Hellow, anglofans ! Poudlard revient dans ce nouveau chapitre de Renouveau. Et nous plongeons directement au coeur de l'action, le 1er septembre 2022, sixième rentrée des Rôdeurs.

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Merci à Dreamer, Kuro no Kage et Tiph pour vos reviews, et merci aux trouze-mille abonnés d'un coup. N'hésitez pas à vous abonner à moi aussi, j'écris d'autres super trucs pour le Multivers Parfum-Potter (dont deux chapitres publiés en simultané avec celui-là) !

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2) Une rentrée tendue

Loutry Ste Chaspoule, septembre 2022

Albus Severus Potter vérifia que sa chemise pliée dissimulait bien le double-fond de sa malle, puis referma le couvercle d'un geste satisfait. Cette année, les mesures de sécurité étaient durcies, à Poudlard. Avec leur liste de fournitures scolaires, les élèves avaient également reçu de nouvelles consignes interdisant, par exemple, d'apporter tout artefact Moldu à Poudlard. Les farces et attrapes étaient également proscrites, tout comme les manuels non-approuvés par le Ministère.

Du coup, tous les Weasley avaient des doubles-fonds dans leurs malles, remplis à raz-bord de trucs interdits.

Avec l'assassinat des McAlister et les rumeurs qu'avaient répandues Lucy Zabini (et ses parents, et les Malefoy, et leurs amis…), la méfiance s'était durablement installée à l'égard des Réfractaires. La méfiance et la paranoïa. De nombreux sorciers ayant cherché à quitter la surveillance du Ministère et à s'installer seuls avaient été violemment attaqués par des Écorcheurs, renforçant la thèse selon laquelle les Écorcheurs étaient envoyés par le Ministère contre ses ennemis. La plupart des Aurors avaient été gagné à la cause des Réfractaires depuis plusieurs années, et faisaient donc la sourde oreille aux critiques : mais le reste de la population sorcière voyait ces attaques comme une preuve supplémentaire. Les Réfractaires avaient mis en place un régime dictatorial.

Évidemment, c'était déprimant.

Mais ça avait soudé les Weasley comme jamais, alors Al' n'était pas entièrement mécontent. Oh, son père voyait toujours Khallia, mais moins souvent. Et il s'était réconcilié avec Ginny ! Et avec les autres Weasley ! Et Oncle George avait passé tout l'été à discuter blagues et coups montés avec James et Al'. James, d'ailleurs, était nettement moins odieux qu'avant. L'année dernière, il n'avait pas souvent ramené sa fraise : ses chevilles avaient bien dégonflées. Al' espérai vivement que leur entente de l'été allait perdurer durant cette année scolaire.

En parlant d'année scolaire, d'ailleurs. Al' tâtonna ses poches à la recherche de ses résultats des BUSES. Bien sûr, lui et l'Ankou et le reste de leurs amis avaient discutés en long et en large de leurs notes respectives, mais Al' aurait quand même besoin du papier pour choisir ses matières.

Et il allait enfin laisser tomber la Métamorphose, après cinq ans à supporter Laughlin ! Il s'en réjouissait d'avance.

– AaaaaAl' ! On y vaaaaaa !

– J'arrive ! se hâta de lancer le Serpentard en attrapant sa valise.

Il saisit Magnum le furet par la peau du cou et le glissa dans sa chemise, où le petit animal se blottit avec satisfaction : puis il dégringola l'escalier quatre à quatre en traînant sa malle derrière lui, faisant trembler l'escalier comme un grondement de tonnerre.

Il rejoignit l'ensemble des enfants Weasley dans le jardin : Lily, James, Rose, Fred, Dominique, Hugo, Lucille, Rosemary. Tous tenaient la main d'un parent. Vu que Ginny avait James et que Lily tenait la main d'Harry, ce fut Papi Arthur qui se chargea d'Al'. Ils échangèrent un bref regard, puis… Transplanèrent.

Comme l'année dernière, le quai 9 ¾ pullulait d'Aurors : mais à présent, il y avait aussi d'autres représentants de Ministères, venus surveiller qu'aucun enfant n'emportait de « contrebande Moldue » et que personne ne présentait de « comportement à risque ». Le Ministère était devenu aussi intrusif et stricte que sous le règne de Lord Voldemort, murmuraient certains : contrôles, procès expéditifs, sanctions… Mais les gens étaient moins enclins à se rebeller. Déjà, parce que personne n'était condamné à Azkaban au cours de ces procès, mis à part quelques loups-garous auxquels personne n'accordait d'importance. Ensuite, parce que le Ministère les protégeait des Écorcheurs, il faisait ça pour leur bien. Oh, il y avait bien des rumeurs comme quoi les Réfractaires étaient derrière les Écorcheurs (et Al' sourit d'un air sinistre en se remémorant comment sa promotion avait largement diffusé l'info), mais la plupart des gens ne voulaient pas y croire, terrifiés que ça puisse être vrai.

Et puis, Harry Potter travaillait pour le Ministère. Ils ne pouvaient donc pas être maléfique, pas vrai ?

(Harry Potter travaillait toujours au Ministère parce qu'il était malade à l'idée de ce qui se passerai après son départ. Mais Al' l'avait plusieurs fois surpris en train de refiler des infos confidentielles à Ron, qui lui-même disparaissait ensuite durant plusieurs heures… Al' soupçonnait l'implication des parents de l'Ankou. Après tout, Draco Malefoy était la figure emblématique de la résistance passive.)

Il y avait une résistance active, celle des Pyromanes : et une résistance passive, menée par Malefoy. C'était ceux qui disparaissaient des registres et refusaient de vivre sous le contrôle du Ministère. Les Malefoy, qui avaient placés un Fidelitas sur leur manoir : les Pritchard qui avaient déménagés : Theodore Nott et son fils qui avaient disparu des registres…

– Bon, soyez sages, commença Harry en serrant ses enfants contre lui. Pas de bêtises, enfin, pas trop. Pas beaucoup. Ou ne vous faites pas prendre. Et rien de dangereux !

– Ou bien ne vous blessez pas, ajouta malicieusement Ginny.

– Oui, oui, fit distraitement Lily en se dégageant déjà. Vous avez vu Vicky ?

Victoria Arrow, sa meilleure amie, faisait partie de la résistance passive. Sa famille était Moldue, mais elle avait réussi à changer d'adresse et disparaitre du radar du Ministère : nul ne pouvait les trouver. Du coup, Lily et elle s'étaient très peu écrit cet été.

– Elle est là-bas ! réalisa soudain Al'.

Plus précisément, elle était avec le reste des amis de Lily : Antoine Cooper, William Dawn, et Hyperion Malefoy. Plongés dans une discussion enthousiaste tout en traînant leurs bagages jusqu'au train, ils n'avaient pas vus les Potter. Lily se dépêcha de faire ses adieux à ses parents, et rejoignit ses amis en courant, sautant au cou d'Hyperion avec tant de vigueur qu'ils faillirent tous deux tomber sur les rails.

– Oh, et je vois Faust ! s'exclama Fred en s'illuminant. Viens, James !

James et Fred Potter prirent la poudre d'escampette. Albus leva les yeux au ciel puis, après avoir lui aussi serré ses parents dans ses bras, il se mit en quête de ses propres amis avec Dominique Weasley. Dominique et lui n'avaient jamais été proches, mais il était son cousin et ils étaient dans la même année, même si Al' était à Serpentard et Dominique à Poufsouffle. Et vu que la promo 2017 était souvent groupée en une seule bande d'adolescents surexcitée…

Et pas que la promo 2017 d'ailleurs.

– Al' ! s'exclama Aenor.

Aussitôt le visage d'Albus s'illumina. Il entendit distraitement Dominique renifler avec dédain à ses côtés, mais il s'en moquait : tout ce qui comptait c'était Aenor, ses yeux sombres et brillants, son sourire, ses longs cheveux chocolat qui cascadaient dans son dos, et ça y était, le monde d'Albus Potter c'était transformé en guimauve. Pas que ça le dérangeait vraiment, songea-t-il distraitement en embrassant sa petite-amie.

Ils se séparèrent en souriant tous les deux comme deux abrutis, et Al' eut juste le temps de voir Reginald Castle rouler des yeux avant que l'Ankou Malefoy en personne ne lui saute dessus :

– AL' !

– L'ANKOU !

– AL' !

– Et ça y est c'est reparti, marmonna Dominique en s'éloignant vers des élèves moins cinglés.

Al' s'en foutait. Et Scorpius aussi, d'ailleurs. Les Rôdeurs étaient réunis : le monde tournait à nouveau dans le bon sens, et Aenor et Reg échangèrent un identique regard inquiet quand les Rôdeurs se mirent à rire spontanément en se tournant vers eux.

Scorpius avait grandi durant l'été, mais il restait toujours plus petit que Reg de quelques centimètres. Il avait rattrapé Al', en revanche : la croissance du jeune Potter semblait faire une pause. Comparé à la plupart des garçons de leur année, l'Ankou Malefoy était une vraie crevette : mince, blond, petit. Mais Al' se doutait que l'Ankou n'avait pas passé l'été à se tourner les pouces : il se déplaçait avec la même grâce et la même assurance que Demetria, désormais, et Al' savait de source sûre que Demetria était versée dans assez de techniques de combats pour le tuer rien qu'en utilisant ses genoux.

A en juger par le regard que Reg posait sur Scorpius, lui aussi il avait remarqué la grâce féline de l'Ankou, et ça ne lui déplaisait pas…

Ahem.

– Bon ! s'exclama Scorpius en retrouvant tout naturellement son rôle de leader de la promo. Tout le monde est là ?

– Il manque Arnold et Matthew, fit remarquer Eva.

Arnold et Matthew étaient les deux seuls Gryffondors qui ne se joignaient pas, ou rarement, au cercle des Rôdeurs. Pas volontairement, sans doute : ils en avaient été exclus petit à petit en première année, et c'était un gouffre qu'ils n'avaient jamais comblés, ni d'un côté ni de l'autre. Scorpius écarta l'idée d'un geste dédaigneux :

– Qui d'autre ?

– Rose et Dylan, fit Vincent Sterling d'un ton flegmatique. Ils se sont fait la malle pour aller se tripoter dans un compartiment vide, je parie.

– Ne commence pas, gronda Scorpius avec hargne (il n'avait jamais aimé Vincent). Tout le monde sait que Rose et Dylan sont juste amis.

Scorpius et Vincent étaient tous les deux blonds, beaux et mince, ayant presque la même coupe de cheveux : c'était étrange de les voir se fusiller du regard. Presque comique.

– Bon ! clama Al' pour dissiper la tension. Si on est au complet, tout le monde à bord !

Ce fut une joyeuse ruée qui se précipita dans le Poudlard Express, avec la même insouciance que quand ils avaient douze ans. Mais ils en avaient seize, maintenant, et les premières années se pressaient contre les murs pour les laisser passer, suivant d'un regard horrifié ces adolescents bruyants et gesticulants qui envahissaient tout un wagon avec leur petit groupe.

Ils s'entassèrent tous dans un wagon qui n'était pas séparé en plusieurs compartiments, afin de pouvoir tous se voir et se parler. La plupart des amis des Rôdeurs étaient des membres de la promo 2017, mais il y avait aussi d'autres élèves plus âgés : Aenor et Naomi, par exemple, étaient en septième année, tout comme Demy et Abby.

– Je n'ai pas vu le Quatuor, s'étonna Demetria en s'arrogeant d'office la place près de la fenêtre.

– Ils se sont pris un compartiment un peu plus loin, l'informa Abby en s'asseyant en face d'elle. Plus important, raconte un peu tes vacances !

Ce fut d'ailleurs l'axe général de la conversation qui se lança entre les élèves. Nombre d'entre eux avaient des parents qui désapprouvaient le Ministère et s'étaient donc retiré des registres, obligeant donc leurs enfants à minimiser toute correspondance avec leurs amis.

Mais ce manque de communication n'était pas le seul symptôme de la crise qu'ils traversaient actuellement. Ça se dessinait dans les discours des élèves, entre les lignes. Il n'y avait plus eut d'attaque d'Écorcheurs cet été, mais il y avait eu deux disparitions. Le Ministère et la Gazette blâmaient les Écorcheurs bien sûr, mais une fuite avait révélé au Point Culture qu'aucune trace de pattes ou marque de violence n'avait été relevé sur les lieux. Il y avait des dissensions : la plupart des Nés-Moldus étaient forcés à choisir un monde ou l'autre, beaucoup de familles se disputaient et se déchiraient, comme les Greengrass : Astoria Greengrass et son mari David Jarvis avaient coupé les ponts avec le reste de la famille, qui soutenaient le Ministère. À l'inverse, d'autres familles comme Harry et les Weasley se rassemblaient en un groupe soudé et complètement hostile aux étrangers (la liaison d'Harry et Khallia souffrait pas mal de cette situation). Les Malefoy et de nombreux Sang-Purs étaient retournés à une vie de dissimulation semblable à celle qu'ils employaient lors des chasses aux sorcières. Le manoir des Malefoy était sous Fidelitas, tout comme celui des Zabini, des Jarvis ou bien la maison de Theodore Nott.

– Tu sais, en deuxième ou en troisième année on préparait des blagues, soupira Scorpius avec regret. Tandis que là, on est tous en train de se demander si on ne va pas faire manger par des loups-garous mutants contrôlés par notre Ministère corrompu.

– Ça s'appelle grandir, philosopha Reg.

– Oui, ben c'est à chier.

– Langage, l'Ankou ! se récria Al'.

– Désolé, s'excusa le blond. Je reviens de Russie, et quand on a passé trois semaines avec Astrid et Rivka, c'est difficile de s'exprimer à nouveau comme un être humain normal.

– Tu étais en Russie ? geignit Al'. Veinard ! Raconte-moi ! Moi j'ai été coincé au Terrier quasiment tout l'été. Je suis devenu claustrophobe et rouquinophobe.

– … Toute ta famille est rousse.

– Ça rendait la situation d'autant plus insupportable, crois-moi. Bon, maintenant, distrait-moi. T'as chassé le loup-garou ? T'as perdu des orteils dans le froid sibérien ? Raconte !

L'Ankou fit une révérence extravagante, puis s'exécuta en riant. Écorcheurs ou pas, Ministère corrompu ou pas, l'Ankou répondrait toujours présent quand Albus Potter lui demanderait de l'aide, ne serait-ce que pour se changer les idées !

Ils décidèrent de ne pas parler de la situation politique durant le voyage. Au lieu de ça, ils parlèrent de leurs vacances, de leurs projets, de ce qu'ils comptaient faire au CID, leur club de Défense. Aenor et Al' avaient lacé leurs doigts, et Scorpius était un peu jaloux de ne pas pouvoir faire de même avec Reg : mais le Gryffondor avait posé sa main sur le genou du jeune Malefoy, et même si ce n'était pas autant… C'était déjà quelque chose. Scorpius savait qu'il aurait des ennuis avec sa famille s'ils apprenaient sa bisexualité : mais pour Reg, ça allait bien au-delà. C'était une insécurité profonde qui le tourmentait depuis des années. Un geste comme celui-là, Reg n'en aurait sans doute pas été capable l'année dernière.

Ils changeaient. Ils grandissaient, tous. Parfois, oui, c'était à chier : mais parfois c'était assez cool.

Lorsque le train arriva en gare, malgré la situation de crise du monde sorcier et l'agitation obligatoire de la rentrée, une certaine sérénité était descendue sur le groupe des Rôdeurs. Une sorte de détermination. Oui, c'était mal barré dans la communauté sorcière, mais ils n'avaient aucun pouvoir, eux qui n'étaient que des enfants. En revanche, Poudlard était leur école. Elle leur appartenait. C'était là qu'ils bâtissaient leurs rêves, leur avenir.

Et, foi de Rôdeurs, ils allaient faire de cette année-là une année mémorable !

oOoOoOo

– Enfin de retour ! s'exclama l'Ankou en prenant place à la table des Serpentard comme un roi sur son trône. Oh, ça fait bizarre de s'asseoir ici à nouveau. Je me sens dépaysé.

– Dites-moi que Nejem n'est pas là, geignit Al' en s'asseyant à côté de son ami.

– Il n'est pas là mais ça ne prouve rien, fit Aenor en prenant place à son tour. Après tout, c'est lui qui s'occupe des premières années.

Un grognement collectif monta des rangs des Serpentards. Nejem était doué, charismatique et calculateur, et les Serpentards savaient reconnaître un manipulateur quand ils en voyaient un… Et, pour de nombreuses raisons, Nejem s'était attiré l'inimité de quasiment toute leur Maison.

À vrai dire, la plupart d'entre eux auraient sans doute gobé sans protester tout ce qu'il leur disait sur la décadence des Moldus, leur mœurs toxiques et les bonnes idées du Ministère : mais Nejem consacrait bien trop d'énergie à les dresser contre les Moldus et bien trop peu à leur apprendre à se défendre contre les vraies menaces pour que ça ne soit pas suspect. Et les Serpentards, même ceux qui étaient anti-Moldus, détestaient être pris pour des abrutis.

– Il n'y a aucun changement à la table des profs, soupira Lucy avec déception. On a toujours Winchester.

Hortense Winchester était la prof la plus détestée de Poudlard, avec sa voix sèche, sa sévérité, ses retenues facilement distribuées et sa haine flagrante pour tout ce qui était d'origine Moldue. Chez les profs aussi, elle était détestée. À table, les professeurs Mocking et Londubat jetaient des regards noirs à leur ennemie, tandis que la vieille sorcière les ignorait superbement.

– Demain, je prophétise qu'un absurde coup du sort frappera cette peau de vache, fit sinistrement Lucy. L'Ankou, Al'… ?

– Tu peux compter sur nous, firent les deux adolescents d'une même voix.

Lucy Zabini était l'une des rares Serpentard à suivre les cours de Winchester et elle la haïssait carrément. La jeune fille à la peau sombre hocha la tête avec satisfaction, mais elle n'eut pas le temps de développer son idée de coup du sort : les portes de la Grande Salle s'ouvrirent, et Nejem entra, précédant tout un groupe de premières années effrayés.

– Personne qu'on connait n'entre cette année ? demanda Scorpius à la cantonade.

La question s'adressait surtout à Al', qui semblait faire surgir de sous son chapeau un ou deux cousins à chaque rentrée. Mais cette fois, son meilleur ami secoua la tête :

– Personne que je connais. Ça sera une fournée de nouveaux innocents à corrompre !

Les deux Rôdeurs échangèrent un large sourire machiavélique, puis se retournèrent vers l'entrée juste au moment où le vieux Choixpeau usé ouvrait grand la large déchirure lui servant de bouche, et se mettait à chanter.

Je n'suis qu'un chapeau parlant

Et bien du temps a passé depuis ma création !

Toutefois, je reste le Choixpeau pensant

Alors écoutez-moi, jeunes trublions :

A Poudlard, c'est moi qui décide

Et tous se soumettent à mes décisions !

Car sans vouloir être égocentrique

Sachez que j'ai toujours raison

Et que sans faillir, je vous trouve toujours la bonne Maison !

Mais avant ça, laissez-moi vous conter

Une petite histoire de jadis, un récit de glorieux aventuriers.

Quatre grands sorciers furent liés par le destin

Car tous avaient un rêve commun

Celui d'apprendre et d'enseigner aux jeunes sorciers !

Helga Poufsouffle était loyale, juste, et aimait le travail bien fait

Si vous êtes comme elle, dans sa maison, vous irez !

Rowena Serdaigle était assoiffée de connaissances, et ma foi

Sa Maison accueillera les érudits avec joie !

Godric Gryffondor était fort et fier, avide d'action :

Ce brave chevalier ne voulait que de futur héros dans sa Maison !

Salazar Serpentard voulait arpenter les sentiers de la grandeur à n'importe quel prix :

Jeunes gens ambitieux et rusés, votre chemin est tout défini.

Ainsi naquit Poudlard, soutenue par quatre piliers.

Mais notre différence nous sépare et que le château sombre

Les Fondateurs se retourneraient dans leurs tombes !

Alors, aujourd'hui, je dois vous le chanter :

C'est mon avertissement, ne vous avisez pas de l'oublier !

Mes jeunes enfants, l'avenir vous appartient

Et si vous le bâtissez de peur et de regrets, que sera-t-il sinon vide et vain ?

Tel les Fondateurs de jadis, tendez vous la main !

Et c'est sur cet ultime conseil que ma chanson prend fin,

Si chanson je peux la nommer…

La Répartition va commencer

Bien que je n'en vois plus réellement l'intérêt

Vous êtes élèves de Poudlard et héritiers de son blason

Bien plus que vous ne serez membre d'une Maison !

Le Choixpeau se tut. Les applaudissements retentirent, certains enthousiastes, et d'autres plus circonspects. Les profs avaient l'air plus ou moins sidéré, et pas mal d'élève arboraient une expression similaire. Le Choixpeau les enjoignait quand même à ignorer les Maisons…

– Ce n'est pas si surprenant, glissa Al' à l'Ankou. Tu te souviens de l'année dernière ? Ne vous laissez pas aveugler par les couleurs d'un blason, bla-bla-bla ?

– Ouais, approuva le jeune Malefoy. Je me demande ce que le Choixpeau entend dans le bureau de McGo pour faire des discours si alarmistes…

– Chuuuut ! les réprimanda Aenor. Ça commence !

Nejem semblait contrarié, mais il s'était rapidement remis de sa surprise. Il déroula le long parchemin qui listait les premières années, et appela :

– Arras, Scarlett !

Une gamine s'avança vers le Choixpeau, l'air terrifiée. La table des Serpentards, comme toutes les autres, se tue pour mieux écouter le verdict du Choixpeau. Mais le préfet des septièmes années, Robin Goldenhood, qui n'avait pas été dans le compartiment des Rôdeurs, choisi justement ce moment pour se pencher vers eux, leur soufflant à mi-voix :

– Au fait, vous ne connaissez pas la meilleure ? On aura un cours d'éducation sexuelle cette année !

Avec un bel ensemble, tous ceux qui avaient entendu s'étranglèrent promptement et avec plus ou moins de bruit. Heureusement, ce fut noyé par le son des applaudissements de Serdaigle, où la gamine venait d'être envoyée.

– Un quoi ? finit par hoqueter Flora en gloussant. Mais pourquoi faire ?

– On a seize ans, approuva Scorpius avec dédain. Je crois qu'on est déjà bien informés !

– Visiblement les Moldus ont des cours d'éducation sexuelle durant leurs années de collège parce que leurs parents ne veulent pas leur en parler, déclara Robin avec assurance. Du coup, le cours ne devait concerner que les élèves Nés-Moldus, mais il parait que les profs ont décidé que ça serai moins discriminatoire si tout le monde recevait ce cours.

– Pas faux, admit l'Ankou.

S'imaginer dans la peau d'un Né-Moldu, tout seul face à un prof lui expliquant comment faire des bébés, ça lui filait des frissons dans le dos.

– C'est affiché dans le hall, poursuivit Robin. À partir de la troisième année, les élèves auront une heure par semaine pendant un mois, en novembre, avec Mme Pomfresh.

– Toutes classes confondues ? s'enquit Gareth.

Et il zieutait avec insistance du côté de la table des Poufsouffles. Plus précisément, vers Chiara Borgio… Robin haussa les épaules :

– Ce n'est pas indiqué qu'on est séparés par Maisons, mais à mon avis, filles et garçons ne seront pas ensemble.

– Pourquoi ?

– Parce que nous sommes des ados et qu'un garçon et une fille dans une salle où l'ont discute d'organes génitaux, ça glousse plus que ça écoute ! asséna Naomi Yukino, la Préfète.

– Uniquement les hétéros, protesta Lucy.

– Tous les idiots pubères, c'est à dire tout adolescent âgé de douze à seize ans, et ce quelle que soit son orientation sexuelle. Autrement dit, tous les concernés. Maintenant, silence jusqu'à la fin de la Répartition !

La tablée des Serpentards ferma son clapet, juste à temps pour entendre le Choixpeau placer un garçon nommé « Degard, Viny ! » chez les Serdaigles.

Il y eut relativement peu de premières années envoyées chez les Serpentards. Scorpius n'avait jamais prêté beaucoup d'attention à la Répartition, mais il jugeait qu'il y avait une douzaine d'élèves au minimum envoyé dans chaque Maison tous les ans. Parfois plus, parfois moins : par exemple, la classe de Lysandre Condor (cinquième année, Serpentard) comptait quatorze élèves, et était la plus large de la Maison des verts et argent.

Mais cette année, à peine six enfants furent envoyés à Serpentard, et sept chez Gryffondor. La majorité se dirigea vers Serdaigle ou Poufsouffle.

Était-ce parce que les Réfractaires avaient pris racine dans le système, et désapprouvaient les troubles, troubles pour lesquels Serpentards et Gryffondor étaient célèbres ? C'était dans ces deux Maisons que les tensions faisaient le plus rage, après tout. Cela aurait du sens si les petits premières années, facilement impressionnables, avaient écoutés les conseils de leurs parents qui leur soufflaient de ne pas faire de vague, surtout dans le climat actuel.

Ou peut-être que l'Ankou était trop parano.

Il jeta un bref coup d'œil à leurs sept recrues et réalisa qu'il ne connaissait pas leurs noms. Il se souvenait de « Ruskin, Linda ! », une petite brune qui était assise non loin d'Hyperion et écoutait ce dernier avec fascination, mais mis à part elle, aucun de ces mioches ne lui disait quoi que ce soit. C'était un tort qu'il se promit de réparer.

(Scorpius connaissait les noms de tous les membres du CID, mais il avait tendance à complètement oublier les gens qui ne retenaient pas son attention : et il ne lui vint pas une seconde à l'esprit qu'il faisait preuve de snobisme en les écartant de ses pensées aussi négligemment.)

– Bref, disait Lucy. Mis à part l'éducation sexuelle, quoi de neuf cette année ?

Et elle regarda avec insistance du côté des Rôdeurs. L'Ankou roula des yeux :

– On n'a pas encore prévu de date de reprise pour le CID, du calme. Il faut qu'on se familiarise tous avec nos classes, d'abord.

– Et laisser passer les essais de Quidditch, intervint Aenor. L'activité du CID ne doit pas nuire à celle de l'équipe.

– Ce n'est que du Quidditch, soupira l'Ankou.

– Je ne relèverai pas le blasphème, fit dignement la belle Serpentard. De toute façon, Al' est d'accord avec moi. Pas vrai, Al' ?

Le jeune Potter, qui ne suivait même pas la conversation, hocha vivement la tête. Scorpius roula des yeux et marmonna quelque chose à propose de lâcheté et de traîtrise, puis fut obligé de se taire, car McGonagall s'était levée et entamait son discours. Il s'agissait des habituelles platitudes : bienvenue à tous, rappel des règles, les essais pour le Quidditch commenceront dans un mois, soyez sages, bon appétit. À vrai dire, Scorpius ne se réveilla qu'en entendant ces deux derniers mots : il mourait de faim, et quand la table se couvrit de plats divers, il se jeta dessus.

Après l'entrée, puis un plat principal copieux, Scorpius ralentit le rythme pour savourer son dessert. Autour de lui, les Serpentards commençaient à être rassasiés et le bourdonnement des conversations dominait largement le cliquetis des couverts ou les bruits de mastication.

– Les boîtes à idées des Chats Gris sont vides ou presque, chuchotait Lucy. Les gens ont cessé d'y déposer des idées à la fin de l'année, à cause des examens et de la mutinerie. Des idées pour les remplir ?

La mutinerie était le nom poétiquement donné à la vague de rébellion qui avait soulevé la quasi-totalité des élèves contre les Réfractaires durant la fin de l'année, juste après l'assassinat des McAlister, et l'affirmation de Naima au milieu de la Grande Salle comme quoi c'était une menace des Réfractaires. L'Ankou jeta un coup d'œil autour de lui, et après quelques secondes d'attention, il remarqua que les enfants de Réfractaires étaient isolés dans leur coin… L'esprit de rébellion était encore vif à Poudlard, songea-t-il avec un sourire. Parfait !

– On pourrait parler de l'origine des Réfractaires, proposa soudain Flora.

– Pfff… T'es sûre ?

– Certaine, affirma la blonde. L'origine d'une idée a une grande valeur explicative. Combien de gens seraient devenus Mangemorts s'ils avaient su que cette idée venait de l'envie qu'avait le Seigneur des Ténèbres de se détacher de sa parenté Moldu ? Combien de gens auraient suivis Dumbledore s'ils avaient su que son obsession à tout contrôler venait du fait qu'il avait accidentellement tué sa petite sœur avec Grindelwald ?

– Euh, c'est une version grossièrement simplifiée, protesta Albus.

Mais en même temps, Scorpius s'était penché vers Flora, la regardant d'un œil neuf :

– Tu t'es plongé dans des bouquins d'Histoire cet été ?

– J'ai rencontré une amie de mon père, Marietta Edgecombe. Elle est historienne archiviste. Elle sait plein de trucs, et elle raconte ça de manière fascinante. Un peu comme Bakary, mais avec plus d'émotions. On sent qu'elle était vraiment impliquée…

Scorpius médita le sujet quelques instants. Lucy, elle, s'était tournée vers Flora :

– Ok pour l'origine des Réfractaires. Mais on n'en sait pas beaucoup…

– On pourrait demander à Anthony, proposa Gareth.

– Anthony Danares ?! siffla Lucy en jetant un bref coup d'œil en direction du septième année en question. Mais c'est un connard fini et un Réfractaire convaincu !

– Il doit bien y avoir de la vérité dans sa propagande. Et il faut toujours savoir ce que raconte le camp adverse.

Lucy gémit :

– Il n'y a pas un Danares ou un Agrace objectif dans cette école ?

À sa grande surprise, Hyperion se pencha vers elle avec sérieux :

– Kathleen Danares. Elle est dans mon année, mais à Serdaigle. Elle est plutôt en retrait des histoires de politique, ses parents ne font pas partie d'une branche très importante de la famille. Mais elle sait des tas de trucs, un vrai rat de bibliothèque.

– Hum, contempla la jeune Zabini d'un air songeur. Je verrai. Merci de l'info, en tous cas.

– Sinon, on peut toujours s'appuyer sur le Quatuor, suggéra Al'. À eux quatre, c'est une mine de connaissances inépuisable.

– Et des agents du chaos intégral, aussi ! s'amusa Scorpius.

La conversation dériva donc sur le Quatuor, les blagues, leurs vacances, les Maisons de Poudlard et l'inégale Répartition de cette année (ce n'était donc pas un produit de l'imagination de l'Ankou, il y avait vraiment un truc).

Cette année-là, McGonagall ne leur fit pas perdre de temps avec un discours après le repas. Il n'y avait pas de nouveaux profs, et tout changement du programme serait annoncé par l'enseignant de la matière concerné, de toute façon. La directrice semblait fatiguée, nota distraitement l'Ankou. Elle avait les traits tirés, des cernes, et l'air grognon. Elle les envoya directement se coucher, et elle semblait avoir hâte de faire de même.

– Peut-être qu'elle a la gueule de bois ! souffla Noah Kap hilare dans le brouhaha des élèves se levant de table.

– Oui, elle a dû picoler à mort pour supporter de devoir revoir ta trogne cette année ! s'esclaffa Victoria Trianon, une fille de son année.

– Oh, c'était méchaaaant !

Les élèves continuèrent à se taquiner, mais Scorpius observa la directrice avec des yeux plissés. Elle avait toujours eut l'air forte et inébranlable, comme un roc. Même quand ses enseignants semaient la zizanie et endoctrinaient les élèves… Alors pourquoi cette soudaine faiblesse ? Parce qu'il doutait sincèrement que ça soit une simple gueule de bois…

Non. Il était trop parano. Demain, il n'y paraitrait plus. Et il avait des choses bien plus intéressantes à faire que de tergiverser sur l'état de santé de la Directrice !

– Vous gardez quelles matières ? demanda-t-il à la cantonade à sa promotion.

Le regard d'Al' s'illumina :

– Potions, Sortilèges, Défense, Histoire, Runes, Astronomie, et Arithmancie. Je peux enfin abandonner la Métamorphose !

– Et tu abandonnes Soins aux Créatures Magiques ? fit l'Ankou d'un air catastrophé. Zut, je comptais le garder…

– Eh, ne commence pas. On s'était mis d'accord pour ne pas se dire quelle matière on gardait.

Parce que sinon, ils auraient pris les mêmes, et ils étaient assez Serpentards pour savoir qu'ils s'entraveraient inconsciemment. De toute façon, ils se ressemblaient tellement qu'ils étaient certain de garder quasiment toutes les mêmes matières…

– Tu vas garder quoi, toi ? interrogea le jeune Potter.

L'Ankou compta sur ses doigts :

– Sortilèges, Métamorphose, Potions, Runes, Arithmancie, et Soins aux Créatures magiques.

– Tu abandonnes la Défense ?! Mais tu as eu un Optimal ! Et l'Histoire, tu as eu un Effort Exceptionnel !

– C'est de la propagande plus qu'autre chose, fit l'Ankou d'un ton définitif. Je vais prendre les deux épreuves aux ASPICS l'année prochaine, bien sûr, mais je suivrais des cours seul, pas à la botte des Réfractaires. Et puis, avec six matières seulement, ça me laissera plus de temps pour gérer le CID, et prendre des cours extérieurs à Poudlard.

… Pas con. Mais Al' remarqua :

– Six matières, c'est peu. Surtout avec les super-bonnes notes que tu as en général. Tu crois que ça va passer quand même ? Je suis sûr que Nejem t'as à l'œil.

Nejem, en plus d'être professeur de Défense et bête noire des Rôdeurs, était Sous-Directeur. Mais Scorpius esquissa un sourire carnassier :

– Pas de souci. Mocking va dire qu'elle me donne des cours supplémentaires pour que je me spécialise en Runes. Une sorte de classe d'élite, qui occupera officiellement mon emploi du temps pendant que je serai dans le Poudlard-Du-Dessous à m'entraîner.

– C'est utile d'être le chouchou, le taquina Al'. J'aurais bien aimé y penser aussi…

– T'inquiète. Les inscriptions à cette classe d'élite vont rester ouvertes toutes la semaine. On pourra y faire rentrer tous les membres du CID au-dessus de la cinquième année.

Et ils échangèrent un coup d'œil enchanté. C'était cool d'avoir un prof de leur côté !

oOoOoOo

Lettre d'Albus Potter à Teddy Lupin :

Cher Teddy,

La rentrée s'est bien passée, je serai avec l'Ankou dans la plupart des matières. Ouf ! Et pour la Défense et l'Histoire, où il sera absent (il a abandonné ! Tu y crois ça ? Pfff !),je serai toujours avec Owen, Jo, Lucy, et sans doute des membres d'autres Maisons.

Notre entreprise secrète va continuer cette année, bien sûr. Je vais mettre en application tout ce que tu m'as raconté sur les études d'Auror ! Tu aurais fait un chasseur de mages noirs super-cool, tu sais. Mais je comprends complètement pourquoi tu es parti. Bosser pour les Réfractaires, beurk.

Et dire qu'au début, tu ne me croyais pas quand je te disais qu'ils profitaient des attaques d'Écorcheurs…

Enfin bref ! Comment ça se passe en Roumanie ? Est-ce que Joren t'as enfin laissé approcher de Norberta ? Comment va ton pote Alex, est-ce que sa brûlure guérit bien ? Est-ce que tu reviens pour les vacances de Noël ? Est-ce que tu reçois toujours la Gazette avec deux semaines de décalage ?

Si c'est le cas, compte sur moi pour t'envoyer des nouvelles fraîches. Tu n'as qu'un mot à dire, et je jouerai les postiers.

Je te laisse, il faut que j'écrive à mes parents pour leur dire que tout va bien, que je serai sage, ce genre de choses. Et demain, je me lève super-tôt. Il faut que l'Ankou et moi allions faire quelques préparatifs avant le petit-déjeuner…

Bonne chance avec les dragons,

Al'.

oOoOoOo

Draco promena son regard sur la petite assemblée, puis finit par déclarer en s'asseyant en bout de table :

– La réunion peut commencer. Mocking, Alva, Smith, pour l'amour de Merlin, rangez ces baguettes farceuses.

Zacharias, Alyssa et Alva s'exécutèrent d'un air penaud, tandis que la moitié de la tablée ricanait plus ou moins discrètement. Draco leva les yeux au ciel, puis se racla la gorge :

– On a plusieurs choses à voir ce soir, alors ça serai bien de se concentrer un peu. Premièrement : comment échapper à la Trace.

Cette fichue Trace globale qui les faisait apparaitre sur une carte de Grande-Bretagne dès qu'ils jetaient un sort. Saleté de Ministère. Plusieurs personnes se renfrognèrent. Mais Draco poursuivit :

– Mocking s'est procuré des baguettes en France et au Japon, Alva a fait jouer des relations en Russie, et nous avons fait passer des baguettes de contrebandes à travers tout un réseau de fausses adresses durant l'été. En bref : nous avons un stock de baguettes de secours qui ne sont pas soumises à la Trace.

La tablée éclata en acclamations et applaudissement. Alva et Alyssa se tapèrent dans la main comme des collégiennes. Draco attendit un peu que l'agitation se calme, un mince sourire aux lèvres, puis continua :

– Bien sûr, vous ne pouvez pas prendre une baguette comme si c'était un paquet de bonbons. Jack, Zacharias et Alyssa se sont renseignés sur la fabrication des baguettes : ils vous aideront à choisir votre nouvelle baguette dans le stock.

– Aujourd'hui ? interrogea Blaise.

– Non. On n'a pas le temps, ce soir. Disons, le week-end prochain, à partir de samedi midi. Ça vous va ?

– Samedi soir, rectifia Zacharias Smith. Je suis de service à St Mangouste jusqu'à 18h.

– Samedi soir, donc. Tout le monde est d'accord ?

Il y eut des hochements de tête, des marmonnements et des acquiescements. Draco attendit un peu, puis enchaîna :

– Deuxièmement, un sujet que Mocking vient de nous rapporter : McGonagall n'irait pas bien.

– Vraiment ? fit Kim d'un air inquiet.

– Elle n'a pas quitté Poudlard de tout l'été, soupira Alyssa. Même pas pour aller dans sa maison en Ecosse ou au Ministère, ou même chez moi pour me donner le programme de l'année ! Alors qu'elle fait ça tout le temps d'habitude. Et puis, quand je l'ai vu ce soir au dîner, elle avait l'air d'un cadavre fraîchement déterré. Duffy a dû lui donner une potion tonique pour qu'elle puisse faire bonne figure.

Un silence alarmé tomba sur la pièce. McGonagall, malade ? Cette femme semblait faite d'acier. Elle avait survécu aux deux guerres contre Voldemort !

– Ce n'est peut-être pas récent, dit lentement Théo.

Du coup, tous les regards se tournèrent vers lui. Le loup-garou avait l'air fatigué et tendu : la pleine lune n'était plus très loin. Avec un soupir, il expliqua :

– Elle s'est de plus en plus détournée des matières politiques au cours de ces dernières années, comme si elle manquait d'intérêt. Mais ensuite, elle s'est aussi détournée d'une partie des affaires scolaires… Par exemple, elle a nommé Nejem Sous-Directeur, sachant qu'il allait beaucoup plus prendre les choses en charge que Laughlin qui a horreur d'enseigner.

– Oui, et ? s'impatienta David Jarvid.

– Et si ce n'était pas un manque d'intérêt, mais d'énergie ? Elle serait juste… De plus en plus fatiguée. Elle est vieille, ça se tient. Peut-être qu'elle couvait un sale virus depuis un moment : mais là, son organisme est suffisamment fatigué pour que boum, elle choppe une mauvais grippe.

– Il faudrait lui donner de la Pimentine et de Philtres Toniques, alors ? hasard Blaise.

Théo roula des yeux devant l'anxiété des membres de la Confrérie :

– En gros, oui. Calmez-vous. Avec ce genre d'aide, les sorciers vivent généralement un bon siècle…

Alyssa poussa un lourd soupir, et s'appuya contre son dossier, l'air soulagée :

– Bon, ça va alors. Duffy lui a justement prescrit des Philtres Toniques, je l'ai entendu dire ça.

Alva, qui commençait à se rassurer, releva soudain vivement la tête :

– Parce que tu fais confiance à Duffy ?!

– Il est Réfractaire, mais il est aussi maître des potions, il sait ce qu'il fait ! se défendit son amie.

– Non, Alva a raison, fit lentement Draco. Il n'est pas dans l'intérêt de Duffy de donner un traitement à McGonagall. Si elle est affaiblie, Nejem aura plus de responsabilités… Et il aura plus facilement la mainmise sur Poudlard.

Les Serpentards de l'assemblée hochèrent la tête : mais les autres semblaient révoltés par cette idée. Un professeur de Poudlard nuisant au Directeur… Essayant d'usurper son pouvoir… Ils pensaient tous à Ombrage.

– On fait quoi, alors ? lâcha finalement Carmen.

– On lui donne des Philtres Toniques de notre côté bien sûr, fit Alva d'un ton tranchant. Il faut juste trouver un moyen de faire ça sans qu'elle le réalise… Parce que sinon, elle va trouver ça suspect.

Jack Sloper, qui était jusque-là resté assez silencieux, s'illumina :

– Utilise les elfes de maison !

– … Pas bête, admit Alva, qui se souvint que Koppy était encore en poste à Poudlard.

– Je sais, sourit l'Auror. On a eu il n'y a pas longtemps une histoire d'empoisonnement où un type avait mélangé du poison au sucre qu'utilisait l'elfe de sa mère. Un vrai casse-tête à résoudre. Heureusement que l'empoisonneur s'est mis à faire une crise de panique quand il a réalisé que l'elfe avait sucré son thé aussi…

Alva cligna des yeux. Ils en voyaient de belles chez les Aurors…

– Le problème et donc réglé, déclara Draco d'un ton définitif. Maintenant, passons au sujet suivant. Malgré nos sorts de Traces, nos alarmes se déclenchent de moins en moins quand il y a des attaques d'Écorcheurs. Nathan ?

Le Serdaigle, qui écoutait les coudes sr la table, se redressa soudain et énuméra en comptant sur ses doigts :

– Hypothèse une : quelqu'un contre ou efface nos sorts de Trace. Hypothèse deux : les Écorcheurs deviennent résistants à la Trace. Hypothèse trois : ce sont des gens qui ne sont pas soumis à la Trace qui sont transformés en Écorcheurs et attaquent les villages sorciers.

– Trois hypothèses ? releva Théo. J'aurais cru que tu aurais déjà trouvé la solution…

– Il n'y a eu que six attaques d'Écorcheurs non-signalées par nos alarmes, soupira Nathan. Je n'ai pas assez de faits pour établir des statistiques plus précises.

Deux de ces attaques avaient eu lieu fin avril, puis il y en avait eu trois cet été. Les Écorcheurs semblaient accélérer le rythme.

– La troisième hypothèse est la plus probable, reprit Nathan. On en avait déjà parlé, non ? Les Guérisseurs pourraient contaminer d'autres patients, ou bien d'autres Guérisseurs peuvent être corrompu.

– Et on a éliminé l'hypothèse des autres Guérisseurs corrompus grâce à l'ADN, lui rappela Théo. Quant à l'idée que les Guérisseurs utilisent des patients qu'on n'a pas soumis à la Trace…

Ils se tournèrent vers Zacharias Smith, mais celui-ci secoua la tête :

– Cho, Andrew et moi, on les a guettés tout l'été, et on a aussi surveillé les infirmiers à qui ils confiaient des médicaments. Ils n'ont pas approché de patients ayant les symptômes de la transformation.

Lesdits symptômes étant une brève période d'inconscience (où l'individu se transformait en Écorcheur mais ne se souvenait de rien), suivit par amélioration subite de l'état de santé et un regain d'optimisme.

– On a identifié le reste de l'ADN trouvé dans la cave d'Ishtar ? fit pensivement David en se tournant vers Nathan.

Mais ce dernier secoua la tête :

– Les échantillons que vous m'avez ramenés ne collent pas.

– D'un autre côté, lesdits échantillons venaient de Danares et d'Agrace travaillant dans les médias ou la politique, objecta Draco.

– Il s'agit forcément de personnes de la même famille, étant donné la similitude de leur ADN, réfléchit Nathan. Il n'y a pas des Agrace et des Danares versés dans l'art des Potions, ou juste des fouineurs que leur boss enverrait faire les tâches ingrates ?

Jack ouvrit la bouche, puis la referma brusquement :

– J'aurais bien dit quelqu'un comme Patricia Agrace, mais…

– C'est qui, ça ? fit Draco en fronçant les sourcils.

– Une obscure secrétaire d'une branche insignifiante de la famille. Elle sortait avec mon collègue, Jeremiah. Mais elle est partie d'Angleterre il y a deux ou trois mois.

– Et une autre piste qui s'envole…

Nathan fronça les sourcils, pas convaincu, mais resta silencieux. La conversation dériva alors sur un moyen autre que la Trace de repérer les attaques d'Écorcheurs, mais toutes leurs propositions s'avéraient irréalisable. L'idée la moins farfelue était de placer un Sortilège d'Alarme près des maisons de sorciers susceptibles d'être attaqués : mais lesdites maisons étaient déjà bien cachées, et leurs habitants ne laisseraient jamais des inconnus ajouter leur grain de sel à leurs protections !

Finalement, quand la réunion pris fin, ils n'étaient guère plus avancés. Nathan parlait "d'explorer quelques pistes", mais personne n'était dupe. Il ne trouverait rien, et il se laisserait aisément distraire par ses études sur le travail de Tesla ou tout autre sujet passionnant.

– Des nouvelles de Valerian ? murmura Alva à Draco tandis que le reste de la Confrérie quittait la pièce.

Son mari secoua la tête :

– Il se fait discret. Il s'intègre.

– J'espère qu'il réussira, marmonna la Russe. Si on veut de bonnes infos, c'est de son côté qu'il faut chercher à présent…

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Alors, heureux ? Allez à vos plus folles théories, et reviewez-les !