Chapitre 1
La première chose que Loki remarqua en se réveillant le lendemain matin, fut la lumière aveuglante. Il avait passé le portail dans la nuit et avait trouvé un poste de garde prêt duquel bivouaquer. Ce qu'il faut savoir sur Alfheim était qu'il ne faisait jamais vraiment nuit. Pendant les heures de « nuit » le soleil restait à son crépuscule avant de reprendre sa course dans le ciel. Ainsi, Loki avait dû enchanter sa tente pour masquer la lumière. Mauvaise idée lorsqu'il en sortit le lendemain matin pour être aussitôt aveuglé par le soleil. Il entendit à quelques mètres de lui des rire amusé des gardes Alf.
Avant, il s'en serait sans doute offusqué, mais maintenant, il ne pouvait plus se le permettre. Il n'était plus Loki Odinson, prince d'Asgard, il était juste Loki. Après un instant il se rendit compte que si les rires étaient amusés, ils n'étaient en aucun cas moqueur. Ce qui était en soit une grande amélioration déjà. Usant un sortilège pour protéger ses yeux du soleil, il se prépara rapidement un petit déjeuner composé d'une miche de pain et d'un peu de fromage. Il n'avait jamais aimé manger le matin au grand dam de Frigga.
Puis, une fois son repas frugal terminé, il rangea son campement et s'apprêtait à partir avant d'être apostrophé par un garde.
- Où est-ce que tu te rends, petit ?
Loki se tendit un bref instant avant de s'assurer que sa capuche cachait bien son visage. Il pourrait utiliser sa magie pour modifier son apparence, mais il n'était plus en territoire connu et préférait garder sa magie en cas de problème.
- Je me rend à la Grande Bibliothèque, répondit Loki.
- A la capitale donc, tu as de la chance, la relève est arrivée ce matin, mon groupe et moi-même devons rentrer à la capitale. Souhaites-tu une escorte pour ton voyage ?
Loki jeta un coup d'œil à l'Alf devant lui. Il n'était pas tout jeune, les cheveux autrefois bruns étaient maintenant grisonnant et il avait une profonde cicatrice sur le côté de son visage. Mais il semblait être un homme droit et bon alors…
- Pourquoi pas, accepta Loki. Je suis Loptr.
- Astaldo, mais tout le monde m'appelle capitaine.
- Comment veux-tu être appeler ?
- Aucune importance, répondit le garde avec un haussement d'épaule. Allez petit, on a de la route à faire.
Loki acquiesça et se dépêcha de prendre son sac pour rejoindre les hommes d'Astaldo.
La première heure se passa dans un silence tranquille, puis les gardes se mirent à parler entre eux de ce qu'ils feraient une fois rentrés à la maison. Loki les écouta la gorge nouée, parce que lui n'avait plus de maison. Une main posée subitement sur son épaule le fit réagir par réflexe. Il invoqua ses dagues et essaya de porter un coup, pour être arrêter par une main ferme autour de son poignet. Le silence se fit de nouveau, mais bien plus pesant cette fois. Loki s'insultât mentalement, il venait à peine de partir qu'il se mettait déjà dans des ennuis. Mais lorsqu'il croisa le regard d'Astaldo, qui avait stoppé son attaque, il ne vit pas de haine, pas de mépris, pas de déception, juste de l'inquiétude.
- Bon réflexe, gamin, remarqua l'un des soldats.
Aussitôt les autres murmurèrent entre eux alors que le capitaine le lâcha permettant à Loki de reculer. Le jeune homme grimaça avant de s'incliner pour s'excuser, il n'aimait pas s'excuser, mais contrairement à son frère, il savait que c'était parfois nécessaire.
- Je suis désolé de vous avoir attaquer Capitaine Astaldo.
Une main posée de nouveau sur son épaule le fit se tendre.
- Un gamin comme toi ne devrait pas avoir de tel réflexe, remarqua l'Alf. Tu t'es enfui de chez toi, n'est-ce pas ?
Loki était de plus en plus tendu et il sentait sa magie crépiter autour de lui. Il avait peur soudainement, et si le capitaine le reconnaissait et le renvoyait chez lui et si…
Deux bras fort le serrant contre un torse puissant le calma soudainement. À quand remontait la dernière fois que quelqu'un l'avait pris dans ses bras ?
- Tout va bien petit, assura Astaldo, tout va bien.
Loki retint à grande peine ses larmes, cachant ses yeux humides dans l'épaule de l'Alf, où il resta quelques instant avant de se dégager.
- En tout cas, tu as de bonnes bases avec une dague, commenta un autre soldat.
- Une dague ne sera pas suffisante s'il tombe sur des bandits, remarqua un autre soldat.
- Je peux toujours me servir de ma magie, remarqua doucement Loki.
Puis, pour en faire une démonstration, il créa plusieurs clones de lui et plusieurs illusions.
- Pas mal, petit, siffla l'un des Alfs, appréciateur.
- Oui, pas mal mais pas suffisant, commenta Astaldo. Comment feras-tu si tu es incapable d'utiliser ta magie, ou si elle est épuisée ?
- Je… je suis incapable d'utiliser une épée, répondit Loki qui avait compris que c'était là que les gardes voulaient en venir.
- Qui t'a dit ça ?
- Mon instructeur.
- Alors c'est un idiot. N'importe qui peut manier une épée, il faut juste trouver la bonne.
Les soldats reprirent alors la route, laissant le capitaine avec leur petit protéger. Beaucoup d'entre eux étaient père et n'appréciaient pas de voir quelqu'un d'aussi jeune livré à lui-même.
Le capitaine lui avait sorti son épée du fourreau et la présentait à Loki.
- Nous ne sommes pas aussi fort que certain guerrier, nous les Alfs nous basons surtout sur notre vitesse, nos lames sont donc fines et légères mais pas fragiles.
Loki prit l'épée en main et remarqua aussitôt les runes qui courraient le long de la lame et qui renforçaient cette dernière. Il put constater qu'en effet, elle était plus légère que toute celle qu'il avait essayé de manier.
- Je peux commencer à t'apprendre si tu veux, remarqua doucement le capitaine.
Et de nouveau, Loki dut se battre pour retenir ses larmes, parce que personne à Asgard ne lui avait proposer de passer du temps avec lui sans arrière-pensée hormis Frigga (même Thor ne l'emmenait avec lui que parce que Frigga le lui demandait).
- Je… je veux bien essayer, acquiesça le jeune Ases.
Ce soir-là, lorsque tous eurent monté leur tente, ils se mirent en cercle pour observer le cours d'escrime que leur capitaine dispensait. Il expliqua à Loki la bonne manière de tenir l'épée, ainsi que les bonnes positions à prendre. Puis il lui montra quelques mouvements de base que Loki devait répéter jusqu'à ce que son corps les connaissait si bien que ça en devînt des réflexes.
Les deux semaines suivantes furent les meilleures de sa vie selon Loki. Les Alfs le traitaient avec respect, ils lui apprirent énormément de choses, de la cuisine à la pêche en passant par la couture (car comme disait Astaldo, courir vers la bataille avec les fesses à l'air n'était pas ce qu'il y avait de plus glorieux, ce à quoi les gardes répondaient toujours par un « il parle d'expérience » avant d'éclater de rire). Mais surtout, il apprit les bases du combat à l'épée et il s'aperçut qu'il n'était pas aussi mauvais que cela.
Lorsque finalement, ils atteignirent la capitale, Loki se sentit triste de laisser ses nouveaux amis partir. Il les étreignit et les remercia longuement avant de se tourner vers celui qu'il avait gardé pour la fin, Astaldo.
- Merci… pour tout.
Le capitaine l'arrêta d'un simple mouvement de la main avant de lui tendre un colis. Loki le prit, incertain avant de l'ouvrir et de se figer en voyant l'épée à l'intérieur.
- Tu as en toi les capacités pour devenir ce que tu veux Loptr. Ne laisse personne te dire le contraire. Parce que je sais qu'avec un peu d'entraînement tu pourras devenir un aussi bon épéiste que moi.
Le clin d'œil du capitaine fit sourire Loki.
- Nous allons être en poste dans la ville pendant quelques semaines alors nous pourrons toujours nous voir.
- D'accord, acquiesça Loki.
- Et n'oublie pas tes exercices.
- Promis.
- La grande Bibliothèque est au bout de la rue principale, tu ne peux pas la rater. La caserne est au pied du palais, c'est là que tu nous trouveras le soir. Et si tu te perds tu peux toujours demander ton chemin à un garde.
- D'accord, merci.
Loki l'étreignit avant de partir en direction de la bibliothèque, il avait hâte de commencer à apprendre. Adressant un dernier signe à ses amis, il partit en courant sous les rires amusés des gardes. Rires et sourires qui disparurent dès que Loki fut hors de vu.
- Les Ases sont des abrutis, remarqua l'un des soldats, mine de rien.
- S'ils n'ont pas été capables de voir son potentiel, c'est sûr en renchérit un autre.
- Leur perte sera notre gain, répondit Astaldo.
Les autres acquiescèrent avant de prendre la route de la caserne laissant leur capitaine observer une dernière fois la route par où était partit Loki.
- Fait attention à toi, petit prince.
