Sairens

Chapitre 2 : Offrande

Reito était dans sa tente. Et ce, depuis l'annonce de la missive. Il savait pertinemment que celle-ci était l'oeuvre de Kaihō shimasu. Il ne connaissait pas réellement la raison pour lesquelles Natsuki avait reçu ce titre. Ou peut-être préférait-il l'ignorer. Qui voudrait d'un titre élu par le peuple lui-même? Une bande de paysans ne sachant ni lire, ni écrire. De la simple chair sans importance aux yeux du prince. Des bouches à nourrir ne lui servant à rien. Il sourit légèrement face à cette pensée. Les paysans lui servaient souvent de défouloir. Sinon qui sait à quelles mesures extrêmes, il aurait pu arriver sans ses êtres pour le soulager légèrement de sa colère.

Kaihō shimasu ... Ce titre datait de plusieurs mois. La raison? Natsuki avait libéré un orphelinat des prises de soldats ennemis. A elle seule, elle avait réussi à libérer une trentaine d'enfants et désarmer les soldats. Tous avaient même eu un procès. Reito ne voyait pas l'intérêt d'un procès amenant à la peine de mort. Il était plus simple de les tuer comme des chiens. Il ne comprenait pas non plus pourquoi sa maudite sœur avait risqué sa vie pour des crèves la faim. Il suffisait simplement de mettre le feu à la bâtisse et l'ensemble des ennuis serait parti en fumée. A la fois pour se débarrasser des soldats ennemis mais aussi des parasites, comme aimait les appeler Reito. Depuis lors, la nouvelle s'était répandue. Et Natsuki avait reçu ce titre. En plus de la fierté de son père. Reito sentit la colère monter rien qu'à cette pensée. Comment son Père pouvait-il apprécier ce genre d'acte? Une perte de temps. Sans importance pour la suprématie des Goths. Pour leur soif de pouvoir. Pour sa propre soif de pouvoir. Il revint alors sur l'inscription de la missive. Il devait trouver une argumentation. Bien qu'il n'avait pas peur de son père, il devait au minimum se justifier. Pour ne pas perdre la possibilité d'être le futur souverain.

Si cela ne tiendrait qu'à lui, les contrées du Nord ne seraient constituées que de femmes pour engendrer de nouveaux soldats et de soldats. Hormis quelques fermes et paysans pour les ressources, le reste serait tué, brûlé et oublié. Cela le deviendra d'ailleurs lorsqu'il sera le Roi. Pour la suprématie des Goths. Se débarrasser des maillons faibles et s'entourer des maillons forts. Il resserra son emprise sur la note. Il devrait également se débarrasser des éléments perturbateurs. Et parmi eux, les fidèles de Kaihō shimasu ainsi que Kaihō shimasu elle-même. Reito avait déjà un plan. Une exécution publique. Après plusieurs exécutions servant d'exemples, les fidèles de Natsuki se plieraient à sa volonté. Et lui prêteront allégeance. Il pourrait ainsi répandre la mort et envahir tout ce qu'il souhaiterait. Quelques soit les hommes à sacrifier. Il n'en avait que faire. Il y aurait de quoi combler les perte. De quoi devenir encore plus puissant aux yeux des autres contrées. Plus impitoyable. Plus diabolique. Il laissa sortir un léger rire rien qu'à cette pensée jouissive. Il se retourna lorsqu'il entendit le pan de la tente s'écarter. Nagi tenait fermement une jeune femme bâillonnée. Reito sourit machiavéliquement tout en faisant signe à Nagi de le laisser. Sa conquête ne commencerait pas aujourd'hui. En revanche sa suprématie pouvait prendre diverses allures. En trois enjambées, il tenait fermement la jeune femme par le cou. Il commença à le lui lécher puis passa ses main sous la tunique de sa captive. Tout en malaxant la poitrine de celle-ci, il ne ressentait pas ce qu'il devait ressentir. La luxure, la force et même la perversion. Il savait que la jeune femme devant lui était à l'origine de sa retenue involontaire. De son absence d'envie. Tout en la plaquant contre un miroir sur pied, il murmura durement.

- Tu te crois plus forte que moi!

Il renforça sa prise sur les cheveux de la jeune femme. Celle-ci le fixa ce qui le perturba. Pour autant, il ne pouvait pas se permettre de perdre sa supériorité face à une simple paysanne.

- J'ai envie de te posséder. De te traiter comme une chienne. D'assouvir mes besoins jusqu'à ce que tu ne sois plus une coquille morte. Et tu crois que ton regard du Diable suffira à m'en dissuader?

Suite à une non-réponse, il gifla la jeune femme. La colère avait finalement été la seule chose qu'il pouvait extérioriser. S'il ne pouvait pas s'en servir, il se contenterait de lui infliger mille tortures et de la tuer à petit feu. Celle-ci tomba à terre et se recroquevilla sur elle-même. Reito s'affala sur elle et attrapa ses deux poignets. Tout en les maintenant au-dessus de sa tête, il écarta ses jambes avec les siennes et colla sa virilité contre le bassin de la jeune femme. Il voulait au moins tenter une dernière fois d'obtenir son plaisir.

- Sans ton chant, tu n'es qu'une simple femelle. Rassures-toi, tu rejoindras bientôt les tiens dans la mort. Je prendrais un plaisir à te tuer comme j'ai tué ta famille!

Il sourit difficilement mais s'arrêta lorsqu'il sentit une douleur dans son torse. Il s'arrêta et se recula lorsque celle-ci descendit jusqu'à son entrejambe. Le regard de feu lui faisant face le paralysa sur le coup. Tout en reprenant de la contenance, il explosa de colère. Il s'avança vers la jeune femme et lui donna plusieurs coups de pieds dans l'abdomen. Une fois légèrement calmé, il murmura entre deux respirations saccagées.

- Ne t'avises jamais de regarder un Goth dans les yeux si tu tiens à ta misérable vie! Je te ferais couper la langue si tu oses prononcer le moindre murmure!

Il sortit de sa tente et proclama avec urgence le départ. Non sans essayer de faire abstraction de la douleur lancinante parcourant l'entièreté de son corps.


Reito devait se détendre. Voilà pourquoi, il avait le souhait de traiter cela avant son retour au Royaume. Devant lui, un jeune garçon maintenu en position de soumission à cause d'une botte écrasant sa face contre le sol. Reito fixa les deux autres personnes agenouillées à la droite du garçonnet.

- Votre fils est un misérable voleur! Qu'avait-il en tête pour voler de la nourriture aux Goths? Me voler ma nourriture!

Les deux personnes ne répondirent pas mais tremblaient de toute part. Reito saisit un poignard et prit l'un des poignets du garçon.

- Une main pour un vol.

Le père de l'enfant arriva à se relever et s'interposa devant l'arme et son garçon.

- Je vous en supplie ... Nous ne sommes que de simples paysans.

Le femme murmura doucement entre deux sanglots.

- Kaihō shimasu vient nous en aide.

Reito guetta les environs et explosa de rire. Le rire se transforma peu à peu en colère.

- Vraiment Kaihō shimasu veille sur vous?

Les deux parents hochèrent la tête. Reito saisit le jeune garçon et lui enfonça le poignard en plein coeur. Les cris du garçon furent mêlés aux cris de la mère. Reito reposa le garçonnet et continua dans sa transe.

- Où est donc Kaihō shimasu lorsque vous en avez besoin ? Je ne la vois pas en tout cas.

L'homme se releva et donna un uppercut à Reito. Légèrement chancelant, Reito saisit son épée et décapita l'homme sous les yeux de sa femme. Il cracha le reste de ses paroles.

- Kaihō shimasu n'en a que faire du peuple. Seul le pouvoir est notre moteur! Alors ne vous avisez jamais de prononcer son nom devant moi! Elle n'est rien et ne sera jamais rien.

La femme s'arrêta de pleurer et articula quelques paroles avant de subir les foudres de Reito.

- Kaihō shimasu sera notre future souveraine bien qu'elle est déjà Reine dans notre coeur ...


Natsuki fixa la jeune adolescente devant elle. Elle fit signe à ses gardes de la laisser. Tout en se rapprochant d'un mur où plusieurs armes étaient accrochées, elle démarra la discussion.

- Pourquoi voles-tu dans nos cuisines?

Natsuki tendit l'oreille mais aucune réponse ne lui vint. Elle sourit légèrement lorsqu'elle saisit une fine épée. Tout en la caressant légèrement, elle continua sa recherche.

- Eh bien? As-tu eu la langue tranchée après ton vol?

Tout en saisissant une arme similaire, elle entendit un léger murmure.

- La langue est tranchée lors de la propagation de rumeurs.

Natsuki fronça légèrement les sourcils et s'avança, armes en main, vers la jeune femme.

- As-tu un prénom?

- Nao.

- Relèves-toi.

La jeune femme obéit et présenta sa main gauche. Tout en fermant les yeux, elle serra les dents et les poings.

- Faites vite de grâce.

Au lieu de sentir sa main la quitter, Nao sentit un métal froid dans le creux de sa main. Tout en ouvrant les yeux, elle vit Natsuki en position de combat.

- Tu as réussi à désarmer deux de mes hommes alors que tu n'as que 16 ans. Montres-moi ce donc tu es capable.

- J'ai 14 ans Seigneur.

Natsuki resta surprise par la réponse. La jeune femme devant elle faisait beaucoup plus âgée que son âge mais elle hocha simplement la tête.

- Attaques-moi.

Elle n'eut pas le temps de se remettre en position que Nao réalisa une parade. Natsuki esquiva la plupart de ses coups. Au début, la difficulté était rude mais peu à peu, Natsuki arriva à prendre le dessus. Les coups étaient moins précis, plus rageurs. La jeune femme devant elle était en colère, perdue. Natsuki saisit le poignet libre de la jeune femme et la poussa contre le mur. Suite à l'impact, Nao fit tomber son épée. Elle sentit Natsuki la bloquer fermement, ses poignées au dessus de sa tête.

- Le combat ne doit pas être un défouloir pour ta colère Nao.

Nao essaya de se défaire de l'emprise mais en vain. Elle n'avait pas assez de force. Natsuki reprit plus lourdement.

- Si tu te bats, tu dois croire en ton combat.

- Je crois en mon combat!

Natsuki renforça sa prise tout en poursuivant son discours.

- Croiser le fer ne doit pas être synonyme de vengeance, de colère ou d'amusement.

Natsuki relâcha sa prise et ramassa les deux épées à terre.

- Sinon tu ne vaux pas mieux que ceux que tu méprises Nao.

Nao s'arrêta un instant sur la dernière parole. Natsuki refixa les épées.

- Croyez-vous en votre combat?

Natsuki s'arrêta un instant dans son geste puis reprit.

- Je crois en un monde meilleur. Voilà pourquoi je me bats. Pour une vie meilleure pour mon peuple.

Natsuki s'avança vers la jeune femme et posa une main sur son épaule.

- Si tu as le même souhait que moi, tu es la bienvenue dans mon armée. Dans le cas contraire ... Le Prince de l'Obsidienne se fera une joie d'alimenter ta colère. Ta soif de sang. Quittes à abréger ta propre vie.

Nao sentit la prise se défaire. Elle entendit les pas s'éloigner mais énonça un peu plus fort.

- Pourquoi m'épargnez-vous Kaihō shimasu?

Natsuki ne prit même pas la peine de répondre. Seule, Nao fixa ses deux mains et murmura doucement.

- Rassurez-vous Kaihō shimasu, je vous serais fidèle jusqu'à ma mort.


Deux jours de calme. La seule chose qui avait permis à Natsuki d'être aujourd'hui présente sur son siège. Elle avait entendu les hommes de son frère rentrer. Que ce soit par leur chant victorieux ou encore l'odeur d'alcool entourant les soldats, elle avait un mauvais pressentiment. Fêter ce genre d'occasion funeste ne faisait pas parti de son plaisir. Elle respectait ses adversaires. Elle ordonnait à chaque bataille d'enterrer les corps et de rester silencieux durant le retour au royaume. Elle se fit arrêter dans ses pensées lorsqu'elle entendit un bruit sourd provenant de derrière la porte. Sûrement un coup de poing ou de pied balancé avec rage contre la porte. Elle n'avait pas réussi à le déterminer. Mais elle n'avait que peu de doute sur l'origine de cette colère. Elle sourit intérieurement lorsqu'elle distingua l'homme qu'elle avait soupçonné être à l'origine de cette entrée hors norme. Reito passa le pas de la salle de trône. Il remonta rapidement l'allée centrale et serra légèrement les poings. Il fusilla du regard Natsuki, assise à la droite de son Père tout en s'inclinant devant son Roi.

- Vous vouliez me voir Père?

Celui-ci hocha la tête. Il n'avait pas besoin de confirmer la mauvaise humeur de son fils. Sa voix et son amertume trahissaient déjà son état d'esprit.

- J'aimerais comprendre votre action mon fils.

- Je n'ai fait que dissoudre un malentendu.

Le Roi secoua la tête. Peut-être aurait-il dû agir dès lors qu'il connaissait la destination de son fils.

-Tu as massacré ce village sans raison.

- Il y avait une raison.

- Vraiment?

- Ils n'ont pas voulu ravitailler mes hommes lors de notre dernier passage.

Natsuki s'interposa. Elle en avait assez d'entendre de telles absurdités. Et surtout d'être en présence de son frère.

- Ils n'avaient pas de vivres. Comment auraient-ils pu vous en fournir!

Reito répondit avec un soupçon de colère.

- Tu es peut-être faible pour accepter ce genre de réponses Kaihō shimasu mais pas moi! Ils ne seraient plus en vie s'ils n'avaient pas de vivres!

Kanzaki père secoua légèrement la tête et reporta son regard sur la personne à sa droite.

- J'aurais dû écouter Natsuki. Pourquoi ne pas prendre exemple sur elle mon fils?

- Mais ...

- Elle aurait épargné les enfants et les femmes et ce même si la diplomatie n'avait pas fonctionné.

Reito serra les poings légèrement. Le pire pour lui était de se retrouver inférieur à sa soeur. Et pire encore, que son père lui demande de suivre celle-ci comme un modèle. Si cela ne tiendrait qu'à Reito, un combat à l'arme blanche aurait déjà été démarré. Il préféra cependant exploser de colère.

- Pourquoi devrait-elle s'en mêler? La place d'une femme est dans la cuisine. Pas ici à parler de guerre. Ou à assurer sa descendance ... Ah oui, j'oubliais même ça tu n'es pas capable de le faire co...

- Silence!

Natsuki posa une main sur celle de son père. Son père ne devait pas se fatiguer pour si peu. Reito n'en valait pas la peine à ses yeux.

- Ce n'est rien Père. Je pardonne mon demi-frère cadet pour sa stupidité.

Reito se perdit dans ses pensées. Il repensa à la jeune femme actuellement évanouie dans une cellule. Pourquoi? Celle-ci ne lui avait pas encore apporté satisfaction. Pire encore, il avait été incapable d'utiliser la force sur elle. De l'obliger à se dévêtir. Ou même de la violer pour l'humilier comme il se doit. Elle avait gagné. La frustration de cette situation associée à l'action de sa demi-sœur eurent raison du jeune homme. Celui-ci pensa alors à la répercussion d'une telle personne à ses côtés. La femme pourrait séduire n'importe qui. Et grâce à son chant ... Tuer n'importe qui. Séduire et ... Tuer ... Natsuki. Natsuki ... La seule personne entre Reito et le trône. La personne que détestait le plus Reito sur cette terre. Reito tenta avec un léger sourire.

- Je vous pris de m'excuser Père. Natsuki a raison, je suis stupide de m'emporter de la sorte. Mais voyez-vous, je n'ai pas tué tout le monde là-bas. Je vous ai ramené des esclaves. Certaines d'entre elles possèdent une réelle beauté. Elles pourraient vous donner du plaisir mon père.

Kanzaki père rigola légèrement alors que Natsuki leva les yeux au ciel.

- Je pense avoir assez d'esclaves pour cela mon enfant. Pourquoi ne pas en offrir une à votre soeur pour racheter vos paroles amères à son égard?

Natsuki se figea sur le coup alors que Reito porta un léger sourire. Il semblerait qu'il soit le vainqueur de cette manche.

- Permettez-moi de choisir celle qui lui conviendrait le mieux.

Natsuki fronça légèrement les sourcils face au ton mielleux de Reito. Quelque chose la dérangeait. Elle tenta de fuir cette situation.

- Mais Père ... Je n'ai pas besoin de ce genre de chose.

- Voyons Natsuki ... Il n'y a rien de mal à prendre un peu de plaisir.

- Je ne suis pas intéressée par une esclave.

- Préfères-tu un esclave mâle?

- Je ne suis pas intéressée par aucun type d'esclaves.

- Dans ce cas c'est réglé. Reito choisira pour toi.

- Mais Père ...

- La discussion est close Natsuki!

Reito hocha la tête alors que Natsuki le fixa durement. Reito ne lui avait jamais rien offert. Quelque chose clochait. Une chose sonnant comme un état d'alerte maximum dans l'esprit de Natsuki.

- Comme preuve de rachat, je t'offre une esclave. Fais-en ce qu'il t'en plaira.

- Et si je n'en veux pas?

- Tes hommes en feront ce qu'ils voudront. Ce n'est plus de mon ressort.

Sur ce, il se retira laissant Natsuki seule avec son père. Celle-ci soupira légèrement.

- Je n'ai pas autant de temps que vous pour m'occuper d'un harem d'esclaves Père.

Celui-ci se contenta de se relever.

- Il ne s'agit que d'une esclave. Je sais que tu lui trouveras un usage.

- Mais ...

- Très bien. Rends-là à Reito. Après tout, il en a plusieurs.

- Reito les utilise pendant quelques mois puis les tuent ou les donnent à ses soldats pour qu'ils s'amusent avec.

- Si cela t'es vraiment égale alors fais de même. Laisse-la à la bonne garde de tes soldats.

Natsuki grommela légèrement puis décida de prendre congé. Elle héla un garde et maugréa dans sa barbe.

- Mets mon esclave dans une cellule propre. Personne ne l'approche est-ce clair?

- Oui Seigneur Kaihō shimasu.

- Fais appeler ton Commandant sur ton chemin.

Natsuki fixa la sortie du garde puis se murmura.

- Je leur ai déjà dit de ne pas m'appeler comme ça ... Enfin en même temps, comment pourraient-ils m'appeler ... Seigneur ? Pourquoi n'existe t-il pas un féminin pour mon rang ...


Une succession de frappes se fit entendre. Natsuki sourit légèrement à la vue de deux jeunes femmes. Elle ne voyait pas d'un bon œil la venue jumelle de ses deux personnes mais préféra ne pas émettre son opinion.

- Vous désirez me voir Seigneur Kaihō shimasu?

- Seigneur est suffisant.

- Si tel est le souhait de mon Seigneur.

Natsuki hocha la tête et s'installa sur un siège, bientôt imitée par l'une des deux jeunes femmes.

- Je voulais m'assurer que tu étais bien revenue en vie Chie.

- J'ai surveillé votre frère comme vous m'en avez chargé. Je ne pense pas qu'il m'ait remarqué.

Natsuki remercia l'autre jeune femme qui lui tendit une corbeille de fruits. Ses pensées revinrent sur la situation actuelle.

- Qu'a-t-il en tête pour m'offrir une esclave?

- Plaît-il?

Natsuki passa une main sur son visage.

- Il m'offre une esclave.

- Il cherche à vous faire plaisir.

- Me faire plaisir? Reito?

- Il ne peut pas toujours être mauvais.

- Je n'ai pas besoin d'esclaves.

- Mon Seigneur possède pour autant une esclave.

Natsuki sourit légèrement et fixa la jeune femme debout à ses côtés.

- Aoi n'est pas mon esclave Chie. Elle est ma servante.

Chie haussa les épaules.

- Veuillez m'excuser mais je ne vois guère la différence.

Natsuki fredonna une réponse.

- Aoi?

- Oui mon Seigneur?

- Tu passeras la nuit avec moi ce soir. En attendant, je me contenterais d'un baiser.

Aoi resta choquée par les dires. Elle fixa Chie portant un regard sombre à l'égard de son Seigneur. Pour autant, elle tenta timidement un refus.

- Mon Seigneur je ne ...

Natsuki l'arrêta dans son plaidoyer en levant la main.

- Une esclave serait déjà morte pour son refus d'obéissance. Voilà la différence. Aoi a le droit de dire non.

Chie fixa Aoi avec un léger sourire puis secoua la tête.

- Très bien. Je m'excuse pour mon ignorance.

Natsuki croqua dans un raisin. Son esprit embraya sur son ancienne pensée.

- Je vais lui rendre son bien.

- Son bien?

- L'esclave.

Chie prit à son tour un fruit. Son Seigneur n'était pas du genre à se soucier d'un si petit détail. Pour autant, elle décida de l'aider à passer à autre chose. Des choses plus importantes au regard de Chie.

- Si je puis me permettre de vous le faire remarquer mon Seigneur, cette jeune femme n'y est pour rien. Votre frère la tuera avant même qu'elle ne puisse voir la tombée de la nuit. Pourquoi ne pas en faire votre dame de compagnie?

Natsuki s'étouffa face à la réplique. Elle sentit Aoi tapoter doucement son dos. Elle leva la main pour signaler qu'elle allait bien.

- Je n'ai besoin de personne. Cette esclave souhaite sans doute mourir ... Après tout Reito a massacré les siens.

Ce fut au tour de Chie de s'adresser à Aoi. Natsuki n'aimait pas l'interaction devant elle.

- Pardonnez-moi mais puis-je vous poser une question?

- Oui Commandante.

- Si vous avez le choix entre dame de compagnie et esclave d'une nuit que choisirez-vous chère Lady?

Aoi rougit légèrement au titre mais répondit sincèrement. Le Commandant avait toujours été très courtoise avec elle. Que ce soit dans ses gestes ou dans ses paroles. Elle se sentait en sécurité à ses côtés.

- Je choisirais ce qui me permettrais de rester en vie le plus longtemps possible. J'ai moi-aussi perdu les miens Commandante.

- Chie est suffisant Lady Aoi.

- Je ... Je ne suis pas une Lady, Commandante.

- Vous êtes bien plus que cela au vue de ...

- Chie ce n'est ni la personne, ni le lieu, ni l'heure pour courtiser. Suis-je assez claire?

Chie gela face au ton sec de sa supérieure. Elle hocha la tête alors qu'elle distingua une légère rougeur sur les joues de la servante. Natsuki était déjà passée à autre chose.

- Ce n'est pas l'esclave le problème. Il a quelque chose en tête.

Chie se releva et s'inclina légèrement.

- Vous avez sans doute raison ... Mais la jeune femme n'y est pour rien. Même s'il a une idée en tête, vous pouvez sauver cette jeune femme d'une mort imminente. Vous êtes quelqu'un de bon mon Seigneur. Je sais que vous prendrez la décision la plus juste. Je vais maintenant prendre mon congé.

Natsuki fixa la porte puis souffla légèrement.

- Et toi Aoi que penses-tu de la situation?

- Mon avis n'est pas important mon Seigneur.

- Laisse-moi en juger par moi-même. Alors?

Aoi frotta ses mains sur son tablier.

- Je pense que vous devriez accepter le présent fait par votre frère.

- Et pourquoi cela?

- Votre père prendra votre refus comme une provocation. Votre frère pourrait ensuite remettre en avant votre refus comme une façon d'expliquer vos divergences d'opinions. Si vous acceptez, cela rassurera notre roi sur une possible entente entre ses héritiers et ainsi vous donnera tout le crédit que vous méritez mon Seigneur.

Aoi n'osa pas regarder Natsuki dans les yeux par peur d'avoir dépassé les bornes. Pour autant les prochaines paroles de son Seigneur la rassura.

- Tu as toujours de sages conseils Aoi. Voilà pourquoi je n'ai pas besoin de personnes d'autre dans mes quartiers.

- Merci mon Seigneur.

- Je dois partir quelques jours à nos frontières. Dès mon retour, donne l'ordre que l'on m'amène cette esclave.

- Dois-je lui attribuer une chambre mon Seigneur?

Natsuki réfléchit un instant puis secoua la tête.

- Je suis sûre qu'elle n'est pas une menace si elle reste dans les cachots. Assures-toi juste qu'on lui apporte à manger. C'est déjà bien assez.

Aoi secoua mentalement la tête face à la dureté des propos et actions de sa maîtresse. Pour autant, elle se contenta de la saluer et se diriger vers la porte. Non sans un dernier murmure.

- Pourquoi tant de dureté mon Seigneur alors que je vous sais remplie de bonté ...

Fin du chapitre 2