Chapitre 2 : L'espoir en oratorio :

«Les larmes prouvent leur amour, elles n'apportent pas leur remède » William Shakespeare

Clarence Terrace, toujours à Londres.

Marchant d'un bon pas, Sherlock Holmes arriva rapidement devant le 14, Clarence Terrace. Il n'eut aucun mal à reconnaître l'entrée : il y avait toujours les deux pots au style gréco-romain qui accueillaient de belles aubépines.

Il sonna au portillon, lorsque la porte s'ouvrit sur un homme. Ce dernier, entre 35 et 40 ans, arborait une chevelure brune aux boucles indisciplinées ainsi qu'une barbe de 2 jours. Vêtu d'une chemise à carreaux et d'un jean délavé, son apparence tranchait avec son environnement plutôt luxueux. Mais cela importait peu pour le détective : il aimait bien les gens qui sortaient du rang. L'homme adressa un sourire chaleureux à son invité

« Hey, Sherlock ! Content de te voir dans le coin ! »

« Bonjour, Will ! Est-ce que je peux te parler cinq minutes ? »

« J'ai tout mon temps ! Entre, je t'en prie ! » l'invita le dénommé Will.

Le détective entra dans le hall et suivit son hôte jusque dans le salon. Là, Will laissa son invité s'installer tandis qu'il alla amener de quoi se restaurer. Une fois revenu avec un plateau garni, il déposa le tout sur la table et s'assit sur le fauteuil à côté de Sherlock

« Alors, qu'est-ce qui t'arrive ? Dis-moi ce qui te tracasse ! » demanda Will en servant une tasse de café au détective.

Ce dernier, tout en prenant la tasse, fit la grimace avant de répondre « C'est John... »

« Quoi, John ? Ça ne va pas fort entre vous, c'est ça ? »

« C'est pire que ça… Pour être franc, je crois que ça part en vrille. Et j'en ai eu la preuve aujourd'hui ! »

« C'est à dire ? »

Reprenant sa respiration avec difficulté, Sherlock avoua « Je l'ai surpris dans son bureau avec Molly ! »

« QUOI ? »

« Oui, ça m'a fait le même effet aussi, sauf que j'ai essayé de ne pas me faire remarquer. Et là, tu vas entendre la meilleure : il m'a envoyé un message comme quoi il s'installait "temporairement" chez elle parce qu'il pourrait être convoqué à Scotland Yard dans le cadre d'une affaire ! »

Will se pinça les lèvres : alors là, dire que Watson l'avait déçu était un euphémisme ! Il passa une main amicale sur l'épaule de son ami « Je suis navré pour toi, Sherlock. Et moi qui pensait que tu avais trouvé quelqu'un de bien... »

« Il faut croire que tout le monde fait des erreurs, et que certaines font plus mal que d'autres... »

Soudain, on entendit la porte s'ouvrir et des pas se firent entendre dans le hall. Peu après apparut un homme, un peu plus grand que Will, et qui semblait un peu plus âgé – sans doute à l'aube de la cinquantaine. Le moins qu'on pouvait dire était qu'il était l'incarnation de l'élégance : sa chevelure brune sombre était impeccable et il était vêtu d'un costume gris sombre. Ce qui détonnait chez cet homme était ses yeux : noirs aux reflets havane. Les yeux du Diable.

L'homme s'exprima « Bonjour Will, j'ignorais que nous avions de la visite. Ravi de vous revoir, Mr Holmes. »

« Le plaisir est pour moi, Docteur Lecter ! »

[Et là, je suis certaine que mes chers lecteurs vont s'exclamer « HEIN ? Mais que font Hannibal Lecter et Will Graham à Londres ? » Une explication s'impose : après leur chute, les Amants Meurtriers ont réussi à sortir des États-Unis et se sont installés en Angleterre sous une fausse identité, Khristian et Whillem Sieger. Si leur installation s'était passé sans encombre, il n'a pas fallu beaucoup de temps avant qu'Hannibal ne vienne se servir en viande fraîche parmi le contingent de voyous que comptait la capitale londonienne. Si officiellement Scotland Yard n'avait jamais réussi à résoudre l'affaire, Holmes lui savait qui était le responsable, mais comme il s'entendait bien avec les deux hommes et que Lecter rendait – en quelque sorte – service à la communauté, il a décidé de ne pas livrer le Dr Lecter aux autorités.]

Le psychiatre se tourna vers son amant et lui demanda « Et puis-je connaître la raison de la venue de notre invité ? »

« Oui, il avait besoin d'une oreille attentive. Parce que, figure-toi que John – tu te souviens de John Watson ? – l'a trompé avec Mlle Hooper, la légiste ! »

Un rictus de mépris se dessina sur les lèvres du cannibale « Et ça ne m'étonne même pas ! »

« Comment ça ? » demanda Sherlock Holmes.

S'asseyant sur une chaise, le Dr Lecter répondit « Je vais être honnête avec vous, Sherlock : depuis que nous nous connaissons, je me suis demandé ce que vous pouviez bien trouver au Dr Watson. Bien que je reconnais ses qualités de praticien, il m'a toujours paru bien inférieur à vous. Dites vous que cette tromperie n'est pas une si mauvaise chose ! Et puis, vous êtes libre, maintenant : prenez un amant, ça vous fera du bien ! »

« Pardon ? Tu ne trouves pas que c'est un peu radical comme solution ? » s'écria Will, interloqué.

« Will, voyons, ne t'emballe pas. Après tout, qu'est-ce qui empêcherait ton meilleur ami d'aller voir ailleurs ? »

Cette idée saugrenue laissa le détective pensif : tromper John, en voilà une drôle d'idée ! Quoiqu'en réfléchissant bien, ce n'est pas tellement de la tromperie puisque sa relation avec John est proche de la fin. Et puis, c'est lui qui a ouvert les hostilités, non ? Relevant la tête, Sherlock arborait un petit sourire énigmatique « Très bien, Dr Lecter : je vais essayer de suivre votre conseil ! »

« Voilà qui est mieux. Je vous laisse étudier la question ! ».

Jetant un coup d'œil à l'horloge qui indiquait 8 heures du soir, Hannibal proposa « C'est bientôt l'heure du dîner. Désirez-vous vous joindre à nous, Mr Holmes ? »

L'intéressé afficha une moue dubitative « J'aimerais bien, mais avant toute chose, pourriez-vous me dire qui va t-on déguster ce soir ? »

Le cannibale émit un petit rire « Personne, je vous garantis que nous consommerons de la viande animale ce soir ! »

Un peu plus détendu, le détective accepta l'invitation et se joignit à ses amis pour le repas.

Ce soir, Hannibal avait décidé de faire honneur à la gastronomie italienne et Sherlock devait reconnaître qu'il se régalait. L'heure tournait, mais aucun des trois convives ne semblait y prêter attention, car pris dans une conversation des plus passionnantes. Alors qu'il était en train de prendre le café, Sherlock regarda sa montre

« Ah ! Je suis désolé, mais je vais devoir prendre congé. J'ai une affaire délicate qui m'attend et j'ai besoin d'un peu de sommeil ! »

« Aucun problème, Sherlock ! Préviens-moi quand tu seras arrivé ! » lui dit Will.

« Entendu. Bonsoir, messieurs, et merci encore le repas ! » salua Sherlock avant de quitter les lieux.

C'est le cœur léger que Sherlock Holmes prit le chemin du retour. Ce repas chez les Lecter-Graham – pardon, les Sieger – lui avait remonté le moral. Après quelques mètres de marche, il arriva devant l'entrée du 221B Baker Street. Il gravit les marches du perron et ouvrit la porte sur le hall d'entrée, plongé dans l'obscurité. Dès qu'il eut enlevé sa veste, il se dirigea vers le salon quand une voix provenant de la pièce lui dit

« C'est à cette heure-là que tu rentres ? J'ai failli attendre ! »

Le détective se raidit : il jurerait avoir reconnu cette voix entre mille ! Tâtonnant dans l'obscurité, il trouva l'interrupteur et appuya aussitôt… pour voir ses craintes se confirmer. Assis dans un fauteuil, vêtu d'un de ses nombreux costumes Westwood et le fixant avec ses orbes noires, Sherlock reconnut sa némésis, Jim Moriarty, auto-proclamé consultant criminel.

« Coucou, Sherlock ! Surpris de me voir ? » sourit le psychopathe

« Ça se voit tant que ça ? » lui demanda froidement le détective.

Tout à coup, il sentit une main agripper son épaule et entendit une voix d'homme lui dire « Dites-moi, Mr Holmes, où sont passées vos bonnes manières ? Si vous ne voulez pas avoir d'ennuis, je vous conseillerais de vous tenir à carreaux ! »

Doucement, Holmes se retourna pour faire face à un homme plutôt grand, peut-être un peu plus jeune que lui. Ses cheveux bruns, avec quelques reflets feu, contrastaient avec ses yeux bleu-gris qui semblaient le foudroyer.

Au vu de sa musculature, il a dû suivre un entraînement intensif – militaire sans doute. Tout cela mit le détective sur la piste de son identité

« J'oserais affirmer sans trop me tromper qu'enfin, je vous rencontre, ex-colonel Sebastian Moran, fils de feu Lord Augustus Moran. Votre réputation du deuxième homme le plus dangereux d'Angleterre n'est plus à faire ! »

L'homme de main sourit « Le moins qu'on puisse dire, c'est que vous aussi, vous êtes fidèle à votre réputation, Mr Holmes ! Je commence à comprendre pourquoi mon patron vous trouve intéressant ! »

« C'est bon, Seb', tu peux disposer. Va m'attendre dans la voiture, Sherly et moi avons à discuter en privé ! »

« C'est vous le boss ! » lâcha Moran qui laissa Holmes et quitta les lieux aussitôt.

« Et bien, Sherlock, tu ne viens pas t'asseoir ? On est chez toi, après tout ! »

« Puisque tu en parles, je voudrais bien savoir comment tu es entré ? »

« Ah non non non, Sherly ! Un magicien ne révèle jamais ses secrets, sinon ses tours perdent tout leur charme ! »

« Bon, d'accord. Puisque je ne saurais pas comment, j'aimerais bien savoir pourquoi ! »

« Ah là, je vais pouvoir te répondre. Mais pas avant que tu ne t'assoies face à moi ! » exigea le génie criminel.

Maugréant, le détective alla prendre place dans son fauteuil. Une fois installé, il fixa son alter ego « Maintenant que je suis installé, aurais-tu l'amabilité de me dire ce que tu fais ici ? »

« Demandé aussi gentiment, ça ne se refuse pas. Pour être honnête, je voulais voir comment tu allais. C'est vrai, avec cette affaire Reginald Murray, tu dois avoir beaucoup de travail ! » « Quelque chose me dit que tu es impliqué. Ai-je tort ? »

« Pas tout à fait. En fait, je vais pouvoir répondre à cette énigme sulfureuse… »

« Je suis toute ouïe ! »

« Parfait ! Reginald Murray aimait à se déclarer homophobe. Mais ce que peu savent, c'est qu'il aimait la compagnie de jeunes hommes. Et depuis quelques temps, il recevait Alex Jones, le fils du député Jones… Et là où ça va te choquer, c'est que Alex n'a que 14 ans ! »

« Ce qui explique les traces de parfum AXE sur la chemise du mort. Mais que venait faire ce gosse chez un homme de 54 ans ? »

« Disons qu'en échange de quelques coquetteries, Murray devait faire avancer la carrière de Papa Jones ! »

« HEIN ? »

« Oui, moi aussi, ça m'a choqué. Et je ne sais comment, le même Papa Jones apprend cela. Forcément, il n'est pas content et veut se venger... »

« Et tu entres en jeu ? »

« Tout juste, Auguste ! Il m'a demandé de lui rendre un service. Et comme c'était bien payé, je n'allais pas dire non. J'ai envoyé Sebastian faire son devoir. Quand il est entré, il a trouvé le gamin en panique, allongé sous Murray qui était en train de faire une crise cardiaque. Forcément, que fait Seb ? Il dit au gosse de déguerpir et il abrège les souffrances de Sir Reginald ! »

« Ce qui explique la cravate autour du cou ! »

« Bravissimo ! Tu es toujours aussi futé, mon grand ! »

« Quelque chose me dit que tu n'es pas venu jusqu'ici uniquement pour me dire tout cela. Je me trompe ? »

Jim se redressa dans le fauteuil et sourit de toutes ses dents « C'est vrai, je reconnais. Je voulais savoir comment ça allait, côté cœur : alors, ça ne va pas fort avec Johnny-boy ? »

Le détective fit un bond de son siège « Dis donc, tu ne manques pas de souffle pour demander ça ! Et puis d'ailleurs, comment es-tu au courant ? »

Le sourire de Moriarty s'agrandit « On va dire que j'ai des yeux partout, mon grand ! Franchement, j'ai été choqué : je ne croyais pas Molly comme ça ! Mais ce qui m'a fait mal, c'est de te voir si triste, si démuni face à une telle trahison : j'ai eu beaucoup de peine pour toi ! »

Le détective se frappa le front : et il ne manquait plus que ça ! Voilà que Jim Moriarty se mêle de sa vie sentimentale ! Perdu dans ses pensées, Sherlock n'entendit pas Jim se lever et se diriger vers lui.

Ce n'est que lorsqu'il sentit son souffle qu'il fut ramené à la réalité et remarqua avec stupeur que leurs visages étaient proches. Un petit peu trop proches à son goût, d'ailleurs ! Il sentit le rouge lui monter aux joues et une étrange sensation électrique lui parcourut l'échine.

« Je vais être franc, Sherlock : depuis un moment, je m'inquiète pour toi. Je sens que tu ne vas pas bien, et ça me contrarie plus qu'autre chose. C'est vrai : que deviendraient nos petits duels intellectuels si tu n'as pas tout ton palais mental en ordre ? »

Il s'approcha de l'oreille du détective et lui chuchota « T'inquiète pas, on va se revoir très vite. Et si jamais tu as besoin d'un peu de distraction... »

Il se releva et mima un téléphone « Call on me, baby ! » puis il quitta la pièce, laissant Sherlock abasourdi.

Ce dernier se demandait si il n'avait pas rêvé quand il sentit quelque chose dans sa main droite. Il baissa les yeux et fut surpris d'y trouver un petit bouquet, lié par un joli ruban rouge carmin. Le génie détective n'eut aucun mal à reconnaître les fleurs : l'aubépine – symbole de l'espoir – et le myosotis – celui du souvenir fidèle. Le tout voulait dire « Garde espoir et ne m'oublie pas ! ». Le détective remarqua une petite étiquette où il était écrit « Call me. 08 54 20 93 75. Love. J.M »

Sherlock se surprit à sourire : pour sûr qu'il n'y manquerait pas….