Note: merci pour vos commentaires. Oh, et j'allais oublier: cette histoire a lieu juste après l'incident de la bague brisée.
Disclaimer : j'ai trop de respect pour Yana Toboso pour vouloir lui prendre quoi que ce soit.
Coup de jeune, chapitre 2.
Elizabeth se heurta presque au majordome de son père, qui lui murmura discrètement de reprendre sa place. On allait découper le gâteau et il fallait qu'elle donne elle-même une part à tous les invités d'honneur. Nerveusement, la petite marquise vérifia que ses mains étaient propres et se répéta à toute vitesse toutes les formules de politesse qu'elle allait devoir utiliser. C'était son anniversaire et elle allait rendre ses parents heureux en se comportant comme une vraie lady !
Il lui fallait d'abord honorer les invités les plus âgés, évidemment, en commençant par ceux dont le rang était le plus élevé. Ensuite, les adultes, en commençant par les ducs et duchesses et en finissant par les roturiers, s'il y en avait, ce qui n'arrivait jamais. Ciel comptait parmi les adultes, ce qui ne manquait jamais de la surprendre. Les enfants passaient en dernier et obtenaient souvent les plus grosses parts. Joyeusement, Lizzie distribua les parts tout en lorgnant les domestiques qui servaient la plupart des invités. Quand ce fut au tour de Ciel, elle glissa vivement la bague sur le bord de la soucoupe, puis la lui tendit en souriant jusqu'aux oreilles.
- Il y a un cadeau pour toi ! murmura-t-elle en pouffant de rire.
- Ça ? C'est une bague, et bien ?
- J'aimerais que tu la mettes.
Ciel la fixa d'un œil vide et la petite marquise se sentit gênée. Elle ne voulait pour rien au monde réitérer le fiasco de la bague brisée mais elle désirait tellement lui faire un cadeau !
- S'il te plait. Mets-la juste une fois, chez toi, quand il n'y aura personne pour te regarder, mais mets-la. Ça me ferait tellement plaisir.
Le regard de chien battu d'Elizabeth aurait attendri un cœur de pierre mais le jeune lord resta de marbre. Cependant, il eut la politesse de ramasser la bague, de la regarder et de hocher la tête.
- Je te promets de la mettre au moins une fois, dit-il froidement.
Lizzie pouffa de rire nerveusement et retourna s'occuper des invités. Il y avait tellement de gens autour d'elle et c'était tellement bon de les voir heureux. Oh, comme elle adorait les fêtes !
La soirée se prolongea jusque tard dans la nuit. Ciel réussit presque à s'arracher quelque chose qui ressemblait vaguement à un sourire quand un banquier suisse lui parla de ses placements sécurisés. Au moins la soirée avait été productive ! Le jeune comte fut parmi les premiers à partir. Il dodelinait déjà de la tête et Sebastian dût le porter dans ses bras jusqu'à son lit quand ils arrivèrent au manoir Phantomhive.
- Sebastian, range-moi ça, ordonna-t-il en lui tendant la petite bague. Je n'ai pas besoin d'une bague de plus.
Le majordome ramassa la bague et eut un sourire moqueur. Ciel surprit son regard et s'en indigna :
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Il semble que l'affection de Mademoiselle Elizabeth vous effraie, Monsieur.
Ciel prit la mouche immédiatement :
- Qu'est-ce qui te fait croire ça ?
-Vous n'avez pas touché à cette bague, Monsieur. Il s'agit pourtant d'un témoignage d'affection de la part de Mademoiselle Elizabeth. Seriez-vous intimidé par les sentiments humains ?
Sebastian jubilait intérieurement. Ces humains se montraient tous si faibles dès qu'il s'agissait des émotions d'autrui ! Même son maître, pourtant si déterminé et intransigeant, devenait mou et passif face à une démonstration d'affection.
Piqué au vif, Ciel tendit vivement la main pour attraper la bague :
- Donne-moi ça ! ordonna-t-il.
Le majordome s'exécuta sans cesser de sourire, mais il s'agissait maintenant d'un sourire de contentement. Ciel rejetait chaque jour un peu plus les émotions qui ternissaient son âme. Moins de tendresse, moins d'affection, moins de compassion, moins d'empathie… Bientôt, il serait à point et son âme dégagerait un arôme incomparable. Il s'agirait d'un festin de roi.
- Dormez, Monsieur, lança-t-il avant de quitter la pièce en emportant le chandelier.
Sebastian dormit peu cette nuit. Les démons pouvaient dormir pour le plaisir mais s'en passaient très bien s'ils n'en avaient pas le temps. Il se leva vers quatre heures du matin, cira le parquet du premier étage et nettoya les rideaux, après quoi il prépara le petit-déjeuner du jeune maître et le posa sur un coin de table. Le maître se levait à sept heures précises, il avait donc le temps de s'occuper d'un des chats qui traînaient dans le secteur.
Quand le septième coup de la grande horloge sonna, le majordome frappa à la porte de Ciel, qui dormait encore, la tête enfoncée sous l'oreiller.
- Il est l'heure de vous lever, Monsieur, annonça-t-il en allant ouvrir le rideau. J'ai préparé un thé Earl Grey…
- Qui t'es, toi ?
Il est extrêmement difficile de surprendre un démon mais en se retournant, Sebastian eut le choc de sa vie. Un petit garçon d'environ quatre ou cinq ans se tenait assis dans le lit et le regardait avec curiosité. Pendant un bref instant, le majordome se demanda de qui il s'agissait, puis il reconnut la marque de contrat dans son œil. Des cheveux d'un gris bleuâtre, un œil bleu et l'autre marqué, une peau claire, de petits membres fins… Il s'agissait de Ciel Phantomhive !
Sauf que le Comte Ciel Phantomhive dégageait toujours un délicieux parfum de haine, de colère et de rancœur. Cet enfant-ci ne sentait pas bon du tout. En s'approchant un peu, Sebastian perçut de l'innocence, de la gentillesse, de la joie de vivre… Il s'agissait là d'un mélange insipide et qui pouvait devenir franchement désagréable au goût si on y ajoutait des émotions nobles comme l'altruisme ou l'abnégation. On lui avait gâché le festin qu'il avait mis tant de mal à préparer !
- Monsieur ! Ça ne va pas ? s'enquit le petit garçon en voyant sa mine contrariée.
Sebastian se força à afficher un sourire poli. Un majordome doit toujours servir son maître, quoi qu'il arrive. Il n'allait tout de même pas faillir à sa tâche maintenant.
- Il est fort déplacé de la part d'un maître que de s'inquiéter des états d'âme de son majordome, répondit-il en mettant un genou à terre. Souhaitez-vous que je vous habille, Monsieur ?
- Non ! D'abord, je veux voir ma maman !
Et le petit garçon sauta du lit, s'échappa de la chambre et courut dans le couloir jusqu'à la porte de la chambre de ses parents, qu'il se mit à cogner énergiquement.
- Maman ! Papa ! Je peux entrer ?
Sebastian, qui avait rejoint son maître, hésitait sur la conduite à tenir. Il lui fallait absolument ternir de nouveau l'âme de son maître pour qu'elle retrouve sa merveilleuse saveur. Mais comment ? En lui racontant de nouveau ce qui leur était arrivé ou en mentant par omission ?
Lassé de frapper, Ciel entra dans la chambre et ouvrit des yeux ronds. Ses parents n'étaient pas là. En outre, même si chaque meuble se trouvait à sa place on aurait dit que personne n'avait occupé cette pièce depuis des mois. Les pantoufles de son père ne traînaient pas sur le sol, on ne voyait nulle part le flacon de sirop pour la toux de sa mère… Qu'avait-il donc bien pu se passer ?
- Où est Monsieur Tanaka ? s'enquit le petit garçon, perplexe.
- Il est sans doute dans la cuisine des domestiques, jeune maître, répondit le majordome, soulagé.
- On y va ! lança joyeusement l'enfant.
- Monsieur, protesta le majordome, vous ne pouvez pas y aller comme ça. Vous devez d'abord vous habiller.
- C'est ma maman, qui m'habille, ou alors Monsieur Tanaka !
Sebastian chercha un biais. On pouvait toujours mettre l'âge soudain du (très) jeune maître sur le compte d'une maladie mais si Tanaka voyait l'enfant maintenant, il remarquerait forcément sa marque de contrat. Que faire ?
- Si vous me laissez vous habiller, je vous préparerai un délicieux fondant au chocolat pour votre goûter, suggéra-t-il enfin.
Il s'agissait là d'une proposition digne d'un pédophile mais Ciel, qui était confiant de nature, poussa des hurlements de joie et se précipita dans sa chambre, où il attendit que Sebastian s'occupe de ses vêtements. Comme toutes ses chemises et pantalons étaient bien entendu devenus trop grands, Sebastian alla chercher fil et aiguilles et rétrécit prestement une de ses tenues, puis lui passa deux paires de chaussettes pour qu'il n'ait pas froid aux pieds. Enfin, il lui attacha son cache-œil. Evidement, Ciel se précipita vers le miroir et fit la moue en voyant son visage.
- J'ai l'air d'un pirate, et les pirates, c'est très vilain ! annonça-t-il, dépité. Je dois vraiment porter ce truc ?
Et il souleva le cache-œil et recula d'effroi en voyant son œil marqué. Quelle horreur ! que lui était-il arrivé ?
- Monsieur, je suis à votre service, annonça Sebastian en voyant sa peur. Etant à votre service, il me faut veiller sur vous. Vous devez impérativement garder ce cache-œil.
- Il est vilain, mon œil, maintenant, pleurnicha Ciel. Je ne veux pas que Lizzie me voie comme ça !
- Alors gardez ce cache-œil, Monsieur.
- Je peux voir un médecin pour guérir mon œil ?
Sebastian était sur le point de biaiser quand une idée lui traversa l'esprit. Il eut un sourire énigmatique.
- Je crois, Monsieur, pouvoir appeler un très bon médecin.
A suivre…
