elle avait encore du mal à s'habituer à son nouveau nom. Mrs Weasley… cela semblait si…

_ Qu'y a-t-il, Madame Hopkirk ? demanda-t-elle.

La vieille femme s'arrêta devant elle, et faillit la percuter, chose qui aurait été bien fâcheuse, étant donné tous les dossiers qu'elle avait à la main.

_ Une affaire requiert votre attention immédiatement aux Service des usages abusifs de la magie !

_ Maintenant ? gémit Hermione. Mais il est bientôt huit heures du soir, et j'ai…

Ron allait bientôt rentrer, et il détestait avoir à préparer le dîner. D'ailleurs, elle se demandait même s'il saurait où était la cuisine dans la maison. Soupirant, elle essaya une dernière fois de s'épargner cette corvée :

_ Est-ce que cela ne peut pas attendre demain ?

_ Je crains bien que non, Mrs Weasley, dit la vieille femme en pinçant les lèvres.

Hermione ferma les yeux. Mafalda était un peu aigrie, et voulait toujours presser les choses, alors que l'usage abusif de la Magie concernait surtout des faits mineurs, des jeunes sorciers encore imprudents et naïfs. Cela valait-il vraiment la peine d'y sacrifier une partie de la soirée ? Mais elle n'avait pas le choix, sachant pertinemment que si elle donnait cette affaire à quelqu'un d'autre, Mafalda ne cesserait de la submerger toutes les trente secondes de Patronus messager pour lui expliquer le déroulement de ladite affaire.

_ Très bien, j'arrive, capitula Hermione. Une minute.

Elle sortit sa baguette magique et l'agita. Aucune réaction. Elle se concentra, imaginant le visage souriant de son mari le jour de leur mariage.

_ Spero Patronum !

Cette fois-ci, une loutre argentée jaillit de sa baguette magique et se dandina quelques secondes sur place avant de s'arrêter devant sa maîtresse.

_ Va voir Ron, et dis lui que je serais en retard ce soir. Ah, et dis lui qu'il y a certainement les restes du ragoût de Mrs Weasley dans le réfrigérateur.

La loutre s'envola dans un tourbillon de fumée argentée, tandis qu'Hermione prenait à gauche dans le couloir en soupirant. Qu'est ce qu'elle était fatiguée… Cette lutte en faveur des Elfes de Maison en valait la peine, certainement, mais était éreintante.

« De quoi tu te plains ? dit une voix dans sa tête. Les elfes de maison triment tous les jours sous les coups des maîtres qui ne veulent pas assouplir les lois que tu as faites passer. Cela vaut bien le sacrifice de quelques soirées. »

Sauf que Ron était plutôt grognon lorsqu'il rentrait le soir et voyait que le dîner n'était pas préparé, se rappela Hermione avant d'entrer dans la salle à côté de la cour de Justice Magique. On l'utilisait généralement pour des faits mineurs, qui étaient jugés en quelques minutes. La perspective que tout serait fini dans quelques minutes lui donna le courage d'entrer dans la salle en arborant l'air sérieux et impénétrable que tous ses collègues lui connaissaient. La tête haute, elle monta sur les marches, et s'installa à côté de Mafalda Hopkirk, qui tournait les pages d'un petit dossier de ses doigts ridés.

_ Ah, vous voilà, donc. Ils ne vont pas tarder à rentrer.

Hermione ne jeta pas un coup d'œil, trop occupée à consulter le long parchemin qu'elle lui tendait. Durant ses jeunes années à Poudlard, elle avait passé tellement de temps à la bibliothèque qu'elle pouvait du premier coup d'œil repérer les éléments importants sur les pages d'un livre. Cela nécessitait juste une bonne concentration. Dans ce cas-ci, elle était distraite par les marmonnements de Mafalda qui eurent le don de l'exaspérer. Redoublant de concentration, elle fit le vide autour d'elle et se pencha sur le long parchemin.

Comme elle l'avait deviné, le fait était mineur, et ne nécessitait même pas toute cette mise en scène. Quoiqu'il en soit, c'était un élève de première année de Poudlard qui s'était enfui du château à l'occasion d'une sortie à Pré-Au-Lard organisée pour les élèves de troisième année. Quelle perte de temps, songea Hermione en sentant ses yeux se fermer.

_ Je demande à ce que l'accusé Scorpius Malefoy se lève, dit tout à coup Mafalda Hopkirk.

Hermione releva vivement la tête. Malefoy ? Elle avait bien entendu Malefoy ? Non… c'était complètement impossible, pensa-t-elle en cherchant le nom de famille dans le parchemin. Et pourtant si, elle vit un jeune garçon d'environ dix ans s'avancer à la barre. Abasourdie, elle se demanda pourquoi cette vieille chouette de Mafalda s'obstinait à mettre en scène tout ce scénario pour un fait aussi mineur que celui-ci. La jeune femme ne put cependant s'empêcher de détailler l'enfant qui se tenait devant elle.

Il était petit, mais assez mince, la peau pâle et les cheveux blonds. Ses yeux gris exprimaient encore l'innocence de l'enfant, mais on pouvait tout de même y voir une lueur de défi qu'Hermione avait déjà vu maintes fois lorsqu'elle était à Poudlard. Il ressemblait énormément à son père, et elle se surprit à le chercher dans la salle, mais il faisait décidément trop sombre. En même temps, pensa-t-elle, c'était peut être mieux comme ça.

Scorpius Malefoy avait sa robe de sorcier de Poudlard, et on pouvait voir l'insigne de Serpentard sur sa poitrine. Bien évidemment, il ne faillait pas à la tradition familiale selon laquelle tous les Malefoys passaient par Serpentard.

« Et devenait par la même occasion odieux et prétentieux » marmonna Hermione en raturant bruyamment une annotation sur le parchemin, ce qui lui valut un regard surpris de la part de Mafalda Hopkirk. Cette dernière s'éclaircit d'ailleurs la gorge, et dit :

_ Scorpius Malefoy, vous êtes accusé d'avoir enfreint le règlement de l'école de Poudlard en vous infiltrant dans le train emmenant des élèves de troisième année au village de Pré-Au-Lard. Mais le plus grave reste l'utilisation d'un sortilège Impardonnable sur un élève appelé…

_ Quoi ?

L'exclamation avait jaillit de la bouche d'Hermione avant même qu'elle ne put la retenir, ce qui lui valut les regards des Magenmagots, de Mafalda et de Scorpius sur elle. S'efforçant de se redonner une contenance, elle se pencha par-dessus le bureau et dit d'une voix grave :

_ Et pourrais-je savoir où et comment est ce que l'accusé a-t-il appris de pareils sortilèges ? Lequel est-ce d'ailleurs ?

_ J'allais exposer les faits, Mrs Weasley, dit Mafalda.

Elle semblait offusquée par la brusquerie du ton d'Hermione, parce que mine de rien, les juges ne devaient en aucun cas perdre leur sang-froid vis-à-vis des accusés.

_ Monsieur Malefoy a manifestement utilisé le sortilège de l'Impérium sur un élève de troisième année appelé James Potter.

_ Voyez-vous ça, dit Hermione d'une voix aigre.

Elle transperça l'enfant d'un regard noir. Etrange qu'il s'attaque à cette victime en particulier. Les Potter et les Malefoy ne s'étaient jamais entendus.

_ Sait-il que l'utilisation d'un sortilège Impardonnable constitue une faute grave passible d'une peine de prison à Azkaban ? demanda-t-elle d'une voix menaçante.

_ Allons, soyez tout de même un peu plus tolérante, vous voyez bien que ce n'est qu'un…

_ Et d'ailleurs, où a-t-il entendu parler d'un tel sort ? continua Hermione qui fulminait à présent. La Réserve de Poudlard est interdite aux premières années, et l'étude des sortilèges Impardonnables ne commence pas avant au moins la quatrième année. La question reste donc entière.

La véritable question était plutôt QUI lui avait enseigné ce sort. En réalité, la jeune femme n'avait aucun mal à imaginer que Scorpius Malefoy l'avait appris d'une personne goguenarde et odieuse, voulant toujours rabaisser et manipuler les autres.

_ Allons, Mrs Weasley, calmez-vous, dit un Magenmagot.

_ Oui, calmez-vous, Mrs Weasley.

C'était une voix traînante et ironique qui avait jailli du fond de la salle qui fit relever la tête à Hermione. Son sang se glaça tandis qu'elle voyait une silhouette se rapprocher. Elle n'avait vraiment aucune envie de le voir, surtout qu'il ne contribuerait qu'à attiser sa colère. Mais elle était dans une Cour de Justice, et elle se devait de se montrer digne de son rang, même si en ce moment cela paraissait réellement difficile. Alors Hermione ne put que regarder l'individu qui se présenta à la lumière, près de Scorpius Malefoy.

_ Papa, dit le garçon. Maman

Bien sur… Papa… Il n'avait pas changé, mêmes yeux, même visage mince, même cheveux blonds, même sourire méchant. A sa suite se trouvait sa femme, Astoria, vêtue d'un tailleur austère gris foncé, les cheveux ramenés en arrière dans un chignon sévère, un peu à la même façon qu'Hermione, si ce n'est que celle-ci laissait des mèches s'échapper de son chignon qui retombaient sur sa nuque. Hermione ne put s'empêcher de se demander si Drago se fichait de sa tête, et cela lui permit de se calmer en prenant une grande inspiration.

_ Mr Malefoy, dit-elle d'une voix froide. N'avez-vous pas honte du comportement de votre fils ?

_ A vrai dire, je ne peux pas le blâmer, commença Drago.

_ Bien sur que si, le blâme revient sur vous et votre femme, coupa Hermione. C'est votre fils, vous en êtes responsable.

Tout le monde regardait Hermione et Drago, comme ci tout à coup l'affaire n'avait plus lieu d'être. On assistait à des retrouvailles complètement explosives entre deux ennemis, qui, bien que passé de l'adolescence à l'âge adulte, se détestaient cordialement.

_ A vrai dire, mon fils a lu ce sortilège dans la Gazette Du Sorcier, répondit calmement Malefoy. Un article de Rita Skeeter qui parlait justement de la Cour de Justice Magique, ceci ayant un but strictement pédagogique. On ne peut pas lui reprocher d'avoir essayé un sortilège énoncé dans une interview par une employée du Ministère. Elle s'appelait Marietta Edgecombe, je crois.

L'annonce figea tout le monde, et les joues ridés de Mafalda devinrent rouge écarlates. C'était manifestement une honte pour le ministère d'être passé à côté d'un tel article.

_ Je vais… je vais écrire à la rédaction de la Gazette du Sorcier pour leur dire de mieux gérer leurs articles, toussota la juge.

_ Le ministère a peut-être fait une erreur, répliqua Hermione, qui n'avait pas quitté Malefoy des yeux. Mais l'article précisait bien que c'était un sortilège Impardonnable, et que plusieurs… personnes étaient partis à Azkaban pour cela. Si elles y sont, ce n'est pas par hasard.

Elle avait bien insisté sur le mot « personne », ce qui effaça légèrement le sourire narquois de Malefoy. Il savait qu'elle parlait des Mangemorts, et qu'elle impliquait tout particulièrement son père, Lucius Malefoy. La dureté de son expression satisfit Hermione qui prit un air de suffisance. Profitant du silence religieux de la salle, elle dit d'une voix blanche :

_ J'aimerais qu'un énième message d'avertissement soit envoyé à Rita Skeeter. Quant à Scorpius Malefoy…

Elle se pencha vers le fils qui la regardait d'un air quelque peu apeuré, attendant sa sentence. Mais elle n'avait pas l'intention de passer sa colère sur lui. Tout ce qu'elle souhaitait pour le moment, c'était sortir de là, rentrer chez elle, et se reposer après cette dure journée de travail.

_ … Je propose de laisser Poudlard décider de sa sentence. Après tout, les retenues servent à ça.

Comme personne ne réagissait, une fois de plus, elle se tourna vers Mafalda, comme pour la prendre à témoin. Mais la vieille femme semblait complètement dépassée par la situation. Hermione reporta alors son attention vers Drago qui lui lançait un regard noir.

_ Très bien, je pense que l'accusé peut rentrer à Poudlard. La séance est levée.

Elle prit le lourd marteau sur le bureau de la juge encore interloquée et l'abattit avant de se lever et de rassembler ses documents. Il fallut quelques minutes aux autres Magenmagots avant de réaliser qu'ils pouvaient disposer. Marmonnant entre eux de ce procès de toute évidence hors du commun, ils quittèrent la salle. Les Malefoys sortirent de la salle, et Hermione finit de rassembler ses dossiers. Mafalda Hopkirk semblait complètement ailleurs, ce qui eut le don d'exaspérer Hermione.

_ Qu'est ce qui…, chevrota la juge.

_ Oh je vous en prie, Mafalda, reprenez-vous, dit Hermione d'une voix sèche. Cette affaire ne valait même pas qu'on appelle la Cour de Justice. Rentrez chez vous et dormez, maintenant.

D'un pas raide, elle sortit de la salle, ne songeant qu'à une bonne tasse de thé, et pourquoi pas s'endormir sur un bon livre si elle en avait le courage…

_ Tu vas me le payer ça, Granger.

Elle s'immobilisa en soupirant. Il était adossé derrière elle à une colonne et la toisait d'un air mauvais. Indifférente, elle ne lui accorda pas un regard, sachant parfaitement que c'était le sous-entendu vis-à-vis de son père qui le mettait dans cet état. Malefoy n'avait jamais failli à ses valeurs, mais elle non plus. Leur entêtement commun à rester sur leurs positions était d'ailleurs la raison pour laquelle ils se détestaient tant.

_ Tiens, étrange, rétorqua-t-elle, la fatigue la rendant décidemment très méchante ce soir, dans ce cas, j'aurais dû être lâchement stupéfixée par derrière. C'est certainement pour ça que ta femme et ton fils ne sont pas là pour voir cette magnifique preuve de lâcheté.

Elle appela l'ascenseur, et se rappela vaguement de la fois où Malefoy avait essayé d'attaquer Harry par derrière. Maugrey –où plutôt Barty Croupton Junior- avait surgi pour le transformer en une extraordinaire fouine. Souriant à l'évocation de ce souvenir, elle revint à la réalité lorsqu'il lui marmonna :

_ Astoria reconduit Scorpius au Potoloin. De toute façon, je ne suis pas là pour t'attaquer.

_ J'en suis flattée, répliqua aigrement Hermione.

Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, et elle s'engouffra à l'intérieur avant de presser le bouton du rez-de-chaussée. Mais malheureusement pour elle, Drago entra aussi dans l'ascenseur, et la voix à l'intérieur de la cabine dit :

_ Niveau Deux, Département de la Justice Magique, Fermeture des Portes.

_ Je suis simplement venu te mettre en garde.

_ C'est une menace ? dit brusquement Hermione sans même le regarder. Je te signale que tu n'as rien contre moi, et je n'ai de plus pas peur de toi.

L'ascenseur se mit tout à coup à bouger brusquement, manquant de la faire tomber. Elle s'accrocha à une lanière de cuir suspendue en haut et tenta de reprendre son souffle. Contrairement à elle, Malefoy ne semblait pas être gêné le moins du monde par toutes ces secousses. En fait, il émit un bref ricanement qui ne présageait finalement rien de bon.

_ Tu sembles ignorer beaucoup de choses, Granger.

_ C'est Weasley, répliqua machinalement la jeune femme, gênée qu'il l'appelle encore par son nom de jeune fille. Et qu'est ce que tu veux dire par…

_ Niveau Huit, Atrium, dit la voix.

Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent et Hermione fut soulagée de sortir de cette cabine qui secouait ses utilisateurs comme des vieux pruniers. Elle inspira à grands coups pour réprimer une nausée, et vit devant elle Astoria qui embrassait Scorpius. Le petit garçon posa ensuite la main sur une chose difforme posée sur le sol et disparut dans un craquement.

« Un Portoloin pour retourner à Poudlard », dit Hermione.

Drago rejoignit sa femme qui la regarda d'un air arrogant. Astoria ne devait pas non plus avoir apprécié son comportement au procès. Hermione lui adressa un signe de tête poli auquel elle ne répondit pas et se dirigea vers les cheminées. Drago et Astoria en choisirent une eux aussi, et avant de disparaître, Hermione leur jeta un coup d'œil. Elle rougit en voyant Malefoy poser sa main sur la taille de sa femme qui s'éloigna aussitôt, comme ci elle avait été brûlée et entra dans la cheminée. Avant d'être prise dans un tourbillon de couleur, elle eut l'impression qu'il l'avait regardé alors qu'elle disparaissait.


A bientôt pour la suite, et ne vous inquiétez pas, je continue Hysteria bien entendu.

Heibi