Et voici le deuxième chapitre !


Marlène noua ses cheveux en une queue de cheval.

Elle avait soigneusement attendu qu'Euphrasie ait fini de se préparer pour la journée avant d'entrer à son tour dans la salle de bain.
Elle ne voulait pas se retrouver nez à nez avec elle, encore moins si il y avait un risque de la voir dénudée.
Marlène était quelqu'un de très pudique, et l'idée même de devoir partager son intimité la gênait.

En sortant de la salle de bain, puis de sa chambre, elle trouva Euphrasie dans la pièce principale, fourrant dans son sac quelques bouquins et son ordinateur.
Marlène jeta un coup d'oeil à sa montre, il n'était que 7h.

Elle ne pensait pas déjà partir en cours ? Si ?

« - Tu ne petit-déjeunes pas ? » Demanda Marlène, prenant son courage à deux mains pour engager la conversation avec sa nouvelle colocataire.

- J'ai déjà bu un café. » Répondit-elle alors qu'elle enfilait son manteau.
« Je pars, n'oublie pas de fermer à clé avant de partir. A ce soir. »

La tête baissée, elle sortit en trombe du studio, laissant Marlène le soin de commencer la journée seule.


« - Alors ? Ca va avec l'Iceberg ? »

Alice et Marlène déambulaient dans les couloirs de la fac. Aux côtés d'Alice, Francine semblait totalement prise parce son téléphone portable.

« - Elle est froide, et ne parle pas beaucoup. » Marlène soupira, avant de continuer :
« Elle me regarde avec son petit air dédaigneux. Comme si je n'étais une moins que rien.

- Elle s'est regardé, elle ? A piquer les mecs des autres ?

- Je croyais que mes histoires de coeurs ne t'intéressait pas, Alice. »

Alice haussa les épaules.

« - T'es ma meilleure amie. Si tu veux je peux lui montrer qui est la moins que rien. »

Elle fit craquer ses phalanges en signe de determination.

« - Non, Alice, je t'assure qu'elle n'en vaut pas la peine. Je… Je ferais avec.

- Si je peux vous donner un conseil… » Dit soudainement Francine, le nez relevé de son téléphone.
« Il vaut mieux que vous ne vous frottiez pas trop à Maillol. Son mec à des potes plutôt costauds.

- Qui ? Swan Laurence ? Môsieur Gentleman a des amis pas fréquentables ? »

Francine se contenta d'acquiescer.

Les yeux d'Alice se mirent à briller. Elle qui cherchait depuis longtemps l'ultime défaut de cette perfection ambulante.
Alors qu'elles se mirent à parler de Swan, Alice observa le regard mélancolique de Marlène.
Elle ne savait pas si elle avait enfin réussi ou non à tourner la page.
Toute cette histoire avec Maillol ne faisait que remuer le couteau dans une plaie qui venait à peine de cicatriser.

« - Elle m'intrigue. » Marlène affirma tout simplement.

Francine et Alice s'arrêtèrent de parler pour se concentrer sur la jeune étudiante.

« - Elle ne parle presque jamais, et pourtant, chacun de ses mots semble contenir toutes les émotions possibles.

- C'est une littéraire ta pote, c'est ça ? » Murmura Francine à Alice, un sourcil arqué.

« - Je n'arrive pas à savoir ce qu'elle pense vraiment de moi.

- Au pire tu t'en fiches non ? »

L'air légèrement rêveur de Marlène commençait à intriguer sa meilleure amie. Pourquoi Marlène attachait tellement d'importance à cette situation ?


La journée se passa sans encombres, enchainant cours sur cours, retrouvant parfois Alice, Marlène fit de son mieux pour s'engager du bon pied dans la vie universitaire.
Lorsqu'elle rentra dans son nouveau foyer, elle remarqua que la porte était déjà déverrouillée.

Elle ouvrit la porte et se retrouva nez à nez avec…

« - Swan. » Lâcha t'elle de surprise.

Il semblait visiblement gêné de tomber sur elle.
Si Euphrasie n'avait pas vraiment changé, lui paraissait tellement plus différent que le Swan sur lequel elle rêvassait au lycée.
Il semblait plus froid, plus lointain. Un petit noeud de deception s'installa dans l'estomac de la jeune femme.

« - Salut. » Dit-il simplement. « Heu, je sors. »

Marlène acquiesça vivement et laissa le jeune homme sortir.

Comment après des années d'amitié, avaient-ils pu finir aussi distants ?

Euphrasie, elle, était accoudée contre le mur, faisant signe à Swan pour lui dire en revoir.
Elle paraissait si nonchalante que Marlène se demandait si ils formaient vraiment un couple.

En y regardant de plus près, Marlène pouvait comprendre ce que trouvait Swan à la scientifique.
Elle avait dans ses yeux bleu glace, une étincelle de lumière qui rendait son regard presque hypnotisant.
La façon dont elle se tenait, et semblait se distancer de tout, ne lui donnait que plus d'élégance.
Comme si elle n'avait besoin d'aucun artifice pour être parfaite.

Marlène se demanda un instant si ce qu'elle ressentait n'était pas de la pure jalousie.
Elle, qui devait passer des heures devant le miroir pour se faire belle chaque jour, elle qui faisait tout son possible pour s'habiller avec le plus d'harmonie, elle qui essayait tout pour être la plus jolie possible, n'arrivait même pas à trouver le grand amour, quand Euphrasie, qui ne se maquillait même pas, l'avait à ses pieds.
Elle avait tout le monde à ses pieds.

« - Ca te va bien. » Les mots que l'apprentie doctoresse prononça tirèrent Marlène de sa rêverie.

Cette dernière lança un regard incrédule à son interlocutrice qui point ses cheveux du doigt.

« - Ta queue de cheval. Ca te va bien.

- Merci. »

Un compliment. Euphrasie Maillol venait de la complimenter.

« - Alors ta journée ?

- Oh…euh…bien. »

Pourquoi était-il si difficile de tenir une conversation ?

« - Je t'ai vu trainer avec Avril et Marshall. Elles ont l'air…sympa. » Euphrasie détourna le regard avec gêne.

« - Oui, elles le sont. Mais je ne connais pas encore bien Francine.

Ah. »

Un silence s'installa.

« - Et…et toi ?

- Les cours, le boulot, le copain collant. La routine quoi.

- Déjà ? Ce n'est que le premier jour de classe. »

Euphrasie haussa les épaules tout en allant s'installer sur le sofa, invitant Marlène à faire de même. Est-ce qu'elles étaient en train de… bavarder ?

« - Ecoute Marlène. » Elle sembla tout à coup sérieuse.
« Je sais qu'entre nous deux c'est un peu compliqué. Mais si on veut que cette collocation fonctionne, il va falloir qu'on communique. »

Euphrasie observa les traits de plus en plus gêné de Marlène. Elle en devenait presque attendrissante.
Cependant, elle restait silencieuse, prenant en compte chacun de ses mots et pesant tout leur sens.
L'étudiante en médecine se demandait ce qu'elle attendait pour répondre.

« - Je… je suis d'accord » Finit-elle par dire, à moitié dans sa barbe.

« - Cool. »

L'espace d'un instant leur regard se croisèrent et chacune put se perdre dans le yeux de l'autre.

Marlène finit par esquisser un sourire et Euphrasie sentit un poids dont elle n'avait pas conscience jusque là, se lâcher.
Elle se sentait presque… à l'aise, ce qui la poussa à se confier :

« - Je sais qu'on ne peut pas oublier le passé. Mais je ne te déteste pas. »

Marlène sentit sa gorge se contracter. Que devait-elle dire face à ce soudain retournement ?
Elle serra ses poings contre ses jambes, ne sachant que répondre. Euphrasie continua :

« - Je comprends que tu ne m'aimes pas. Mais si t'as le moindre problème… Je… Je suis ta colloc' alors je suppose que tu peux compter sur moi. »

Marlène releva brusquement la tête.

« - Je vais faire un effort… pour arrêter de te detester. »

Euphrasie soupira.

« - Très bien. »

Et pourtant, elle sentit quelque chose en elle, qui n'allait pas bien du tout.