CHAPITRE 2.

Encore une semaine a passé, et on ne se parle toujours quasiment pas.

Je pensais que les évènements de l'autre nuit nous auraient rapprochés, mais cela n'a pas été le cas. Il est resté muet comme une tombe. Pourtant, la nuit suivante, il a frappé à ma porte au beau milieu de la nuit, et, mettant de côté sa fierté, il m'a simplement demandé s'il pouvait dormir dans mon lit. Et c'est ce qu'il a fait chaque nuit depuis.

La nuit le rend plus vulnérable. Les cauchemars n'ont fait que s'empirer, et il ne supporte plus de rester seul dans le noir. Je sais ce qu'il ressent…

Il ne prend même plus la peine de frapper désormais, il me rejoint simplement en silence.

Et quand je me réveille le matin, je le retrouve souvent blotti contre moi. Il a l'air si paisible que je n'ose pas le réveiller. Alors je me glisse doucement hors du lit, et je le laisse dormir tranquillement.

Je ne lui ai pas raconté tout ça, ça le ferait flipper. En fait, ça m'a fait flipper aussi la première fois que je me suis réveillé avec sa tête sur mon torse et sa main agrippée à mon t-shirt. Mais en y repensant, c'est pas la mort. Je suppose qu'il recherche du réconfort dans son sommeil, et comme je suis le seul être vivant dans le coin, eh ben…

Toujours est-il qu'aujourd'hui, j'ai dormi beaucoup plus tard, j'ai fait des cauchemars dont je préfèrerais ne pas me souvenir, et il n'est plus dans le lit. Je sors de la chambre et le cherche du regard. Je ne le vois nulle part. Il doit déjà être en train de lire dans le jardin...

Je me dirige vers la salle de bain en baillant, j'ouvre la porte et je le découvre, ne portant rien d'autre qu'un caleçon.

"Hey! On ne t'a pas appris à frapper aux portes, Potter?" Il s'exclame, en attrapant une grande serviette verte et en essayant de se couvrir comme il peut.

En temps normal, je l'aurais engueulé en lui disant qu'il n'avait qu'à fermer la porte à clef, mais quelque chose a retenu mon attention. Quelque chose qu'il essaie justement de me cacher avec cette serviette.

"Qu'est-ce que tu regardes comme ça, Potter? Mon corps merveilleusement musclé?" Il demande sur un ton ironique, mais son regard embarrassé le trahit: il sait ce que j'ai vu.

Je tire lentement la serviette vers moi. Il n'essaie pas de résister mais sa respiration se fait de plus en plus rapide, et ce que je vois me coupe le souffle.

Son torse, ses bras, ses jambes… son corps entier est recouvert de cicatrices. Certaines ont l'air de brûlures, d'autres, de coupures profondes, certaines ont l'air anciennes, d'autres plus récentes… Il y en a tellement que je me demande comment il est encore en vie. Je les regarde avec horreur, et je sens soudainement une haine m'envahir contre quiconque lui ayant infligé cela.

"Quoi?" Il aboie, en reprenant la serviette. "T'es jaloux parce que j'ai plus de cicatrices que toi? Ne t'inquiète pas, Potter, je ne vais pas te voler la vedette, mes cicatrices ne me rendront jamais célèbre…"

"Arrête de dire des conneries, Malfoy! Qu'est-ce qui t'est arrivé?"

"Fous le camp d'ici! J'aimerais me raser et m'habiller!" Il râle, ignorant ma question.

"Pas avant que tu ne me dises ce qui t'est arrivé!"

"Par Merlin, Potter! Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi tête de mule que toi!" dit-il, d'un air faussement détaché tandis qu'il attrape sa crème à raser.

"Malfoy, dis-le moi, tout de suite!"

"Va te faire foutre, Potter! Tu peux pas t'occuper de tes oignons, pour une fois? Pourquoi faut-il toujours que tu te mêles de –"

Je ne le laisse pas finir sa phrase et le plaque contre le mur.

"QUI T'A FAIT CA?"

"Lâche-moi!" il implore, la peur se mêlant à la colère dans ses yeux.

"QUI. T.A. FAIT. CA?" je répète lentement.

"Putain, Potter, je t'ai dit de me lâcher!" Il hurle, en essayant de s'échapper mais je resserre ma prise sur ses épaules.

Avant que je ne puisse répondre, quelque chose heurte ma joue si violemment que j'en perds l'équilibre et me retrouve sur les fesses, à voir des étoiles.

Quand j'ouvre les yeux, tout est flou et je me rends compte que j'ai perdu mes lunettes dans la chute.

"Ecoute, Potter, je suis désolé… je…"

Il a l'air sincère et je n'arrive pas à lui en vouloir. Pas après ce que je viens de voir.

"C'est bon," je lui dis, "je n'aurais pas dû insister comme ça…"

Je l'entends faire couler l'eau du robinet, puis il s'agenouille devant moi. Je ne vois pas clairement son visage, je distingue juste une silhouette claire, mais il est si proche que je peux sentir son souffle sur mes lèvres, et mon cœur tressaille.

Soudain, quelque chose de froid sur mes lèvres. Un coton imbibé d'eau, je crois.

"Ta bouche… ça saigne…" il explique, en tamponnant mes lèvres.

Je laisse échapper un souffle que je n'avais pas conscience d'avoir retenu.

"Tu peux me donner mes lunettes?" je lui demande, en essayant de me concentrer sur autre chose.

"Ouais, bien sûr, elles sont… merde!"

"Quoi?"

"Elles sont cassées!"

"Les verres?"

"Non, la monture… Pas d'inquiètude… Je reviens, je vais chercher ma baguette et je vais les réparer," déclare-t-il en se levant.

"Non! Tu ne te souviens pas de ce que Dumbledore a dit? Pas de magie sauf si votre vie est menacée…" je lui rappelle.

"Ah, ouais, c'est vrai… Attends!" Il m'ordonne, en m'offrant sa main pour me remettre sur pied.

"Et voilà..." dit-il en revenant et en me posant mes lunettes sur le nez.

Je me regarde dans le miroir. Ma pommette gauche est rouge et gonflée et vire déjà au bleu, il y a du sang au coin de ma bouche, et il y a un gros morceau de scotch marron au milieu de mes lunettes.

"Tu ne pouvais pas utiliser du scotch transparent?" je le raille.

"Je n'avais que celui-là… C'est pas un truc que j'utilise souvent, tu sais!"

"C'est pas grave, ça me donne un air encore plus sexy que d'habitude!" je dis avec ironie.

On éclate de rire et je me rends compte que c'est la première fois que nous rions depuis notre arrivée. C'est d'ailleurs en fait la première fois que nous rions ensemble, et non pas aux dépens de l'autre, et quelque part, ça a du bon…


Merci d'avoir lu et merci pour vos commentaires encourageants! :)

Publié en anglais le 17/08/2011, traduit en français le 22/01/2012