Un OS se situant à la fin de "The Last of the Time Lords", au moment où Lucy Saxon tue le Maître. Son regard à ce moment là m'a toujours intrigué et j'ai toujours rêvé de savoir ce qu'il pouvait bien se passer dans la tête de cette femme. Voici donc une petite tentative d'explication de la situation de Mrs. Saxon, en espérant que cela vous plaira.

Titre : Bang bang

Thème : Tendre

Genre : Angst

Personnage(s) : Lucy Saxon


Sa robe rouge épousait à la perfection toutes les formes de son corps. Harold, le Maître, son mari, il l'aimait cette robe rouge, il l'aimait tant... Il lui avait toujours dit qu'elle lui allait bien. Et comme toutes les autres paroles qu'il lui avait dites depuis leur rencontre, elle avait accepté le compliment comme une offrande, comme une bénédiction de l'entité supérieure qu'il représentait, à laquelle elle s'était donnée corps et âme. Pas de reddition.

Lucy Saxon ne se souvenait plus réellement comment elle l'avait connu. L'avait elle seulement connu ? Elle pensait pouvoir dire que oui aujourd'hui, mais à l'époque, elle n'avait pas idée. Il n'était même pas spécialement séduisant, physiquement ce n'était même pas du tout son style d'homme... Mais il parlait bien. Il l'avait attiré comme un aimant, et elle avait répondu. Bêtement.

Le cercle vicieux s'était enclenché.

Bien docile entre ses bras, elle avait répondu à toutes ses attentes. Tous ses ordres, toutes ses caresses. Il lui avait dit qu'il n'était pas l'homme qu'il prétendait être, pourtant. Il lui avait dit qui il était et ce qu'il comptait faire à la terre. Ca l'avait... Fasciné. Elle ne savait même pas pourquoi elle avait réagi ainsi : jeune femme douce et pacifiste, cela aurait dû l'horrifier. Non. Elle l'avait dévisagé avec envie, avec désir. Son odeur l'enivrait et l'emportait vers des cieux qu'elle n'avait jamais connu, sa voix résonnait à ses oreilles comme la plus douce des mélodies. Ses caresses... Ses caresses lui donnaient envie de se fondre en lui, de n'être qu'à lui, de n'exister que pour et par lui. Tel un vampire juché sur sa proie, le Maître – ou Harold, à l'époque – avait drainé toute la raison et le bon sens de la jeune et belle Lucy. Il avait remplacé son sang par de la drogue, par lui.

Il était devenu sa drogue. Littéralement

Elle le savait, elle savait qu'il la manipulait, qu'il l'assujettissait. Elle se pliait à tous ses ordres et se sentait heureuse de lui obéir... Il lui semblait alors que c'était la plus merveilleuse des actions qu'elle puisse faire de son existence, lui obéir. Satisfaire ses désirs, le voir heureux. Elle voyait comme un honneur d'être sa « chose ». Il en avait profité, bien sûr. Il se montrait tendre avec elle en public, mais dans l'intimité... Leurs étreintes n'avaient rien de délicat. Elles n'auraient rien eu de jouissif pour la pauvre Lucy si elle n'était pas accro à lui et si chacun de ses regards ne provoquaient pas d'immenses frissons dans tout son corps. Il lui semblait que sa vie n'avait de sens qu'auprès de lui, qu'elle ne respirait, que son cœur ne battait, qu'elle n'existait que lorsqu'elle était près de lui.

Peu à peu, son regard s'était vidé. Sa voix avait pris un ton sensuel en toutes circonstances, mais qui devenait parfois pâteux. Elle ne vivait plus réellement, elle s'accrochait à lui. Et elle avait tout le temps besoin de lui. Le toucher, lui parler, sentir son odeur et se noyer dans son regard qu'elle trouvait si... hypnotisant. Etre écorchée et battue tous les soirs ne lui faisait plus rien, au contraire. Il lui semblait qu'à chaque fois, c'était un présent inestimable qu'il lui offrait. Elle, simple humaine, si frêle, si vulnérable, était devenue l'épouse du Grand Maître. Et ils régnaient ensemble depuis les cieux sur une terre à feu et à sang...

Elle était heureuse. Elle nageait dans un autre monde, un monde fait uniquement de lui. Il n'était pas alors le tyran sanguinaire que tous craignaient sur terre – bien qu'elle aimait le craindre – il était la divinité qu'elle vénérait, la divinité qui l'avait choisi, elle, à ses côtés, qui l'avait touchée de sa Majesté...

Elle n'avait pas compris ce qui s'était passé, lorsque la brune à la peau sombre était revenue Cette Martha. Mais tout à coup, Lucy s'était sentie comme connectée à l'univers tout entier. Une douce vague de puissance s'était emparée d'elle, et elle n'avait même pas contrôlé ses lèvres, elle n'avait même pas remarquée qu'elle aussi participait au plan de Martha lorsqu'elle murmurait le nom du Docteur. Mais elle l'avait fait, et pour la première fois depuis si longtemps... Elle avait eu l'impression d'exister par elle même, d'agir par elle même. Toujours immobile, toujours docile, le regard toujours immensément vide, elle sentait pourtant le poids de l'influence du Maître se dégager.

Une bouffée de vie l'avait envahie. Elle avait envie d'exister. Il l'en avait empêché, l'avait étouffée et elle avait aimé ça... Mais tout à coup... Il lui semblait que sa volonté s'éveillait au fond d'elle. C'était si étrange... Et elle avait tant de mal à bouger par elle même, à penser par elle même... Son corps ne lui obéissait qu'à peine.

Pourtant, lorsque le petit pistolet était tombé à terre, elle avait réussi à le ramasser. Doucement, lentement, elle s'était baissée. Personne ne l'avait remarqué – personne ne l'avait jamais remarqué. Sauf lui. Et une fois encore, une dernière fois, elle voulait se rappeler à lui. Ses doigts tremblant s'étaient refermés autour de l'arme. Elle manqua de la lâcher mais tint bon, se redressant toujours aussi lentement, comme au ralenti. Elle avait tourné son regard vers lui, ce regard auquel il avait soustrait toute lueur de vie. Il ne faisait pas attention à elle. Alors, tremblante, parcourue de longs frissons, elle n'avait pas réfléchi. Elle ne l'avait plus fait depuis si longtemps... Elle ne savait même plus si elle en était capable. Elle avait juste agit d'instinct. Son doigt avait appuyé sur la gachette. Le coup était parti, la faisait tout à coup tressauter. Elle le fixait quand il s'écroula. Elle le fixait d'un air absent, d'un air désolé, d'un air triste.

Elle venait de tuer l'homme qui lui avait volé son cœur, son âme, son humanité, tout. Elle avait tué l'homme dont elle était folle, et au plus profond de ces yeux si ternes où pouvaient pourtant bien se mêler toutes les émotions possibles de l'univers... Se trouvait une pointe de tendresse.