Pairing: V is for Victuri!
Notes: OS écrit en une heure dans le cadre de la 71e nuit du FoF sur le thème "rythme". Evidemment, c'est le type de thème juste parfait pour Yuri on ice (et non, je ne cherche absolument pas le moindre prétexte pour écrire sur cette merveilleuse série), même si au final, vu ce sur quoi je suis partie, j'aurais aussi pu adapter cela à d'autres couples (mais ça reste extrêmement mignon pour du Victuri). Et en tout cas, un de mes fantasmes est accompli. So enjoy!
Valse à mille temps
Quick, quick, slow...
Quick, quick, slow...
Comment en était-il arrivé là ? Comment et pourquoi en était-il venu à danser la valse avec Victor Nikiforof ? De par le monde, combien de filles ne rêveraient-elles pas d'être à sa place, tournoyant sans fin entre les bras de celui qui était considéré comme l'un des hommes les plus beaux hommes de la planète ?
Dire que tout était parti d'une simple phrase…
oOoOoOoOo
- Yuri, avoue-moi un de tes secrets. Je veux en apprendre plus sur toi.
Cette question, Victor la lui avait posée de nombreuses fois, à un tel point que, après plusieurs mois, il était bien en peine de trouver un secret que Victor ne connaissait pas déjà. Il lui semblait que le russe, qui demeurait pour lui auréolé de mystère, savait déjà tout de lui, de son plat favoris – le katsudon – à ses craintes infantiles en passant par tout un tas d'informations tout aussi triviales que sa couleur ou sa saison préférée.
Pourtant, à son grand étonnement, un souvenir lointain et enfui finit par refaire surface et franchit la barrière de ses lèvres.
- Je ne sais pas danser la valse.
Victor poussa un cri d'orfraie, manqua de renverser sur le tatami de la salle de détente du Yu-topia la coupelle de saké qu'il s'apprêtait à porter à ses lèvres.
- Comment !? Mais tout le monde sait danser la valse !
- Minako-sensei a bien essayé de me l'enseigner il y a quelques années, expliqua Yuri. Ce n'est pas comme si le rythme était pourtant spécialement compliqué ou difficile à suivre, mais je passais mon temps à lui marcher sur les pieds. Alors j'ai en quelque sorte laissé tomber. C'est comme pour le patinage ou les danses en couple, on ne peut pas dire que je sois très doué, ajouta-t-il, l'air gêné.
Ce qui fut loin de plaire à Victor.
- il faut absolument qu'on rectifie ça ! Bon, pour le patinage en couple, il est trop tard pour passer à la patinoire ce soir, déclara Victor en riant, donc on devra attendre demain matin, mais pour la valse, on peut s'en occuper dès maintenant.
Et, sans lui laisser le choix, le russe lui saisit d'autorité sa main droite pour la poser sur son épaule.
- Ta main droite va ici, énonça-t-il tandis que sa propre main vint se loger dans la cambrure du dos de Yuri qui réprima à grand peine un frisson. Et la gauche vient là, déclara-t-il en entrelaçant ses doigts avec les siens.
Yuri était pratiquement certain que dix ans auparavant, Minako-sensei n'avait pas entrelacé leurs doigts, se contentant simplement de tenir fermement sa main. Tout comme il était sûr que leurs deux corps avaient été loin d'être aussi aussi proche, à peine séparés par quelques centimètres, au point qu'il pouvait sentir le souffle léger de la respiration de Victor et qu'il dû combattre l'irrépressible envie de fermer les yeux pour s'imprégner de l'odeur si suave de son partenaire.
- Tu te souviens du tempo ? Deux pas rapides, un lent. Quick, quick, slow… Quick, quick, slow,…
Yuri sentit la main de son cavalier l'entraîner doucement, mais fermement, dans une valse à trois temps. Il n'y avait ni violons, ni orchestre, ni musique d'aucune sorte pour scander leurs pas et rythmer leurs tours. Juste le battement de leurs cœurs qui résonnait à ses oreilles plus fort que le son de mille tambours frappés à l'unisson.
Même si tous les autres occupants de l'onsen - sa soeur, ses parents, quelques rares clients en cette période de morte-saison - s'étaient couchés depuis plusieurs heures déjà et que le silence de la nuit régnait en maître, Yuri se dit qu'ils devaient renvoyer un bien étrange spectacle. Deux hommes d'âge murs, dont l'un devait avoir les joues si rouges qu'elles devaient concurrencer les plus luisantes tomates, dansant ensemble la valse au milieu de la salle déserte d'un petit onsen japonais. Une scène complètement irréaliste.
Une scène à la limite du ridicule, n'est-ce-pas ?
A cette pensée, Yuri se raidit et en perdit le compte de ses pas, marchant sur le pied de son partenaire.
- Détends-toi, chuchota Victor à son oreille en resserrant sa prise sur sa taille. Savoure l'instant et, juste pour cette nuit, laisse-moi t 'entraîner avec moi dans cette valse à mille temps.
Le timbre rauque de Victor fit naître des frissons le long de sa colonne vertébrale. Yuri eut l'impression que son être entier s'embrasait soudain sous l'effet d'un enchantement inexplicable que lui aurait lancé cet ensorceleur russe. Comment aurait-il pu résister à ses paroles si suavement murmurées dans le creux de son oreille ? Comment aurait-il pu seulement envisager de rompre le charme qui le retenait captif et quitter la chaleur réconfortante de ces bras qui le guidaient encore et encore à travers la pièce ?
C'était totalement inconcevable. Alors, Yuri s'abandonna et se laissa entraîner dans cette valse étourdissante, priant seulement pour que celle-ci dure encore cent mille temps de plus, jusqu'à ce que les doigts de rose de l'aurore ne percent par le papier en toile de riz des cloisons, faisant voler en éclat l'enchantement et les ramenant brusquement à la dure réalité de leurs existences.
Le titre est évidemment une référence à la chanson de Jacques Brel qui évoque la construction de l'amour (la solitude pour le premier temps, la rencontre/le mariage pour le second puis l'agrandissement de la famille pour le troisième et dernier) et dont le tempo devient de plus en plus rapide, de sorte qu'on a l'impression d'être emporté.
