Harry courait ; les larmes ruisselant le long de ses joues lui brûlaient le visage. Aveuglé et hors d'état de réfléchir, il ne savait quelle direction prendre, où se réfugier, mais voulait à tout pris éviter la Grande-Salle et la tour des Gryffondors Blessé et désespéré d'avoir été percé à jour si facilement, et par un professeur qu'il ne portait pas dans son cœur, il voulait à tout prix disparaître, et surtout, surtout, ne pas rencontrer Ron ou Hermione. S'ils le savaient !

Dans ce moment de détresse, il lui devint évident que tant qu'il restait dans l'enceinte du château, il ne pourrait prendre de décision posée, en étant si proche de l'objet de son affection honteuse. Il lui fallait un endroit où il trouverait un certain réconfort, dans la solitude, avec cependant une présence familière pour l'apaiser et le conseiller.

Harry sortit sa carte du Maraudeur qu'il avait heureusement toujours sur lui en prévision de quelque surprise, et emprunta les passages secrets pour se rendre au Pré-Au-Lard. Il dû garder sa cape d'invisibilité jusqu'aux dernières maisons du village, bien après le Chaudron Baveur, avant de pouvoir la retirer et marcher plus librement. Il lui restait encore trois bon miles à parcourir avant d'arriver dans la grotte où il souhaitait se ressourcer. Autrefois cette grotte avait été le refuge du parrain fugitif d'Harry, qui, considéré comme le plus dangereux sorcier du monde de la Magie, s'était enfui d'Azkaban. Il n'y était pas resté seul longtemps puisque, Buck, l'hypogriffe d'Hagrid comdamné à mort, le rejoint après qu'Hermione l'a sauvé de justesse.

En entrant dans la grotte, il lui semblât que l'âme de son parrain décédé hantait toujours le lieu. Harry s'assit à même le sol, et une discussion fut entamée entre ses deux consciences : l'une qui lui disait d'obéir à son cœur, l'autre le poussant à rejeter des sentiments si vils et à réfléchir plutôt à venger la mort de ses parents. Or la décision qu'il devait prendre changerait tout : dans un cas, il s'alliait à Voldemort, dans l'autre il tentait de le tuer.

« Harry, suis ton cœur. À quoi cela servirait de souffrir en silence de ne pouvoir aimer, et d'exécuter une vengeance qui ne t'apaiserait pas ?

- Ne l'écoute pas Potter. Il a tué tes parents. C'est à cause de lui que tu as passé onze longues années dans un placard à balais sans connaître l'existence de la magie, du mon de d'où tu viens.

-Harry, maintenant tu fais partie du monde de la magie, tu y es accepté, même adulé. Laisse l'Ordre du Phoenix traquer ce Lord. Ne risque pas ta vie à l'affronter ; rejoindre ses rangs t'assureraient une plus grande protection, et tu aurais plus de chance de combler ton amour.

-Sottises ! Potter, tu as rencontré ce Mage déjà cinq fois. Et tu es toujours vivant ! C'est la preuve que tu peux le battre et venger toutes les morts qu'il a causées.

- Harry, tu es toujours vivant grâce à tes amis et à Dumbledore qui ont été là pour te soutenir quand il le fallait. Seul, tu ne lui aurais pas survécu une seconde. N'anéantis pas le sacrifice de ta mère ; elle est morte pour que tu vives.

- Potter ! Potter, Potter ! Tu le tues, tu deviens un héros et tu pourras être Aurore, comme tu le souhaites. Il te tue, tu deviens un martyr, et tu rejoins tes parents et ton parrain pour l'éternité. Pourquoi hésites-tu ?

- Dracooooooooooo ! hurla Harry.

Il était à genoux dans la terre, la tête entre les mains, et croyait devenir fou. « Draco, Draco », répéta-t-il. « Je me fous de la vengeance, mes parents sont morts. Morts ! Ils ne revivront pas, même si je tue Voldemort. Alors que si je peux vivre heureux, heureux avec celui que j'aime…

- Harry, Harry, Harry ! Tu commences à nous faire peur !

Harry sursauta. Qui pouvait bien être là ?

- Aurais-tu besoin d'un de nos philtres d'amour, Harry chéri ? sussura Georges Weasley à son oreille.

- Je ne te comprends pas Harry, rigola Fred. Tu est l'élu, le Potter, et tu ne trouves pas une jeune et jolie jeune fille pour caresser ton cœur torturé ?

- Fred, tu es un géni ! Si être l'Elu empêche d'avoir des relations, disons, intimes, faisons de Ginny l'Elu et elle arrêtera peut-être d'avoir cinq petits copains en même temps, grimaça Georges.

- Cinq ? reprit Harry perdu.

- Oui…À ce que l'on a pu comprendre. Une rousse, une Weasley… Et même certains Serpentards seraient sous son charme.

Harry se réveilla. Serpentard ? Mais de qui parlaient-ils donc ?

- Je suis même sûr, continua Fred, que si elle n'était pas une Weasley, Malefoy serait attiré par elle.

- Beurk ! fit Georges.

Cela anéantit Harry pour de bon. Lui, Potter, amoureux d'un Serpentard du nom de Malefoy, qui aimerait Ginny Weasley, une Gryffondor, petite sœur de son meilleur ami. C'en était trop.

- Stop ! cria-t-il. Laissez donc Ginny vivre sa vie. Je crois qu'elle sait se défendre seule, dit Harry se souvenant d'un sacré sort de Chauve Furie qu'elle avait lancé dans les couloirs du Poudlard Express aux impertinents.

Les deux jumeaux, peu habitués à voir Harry énervé, restèrent interloqués de le voir défendre leur insignifiante petite sœur. Mais ils se reprirent très vite.

- Tu as raison Harry, prononcèrent-ils à l'unisson.

- Nous sommes là pour t'aider…, commença Fred.

- …Pour t'aider à réparer ton cœur fragile ! continua Georges.

- Dis-nous donc le nom de celle qui te fait hurler au clair de lune dans cet endroit si romantique ! (Fred réprima un fou rire). Et qui accessoirement a réveillé la moitié du Pré-Au-Lard ?

- La moitié du Pré-Au-Lard ? Harry paniquait. Ce n'est pas possible, ils ne peuvent pas avoir entendu. Vous ne pouvez pas avoir entendu ?

- À vrai dire, réfléchit Georges, on a entendu un cri humain indistinct qui ressemblait à un cri de désespoir, et on s'est dit que quelqu'un semblait avoir besoin de notre aide et de nos inventions…

- Tu sais Harry, on est vraiment à l'écoute de nos clients, annonça Fred sérieusement.

Mais Harry semblait déjà s'être échappé dans ses pensées, et il se balançait d'avant en arrière en murmurant « Draco, Draco, Draco… ».

- De l'eau ? Harry ? Tu hurlais parce que tu avais soif ? Tu sais, tu n'avais pas besoins de quitter le château pour cela. Je suis sûre que Mimi Geignarde se serait fait un plaisir de faire déborder les toilettes des filles pour que tu aies de l'eau.

- Fred, tu es un idiot. Harry ne demandait pas de l'eau, mais notre frère. Harry, depuis quand l'appelles-tu Roro ? Je sais que vous êtes intimes mais j'aurais plutôt soupçonné Hermione pour trouver un surnom si…si…si débile !

Harry n'en pouvait plus. Il craquait.

- Pas de l'eau, pas Roro, il ne pu réprimer un sourire, s'arrêta, inspira une bouffé d'air frais, mais Draco !

- Non d'une bambouse ! s'étonna Georges. Tu le détestes au point de hurler son nom ? Quelle haine ! Venant de quelqu'un d'autre que toi, Harry, j'aurais dit que cette haine acharnée s'apparente à de l'amour.

Harry se tourna vers eux, les larmes aux yeux. S'il avait eu des mitraillettes à la place des yeux, Fred et Georges auraient déjà ressemblé à des gruyères.

- Bigre ! prononça Fred. Georges, je crois que tu as mis dans le mil.

Puis se tournant vers Harry :

- Ne t'inquiètes pas Harry, nous n'avons pas oublié que sans l'argent que tu nous as donné, le magasin de Farces et Attrapes n'aurait jamais vu le jour. Nous allons mettre au point un philtre de contre-amour. Ou alors un philtre pour attirances homosexuelles ! Je suis sûr qu'il se vendrait très bien dans cette parade moldu, la Gay Pride. En envahissant le marché non magique, on ferait monter nos recettes en flèche !

- …Ou trouver un philtre contre l'aveuglement, l'idiotie et les attirances homosexuelles ! hurla Ron.

Par où était-il arrivé ? Harry ne l'avait pas vu entrer dans la caverne. Quelque chose le gênait : Ron paraissait plus énervé qu'outré. Ce n'était pas logique.

- Ah ! dit Fred. Roro ! Euh, pardon, Ron. Comment vas-tu jeune frère ?Comme tu le vois nous sommes en train d'essayer de désamorcer une situation délicate. Hum…

Georges était plié en quatre, ne pouvant réprimer son envie d'éclater de rire.

- Je ne trouve pas ça marrant ! hurlait toujours Ron. Harry, ne me dis pas que tu as écrit toutes ces abérations dans ton journal ?

Harry se recroquevilla.

- Tu ne l'as pas fait ? Dis-moi que tu ne l'as pas fait…

Harry hocha la tête en signe d'approbation.

- Harry, tu sais que j'ai vu ton journal posé bien tranquillement dans la réserve de Rogue ?

- Ce n'est pas possible, je l'ai récupéré…Dans le cachot…

Il glissa instinctivement sa main dans son sac. Ses cahiers, ses livres de cours, sa plume, la cape et la carte du maraudeur, enfin sa baguette. Pas de journal.

- Comment sais-tu cela ? demanda Harry, pour détourner la conversation et ne pas laisser paraître sa panique.

- Après le cours de potion, j'ai parlé pendant au moins dix minutes tout seul, avant de m'apercevoir que tu n'étais plus à mes côtés. Je suis donc redescendu dans les cachots, j'ai croisé cet imbécile de Malefoy- avec tout le respect que je te dois- qui m'a dit que tu étais de nouveau instable et qu'il t'avait vu sortir de la salle de Rogue en pleurant.

- Il a ajouté quelque chose ? s'enquit Harry, serrant les dents, plein d'appréhension.

- Euh…hésita Ron. Il a dit que la Gazette se ferait sûrement une joie d'apprendre que l'Elu a de nouvelles crises d'émotivité.

Harry sourit tristement. Voilà tout ce qu'il représente pour lui.