Salut tout le monde !

Merci infiniment pour votre accueil chaleureux, et merci pour vos reviews, LonelyD, Minaerin, xNessie, Pilgrim, Julindy, Reyen, Maya, Nagron, Eleb, Zelda, MeliLaRévoltée, Titou Douh, MissSev, Wasab, Meg, Clairaice et Ongi !

Et pour mes anonymes :

LeenaYa : Merci beaucoup ! J'espère que la suite te plaira aussi, du coup.

Bacha-Houston : Je pense que c'est ta première en effet :D Merci ! Pour le scénario clair et cohérent, pour le coup j'ai pas de mérite, c'est Ongi qui m'a donné le prompt. ^^ (Et pour les autres fics, je le tire toujours d'ailleurs d'une façon ou d'une autre XD). Et pour le fait de finir mes histoires... Je m'y applique, oui ! J'en ai encore une en cours, mais dans la mesure du possible, par respect pour les lecteurs, je n'aime pas laisser une fic inachevée. (C'est dur, parfois XD) STUCKY IS LIFE, YES! (Et t'inquiète pas sinon, j'aime les gros pavés ! :D) Merci beaucoup !

Rhea : Ma petite Rhea :D Moi aussiiii j'adore les AU Harry Potter ! (Tu me diras, j'aime toutes sortes d'AU...) Ouais, c'est ce que je me suis dit, j'ai fini le tome 1, donc au lieu de le laisser végéter, autant le mettre en ligne. ^^ (Je voulais attendre d'avoir fini les sept tomes, mais si je me suis dit que si j'avais pas un certain retour j'allais vite me décourager XD) OUI la bande-annonce était géniale ! J'en étais toute retournée, alors que le premier film m'avait plu mais pas hyper emballée non plus xD

Voilà ! Je suis super heureuse que ce premier chapitre vous ait plu et j'espère que ce sera le cas pour la suite aussi. C'est plutôt tranche de vie, ce premier tome, donc on verra si ça vous botte !

Pour la publication, je ne sais pas si elle sera très régulière, mais j'essaierai de ne jamais mettre plus de deux semaines entre chaque chapitre !

Note : les Maisons d'Ilvermorny sont Thunderbird, Wampus, Pukwudgie et Horned Serpent, dont la traduction serait Oiseau-Tonnerre, Womatou, Puckwoodgénie et Serpent Cornu. Comme je trouve généralement les traductions moches à l'exception de la dernière, j'ai fait un petit mix des noms anglais et français, donc ne soyez pas étonnés. LICENCE ARTISTIQUE ftw.

Bonne lecture :)


Chapitre 2

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.oOo.

Bucky Barnes

.oOo.

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Lorsque Steve émergea de Pennsylvania Station, le premier jour des vacances scolaires, quinze jours après son anniversaire, il n'en menait pas large. Sarah était venue avec lui, évidemment, mais tout adulte qu'elle était, la foule qui se pressait autour d'eux l'intimidait autant que son fils, et ils se hâtèrent tous les deux de se diriger vers la sortie et de partir à la recherche du magasin de musique.

— Là-bas, maman, finit par dire Steve en pointant du doigt l'enseigne blanche et noire "Hornwall Music Shop".

La timidité ne l'empêcha pas de se précipiter vers la boutique et Sarah le suivit à pas plus mesurés. Lorsqu'ils arrivèrent devant la porte, ils n'hésitèrent qu'un instant.

— Tu as ta liste ? demanda Sarah pour la millième fois.

— Oui, maman, c'est bon.

Puis Steve poussa la porte.

À l'intérieur, comparé à la fournaise qui régnait dehors, il faisait agréablement frais. L'air climatisé bourdonnait doucement, et le magasin, au sol et aux murs blancs, à peine décoré de quelques petites touches de noir, était presque vide. Un bruit de clochette retentit quand ils entrèrent.

Un instant plus tard, un petit homme rebondi et moustachu se dirigeait vers eux en souriant.

— Je peux vous aider ? demanda-t-il d'un ton aimable.

— Je voudrais la partition de Summertime pour guitare électrique, récita Steve parfaitement.

Le sourire de l'homme s'agrandit.

— Oh. Hornwall Street ?

Steve hocha la tête.

— Suivez-moi.

L'homme les entraîna dans un couloir, où il y avait de nombreux instruments accrochés au mur, dont certains que Steve n'avait jamais vus, et demanda tout en marchant :

— Première année à Ilvermorny ?

— Oui, répondit Steve.

— Tu verras, tu t'amuseras bien. Ilvermorny, c'est la meilleure école du monde. Ne laisse personne d'autre te convaincre du contraire.

Malgré son trac, Steve eut un petit sourire.

— J'ai hâte de découvrir ça.

Au bout du couloir, ils arrivèrent devant une porte, que l'homme ouvrit, et qui donnait sur un bureau vide, avec une autre porte au fond.

— Au fait, je m'appelle Jon Elwood.

— Moi, c'est Steve Rogers.

— Enchanté, Rogers. Bienvenue sur Hornwall Street.

Au-dessus de la porte, au fond du bureau, se trouvait un cadran rond comme une tarte, avec quatre parts de différentes couleurs, et une petite flèche indiquant la part qui se trouvait vers le haut, la rouge. Steve et sa mère le fixèrent (c'était le seul objet de couleur de la pièce, peinte en blanc comme le reste du magasin), mais Elwood n'y prêta aucune attention. Il ouvrit la porte, qui donnait sur un petit débarras, mais la referma sans y entrer. Puis il tira la poignée vers lui et la tourna sur la gauche, et sur le cadran, les quatre parts pivotèrent dans le même sens ; la flèche, au-dessus du cadran, indiquait maintenant la part verte. Lorsqu'Elwood ouvrit à nouveau la porte, elle ne donnait plus sur un débarras, mais sur une longue pièce sombre. Elwood hocha la tête, l'air satisfait.

— Par ici, dit-il en indiquant la pièce.

Stupéfait, Steve passa la porte. Elle n'avait rien du débarras qu'il avait vu un instant plus tôt. Certes, il ne l'avait aperçu que brièvement, mais il avait eu le temps de voir des cartons entassés sur des étagères, un sol en linoléum. Ici, rien de tout ça ; ils étaient dans une grande pièce entièrement vide, vaguement poussiéreuse, au plancher et aux murs en bois foncé, et il y avait des vitres un peu sales au fond qui donnaient sur une rue ensoleillée où Steve voyait les gens flâner.

— Hornwall Street, dit Elwood. C'est ici. C'est votre première fois ?

Steve était tellement fasciné qu'il n'écouta même pas la question – ce fut Sarah qui répondit pour lui.

— Oui. Mon fils est un sorcier, mais je suis une… une No-Maj.

Elwood eut un sourire.

— Aucune honte à ça, quoi qu'on en dise. Vous allez voir, Hornwall Street ne ressemble à rien de ce que vous connaissez.

— Je n'ai aucun doute là-dessus, dit Sarah d'une voix faible.

Sans écouter la conversation, Steve s'approcha de la vitrine. La rue était plutôt large, et pavée, et les gens, malgré la chaleur, étaient habillés avec des capes et des chapeaux pointus. Ils transportaient de larges paquets, et parfois même des balais ou des chouettes. Steve en resta bouche bée.

— C'est fou, murmura-t-il pour lui-même.

— Avant toute chose, vous pouvez aller à la banque. Normalement, les échanges de devises n'ont pas lieu, mais pour les enfants de No-Majs, la banque fait parfois des exceptions.

— Mon mari était sorcier… apparemment, dit Sarah avec hésitation. Il paraît qu'il nous a laissé de l'argent sorcier.

— Oh ! s'exclama Elwood. Parfait, alors. La banque est au milieu de la rue, vous ne pourrez pas la rater. Elle s'appelle Walscott. Vous avez de la chance, il n'y a pas beaucoup de monde, en ce moment. Les gens sont partis en vacances. Le rush, c'est plutôt vers la fin de l'été, mais je suppose que le petit gars était impatient ?

Impatient ne suffisait même pas à décrire ce que ressentait Steve. Impatient, c'était le jour de son anniversaire, avant de découvrir son cadeau, ou quand il avait fait un beau dessin qu'il voulait montrer à sa mère. Steve n'était pas impatient. Il était extatique.

Et il n'était même pas encore sorti dans la rue.

Il tira sur la manche de sa mère.

— Allez, on y va !

Elwood eut un petit sourire.

— Amusez-vous bien, et à tout à l'heure pour le retour, je suppose ! Repassez quand vous voulez. La boutique est ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre !

Sarah hocha la tête, et eut à peine le temps de remercier l'homme que Steve l'entraînait déjà dehors.

Elwood avait raison : ils n'avaient jamais rien vu de pareil. Les boutiques avaient des noms, des allures différentes, et vendaient, ci des chaudrons, des nécessaires à potions, là des chouettes, des chats, ou encore des balais, des capes, des baguettes magiques. Sarah, qui aimait beaucoup la littérature fantasy, eut l'impression de se retrouver dans un monde médiéval étrange. Steve, lui, eut l'impression de se retrouver dans le pays de ses rêves.

— Bon, dit Sarah avec hésitation, d'abord, il faut aller à la banque…

Dans son monde, aller à la banque était un cauchemar inénarrable. Chaque visite au banquier, chaque appel téléphonique, signifiait des nuits blanches d'angoisse. Le fait d'être une mère célibataire gagnant relativement peu sa vie jouait certainement énormément ; toujours était-il que le mot banque suffisait à lui serrer la gorge et lui rendre les mains moites. Et bien entendu, même si ce monde-ci n'était pas le sien, elle ne pouvait pas attendre de Steve qu'il se présente au comptoir tout seul et réclame son dû.

Ce qu'il fit, pourtant. Sans l'ombre d'une hésitation.

Éberluée, Sarah le vit entrer dans l'énorme bâtiment à colonnades qui portait en gros et en doré le nom de Walscott, et se diriger vers la réception : elle dut trottiner pour le rattraper.

Derrière le bureau, un homme brun vêtu d'un chapeau pointu se tourna vers lui.

— Que puis-je faire pour vous ?

— Je suis venu consulter le compte de mon père, dit Steve d'un ton sûr de lui.

À quelques pas derrière lui, Sarah le regardait, ébahie – et pour la première fois, elle se fit la réflexion qu'il avait enfin trouvé sa place. Son petit cœur tendre de maman menaça d'exploser de fierté et de tendresse.

Derrière le comptoir, en revanche, l'employé n'avait absolument rien à faire de ses états d'âme.

— Quel est son numéro de coffre ?

— 19187, répondit Steve. Joseph Rogers.

— Le code secret ?

Le code secret était un signe relativement complexe, que Steve, qui l'avait étudié à la maison, traça du bout du doigt sur la tablette de pierre que l'homme lui tendit, comme s'il savait d'instinct ce qu'il fallait faire. Sarah n'aurait probablement pas eu la même réactivité.

— Tout semble en ordre, finit par dire l'employé. Quelqu'un va vous conduire à votre coffre. Si vous voulez bien patienter sur le côté.

Steve hocha la tête, et Sarah et lui se dirigèrent vers les rangées de chaises alignées le long de l'un des murs.

— Tu te débrouilles comme un chef, murmura Sarah lorsqu'ils s'assirent.

Steve lui adressa un sourire rayonnant, et murmura :

— Jusqu'ici, je n'y croyais pas trop, mais maintenant que je sais que c'est vrai, j'ai envie de faire partie de tout ça, moi aussi.

Sarah hocha la tête. Pendant un instant, elle éprouva une étrange jalousie à l'idée que son fils ait accès à tout ce monde inconnu, plein de magie, tandis qu'elle était condamnée à se faire vomir dessus par des patients irritables probablement jusqu'à la fin de sa vie ; mais par-dessus tout, elle était heureuse pour lui, et l'élan d'envie ne dura pas.

Steve, lui, observait tout ce qui se trouvait autour de lui avec des grands yeux. Le hall d'entrée de la banque, où ils se trouvaient, était immense : les murs et le sol étaient en marbre rutilant ; le plafond, qui était en fait un toit vitré bombé et rectangulaire qui laissait voir le ciel, était si haut qu'on aurait pu y loger un immeuble de cinq étages ; le soleil se déversait à flots, illuminant les statues d'or et les tableaux accrochés au mur. Il y avait une fontaine d'eau turquoise en plein milieu de la pièce, dont les jets d'eau alambiqués, en pleine lumière, scintillaient continuellement. Steve avait l'impression d'être dans un musée. Depuis sa chaise, sur un des côtés du hall, il pouvait regarder les gens entrer ou sortir, pressés, habillés de capes de différentes couleurs, de chapeaux petits ou longs. Certains, comme sa mère et lui, étaient habillés normalement ; les plus jeunes, en général.

D'autres gens attendaient sur les chaises ; Steve se tourna pour les étudier. Un peu plus loin, deux jumelles blondes se tenaient à côté de leur père, sagement assises, attendant qu'on les appelle ; plus loin encore dans la rangée, un garçon brun qui devait probablement avoir l'âge de Steve jouait tranquillement avec ses deux petites sœurs, qui ne devaient pas avoir plus de cinq et huit ans.

Steve l'observa : de l'index, il dirigeait une boule ressemblant à une mandarine, à quelques centimètres au-dessus de son doigt, qui ne tombait jamais et qui ne cessait jamais de tourner. Agile, il faisait sauter la mandarine de doigt en doigt, sans jamais la toucher ni la faire tomber. À l'inverse de Steve, les fillettes n'avaient absolument pas l'air impressionnées.

Puis, comme s'il avait senti qu'on l'observait, le garçon leva les yeux vers lui, et Steve fut saisi – il avait déjà vu son visage quelque part. Ils s'observèrent un instant, de loin, puis le garçon eut un grand sourire, et Steve le reconnut : il était dans son école.

— Maman, dit-il en poussant Sarah du coude, le garçon là-bas, je le connais.

— On ne montre pas du doigt, le réprimanda Sarah, tout en tournant néanmoins la tête vers le garçon qu'il indiquait.

— Mais je le connais, insista Steve. On est dans la même école.

— Vraiment ? Quelle drôle de coïncidence. Enfin, je suppose qu'il y a plus de sorciers qui courent les rues qu'on ne l'imagine.

— Il s'appelle Bucky Barnes, dit Steve. Je lui ai déjà parlé une ou deux fois. Il m'a aidé pendant une bagarre, un jour.

Silencieusement, Sarah remercia le ciel que Steve, de toutes les personnes qu'il aurait pu rencontrer dans son monde magique, soit tombé sur ce Bucky à la place de l'un de ces enfants qui aimaient le frapper. C'était probablement bon signe.

— Pourquoi tu n'irais pas lui parler ? demanda-t-elle.

Au moment même où elle prononçait ces mots, un employé de la banque en robe de sorcier noire apparut devant eux pour leur demander de le suivre. Steve jeta un dernier regard à Bucky, qui lui adressa un petit signe, puis il suivit l'homme.

Pour accéder aux coffres, ils utilisèrent le même genre de porte à cadran que celle du magasin de musique – mais celle-ci était bien plus sécurisée, avec deux gardes à l'air sombre de chaque côté. L'employé qui les conduisait leur montra une sorte de laissez-passer, et l'un des deux gardes fit tourner la poignée, activant le cadran au-dessus de la porte. Les couleurs étaient différentes, et il n'y en avait pas quatre, mais une bonne quinzaine.

Le cadran tourna jusqu'à ce que la flèche du haut désigne la part blanche, et la porte s'ouvrit sur un long couloir. L'homme leur fit signe de les suivre, et les emmena jusqu'au coffre n°19187. Il s'agissait en fait d'une grande porte, avec une tablette de pierre sur le côté, similaire à celle que l'employé de la réception avait montrée à Steve. Celui-ci n'hésita pas, et traça le symbole secret dessus.

La porte de pierre s'ouvrit avec un grand bruit, et Steve et Sarah échangèrent un regard.

Steve ne savait pas trop à quoi il s'attendait, à vrai dire. Sarah, qui n'imaginait l'argent que sous forme de billets ou de chèques, fut profondément surprise de voir de véritables pièces d'or et d'argent s'entasser, bien rangées au fond de la pièce.

— Qu… Qu'est-ce que c'est, cette monnaie ? osa-t-elle demander à l'homme qui les avait conduits.

Celui-ci, bien moins sympathique qu'Elwood, lui jeta un regard froid, mais répondit néanmoins :

— Les pièces d'or sont appelées des Dragots d'or. Celles d'argent, des Sergots, et les petites en bronze, des Lunites. Comptez vingt à trente Dragots pour le prix des fournitures scolaires.

— Merci de la précision, marmonna-t-elle, embarrassée.

— Et si jamais j'ai besoin de plus pendant l'année ? demanda Steve.

— Garde en tête que je ne pourrai pas te payer tes fournitures avec mon argent normal, fit remarquer Sarah. Il faudra tenir toute ta scolarité sur ce qui se trouve ici.

La remarque était tout à fait juste, et Steve, qui s'était cru riche en découvrant des piles d'or dans son coffre, déchanta légèrement. Mais comme c'était un enfant rationnel, il ne tarda pas à admettre la solidité du raisonnement de Sarah, et ne mit dans son sac qu'une trentaine de Dragots d'or. Quant à Sarah, d'après son propre décompte, ainsi que le total de ses économies ajusté que lui donna l'employé de la banque lorsqu'il eut fait son retrait, elle songea que Steve n'aurait probablement pas suffisamment d'argent pour tenir sept ans de scolarité ; mais chaque problème en son temps.

— On va d'abord acheter tes fournitures, et on reviendra ici s'il s'avère que ce n'est pas suffisant, dit-elle à son fils.

Steve hocha la tête.

Lorsqu'ils sortirent de la banque, Bucky Barnes et sa famille n'étaient plus assis dans le hall, et Steve, accompagné de Sarah, alla acheter les fournitures sur sa liste les unes après les autres.

— Ils disent qu'on peut amener un animal, dit Steve. Une chouette, ou un chat, ou un crapaud.

Sarah haussa un sourcil.

— Et tu en veux un ?

Steve était allergique aux poils de chats, il avait horreur des crapauds, et l'idée de posséder une chouette paraissait profondément inconcevable.

— Non, dit-il au bout d'un moment. C'est trop de responsabilités.

Sarah ne put s'empêcher de sourire.

Ils ne tardèrent pas à acheter les manuels scolaires, le chaudron (Sarah avait du mal à imaginer de quelle façon ils allaient bien pouvoir transporter ça dans le métro jusqu'à Brooklyn sans se faire remarquer), les fioles, les balances, et bientôt, il ne resta plus que l'uniforme.

L'intérieur de la boutique était presque vide, et le tailleur arriva vers eux avec un sourire.

— Que puis-je pour vous ?

Il était si parfaitement cliché, dans sa cape à rayures, avec son porte-épingles au poignet, sa moustache fine et son accent français, que Sarah eut du mal à réprimer un sourire. Steve ne sembla absolument pas perturbé.

— J'ai besoin d'un uniforme, dit-il. Deux, en fait, ajouta-t-il après avoir jeté un regard à sa liste.

— Pour Ilvermorny, bien sûr ? demanda l'homme. Ce sera vite fait. Je vais juste prendre quelques rapides mesures.

L'uniforme d'Ilvermorny, pour les garçons, se composait d'un pantalon à carreaux bleu marine et rouges, d'un gilet rouge avec un nœud gordien brodé sur la poitrine, et d'une cape du même bleu que le pantalon ; la cape de l'uniforme d'hiver tombait jusqu'aux chevilles, tandis que celle de l'uniforme d'été s'arrêtait au niveau des hanches. Les deux avaient des capuches. Les extrémités des manches étaient ourlées de chaque côté d'une bande qui avait l'apparence du velours blanc, large d'une dizaine de centimètres, et les bords de la cape et de la capuche étaient bordées du même tissu. La cravate était également blanche.

— C'est juste provisoire, dit le tailleur. Quand vous serez Réparti, les liserés et la cravate prendront la couleur de votre Maison.

— La couleur de ma maison ? répéta Steve sans comprendre.

— Oui. Orange, vert, turquoise, violet. Ce sont les couleurs des quatre Maisons d'Ilvermorny.

— Oh. D'accord.

— Je vous le fais assez large, au cas où vous grandiriez en cours d'année. Avec les adolescents, c'est difficile de prévoir à quel point la poussée de croissance frappera… Revenez dans une heure, ce sera terminé.

Steve retourna donc dans la rue avec sa mère, et ils passèrent l'heure suivante à observer le reste des boutiques avec intérêt, et à se demander à quoi pouvait bien servir tel ou tel objet.

— Je suppose que les balais ne sont pas pour nettoyer le sol, dit Sarah en observant un balai nommé Starlight Seven dans une vitrine.

— Ce sont des balais de course, dit une voix derrière eux. Pour jouer au Quidditch.

Steve et sa mère se retournèrent tous les deux vers Bucky Barnes, qui les regardait en souriant.

— Steve, c'est bien ça ? dit-il, les yeux posés sur le blond. Je m'appelle Bucky.

— Je sais, murmura Steve, brusquement intimidé.

— On est dans la même école, dit Bucky avec un grand sourire.

— Je sais, répéta Steve. Tu vas à Ilvermorny, toi aussi ?

— Oui ! Première année. J'ai hâte. Je suis le premier de ma famille à y aller. En dehors de mes parents, évidemment.

— Tu viens d'une famille de sorciers ?

— Oui. J'avais un peu peur de ne pas recevoir ma lettre, d'être un No-Maj avec deux parents sorciers, mais je l'ai eue le jour de mon anniversaire, en mars.

Bucky jeta un regard à Sarah.

— Vous êtes une No-Maj ?

— Malheureusement oui.

— Il n'y a pas de quoi déprimer, sourit Bucky. Ce sont deux vies différentes, c'est tout.

Sarah ne répondit pas que de ce qu'elle en avait vu pour l'instant, elle aurait largement préféré faire partie de cette vie que de l'autre. Bucky essayait probablement de la réconforter, à sa façon.

— Où sont tes parents ? demanda-t-elle à la place.

— Ils achètent des livres avec mes sœurs. Ma mère passe toujours des heures dans les librairies, alors je suis sorti.

— C'est quoi, le Quidditch ? demanda Steve.

— C'est le sport des sorciers. Ça se joue sur des balais volants. C'est génial, tu vas voir ! Il y aura des matchs à Ilvermorny. Chaque Maison a sa propre équipe. J'aimerais bien faire partie de l'équipe, mais les premières années n'ont pas le droit de jouer. Hé, tu vas partir par la Porte de Manhattan, non ? Tu veux qu'on y aille ensemble ?

— Je… Euh… Je ne sais pas où se trouve la Porte, admit Steve.

Il avait complètement oublié de demander à Maria Hill, et celle-ci ne lui avait rien précisé.

— Elle se trouve ici, dit Bucky, plus loin sur Hornwall Street. Pas difficile à trouver, mais on pourra y aller ensemble, si tu veux.

— Euh… D'accord, marmonna Steve, embarrassé.

Un peu loin dans la rue, la mère de Bucky cria son nom, et celui-ci leur adressa un grand sourire.

— Je dois y aller. À plus, Steve ! Rendez-vous le 1er septembre à l'arrêt de train York Street à 10h!

— O-Ok, bafouilla Steve, stupéfait.

Bucky détala aussitôt, et Steve tourna la tête vers sa mère, qui haussa les épaules.

— Il a l'air gentil, dit-elle.

Bavard, songea-t-elle in petto, mais gentil.

Steve hocha la tête lentement. Il ne l'avouerait jamais à haute voix, mais il était rassuré d'avoir quelqu'un avec qui aller à Ilvermorny.

.oOo.

James Buchanan Barnes, de son côté, était tout aussi heureux de connaître quelqu'un qui allait dans la même école, même s'ils ne s'étaient presque jamais parlé. Il venait d'une famille de sorciers, et ses parents leur parlaient régulièrement d'Ilvermorny, à lui et à ses sœurs, mais Bucky, en sa qualité d'aîné, serait le premier à faire le grand saut, et tout courageux qu'il soit, l'idée le terrifiait un peu. Aussi, lorsqu'il revint ce soir-là à la maison après son passage sur Hornwall Street, passa-t-il toute la soirée à parler de Steve Rogers, répétant toujours les mêmes choses, c'est-à-dire le peu qu'il savait de lui (qu'ils étaient dans la même école et que Bucky l'avait aidé à repousser des collégiens une fois), jusqu'à ce que sa mère lève les yeux au ciel et que ses sœurs finissent par dire qu'elles en avaient marre.

À ce moment-là seulement, Bucky se tut, mais il alla se coucher tout content et rêva toute la nuit de sa scolarité à Ilvermorny, flamboyante, où il serait la star de l'école et où il aurait déjà un ami en arrivant. Car Steve Rogers allait devenir son ami, il y comptait bien, et ce que Bucky voulait se réalisait toujours.

L'idéal aurait été de revoir Steve Rogers pendant l'été avant de partir pour Ilvermorny, mais en dehors du fait qu'ils allaient fréquenter le même collège, Bucky ne savait rien de lui – et l'école primaire était fermée pour les grandes vacances.

En désespoir de cause, il passa ses journées à traîner dans Brooklyn dans l'espoir de l'apercevoir, mais sans succès. Le jour où il décida à regret qu'il n'aurait qu'à attendre le 1er septembre, puisqu'ils s'étaient donnés rendez-vous (Bucky n'était pas du genre patient), ce jour-là précisément, un samedi ensoleillé du mois d'août, Bucky aperçut Steve en train de marcher dans une rue de Vinegar Hill avec sa maman.

— Steve ! s'exclama-t-il aussitôt en courant vers lui. Steve Rogers !

Steve, en entendant son nom, se retourna à temps pour voir un bolide brun lui foncer dessus. L'instant d'après, alors qu'il n'avait pas encore tout à fait bien compris ce qui s'était passé, Bucky était déjà en train de parler à toute allure, blablabla, cherché partout, blablabla, pas ton adresse, blablabla, faire un peu mieux connaissance, et Sarah et Steve échangèrent un regard que Bucky ne remarqua absolument pas.

Sarah et Steve avaient décidé de passer la journée à se balader dans New York, car Sarah ne travaillait pas, et leur programme incluait de passer une bonne partie de la matinée au magasin de fournitures d'art, et une bonne partie de l'après-midi à la bibliothèque de quartier. De toute évidence, l'arrivée de Bucky bouleversait leurs plans, mais Sarah ne mit pas longtemps à s'ajuster. Elle adressa un sourire à Steve.

— Sois rentré à la maison avant 18h, d'accord ? dit-elle. Voilà ton argent pour le déjeuner.

Bucky était toujours en train de papoter, et Steve adressa à sa mère un petit sourire désolé et hocha la tête. Sarah lui ébouriffa les cheveux et se tourna vers Bucky.

— Je vous laisse tranquille, les garçons. Ne faites pas de bêtises.

Bucky l'ignorait, évidemment, mais Steve, de son côté, avait passé les dernières semaines à parler de Bucky Barnes, et à essayer de se rappeler de tous les détails de leurs rares interactions. Bucky lui avait adressé la parole deux fois à l'école, une pour lui demander s'il n'avait pas froid sans écharpe, et l'autre lorsqu'il avait ramassé un cahier que Steve venait de faire tomber par terre – et une fois en dehors de l'école, lorsqu'il l'avait aidé à repousser les collégiens, pour lui demander si ça allait et pour lui dire qu'il valait mieux qu'il aille laver tout le sang qui lui coulait de son nez. Il n'avait pas dit à Steve ce que tout le monde lui répétait tout le temps, à savoir qu'avec un gabarit comme le sien, il était plus sage de prendre la fuite devant les grands, et Steve lui en avait été profondément reconnaissant.

Bucky était loin d'être la seule nouveauté dans l'univers de Steve, ces derniers temps, mais il était le seul qui faisait partie de ce monde magique, et Steve avait passé les trois dernières semaines à attendre avec impatience le 1er septembre, non seulement pour la rentrée, mais aussi pour voir si son instinct ne le trompait pas et si, pour la première fois de sa vie, il allait peut-être vraiment se faire un ami.

Une fois que Sarah eut disparu, Bucky, qui était toujours d'une franchise à toute épreuve, lâcha :

— Je suis drôlement content de te revoir. J'ai passé tout mon temps à te chercher.

Steve le fixa, éberlué. Il n'arrivait pas à concevoir que quelqu'un puisse rechercher volontairement sa compagnie, mais Bucky n'était pas comme ceux qui avaient fait semblant de se rapprocher de lui pour mieux le laisser tomber ensuite, ce qui lui était arrivé plusieurs fois par le passé – non, il semblait réellement heureux de le voir.

— Pourquoi ? ne put s'empêcher de demander Steve.

— On va à Ilvermorny ensemble ! s'exclama Bucky. C'est bien de connaître quelqu'un avant de partir. Et puis, tu viens d'une famille de No-Majs, pas vrai ? Je pourrai t'apprendre des trucs.

Steve avait passé ses journées à écumer Internet pour tenter d'en savoir plus sur le monde de la magie, mais Le Journal Des Sorciers était apparemment le seul site d'information sorcier, et il avait déjà lu tous les articles au point de les connaître par cœur, de même que la version papier que Maria Hill lui avait donnée.

— Mon père était sorcier, se sentit-il tout de même obligé de préciser, mais il est mort quand j'étais petit, alors je ne savais pas que j'étais sorcier aussi.

Bucky hocha la tête.

— Tu ne seras pas le seul, dit-il avec assurance. Beaucoup de sorciers arrivent à Ilvermorny sans savoir quoi que ce soit sur notre monde.

Bucky, sans le savoir, venait de répondre à la question qui tracassait le plus Steve, qui poussa un profond soupir de soulagement.

— C'est vrai ? Je pensais que je serais le seul à ne rien connaître de tout ça…

— Pas du tout, se mit à rire Bucky. D'après mes parents, chaque année, il y a un bon quart des nouveaux élèves qui n'y connaissent rien. Ne t'inquiète pas.

Steve était si heureux qu'il aurait pu bondir de joie dans la rue, mais contrairement à Bucky, il n'était pas très expansif, et il se contenta de lui faire un grand sourire.

— Je vais t'apprendre ce que je sais, dit Bucky. Et pour le reste, on découvrira ça ensemble. Je sens qu'on va bien s'amuser, Stevie !

Stevie. Personne ne l'avait jamais appelé Stevie, à part sa mère. Steve se sentit bêtement ému.

— Je crois que oui, sourit-il.

Et pour une fois, il y croyait vraiment.

.oOo.

Le 1er septembre, Steve avait le cœur dans les talons et l'impression que ses tripes s'étaient changées en plomb. Il était encore plus pâle que d'habitude, et les quelques taches de rousseur qu'il avait sur le nez ressortaient comme des constellations. Il avait l'air très effrayé et tout petit, songea Sarah en lui tendant une assiette de toasts et d'œufs brouillés.

— Je ne sais pas si c'est une bonne idée, finalement, dit-il d'une voix étranglée.

— Steve, sourit-elle. Tu vas apprendre la magie. C'est une chance inouïe ! Tu te rends compte ?

— Oui, mais on ne se verra pas pendant longtemps.

Du plus loin qu'il s'en souvenait, Steve n'avait jamais passé plus de deux jours loin de sa mère. Jusque-là, à l'inverse de Sarah, il n'en avait pas encore pris conscience, mais Ilvermorny était un pensionnat, et il ne rentrerait pas tous les soirs à la maison après les cours.

Mais il serait dans une belle école, songea Sarah, et il se ferait plein d'amis et apprendrait beaucoup de choses intéressantes. Finalement, ce serait probablement pour elle que ce serait le plus dur.

— On pourra se parler avec les carnets que t'a offerts Bucky, tempéra Sarah.

Sarah aurait apprécié Bucky Barnes rien que parce qu'il avait aidé Steve dans une bagarre quelques mois plus tôt ; mais il avait aussi été d'une aide inestimable tout au long de l'été, à leur expliquer, à elle et à Steve, comment fonctionnait le monde de la magie, et même si Sarah était profondément épuisée chaque fois qu'il rentrait chez lui (le petit n'avait pas de bouton off, apparemment), elle l'adorait.

— En Europe, avait dit Bucky, ils utilisent des hiboux pour communiquer. Ça prend un peu de temps, ici, on trouve ça rétro. Nous, on fait transplaner les lettres.

— Transpla-quoi ? avait demandé Sarah.

— Transplaner, avait patiemment répété Bucky. On fait apparaître une lettre à un endroit précis. Les gens peuvent transplaner, aussi. Ils sont à San Francisco, et s'ils veulent, ils peuvent disparaître et faire apparaître leur corps à New York. Les No-Majs appellent ça se "téléporter", je crois. Bon, le problème, c'est qu'il faut avoir dix-sept ans pour passer le permis de transplanage. Pour les lettres, c'est différent, mais ça ne s'apprend pas avant la troisième ou la quatrième année, à mon avis.

— Donc, je ne pourrai pas envoyer de lettres à ma mère ? avait demandé Steve, très déçu.

— Je pense que si. Il y a un facteur à Ilvermorny qui a pour rôle d'envoyer les lettres de tous les élèves. Par contre, ce serait plus compliqué pour ta maman, il faudrait qu'elle porte sa lettre au service postal sur Hornwall Street, etc… Mais de toute façon, vous n'aurez pas ce problème, parce que j'ai pensé à vous, ajouta-t-il avec un petit sourire mutin.

Il s'était penché, assis sur le canapé de leur salon, et avait sorti de son sac posé à ses pieds deux carnets similaires, l'un rouge et l'autre noir.

— Ma maman les a achetés sur Hornwall Street l'autre jour. Il y en a un pour toi, Steve, et l'autre c'est pour vous, Mrs Rogers. Ce sont des carnets de communication. Le principe est simple : ce qu'on écrit dans un carnet apparaît dans l'autre. Vous le gardez toujours avec vous, et vous écrivez pour prendre des nouvelles. La réponse apparaîtra quand l'autre l'écrira.

Bucky avait tiré un crayon de son sac, et noté d'une écriture ronde et appliquée, tout en haut à gauche de la première page du carnet rouge : Carnet de Steve Rogers. Puis il avait ouvert le noir, et Steve et Sarah, ébahis, avaient vu apparaître les mots que Bucky venait de tracer.

C'était révolutionnaire.

— Bucky, avait soufflé Steve, ébloui. C'est dingue.

— Tu n'aurais pas dû, Bucky, avait dit Sarah, pétrifiée d'émotion. C'est… C'est trop… Combien est-ce que ça coûtait ? Je vais te rembourser…

— Oh, non, avait souri Bucky. C'est un cadeau. Pour vous souhaiter la bienvenue dans le monde des sorciers.

Il était tellement mignon, à l'inclure dans leur monde alors qu'elle n'était qu'une No-Maj, que Sarah avait eu envie de le serrer dans ses bras à l'en étouffer.

Bucky avait également donné à Steve tous les vieux tirages du Journal Des Sorciers que sa mère possédait, et d'autres livres que Steve avait dévorés et qui s'étaient révélés très instructifs : L'Histoire d'Ilvermorny, La Magie dans le Monde, Devenir Sorcier. Ses manuels de cours, achetés sur Hornwall Street, avaient également tous déjà été lus au moins une fois. Steve, qui avait toujours été féru d'histoire, avait dévoré en une soirée Histoire de la Magie en Amérique du Nord, tome 1, et il connaissait la théorie à propos de tous les sortilèges que recelait le tome 1 de son manuel Sortilèges de Chadwick.

Bucky était souvent venu chez eux, et assis à la table du dîner, Sarah et Steve l'avaient écouté parler pendant des heures à propos de la sorcellerie et de son monde. Il avait parlé presque jusqu'à en avoir une extinction de voix, mais il n'aurait pas pu trouver d'auditoire plus attentif que la famille Rogers.

La veille au soir encore, il était venu et avait dit à Steve qu'il viendrait le chercher avec sa mère pour qu'ils partent ensemble, à 10h. La Porte était ouverte jusqu'à 16h, mais mieux valait ne pas perdre de temps. Il était à présent 9h50, et les mains de Steve tremblaient légèrement. Il ne savait pas trop si c'était de peur ou d'excitation.

— Tu as bien tout rangé dans ta valise ? demanda Sarah.

— Oui.

Bucky, leur sauveur, avait une nouvelle fois exécuté un tour de magie. Il avait demandé à Steve, tout à fait innocemment, si celui-ci possédait une valise, et Steve, qui n'avait jamais menti une fois dans sa vie, avait répondu que non parce que lui et sa mère n'étaient jamais partis en vacances. (Bucky, dont la famille n'était pas pauvre, avait senti son cœur s'arrêter un bref instant en entendant ça. Mais il n'avait rien dit.) Le lendemain, il était arrivé chez Sarah en traînant derrière lui une petite valise cabine, avec le sourire espiègle qui ne le quittait que rarement.

— J'ai ramené une valise pour Steve, avait-il dit.

— Oh, Bucky, avait soupiré Sarah, tu n'aurais pas dû.

Sarah ne comprenait pas pourquoi Bucky les couvrait de cadeaux. Steve ne comprenait pas ce qu'il avait fait pour mériter ça. Bucky ne leur avoua pas que c'était parce qu'il avait énormément de copains, mais aucun véritable ami, et qu'il avait envie d'être celui de Steve, qui était le premier sorcier de son âge qu'il rencontrait. Les cadeaux semblaient être le moyen le plus rapide pour y parvenir.

(Il se trompait, évidemment. Si Steve le considérait déjà comme son ami, c'était parce qu'il était gentil et drôle et attentionné.)

— C'est une vieille valise qu'on n'utilise plus, avait dit Bucky. Je crois que tout rentrera dedans.

Sarah avait eu un sourire ; Steve n'avait pas beaucoup d'affaires, certes, mais de là à en faire rentrer l'intégralité dans une valise cabine…

Elle avait eu tort. Tout était rentré. Même le chaudron. Même Steve aurait pu rentrer dedans.

— Je ne pensais pas qu'il y aurait tant de place dans une si petite valise, avait dit Steve.

Il avait levé les yeux vers Sarah et ajouté :

— Elle est ensorcelée, hein ? Bucky a dû demander à ses parents de l'ensorceler pour nous.

Sarah soupira. Elle ne savait absolument pas comment remercier Bucky pour tout ce qu'il faisait pour eux.

Finalement, le 30 août, elle l'avait invité à passer la journée à Coney Island avec Steve et elle. Bucky, qui n'y était jamais allé, avait ri aux éclats sur chaque manège, devant chaque stand, il avait frotté le dos de Steve quand celui-ci avait vomi, ils avaient mangé d'énormes glaces, et de façon générale, il ne s'était pas tu un seul instant. Sarah avait la tête qui bourdonnait quand elle était rentrée, la voix de Bucky résonnant toujours dans ses oreilles comme un écho, mais Bucky et Steve avaient eu l'air très heureux et c'était suffisant pour lui gonfler le cœur de joie.

À 9h55, l'interphone sonna. Steve alla appuyer sur le bouton.

C'est Bucky, dit la petite voix enfantine de l'autre côté.

— On descend, répondit Steve.

L'ascenseur mit cinq minutes à arriver, et cinq minutes à descendre (rétrospectivement, Maria Hill avait probablement transplané pour monter les dix étages, avait compris Steve), et devant la porte de verre de l'immeuble se tenait la famille Barnes au complet, le père, George, la mère, Winifred, Bucky et ses quatre petites sœurs, Becca, 8 ans, Bonnie, 5 ans, et Beth et Barbara, 3 ans.

(Sarah n'osa pas demander d'où provenait leur obsession avec la lettre B. C'était peut-être un truc de sorciers.)

Steve remercia profusément Winifred et George pour la valise, et Sarah fut fière d'avoir un fils si bien élevé ; George et Winifred secouèrent la tête en disant que ça ne valait pas la peine d'être mentionné, voyons, c'était bien normal, et Bucky avait l'air tellement enchanté d'avoir un ami, ce n'était pas grand-chose en retour.

(Bucky rougit comme une tomate quand ses parents mentionnèrent à quel point il était heureux d'avoir rencontré Steve. Sarah ne put retenir un sourire.)

Bucky était déjà en uniforme, et sa cape d'été attirait l'attention de tous les passants ; néanmoins, Steve se sentit idiot de n'avoir pas pensé à mettre le sien, et demanda dix minutes supplémentaires pour aller se changer. Lorsqu'il revint, il était vêtu de l'habit règlementaire, et Bucky lui sourit d'un air approbateur.

Toute la troupe se mit en route, et Steve, qui s'attacha instantanément aux fillettes, tint la main des jumelles pendant tout le trajet. (Il essaya même de porter Beth, mais elle était déjà lourde et lui-même était bien frêle.) Ils prirent le métro tous ensemble, Bucky et Steve assis l'un à côté de l'autre et se chuchotant des secrets à l'oreille avant de glousser pendant que Sarah, en adulte responsable, faisait connaissance avec les parents de Bucky, qui avaient l'air d'être des gens très bien.

Le trajet passa à toute allure, et avant même d'avoir eu le temps de réaliser, ils entraient dans le magasin de musique (beaucoup moins clair et lumineux, aujourd'hui, car le temps était gris et morose, malgré la chaleur persistante), ils passaient dans la boutique vide de l'autre côté, et arrivaient sur Hornwall Street.

Comparé au jour ensoleillé et abominablement chaud où Steve et sa mère avaient fait leurs achats, la rue était bondée. Des sorciers se précipitaient dans tous les sens, et on voyait de partout une foule d'uniformes bleu marine et rouge, dont, au contraire des uniformes de Steve et Bucky, les liserés et les ourlets n'étaient pas blancs, mais turquoise, orange, violets, verts.

George Barnes vit Steve observer ses manches blanches, et dit gentiment :

— Ne t'inquiète pas. Tes manches changeront de couleur automatiquement après la Répartition.

La Répartition. Steve n'en pensait pas grand-chose, mais depuis quelque temps, une crainte commençait à naître dans son esprit : et si Bucky et lui n'atterrissaient pas dans la même Maison ?

Steve avait lu tout ce qu'il pouvait trouver sur les Maisons d'Ilvermorny. Au nombre de quatre, elles s'appelaient Thunderbird, Wampus, Pukwudgie et Serpent Cornu. On disait d'elles que Thunderbird, l'Oiseau-Tonnerre, symbolisait l'âme et rassemblait les aventuriers ; Wampus, le puma à six pattes, représentait le corps et attirait les guerriers ; Pukwudgie, le cœur, formait beaucoup de guérisseurs, et Serpent Cornu, l'esprit, créait des érudits.

Au contraire d'autres écoles de sorcellerie dont il avait entendu parler (notamment Poudlard, en Grande-Bretagne, qui revenait régulièrement dans ses livres d'histoire), à Ilvermorny, les Maisons choisissaient elles-mêmes leurs étudiants. Dans certains cas, plus d'une Maison pouvait manifester son intérêt pour l'élève, et c'était à ce dernier de déterminer où il voulait aller. Parfois, les quatre Maisons choisissaient l'élève, mais rarement plus d'une fois tous les dix ans.

Steve ne voulait pas être choisi par les quatre Maisons ; il voulait juste aller dans celle de Bucky.

— La Porte est là-bas, dit Bucky en interrompant ses pensées, le doigt tendu devant lui.

Même avec le monde qui se pressait devant, il aurait été difficile de la rater : elle était immense. Avec ses deux colonnes de pierre beige, reliées par un linteau supérieur, Steve avait l'impression d'avoir devant les yeux une porte de temple grec, ou un torii japonais, comme ceux qu'il y avait dans les livres de photographies de sa mère.

Ils se mirent à faire la queue, attendant de passer à leur tour.

La structure se trouvait sur une sorte de place ronde qui était le centre névralgique de la rue, et lorsque Steve se rapprocha, il ne tarda pas à réaliser, en regardant à travers la Porte par-dessus la tête des autres étudiants, qu'elle ne montrait pas l'autre côté de la rue, mais à la place un chemin de pierres et de cailloux, bordé par de l'herbe, qui donnait sur énorme portail noir en fer forgé. Plus loin, dans la brume, on distinguait très vaguement les contours noirs d'un bâtiment.

— C'est le château, dit Bucky.

— Tu as déjà visité ? demanda Steve.

— Non, mais j'ai vu des photos.

De l'autre côté de la Porte, le château sous la brume semblait terriblement inquiétant, et Steve se crispa légèrement, mais Sarah lui posa une main rassurante sur l'épaule.

— Je suis sûre que tout va bien se passer, Steve. Tu me raconteras tout ça à Noël, quand tu reviendras.

Steve hocha la tête et s'efforça d'avaler la boule qu'il avait dans la gorge. Autour de lui, les étudiants plus âgés riaient et parlaient avec animation ; tous avaient l'air enchantés d'y retourner, et il n'y avait pas de raison que lui-même y soit malheureux. Bucky lui adressa un sourire et lui serra brièvement la main qui ne tenait pas la valise. Sa peau était chaude, et même s'ils étaient déjà grands, du haut de leurs onze ans, Steve aurait bien aimé qu'il ne lâche pas sa main si vite.

Lorsqu'il ne resta que quelques personnes devant eux à la Porte, la famille Barnes commença à faire ses adieux, et Steve sentit son cœur se serrer. Il se tourna vers sa mère, le regard paniqué. Celle-ci s'agenouilla à côté de lui et le serra dans ses bras.

— Tout ira bien, Steve, répéta-t-elle. Tu me tiendras au courant avec le carnet, d'accord ?

— D'accord, répondit Steve avec difficulté – la boule dans sa gorge était revenue.

Le Gardien de la Porte s'appelait Heimdall, avait dit Maria Hill. Lorsqu'il arriva à quelques mètres lui, Steve fut profondément intimidé par son apparence : très grand, la peau chocolat, il portait un casque à cornes et une armure rutilante, et ses yeux avaient la couleur de l'or pur.

—C'est Heimdall, lui chuchota Bucky. Rien ne peut tromper sa vision, même pas les sortilèges de Désillusion ou les capes d'invisibilité. Il voit tout.

— Ce que vous voyez là, intervint George Barnes, ce n'est pas son vrai corps. C'est une projection astrale. Si vous essayez de le toucher, vous passerez au travers ; par contre, si lui veut vous toucher, vous pouvez être sûr qu'il y arrivera. Il se trouve à toutes les Portes des États-Unis en même temps.

Horriblement impressionné, Steve couvrit finalement la distance qui le séparait de la Porte, Bucky à ses côtés.

— À bientôt, Bucky ! scandèrent ses quatre petites sœurs.

Bucky les serra brièvement dans ses bras une dernière fois, ainsi que ses parents, tandis que Steve faisait un dernier adieu à Sarah, qui s'essuya discrètement les yeux : puis Bucky se tourna vers Steve et lui sourit.

— Prêt ?

— Prêt, dit Steve en fronçant les sourcils pour se donner du courage.

Lorsqu'ils arrivèrent en face de Heimdall, qui faisait bien un mètre de plus qu'eux, celui-ci les jaugea en silence.

— James Buchanan Barnes et Steven Rogers, dit-il de sa voix profonde.

— Oui, monsieur, répondit Bucky courageusement.

— Allez-y.

Bucky prit la main de Steve, et ensemble, ils passèrent la Porte de Manhattan, et arrivèrent au pied d'Ilvermorny.

.oOo.


Et voilà pour le chapitre 2, mes apprentis sorciers !

J'espère qu'il vous a plu. A la prochaine !