Franchement, des fois, je m'aime.
Ce chapitre-ci, je l'ai rédigé en un seul coup, sur la musique Memories, de Within Temptation (la voix de la chanteuse est juste géniale). C'est venu tout seul...Et, sincèrement, j'espère que vous aimerez le lire autant que moi j'ai aimé le rédiger. Sinon...Bah, bonne lecture. J'ai rien à ajouter.
Crédits : One Piece ne m'appartient pas, seul le texte est de moi.
PS : À titre totalement informatif, j'ai changé de pseudo. Comme ça, pour l'éclate.
Humain
Quelle devait être la sensation de regarder le monde d'en bas, pensez-vous ? Pas « en bas », dans le sens philosophique du terme, ou mythique, mais d'un point de vue physique. Ceci est une question assez intéressante, dans le fond. Un enfant, en contemplant ces si grands adultes, que pense-t-il ? Que ressent-il ? Admiration, crainte, respect ? Nul ne saurait y répondre, mis à part les concernés eux-mêmes. Pas les adultes, non, car ces souvenirs fugaces ont la fâcheuse tendance à fondre comme neige au soleil à mesure que l'on prend de l'âge.
Chopper était l'une des rares personnes pouvant se targuer d'apporter une ombre de réponse à la question. Il n'était plus enfant depuis longtemps ; toutefois, arriver au niveau du jarret de la personne de taille moyenne avait quelques avantages –avantages autres que de pouvoir savourer la contemplation d'orifices nasaux, s'entend. Vous devez sans doute vous souvenir, même vaguement, qu'enfant, vous assistiez à des conversations d'adultes, des conversations de commères, ces conversations qu'on ne répétait jamais et auxquelles on prenait grand soin à dissimuler. Mais qui se soucie d'un bambin accroché aux jupes de sa mère, d'une gamine trainaillant devant une émission débilitante, d'un gosse qui prenait sa part dans ce délicieux gâteau au citron que la bonne femme avait apporté en guise de cadeau de courtoisie ? Et, quand on y pense, si les enfants avaient étés un peu plus retords, ils auraient étés très utiles aux curieux et aux intéressés. Mais, grâce, ils ne sont pas ainsi, bénissons-les en.
Mais Chopper n'était pas un enfant –pas plus qu'un homme. Ce qu'il était, au fond, il n'était pas bien sûr de savoir –ni de vouloir savoir. Un esprit humain dans le corps d'une bête ? Un esprit de bête dans le corps d'un homme ? Ou un esprit mi-homme mi-bête, dans un corps mi-bête mi-homme ? Il n'avait pas la réponse à cette question, et ne l'aurait probablement jamais.
Chopper ne pensait pas comme un homme –pas tout-à-fait. Mais il ne pensait pas comme une bête non plus. Quelle existence pénible ce devait être, ne trouvez-vous pas ? Il était capable d'empathie, de saisir la notion de justice –les sentiments les plus exacerbés de l'être humain- mais sans haine, sans l'égoïsme et la folie des hommes. À contrario, il semblait totalement dépourvu d'autonomie –et d'instinct de survie.
Ce devait être assez terrible, comme sensation. Celle d'être hybride, pas vraiment l'un sans être l'autre. Et c'était également ainsi qu'il se sentait proche des homes-poissons, plus que quiconque –parce qu'eux non plus ne comprenaient pas, leurs restes de gènes animaux ne comprenant pas, étant incapable de comprendre cette haine. Pourquoi ? Semblaient-ils tous dire. Pourquoi cela ? Parce que les hommes sont ainsi faits, et que vous, qui ne serez jamais ni à droite ni à gauche, restant au milieu, sur un sentier qui n'existait simplement pas, n'avez aucun avenir en ce monde. Parce que vous êtes différents. Et que la différence est la chose qu'instinctivement, l'humain condamne le plus. N'avez-vous jamais vu, vous-même, des enfants se moquer des cheveux et des tâches de rousseur d'un roux ? Des adolescentes se moquer d'une camarade rondelette et taciturne ? Des hommes traiter des noirs de « sales nègres », les prostituées de « putains » et une femme refusant leurs avances de « salope » ? Ne dites pas que vous n'avez jamais rien vu de tout cela. Ce serait un mensonge des plus grossiers.
L'homme condamne la différence. Même chez les gens de son espèce, et c'est une chose que Chopper ne comprendrait jamais. N'étaient-ils pas un groupe, un même peuple ?
Et, toujours, la même question. « Pourquoi ? » Demandais-tu. « Parce que je le veux. » Semblaient-ils tous répondre.
Mais Chopper n'était pas personne à morfondre, alors il oubliait, et souriait. Soignait ses amis –parce qu'il y avait des hommes qui tentaient de s'élever au-dessus de tout ça, de ses lois triviales et obsolètes qui n'avaient plus lieu d'être, et que c'était ses amis- râlait un peu, les soignait encore –parce que les hommes ont vraiment une mauvaise volonté assez impressionnante ; pourquoi ne voyaient-ils pas que ce qu'ils faisaient ne relevait que de la notion de justice ?- râlait encore, parce que, quand même, on a pas idée de se faire blesser comme ça, blablabla, et que, la prochaine fois, il faudrait vous ramasser à la petite cuillère, blablabla, la prochaine fois qu'on ramène en pièces détachées, je vous laisser mourir sur place, etc. Mais il était heureux. Après tout, les bêtes sont bien moins avares que les hommes, et eux oublient rarement que les choses les plus simples sont souvent les meilleures. Et même s'il s'inquiétait parfois – « Mais, Usopp, crois-tu vraiment qu'il soit prudent qu'ils aillent se battre avec de telles blessures ? » - s'énervait aussi – « La prochaine fois que vous faites ça, je vous balance par-dessus bord ! » - il y avait la sensation si simple de plénitude, de bonheur tranquille (enfin…Presque). Cette vie, Chopper ne l'aurait échangée contre rien au monde, pas même le médicament qui permettait de guérir toutes les maladies.
Parce que, lui aussi, des fois, il voulait être un peu égoïste et savourer l'instant.
Il était humain, lui aussi, dans le fond.
Quelques petites choses à ajouter :
-Il y a certaines allusions à des "problèmes" de notre époque. C'est normal ; le narrateur s'adresse à vous, lecteur, on n'est pas (toujours) du point de vue de Chopper.
-Je ne sais pas si des gens pourraient mal prendre mon interprétation de la situation des hommes-poissons. Ou celle de Chopper. Mais, on dira ce qu'on voudra, il y a de "l'animal" en eux, et on me fera pas croire qu'ils n'en gardent pas quelques séquelles. Surtout que, dans la fic, l'idée n'était pas de voir cela comme "péjoratif", mais, justement, ce côté animal leur enlève un peu de l'intolérance de l'homme. J'sais pas si je suis claire.
Bref. Une review fait toujours plaisir, vous savez.
