Chapitre 2 – En provenance du futur

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Un instant, le silence. Les militaires sont plutôt stupéfaits des remarques du garçon, un peu inquiets aussi. Quand quelqu'un vous demande à quelle année il a atterri, le mot problème envahit aussitôt votre esprit. Anticipant le raisonnement et les réserves justifiées des deux hommes, Alem prend les devants.

« Bon, je suppose que vous allez m'amener dans une pièce sécurisée et que vous allez vouloir me faire des tests pour voir si je ne suis pas porteur de maladies. Rassurez-vous, je vais très bien !

- Oui, mais…

- Comment je le sais ? »

Il acquiesce.

« Désolé, mais je ne peux pas vous le dire, ça pourrait changer le futur. D'ailleurs je ne peux pas vous laisser faire tous vos tests, pour la même raison. Je ne suis pas né et pas encore à l'état de projet. Alors je ne... Mais vous allez arrêter de faire cette tête, oui ! On dirait que vous avez vu un fantôme. Je suis pas Casper, vous savez.

- Mais tu...

- S'il vous plait !

- Ok, soupire John en voyant venir le mal de tête face aux explications que le garçon devra bientôt leur fournir, on va faire comme si tout était normal pour l'instant. Lorne, conduisez-le…

- …en cellule, termine-t-il.

- Non, à l'infirmerie. »

Alem sourit, moqueur.

« Tout ça pour avoir le dernier mot, hein ! »

Sheppard ne répond pas. Lorne fait signe à l'enfant de le suivre, encadré par deux militaires armés.

« Vous avez peur que je morde ? »

Personne ne répond et ils prennent la direction de l'infirmerie. Sheppard, responsable de la cité en l'absence de Woolsey, doit donner quelques instructions au sujet de cette arrivée fracassante. Il doit aussi mettre la main sur McKay. Il aurait dû être présent. Ensuite, il les rejoindra.


À l'infirmerie, le docteur Jennifer Keller s'occupe de ses quelques patients. À ses côtés, le docteur Rodney McKay fait les cent pas.

« Allons Rodney, ça peut bien attendre cinq minutes !

- Non, bientôt, il n'y en aura plus !

- Te rends-tu compte que tu fais un caprice pour de la tarte ?

- Une tarte qu'il n'y aura plus si tu ne dépêches pas.

- J'ai des patients dont je dois m'occuper !

- Et alors, ils seront toujours là quand tu reviendras après manger. »

Elle lève les yeux au ciel, désespérée, tandis que Lorne entre dans la salle, Alem sur les talons. Il fait signe aux deux militaires les accompagnant de se poster à la sortie.

« Major Lorne ! l'interpelle le docteur. Qu'est-ce-qui vous amène ? »

Il désigne le garçon devant lui.

« Voici Alem, il vient de passer la porte.

- C'était lui ? » s'étonne Rodney.

Il prend à peine le temps de détailler le garçon. Celui-ci ne se prive en revanche pas pour le faire et prend le temps

« Bien, commente-t-il en reportant son attention sur le médecin.

- Bien ? répète Lorne incrédule.

- Bon, Jennifer… » attaque le scientifique.

Evan jette un regard interrogateur au docteur.

« Il y a de la tarte à la framboise à la cafétéria, explique-t-elle, empêchant Rodney de poursuivre.

- C'est pour cette raison vitale qu'on ne vous a pas vu en salle d'embarquement ?

- Vous ne vous rendez pas compte ! s'exclame-t-il.

- Non, apparemment.

- Rassurez-vous, déclare alors Alem, il y aura toujours de la tarte au citron.

- Quoi ?

- Vous y êtes bien allergique ?

- Il veut me tuer !

- Avouez que vous auriez dû être là quand il a passé la porte ! réplique Lorne. C'est votre boulot, non ?

- Vu l'humeur de Sheppard, c'est ce qui risque d'arriver. » ajoute le garçon.

McKay le fixe tétanisé.

« Il rigole, assure Jennifer.

- Vous en êtes sûr, docteur Keller ?

- Qui es-tu enfin ? s'agace McKay Comment peux-tu savoir ça ?

- Je suis Alem et je viens du futur.

- Quoi ?

- Si vous aviez été là quand il est arrivé, intervient Lorne, vous le sauriez.

- J'ai raté ça !

- Faut croire. Et tout ça pour de la tarte...

- De la tarte ! explose Sheppard. Alors c'est pour ça que vous n'étiez pas là ?

- Heu… »

Il s'est introduit dans la pièce sans qu'on ne le remarque.

« Je vous rappelle que vous êtes censé être là à chaque activation de la porte !

- C'est toujours pour des choses sans intérêt, se plaint Rodney.

- Les rapports des équipes SG, sans intérêt ?

- Vous comprenez ce que je veux dire. À chaque fois que l'autre porte est occupée, c'est nous qu'elles joignent pour qu'on fasse ensuite le relais. Je suis sûr que ça les amuse de nous emmerder à transmettre leurs rapports.

- McKay, vous avez l'obligation d'être là. Je me fous que ça vous ennuie. Est-ce-que c'est clair ?

- Oui, oui. » maugrée-t-il de mauvaise grâce.

John lui jette un regard entendu puis se tourne vers Jennifer, désignant le garçon.

« Doc, il faudrait lui faire passer quelques examens. »

Alem lui jette un regard lourd de sens. John soupire.

« Dans la limite du possible, ajoute-t-il. On ne peut pas risquer de changer le futur, n'est-ce-pas ?

- Tout à fait ! Donc pas de prise de sang ou tout ce qui implique mon ADN.

- Bien, on va faire ça. Viens, Alem. »

Elle l'entraîne pour les examens. Sheppard le suit des yeux tout en plongeant une main dans sa poche. Ce n'est que partie remise, il compte bien obtenir d'Alem davantage que les quelques informations qu'il a daigné leur fournir. Comment peuvent-ils être sûrs qu'il est ce qu'il prétend être ?

Il se tourne ensuite vers Rodney, envoyant en l'air le contenu de sa poche sous les yeux du docteur plus décomposé à chaque nouveau lancé.

« McKay, dit-il, vous allez analyser les données qu'on a reçu de la porte. Je veux savoir si on a loupé quelque chose. Vous n'avez pas intérêt à recommencer comme toute à l'heure ou vous risquez d'avoir une mauvaise surprise ! »

Il fait passer d'une main à l'autre le citron sorti de sa poche. Très pâle, McKay s'empresse d'obéir et quitte les lieux.

« Vous étiez sérieux ? demande Lorne une fois qu'il a disparu.

- Presque ! Accompagnez-le, je ne veux pas qu'il fasse des bêtises !

- À vos ordres !

- Renvoyez les deux gardes aussi, je m'occupe du gamin. Il ne pourra pas aller bien loin. Et puis, vu son gabarit, je ne risque rien. »


Trente minutes plus tard, les analyses sont terminées.

« Alors ? demande John à Jennifer.

- Il va parfaitement bien !

- Je vous l'avais dit ! rappelle le garçon.

- On ne sait jamais !

- On fait quoi maintenant ?

- Tu nous expliques ce qui t'a amené ici.

- Dac. On va dans le bureau de Woolsey ?

- Oui.

- J'ai toujours eu envie de voir la table ovale qu'il s'est faite installer !

- Elle n'a rien d'exceptionnel, tu sais, hormis son prix peut-être.

- Ça en dit long sur lui ! Moi, je préférais avant. Le design ancien est plus classe, plus que sa table en tout cas. Elle ne va pas avec le reste de la pièce, je parie.

- Exact.

- Vous lui avez dit que le roi Arthur il avait une table ronde ?

- Non, pourquoi ?

- Pour un diplomate, ça le fait pas.

- Parce que une fois assis, tout le monde n'est pas à la même distance de celui qui parle, explique le docteur. Quand c'est une personne importante ça peut créer des dissensions.

- Oui. À votre avis, pourquoi les Anciens en avaient une en arc de cercle ?

- Bien raisonné !

- Comment sais-tu tout ça ? interroge Sheppard suspicieux.

- Je vous expliquerai là-bas, quand il y aura tout le monde. J'ai pas envie de me répéter ! »


Il faut un peu de temps pour faire revenir tout le monde sur la cité. Par chance, la plupart des personnes demandées par Alem sont déjà là. Bientôt, Lorne, Jennifer et Beckett rejoignent l'équipe de Sheppard et le garçon dans le bureau de Woolsey.

« Je suis désolé que vous n'ayez pu nous accompagner à terre, John ! se désole Teyla. Je sais que vous deviez faire votre rapport à la commission.

- J'avais de la paperasserie en retard de toute façon ! La semaine s'est bien passée j'espère ?

- Oui, très bien. Carson a été un très bon guide.

- Tant mieux ! Vous aussi Ronon, ça a été ?

- Très bien, Sheppard.

- Dîtes, intervient Alem, je veux pas déranger mais, vos souvenirs de vacances, ça peut peut-être attendre, non ?

- Oui, vas-y. On t'écoute. »

Souriant, le garçon se met de bout.

« Bonjour tout le monde, je m'appelle Alem, j'ai dix ans et je viens d'une autre époque.

- Quelle époque ? demande Carson.

- Du futur, mais je ne peux pas trop en parler. Sinon, je risque de le changer. Je suis là pour vous aider à sauver la cité, le problème c'est que j'ai un peu d'avance. Les voyages temporels ne sont pas précis.

- On parle de beaucoup d'avance ? questionne Sheppard.

- Environ deux semaines.

- Moi, mes calculs n'avaient pas fait autant d'écart, fait alors remarquer Rodney.

- Une semaine, vous appelez ça peu d'écart ? Oui, je suis au courant. Désolé de vous décevoir, mais mes calculs étaient corrects. C'est le passage de la porte qui a été compliqué.

- Tes calculs ? relève Jennifer.

- Oui. Bon, j'ai eu un peu d'aide, mais juste pour les détails.

- À ton âge, tu peux faire ça ? s'étonne Evan.

- Oui. J'ai eu mon doctorat d'astrophysique il y a deux mois. Et j'ai des cours particuliers en ce qui concerne la porte depuis toujours, les calculs sont une leçon récente mais, oui, je peux faire ça.

- Tu entends quoi par « compliqué » ? poursuit John. Difficile ? Problématique ? Les deux ?

- J'ai eu du mal à passer la porte. D'où je viens, je ne pouvais pas demander à la franchir. Il a fallu que je le fasse sans demander l'avis des gens. Quand je vais rentrer chez moi, je peux vous assurer que ça va chauffer !

- D'accord. Et de quoi es-tu censé sauver la cité ? Des Wraiths ?

- Non. Et je ne peux pas vous le dire, sinon, je vais changer l'avenir et, moi, je serai un paradoxe temporel. Et j'ai envie de rentrer chez moi après tout ça.

- Alors à quoi ça nous avance ? maugrée Ronon.

- En attendant, il faut que j'en apprenne le plus possible sur le fonctionnement de la cité. J'ai le gène des Anciens, ça devrait aider.

- Rien ne nous prouve que tu ne sois pas un espion, réplique le colonel.

- Vous tenez vraiment à ce que je vous prouve que je viens du futur ?

- Oui.

- D'accord. Alors je vais vous dire ce qui va arriver dans les prochaines… »

Il regarde la montre de Lorne, installé à sa gauche. Il siffle en avisant l'heure.

« Cinq minutes, ça vous va ?

- Mais comment… ?

- Docs, l'équipe qui va passer la porte aura deux blessés, l'un à la tête, l'autre à la jambe. Il va vous falloir des poches de AB- pour celui là, il aura perdu beaucoup de sang. Colonel, Woolsey va débarquer furax à ce moment là à cause de mon arrivée et du fait que je ne suis pas en cellule. McKay, il va vous passer un savon également parce que vous n'étiez pas là. Major… »

Il se tait et se penche à son oreille.

« Mélia est en repos aujourd'hui, aujourd'hui. Elle va vous demander si vous voulez passer la journée avec elle. Elle sera très jolie en robe bleue marine. »

Lorne le regarde stupéfait. Alem ajoute à haute voix :

« Acceptez, de toute façon Woolsey va se concentrer sur le colonel, il va vous oublier. Et puis, vous ne pouvez pas refuser !

- Mais comment… ? »

Il n'a pas le temps de répondre, que l'alarme retentit de nouveau.

« Activation non programmée de la porte des étoiles ! Le colonel Sheppard est demandé en salle d'embarquement ! »


« Qu'est-ce-qu'on a ? s'enquière John dès son arrivée.

- C'est l'équipe de Sullivan, monsieur. Il demande une assistance médicale. »

Il retient un soupir en se souvenant de l'assurance faîtes par Woolsey qu'aucune des équipes basées au SGC ne passeraient la porte d'Atlantis. Les chances que leur porte activée oblige une équipe devant rentrer en urgence à passer chez eux était minime. Pourtant ils reçoivent quotidiennement leurs rapports et le cas improbable se présente aujourd'hui.

« Levez le bouclier. » ordonne-t-il.

Rapidement, les quatre militaires passent la porte. Deux hommes en soutiennent deux autres, le premier a la tête en sang. Le second est porté sur les épaules par son supérieur. Il a la jambe déchiquetée.

« Il a perdu beaucoup de sang, doc !

- Il faut lui faire une transfusion.

- Il est AB-. »

Jennifer lève la tête vers Carson qui s'occupe de l'autre homme, surprise.


« Sheppard ! » crie une voix derrière lui.

Lentement, le colonel se retourne.

« Monsieur Woolsey !

- Non, mais qu'est-ce-qui vous a pris ? Laissez un gamin venu d'on ne sait où se balader librement dans la cité ! Et vous, McKay, vous étiez où quand il a débarqué ? »

Les deux hommes se regardent. Alem avait raison.


Dans le couloir qui le mène à ses quartiers, Lorne est arrêté par une magnifique jeune femme. D'une vingtaine d'année, elle a les cheveux châtains qui reposent sur ses épaules et porte une robe bleue marine.

« Bonjour major ! Ça vous dirait de m'accompagner à terre ? Je sais que vous n'avez pas beaucoup de travail en ce moment.

- Heu je…

- Vous ?

- Avec joie, lieutenant ! »

Elle sourit.

« J'ai un prénom, vous savez ! Appelez-moi Mélia.

- Seulement si vous m'appelez Evan !

- Avec plaisir. »

Au bout du couloir, Alem sourit.

« J'avais raison, chuchote-t-il. À présent, ils devraient me croire. Petite sœur, tu as une dette envers moi, maintenant, je saurais m'en souvenir. »

Il fait demi-tour et décide d'aller observer l'océan d'un des pontons.

« Juste le temps que ça se calme. » dit-il.