Cauchemar
Auteur : Moi, Rubis-san (ou Rubis01 sur fanfic-fr ^^)
Genre : Drame, angoisse, horreur, famille, réflexions
Crédits : L'univers de One Piece, les personnages, tout appartient à Oda-sama. Bravo à lui pour ce manga fabuleux ! par contre, l'intrigue et la vision de l'esclavage qui est exposée ici est la mienne.
Le petit -ou pas- mot de l'auteur : Et voici la seconde partie, cette mini-fic sera au final un three-shot. ^^ Cette partie-là est tout aussi sordide que la première, peut-être encore plus cruelle. Bref.
Merci aux deux qui ont laissé une review, ça m'a mise de bonne humeur ! =D
J'espère que vous apprécierez, bonne lecture !
Et n'oubliez pas un petit commentaire fait toujours plaisir. ;)
Le trajet parut à la fois trop court et trop long aux trois sœurs.
Trop court car à chaque pas qu'on leur forçait à faire, à chaque pièce traversée, à chaque corridor parcouru, elles se rapprochaient un peu plus de leurs bourreaux et des tortures qui allaient peut-être les achever, leur ôter la vie.
Trop long car elles n'en pouvaient tout simplement plus de cette attente insupportable, de cette terreur qui les envahissait un peu plus à chaque seconde, de ces interrogations sordides qui occupaient leurs esprits.
Elles voulaient juste vite retourner dans leur cellule.
Jamais respirer ne leur avait paru aussi difficile. Elles avaient l'impression d'étouffer, de toujours plus étouffer malgré les grandes inspirations fébriles et tremblantes qu'elles prenaient. Comme si leurs poumons voulaient s'enivrer encore et encore de cet oxygène dont elles n'auraient bientôt sans doute plus besoin. Ou était-ce juste l'air qui ne suffisait pas à la peur affamée qui les habitait ?
Leurs cœurs ne leur avaient jamais semblé battre aussi rapidement. Peut-être percevaient-ils la mort qui approchait et alors profitaient-ils des derniers instants qu'il leur restait pour tambouriner le plus furieusement possible contre leurs cages thoraciques. Juste pour dire qu'ils étaient encore là, vivants et chauds, dans leurs corps, mais plus pour longtemps. Ou alors était-ce juste pour rythmer fatalement l'avancée des esclaves vers le trépas, vers cette fin qu'elles refusaient sans pouvoir rien y faire ?
Et dans leurs dos, sous cette sueur glacée qui imprégnait leurs peaux, la marque pulsait et brûlait, comme d'habitude mais différemment. Plus vite, plus fort. Plus cruellement.
Et il avait l'air de ricaner cet odieux tatouage gravé dans leurs chairs, de se moquer d'elles et du calvaire qui les attendait et patientait silencieusement, là, dans l'ombre. Oh comme il riait, comme il riait aux éclats ! Peut-être même en pleurerait-il de joie. Les captives avançaient, et lui il se régalait déjà du sang qui giclerait, des cris qui fuseraient et des larmes qui noieraient les yeux.
On ne désirait jamais autant la vie que lorsqu'on était aux portes de la mort.
Les prisonnières avaient cessé depuis bien longtemps de se débattre et de protester, ayant rapidement compris que cela ne changerait rien. Quand bien même elles réussiraient à s'extraire de la poigne de leurs gardiens et à s'enfuir, on en enverrait d'autres à leurs poursuites. Peut-être les tortures en seraient-elles même plus longues, plus douloureuses, plus éprouvantes. Mieux valait ne pas tenter le mal. Après tout, il n'y avait pas d'espoir.
Alors elles marchaient. Et elles tremblaient en silence, de cette même terreur qui dormait continuellement en elles mais qui était bien réveillée désormais.
Autour de leurs poignets meurtris, les menottes étaient froides. Mais pas autant que ne l'étaient sur elles les paumes des esclavagistes. Les mains de ces derniers encerclaient comme des serres d'acier, comprimaient comme des étaux de pierre les bras nus des pucelles. Durement. Implacablement. Indifféremment. Et comme elles étaient bien peu tièdes ces mains-là ! Aussi glaciales qu'une couche de neige, aussi glacées que la peau d'un cadavre. Inhumaines.
Hancock étreignit les doigts pâles et nerveux de sa jeune sœur des siens. Se tenir ainsi lui tordait un peu les phalanges, mais tant pis, au moins percevait-elle la chaleur fragile de sa cadette. La brune sentait aussi la deuxième s'agripper fébrilement au tissu sale de sa robe. Elles étaient là, elles aussi. Marigold et Sandersonia. Elle n'était pas seule. Elle ne serait pas seule.
Au détour d'un énième couloir à peine plus éclairé que les précédents, elles le virent enfin. Le soleil.
Comme il leur avait manqué ! Comme elles s'étaient languies de ne pouvoir le contempler de longues heures comme elles le faisaient enfants ! Enfin… Elles effleuraient à nouveau la liberté qu'elles avaient perdue.
Ce n'était plus le faible éclair blanchâtre des cachots qui éclairait à peine quelques dalles, c'était une vraie lumière, vive et dorée. L'astre illuminait tout le corridor dans lequel elles venaient de s'engouffrer, grâce à de grandes fenêtres fixées aux murs. Il les nimba doucement de sa clarté. Les rayons éclatants éblouirent les prunelles des enchaînées et caressèrent agréablement leurs chairs frigorifiées, réchauffant et apaisant un moment leurs âmes tourmentées. Une minuscule espérance faillit naître au sein de leurs cœurs terrifiés.
Mais déjà l'instant était passé, emportant l'infime lueur avec lui.
Elles replongèrent dans la pénombre d'une salle sombre, se renfonçant dans les ténèbres de leur condition. Des sous-êtres n'avaient pas le droit d'admirer le soleil après tout. L'espoir se fana avant même d'avoir éclos, la résignation et l'épouvante reprirent leur place. Cet astre brillant, elles ne le reverraient certainement jamais.
Jusqu'à leur mort et même au-delà, elles étaient condamnées à ne baigner que dans l'obscurité, ou alors à n'être éclairées que par la lumière rouge et austère des torches accrochées aux murs. Ces murs recouverts de tentures luxueuses et de métaux précieux qui continuaient de les enfermer alors même qu'elles n'étaient plus dans leur cachot. Peut-être les emprisonnaient-ils même plus que les barreaux des prisons. Les immenses tableaux ornés d'or et de pierres fines écrasaient lourdement les captives, les regards malveillants des Dragons célestes qui y étaient représentés semblaient les épier, suivre le moindre de leurs gestes et se repaître avec délectation de la peur qui émanait d'elles. Et eux aussi, comme le tatouage, ils paraissaient rire aux éclats, se moquer des amazones alors qu'elles n'étaient même pas encore arrivées devant eux et leur toute puissance. Le parfum exotique qui flottait dans l'air étouffait les trois sœurs, comprimant leurs poumons autant que le faisait la menace, celle qui pesait sur leurs vies et leur promettait mille douleurs et cris.
Les enchaînées frissonnèrent. Hancock serra plus fort les doigts de Sandersonia tandis que Marigold agrippait désespérément la robe en lambeaux de son aînée. La terreur les enveloppa encore un peu plus de ses bras insondables et noirs. Le mal approchait, elles le sentaient. Et la peur le sentait aussi, grondant plus que jamais dans leurs cœurs, leurs âmes et leurs corps. Grondant partout. Tout leur être n'était-il pas que cela ? Un pur et simple puits d'horreur.
Les gardiens stoppèrent brutalement leur avancée devant une grande porte en métal ouvragé, tirant durement sur le bras des esclaves pour qu'elles en fassent de même. Puis, ils les firent avancer à nouveau, une fois les battants ouverts. Les entravées titubèrent alors qu'un éclairage trop fort leur brûlait les yeux.
Une fois leurs prunelles habituées à la lumière, elles avisèrent la salle, leur destination finale sans doute. Celle-ci était vaste et entourée de murs vert clair. Aucune fenêtre n'égayait ces derniers, seuls des chandeliers électriques éclairaient l'endroit. Dans un coin, un aquarium trônait, empli de poissons féroces qui effrayèrent encore plus les prisonnières. A l'opposée, une jeune femme éplorée et peut-être aussi épouvantée, sinon plus, que les amazones hurlait et se débattait furieusement. Les gardes qui la maîtrisaient ignorèrent ses protestations désespérées et continuèrent à l'attacher à une sorte de piquet tandis que des serviteurs soumis l'entouraient de bûches de bois.
Quel sort lui réservait-on, à cette pauvre chose qui suppliait ? Les captives préférèrent ignorer les châtiments ignobles que leur chuchotaient leurs esprits. Leurs gorges semblèrent se nouer un peu plus.
Des canapés pourpres, à première vue moelleux et confortables occupaient tout le pan du mur gauche. Et assis sur l'un d'eux, fixant les arrivantes d'un œil mauvais, trois Dragons célestes se tenaient avec arrogance, ricanant du sort infâme qui attendait leurs nouveaux jouets.
« Allez crie un peu plus, l'esclave ! » somma un des Dragons célestes en riant.
Dans un brasier improvisé, la jeune femme se consumait lentement, léchée par de grandes et dangereuses flammes rouges. De méchantes cloques noires fleurissaient sur l'épiderme mutilé. La torturée s'agitait, se tordait en tous sens, essayant de se libérer des entraves qui la maintenaient au centre du bûcher. Elle hurlait, suppliait, pleurait. Mais rien n'y faisait, elle n'avait toujours en réponse que les rires gras et vils de ses bourreaux. Ils semblaient s'enivrer de la souffrance évidente de leur victime, de ses suppliques écorchées, de ses efforts inutiles. A chaque hurlement, ils s'esclaffaient un peu plus, se moquant de leur jouet, lui lançant piques et méchancetés, commentant et pariant sur le temps durant lequel il survivrait. Car l'esclave n'y réchapperait pas. Après tout, ils l'avaient décidé.
Une immonde odeur de chair brûlée embaumait l'air, retournant les entrailles des trois spectatrices effarées et écœurées. Elles devaient se retenir pour ne pas déverser à nouveau le peu que leurs estomacs contenaient. Sandersonia et Marigold cachaient leurs visages dans le cou de leur aînée qui elle-même ne pouvait détacher son regard terrifié de la suppliciée. De cette peau rougie qui s'envolait en fumants volutes noirs, de cette peau qui se désagrégeait, avalée par la fournaise, rongée par le feu. De ce spectacle à la fois horrifiant et pourtant hypnotisant de par son atrocité. Ce spectacle qu'elles allaient bientôt elles aussi jouer.
Hancock percevait son cœur s'accélérer à mesure que le grand final, la mort de la femme, devenait de plus en plus proche. La respiration de la brune se faisait sifflante, suintante comme une mauvaise plaie. La bile lui était depuis bien longtemps remontée à la gorge. Le liquide acide gisait désormais à ses pieds en une flaque malodorante et verdâtre. Tout son corps pâle tremblait, comme ceux de ses compagnes qu'elle ressentait vibrer contre elle. Et elle la sentait aussi, cette sueur glacée qui dégringolait son dos, leurs dos, froide, toujours plus froide, et qui voulait comme achever de les convaincre qu'il n'y avait que la terreur que les pucelles pouvaient espérer éprouver. Peur, peur, peur, peur. N'y avait-il pas que celaàcet instant ?Cette peur, vicieuse et dévorante, mais ô combien justifiée, qui se faisait de plus en plus forte au fil des minutes qui s'égrenaient, envahissant leurs âmes, inondant leurs cœurs, submergeant leurs êtres. Paralysant le moindre de leurs gestes alors même que la chose qu'elles désiraient le plus au monde était s'enfuir.
Ah ah. Quelle bellelubie. Quelle stupide espérance. Quelle odieuse tentation.
S'enfuir ? S'échapper ? Mais pour aller où ? Et avec tous ces gardes autour d'elles, leurs gardes, y avait-il seulement une échappatoire, une chance à leurs idées utopiques ? Et même s'il y en avait un, il était vain l'espoir. Elles étaient condamnées. Après tout, ils l'avaient décidé.
Alors, en l'absence d'une ultime lueur salvatrice, elles se laissaient juste gagner par la terreur, s'y soumettaient, s'y réfugiaient. S'emmitouflaient dans son étreinte, obscure et glacée, comme dans les bras d'une mauvaise mère. Depuis les nombreuses années qu'elles la côtoyaient, qu'elles la sentaient couler dans leurs gorges, le long de leurs nuques, jusque dans leurs os, elles en avaient presque appris à savourer, en même temps qu'elles le redoutaient, son arôme ; âcre et visqueux, étouffant comme un ciel d'orage. Il semblait qu'elles ne connaissaient que cela désormais ; le goût de la peur et celui des larmes.
Ces larmes qui affluaient à leurs yeux vides et qu'elles s'efforçaient de réprimer derrière leurs cils fragiles. Tumulte furieux qu'elles retenaient durement en elles, le laissant les noyer de l'intérieur, le laissant noyer toujours plus cette petite et faible étincelle de vie qu'il leur restait. Et on s'interrogeait : leurs prunelles ternes ne paraissaient-elles pas simplement contenir l'océan entier en cet instant ?
Océan de pleurs, océan de crainte, océan d'horreur.
Que leur feraient subir ces monstres ? Les captives allaient-elles agoniser autant, sinon plus, que cette pauvre chose qui se tortillait misérablement dans le feu ? Crieraient-elles tant qu'elles ne pourraient même plus émettre un son et mourraient dans un silence morbide, seulement troublé par les moqueries de leurs meurtriers ? Auraient-elles si mal qu'elles ne ressentiraient plus rien d'autre ? La grande faucheuse les prendrait-elle rapidement, ou au contraire ferait-elle longuement durer le supplice, effleurant leurs peaux et leurs consciences de son spectre ricanant ?
Au moins, demeureraient-elles ensemble jusqu'à la fin…
Le Dragon céleste lança un ordre aux gardiens des esclaves, tirant ces dernières de leurs sombres pensées. Le précédent jouet de leurs bourreaux s'était cassé, brûlé vif et mort, bon dorénavant à jeter, c'était donc tout naturellement que ceux-ci en exigeaient un autre. Frissonnantes, les amazones entravées relevèrent toutes trois le visage vers leurs acheteurs, éperdues. C'était à leur tour d'entrer en scène.
« Que leur fait-on cette fois ? questionna d'une voix insupportablement aiguë une jeune noble à la coiffure ridiculement apprêtée.
– Brûlons-les aussi pour voir si elles tiennent plus longtemps que l'autre ! s'exclama avec un enthousiasme malsain un homme joufflu et aux yeux globuleux.
– Non, trancha d'un ton grave le patriarche en souriant méchamment, j'ai ici quelque chose de bien plus intéressant. »
Il intima à un serviteur de lui apporter un coffret de bois brun, puis, ayant congédié le servant, il fit signe aux geôliers d'emmener les esclaves, malheureuses élues de ce jeu macabre. Elles titubèrent vers eux, rudement poussées par les brutes qui leur servaient de guides et ne leur laissaient aucune chance de fuite. Leurs chaînes cliquetèrent avec elles alors qu'elles échouaient devant leurs maîtres. Soumises.
« Elles ne sont pas trop mal, je pressens que nous allons bien nous amuser, déclara le patriarche ayant examiné les captives comme on examinait un morceau de viande.
– Père, qu'avez-vous dans ce coffret qui vous fasse penser une telle chose ? demanda gaiement le noble joufflu.
– Sache que j'ai ici, mon fils, une chose qu'il est dur d'acquérir, et pourtant je l'ai, j'en possède même trois, répondit son paternel avec suffisance.
– Et qu'est-ce donc ? Dites-nous ! demanda avec curiosité la femme.
– Ma fille, j'ai dans ce coffre trois fruits maudits, n'est-ce pas fabuleux ? » révéla alors son père en esquissant un rictus machiavélique.
Ses deux infernaux enfants éclatèrent de rire et de bonheur. Leur géniteur, gros et gras, se joignit bientôt à eux. Retentit alors une fanfare de ricanements lugubres. Dieu comme ils allaient s'amuser !
Pendant ce temps, là-bas et ici, tout près des captives enchaînées, un corps décharné finissait de se consumer, rassasiant l'appétit féroce des flammes. Il semblait que jamais du feu n'avait autant transpiré des fragrances du mal. Et dans l'air, c'étaient les effluves de la mort qui flottaient.
Des impressions à faire partager ? Et même si vous n'en avez pas, un petit mot fait toujours plaisir, non ? =)
Merci d'avoir lu !
