2. Octavia

Octavia retraçait encore et encore le motif barbare. Comme un coup de griffe d'une créature monstrueuse, il laissait ses sillons noires depuis l'arrière de l'oreille, la pommette et redescendait dans le cou avec la même violence figée. Fascinée, elle ne pouvait s'empêcher d'en suivre les contours du doigt, encore et encore.

Lincoln la laissait faire, les yeux clos, appréciant simplement ce moment de tendresse trop rare. L'air dans la grotte était frais mais le feu les tenait au chaud, aidé par les fourrures et la chaleur de leurs corps. Le monde extérieur pourrait bien se déchaîner qu'ils n'en sauraient rien, lovés comme ils l'étaient, emmitouflés dans une fragile bulle de bonheur. Ça ne durerait pas, ils en étaient conscients, mais en ce moment ils avaient envie d'y croire.

La caresse disparut de sa nuque, ne laissant qu'un frisson de manque derrière elle, pour se déplacer jusqu'à son torse et les deux crocs qui le marquaient. Le guerrier prit une profonde inspiration, près à s'assoupir en attendant que la cruauté de la réalité se rappelle à eux.

« J'en avais déjà entendu parler, tu sais. »

Il rouvrit un œil, appuyant sa question muette d'un frôlement sur sa hanche nue. Ses yeux bleus ne le regardaient pas, happés par les dessins que formait l'encre sous sa peau tannée.

« Des tatouages. J'en avais entendu parler. Un art qui requiert qu'on souffre pour l'atteindre et qui ne disparaîtra jamais, qu'importe le nombre d'année. »

Lincoln fronça les sourcils, jeta un regard sur les cercles concentriques enserrant son biceps avant de le glisser sur l'épiderme si blanc, si pur, de la femme dans ses bras. Il avait toujours supposé que le jeune âge de ces envahisseurs venus du ciel justifiait leur absence de marques mais ne s'était jamais vraiment attardé sur la question.

« Personne n'en a, là d'où tu viens ?

Octavia remua doucement la tête, toujours sans lever les yeux.

_ Je suppose qu'on a pas pensé à prendre l'équipement nécessaire en quittant la Terre, dit-elle dans un rictus. Et puis même, on était déjà à court d'encre bien avant ma naissance, les stylos ne sont pas éternels. »

Un haussement d'épaule conclut sa phrase, les replongeant dans le silence que seul le crépitement du feu rompait. Ses doigts quittèrent une nouvelle fois l'objet de leur obsession pour se reposer sur les petites cicatrices de son épaule, quelques centimètres plus loin.

« Tout ça... tout ces dessins, qu'est-ce qu'ils veulent dire ?

_ Que je suis fort. »

Il enferma ses doigts curieux dans sa paume trop grande, croisant pour la première fois ces yeux d'un bleu qu'il aimait tant.

« Ça te plait ? »

Octavia opina, l'ombre d'un sourire sur les lèvres et une lueur d'excitation dans le regard.

« Oui, j'en veux un.

Lincoln sourit à son tour, attrapant une poignée de cheveux bruns et enivrants dans sa main libre.

_ Si tu deviens une guerrière, tu en auras. »

Il l'attira à lui sur ces mots, pris d'un nouveau désir de posséder ce corps vierge qu'il savait sien.