Le lendemain matin, Isabella était réveillé avant le lever du soleil comme à chaque fois qu'un évènement important devait se passer. Elle décida qu'il était inutile de se forcer à dormir et commença à se préparer. Elle fit sa toilette. Elle ouvrit le coffre dans lequel était rangé ses affaires. Elle en sortit un paquet soigneusement enveloppé dans du tissu. Elle l'ouvrit délicatement. Elle en sortit une robe très longue taillée dans un magnifique velours rouge. Elle était brodé de fils dorés. Elle passa sa robe et l'attacha à la taille par une ceinture finement ouvragée. La robe collait parfaitement à son corps ce qui faisait ressortir ses « meilleurs atouts ». Elle s'assit ensuite à sa coiffeuse et passa près de deux heures à natter, enrouler, épingler et positionner ses cheveux. Elle plaça quelques petites pinces-bijoux dans ses cheveux. Elle sortit un collier en or fin que la reine Aliénor lui avait offert pour ses quinze ans. Elle sortit de l'enveloppe de tissu des petites chaussures rouges et or. Elle accrocha à sa ceinture une petite bourse brodée par elle-même il y a quelques années. Elle entendait qu'on s'agitait de plus en plus en bas. Elle ajouta un peu de rouge sur ses joues et replaça une mèche de ses cheveux. Elle prit ensuite sa grande cape et sortit de sa chambre. Elle descendit les escaliers de manière solennelle. Elle voulait juger de l'effet qu'elle produirait sur les jeunes paons de Nottingham. Elle fit donc un essai dans le manoir de Bonchurch. Le jeune Robin arrêta de manger. Much commença à bafouiller des ordres sans intérêts à des serviteurs qui ne l'écoutaient plus. Sarah regarda la jeune femme avec un grand sourire. Isabella sourit et fit une légère révérence. Aucun des hommes de la grande maison ne retrouva son état normale avant que leur maître et son invité ne furent partis. Much se ressaisit dans le carrosse qui les emmenaient vers le château de Nottingham. Il lui prodigua quelques petits conseils. Ils arrivèrent dans la ville et Isabella ne put s'empêcher de remarquer la misère qui régnait sur Nottingham. Elle remonta sa capuche et serra contre elle son long manteau. Lorsque l'attelage s'arrêta dans la cour du château, elle laissa Much descendre en premier. Celui-ci, une fois dehors, lui tendit son bras pour l'aider à descendre. Les mêmes cavaliers que la veille attendait dans la cour. Elle sortit sa main et la posa avec grâce sur le bras de Much. Elle sortit alors la tête baissée. Elle releva doucement sa tête en descendant les marches du carrosse. Les hommes qui discutaient s'arrêtèrent de parler. Isabella sourit en elle-même de l'effet produit. Elle remarqua que même Lord David ne trouvait rien à dire. Elle lui avait cloué le bec ! Elle s'avança vers le Shérif et fit une gracieuse révérence. Le shérif s'inclina et lui baisa la main. Isabella n'avait aucune confiance en lui avant même de le connaître.

- Et bien jamais on avait vu plus belle dame dans la région depuis bien longtemps, my Lady.

- Monseigneur. Je suis Lady Isabella de Locksley, fille de Robin et Marianne de Locksley. Merci de m'accueillir dans votre demeure.

- Mais c'est un plaisir Lady de Locksley. Permettez-moi de vous accompagner jusqu'à la grande salle.

Elle prit le bras qu'il lui tendait. Elle avança avec lui jusque dans la grande salle du château. Là, alors que les hommes commençaient à entrer et à se regrouper, elle détacha les attaches de sa cape et la laissa lentement glisser sur ses épaules. Elle sentit le regard des hommes de la salle se poser sur elle. Et jugea que son numéro était plutôt réussi. Elle regarda Lord David avec un sourire de défi. Il s'approcha d'elle, lui baisa la main et murmura à son attention :

- Je vois que vous pouvez être parfaitement convenable si on vous pousse un peu. Bravo vous m'avez surpris.

Même quand il faisait un compliment cet homme était odieux ! Isabella n'eu pas le temps de répliquer que le Shérif venait lui offrir à nouveau son bras pour l'amener à son siège. Elle s'assit en espérant que la réunion répondrait à ses attentes. Le shérif se leva et déclara la séance ouverte. Le ballet des paons prétentieux pouvait commencer …

Cela faisait une éternité pour Isabella que ce conseil avait commencé. Elle avait vu les Lords se présenter un par un devant elle. Elle avait joué son rôle à la perfection même David n'y trouverait rien à redire. Après avoir expliqué l'état des terres de chacun et donné la date de la nouvelle levée d'impôts, ce fut au tour de la jeune femme de parler. Elle était venue dans le but de récupérer ses terres et ne se laisserait pas faire. Elle prit la parole sur l'invitation du Shérif.

« - My Lords, je tiens d'abord à vous remercier pour votre accueil si chaleureux. Je sais que beaucoup se pose des questions à mon sujet et par souci d'apaisement je vais répondre à celle qui me paraissent les plus susceptibles d'être posées. Je suis Isabella de Locksley. Je suis né en l'an de grâce 1187. Mon père était Lord Robin de Locksley, Comte de Huntington. Ma mère était Lady Marianne de Knighton. Je suis né hors-mariage, mais j'ai été reconnu par le roi Richard et par mon père comme le prouve ce document. J'ai grandi en France, plus précisément en Aquitaine, auprès de ma marraine la reine Aliénor. Et aujourd'hui je suis venue demander la suzeraineté des terres de mes parents.

- Ma chère, on pourrait se demander pourquoi maintenant ?

- Et bien ma très chère marraine m'avait fait promettre de rester en Aquitaine jusqu'à ma majorité. Promesse que j'ai respecté car elle émanait non seulement de la femme qui m'avait élevé et de feu mon père. Mon vingt et unième anniversaire à sonner l'heure de mon retour en Angleterre.

- Bien sûr. Mais vous devez savoir que nous ne pouvons vous donnez la suzeraineté de ces terres sans un document émanant de la couronne. Il me semble donc que …

- …Je dois vous remettre ceci ?

Isabella sortit d'un pli de sa robe un parchemin roulé et portant le sceaux des rois d'Angleterre. Ce parchemin lui rendait les pleins droits sur les terres et la fortune de ses parents. Le Shérif lut rapidement le parchemin puis regarda la jeune femme d'un air préoccupé. Si elle prenait Knighton et Locksley, elle devenait une des nobles les plus puissantes du Nottinghamshire. De plus les deux terres comptait parmi les plus riches du comté.

- Ce parchemin comporte-t-il une erreur ? Demanda Isabella avec toute l'innocence dont elle était possible dans la voix.

Lord David regardait la scène avec beaucoup d'intérêts. Cette jeune femme savait se montrer parfois si imprévisible et parfois si réfléchit. En cet instant il pensait qu'elle ferait une excellente recrue, si elle n'était pas si imprévisible.

- Non ce parchemin m'intrigue. Les signatures sont particulièrement curieuses. Il y a celle du roi Richard et celle du roi Jean.

- Je comprends votre étonnement. Mais ma chère tutrice a tenu à ce que ses deux fils signent ce parchemin de leur main quand ils étaient sur le trône. Encore un geste de bonté envers moi.

- Bien sûr. Il ne me reste plus qu'à vous remettre la pleine et entière suzeraineté des terres de Locksley.

- Et de Knighton.

- Evidemment.

Isabella sourit. Elle avait réussie. Mais elle n'ignorait pas que la suite ne serait pas de tout repos. Elle retourna s'asseoir et ne donna son avis que quand on lui en demandait un. Elle fit semblant de ne pas remarquer les regards plein de mépris et de colère que lui jetaient le Shérif de Nottingham et son chère fils, Lord Grégory. Isabella venait de se faire deux ennemis et elle le savait. La fin de la réunion fut le signal du départ vers Bonchurch d'abord, où elle devait récupérer ses affaires, puis vers Locksley, seul terre habitable. Avant de monter dans le carrosse, une main retint la sienne. Elle reconnut Lord David et se prépara à riposter à toute attaque. Mais celui-ci lui fit un baisemain et la félicita. Puis il partit vers les autres Lords. Isabella sentit dans sa main un morceau de papier. Elle monta dans le carrosse et décida de l'ouvrir quand elle serait seule. Que pouvait bien lui vouloir cet empêcheur de tourner en rond ?

Une fois arrivée à Bonchurch, elle fit préparer ses bagages. Elle dit au revoir aux deux enfants leur promettant de venir les voir et de les inviter souvent. Le petit Robin s'accrochait désespérément à sa jupe et criait qu'il ne voulait pas qu'elle parte. Isabella eu le cœur brisé. La petite Sarah pleurait à chaudes larmes. La jeune femme n'avait pas pensé une seule seconde que son départ serait aussi pénible pour les enfants autant que pour elle. Elle finit par se mettre en route vers le manoir de Locksley. Là, elle vit Luke Scarlett et tous les habitants du village réunis devant sa nouvelle demeure. Elle se sentit embarrassée. Ils avaient organisé une fête pour l'arrivée de leur maîtresse. Ce soir là les rires et les chants reprirent leur place dans la vie du manoir de Locksley. Quiconque serait passé là aurait eu du mal à deviner que la misère régnait sur le village et ses terres. On fêtait l'arrivée de la jeune Lady comme un don du ciel. La fête battit son plein jusque tard dans la nuit. Isabella se coucha éreintée par une journée riche en émotion. Elle s'endormit en un instant. Le sommeil de la jeune femme fut troublée par des images de Lord Grégory brûlant sa maison et du Shérif riant. Isabella se vit tentant de sauver sa demeure. Elle vit le regard désapprobateur de David sur elle. Elle se réveilla en sursaut. La matinée était déjà bien avancée. Elle se leva rapidement. Elle fit sa toilette et enfila une robe de lin blanche. Inutile de faire la coquette quand on a beaucoup de travail. Elle attrapa sa belle robe de la veille et la déplaça sur son lit. Ce mouvement fit tomber le mot de Lord David. Dans l'effervescence de son arrivée elle avait oublié de le lire. Elle le prit et le posa résolument sur sa coiffeuse. Elle avait autre chose à faire ce matin. Elle s'avança vers la porte, mis la main sur la poignée. Elle arrêta son geste. La curiosité était trop forte. Elle retourna à sa coiffeuse. Elle s'assit et ouvrit lentement le morceau de papier. Le contenu de la note se déroulait lentement devant ses yeux.

« Besoin de vous parler de toute urgence. Venez à Clun. Lord David. »

Même ses lettres étaient des ordres implicites. Elle se demandait quand même ce qu'il lui voulait. Cet homme ne l'énervait plus vraiment. Elle était intriguée. Elle décida de s'y rendre l'après-midi même. Elle se leva et mit le mot dans la poche de sa robe. Elle descendit alors vers la salle principale du manoir. Une servante lui demanda si elle voulait déjeuner. Isabella n'avait pas faim et elle ordonna de donner ce qu'on avait préparer pour elle à ceux qui en avaient besoin. Elle sortit alors avec la ferme intention de faire elle-même le tour de ses terres. Elle demanda aux paysans qui travaillait ce qui leur semblait le plus urgent. Elle vit alors apparaître des gardes du Shérif. Elle s'approcha d'eux. Le shérif n'avait pas perdu de temps. Ils demandèrent ou plutôt exigèrent le paiement des taxes. Isabella ne comprenait pas que l'on puisse à ce point s'acharner. Elle tenta d'expliquer aux envoyés de Nottingham qu'il lui était impossible de payer immédiatement. Le plus gradé descendit alors de cheval et s'avança vers la jeune femme. Elle le toisa du regard mais ne bougea pas de sa place.

« - Peut-être qu'on peut s'arranger ? Dit-il avec une expression qui révolta la jeune femme.

- Je ne suis pas une putin. Je vous prie de mesurer vos paroles ou alors…

- Quoi ? Vous appellerez un chevalier servant ?

- Vous ne pouvez pas me demander de payer la taxe aujourd'hui. Dites à votre maître que …

- Ben c'est que justement mon maître a exigé cette taxe. Vous devez payer aujourd'hui à moins qu'on trouve un arrangement. »

Le sang d'Isabella ne fit qu'un tour. En un éclair, comme son maître d'armes lui avait appris, elle saisit l'épée du garde et la plaça sous sa gorge le collant contre le mur. Les autres gardes voulurent approcher.

« - Dîtes-leur de garder leur distance.

- Faîtes ce qu'elle dit.

- Bien ! Maintenant tu vas aller voir ton maître et tu vas lui dire qu'il aura sa taxe à la fin du mois comme cela était prévu. Tu lui diras aussi que sa taxe lui sera payer même si je dois la prendre sur ma fortune personnel. Maintenant j'ai un petit message pour toi et tes hommes. Si je vous revoit traîner sur mes terres, je pourrais me montrer moins clémente. Me suis-je bien faite comprendre ?

- Oui.

- Parfait ! Alors du balai ! »

Elle relâcha la pression de l'épée sur la gorge du garde et jeta l'arme sur le côté. Elle regarda en souriant le garde partir à toute vitesse vers Nottingham. Elle savait qu'elle n'avait pas fait quelque chose de sage, mais qui le lui reprocherait. La matinée passa rapidement. L'épisode du garde avait fait gagner à la jeune femme la confiance de ses gens. Elle envoya des messagers à Knighton avec des instructions pour une inspection détaillée. Elle mangea légèrement en compagnie des enfants du village qui la suivaient désormais presque partout. Isabella se sentait bien. Elle se changea après le déjeuner pour se rendre à Clun où elle avait reçu l'ordre informel de se rendre. Elle fit sceller un cheval et partit au galop vers le village voisin et son impossible Lord David.

Elle arriva alors que le maître de maison n'était pas là. Elle descendit de cheval et confia sa monture à un jeune garçon d'écurie. Elle lui demanda où était Lord David. Il lui indiqua le forgeron. Elle marcha vers la forge et aperçu David en grande conversation avec l'artisan. Il était assis et avait la jambe immobilisée. Quand elle fut assez près, l'homme voulut se lever pour la saluer.

« - Non, je vous en prie restez assis.

- Tiens voilà notre grande menace. Dit David à l'intention de la jeune femme.

- Une menace ?

- J'ai eu des échos de votre aventure de ce matin. Mais tout est arrangé.

- Je n'avais pas besoin d'aide. Mais qu'avez-vous arrangez ?

- Le garde a avoué s'être mal comporté avec vous. Votre droit était légitime.

- Oh ! Je suppose que je dois vous remerciez ?

- Uniquement si vous le jugez nécessaire. Je ne veux pas de fausse politesse. Mais que me vaut l'honneur de votre visite.

- Je m'ennuyais de vous. Répondit-elle reprenant sa réponse d'il y a quelques jours.

- J'en suis flatté. Je suis à vous dans un moment si vous le permettez.

- Je vous en prie. »

Elle attendit un peu plus loin qu'il finisse sa discussion avec le maître forgeron. Elle le vit mettre sa main sur l'épaule de l'homme et sourire. Ce dernier lui rendit son sourire. Lord David semblait être aimé de ses gens. Isabella tourna la tête et vit un enfant assis plus loin. Elle s'approcha de la petite fille. Elle s'accroupit devant elle et lui demanda ce qui n'allait pas. L'enfant avait une grosse écharde dans le doigt. Isabella sortit sa dague en disant à la petite fille qu'elle n'aurait pas mal. De loin, David, qui avait fini de parler au forgeron regardait la scène. Isabella enleva doucement l'écharde et sortit son mouchoir pour sécher les larmes de l'enfant. Elle lui laissa son mouchoir et la petite fille repartit en courant. Isabella n'avait pas entendu David arriver derrière elle. Elle fut surprise de sentir sa main attraper la sienne pour l'aider à se relever. Elle avait encore sa dague à la main.

« - Vous n'allez pas me mettre le couteau sous la gorge à moi aussi ?

- Oh ! Pardon !

- Je vous en prie. Voulez-vous entrer nous serons mieux à l'intérieur pour discuter. »

Ils entrèrent et David offrit un rafraîchissement à la jeune femme. Elle était de plus en plus intriguée. Elle attendit qu'il se fut servit et le regarda droit dans les yeux.

« - Pourquoi m'avez-vous demandé de venir ?

- Je comprends que vous soyez intrigué. Je ne vais pas encore vous faire de reproche ne vous en faîtes pas. Je voudrez au contraire vous féliciter pour votre impeccable numéro d'hier. Vous avez marqué des points contre le Shérif. ( Isabella ne perdait une miette de ses paroles.) Et même les évènements de ce matin joue en votre faveur. Puis-je vous poser une question ?

- Allez-y.

- Avez-vous quelques connaissances dans la science des armes ?

- J'ai été formé à plusieurs formes de combat si c'est ce que vous demandez.

- Bien. Peut-être ne faudra-t-il pas montrer au Shérif l'étendue de vos capacités cela deviendrait dangereux pour vous.

- Je ne comprends pas où vous voulez en venir.

- Je ne peux vous parlez ouvertement maintenant. Mais vous devez rester sur vos gardes. Les chevaliers noirs que combattait vos parents n'ont pas disparus. Alors je vous prierez de rester prudente.

- Quoi ? Vous délirez ? Les chevaliers noirs n'existent plus.

- Je vous prie de me croire sur parole. Ils existent ! »

Un serviteur fit alors irruption dans la salle. Il se pencha vers son maître et lui murmura à l'oreille.

« - Je suis navré ma chère. Mais vous allez devoir partir. Suivez cet homme, il vous mènera en dehors de toute vue. Des invités impromptus arrivent. Je ne voudrez pas qu'ils vous voient.

- Lord Grégory ?

- Entre autre. (Elle comprend vite se dit David)

- Bien. J'obéis.

- Merci my lady. Je vous contacterez et nous finirons cette conversation. Au plaisir de vous revoir. »

Il lui baisa la main et sortit rapidement de la pièce. Isabella suivit le serviteur du jeune Lord. Elle se demandait encore pourquoi il lui avait posé ces questions sur ses aptitudes au combat. Mais ce qui l'avait le plus intriguée c'est que les chevaliers noirs étaient encore là et qu'elle courait un grave danger.

Elle avait récupéré sa monture à l'orée de la forêt de Sherwood. Elle s'y engagea sans aucune crainte mais avec curiosité. Elle savait qu'elle n'avait rien à craindre de ces bois sombres. Ils avaient été le domaine de son père pendant tellement longtemps. Elle savait qu'il en avait connu chaque recoin, chaque arbre. L'empreinte de son passage devait encore être sur certains d'entres eux. Elle avançait vers sa demeure. Les paroles de David l'avaient rendue nerveuse. Elle sentait son cheval devenir aussi nerveux qu'elle. Elle pensa que c'était sa propre nervosité qui énervait sa monture. Puis elle se rendit compte qu'elle n'y était pour rien dans la tension de sa monture. Elle se sentait observée. Quelqu'un la regardait, elle en était certaine. Ses maîtres l'avaient souvent mises en situation. Elle sentait ses sens s'aiguiser. Elle comprit qu'on commençait à l'encercler. Elle pris un petit chemin dans la forêt plutôt que la grande route qu'elle suivait depuis son entrée dans la forêt. Elle sentait le danger se rapprocher et l'adrénaline monter dans ses veines. Elle accéléra le rythme. Elle se dépêcha d'attendre un endroit plus couvert. Elle descendit de cheval. Elle se baissa derrière un endroit couvert et fit s'allonger sa monture. Elle le calma de la main. Elle observait le moindre bruissement de vents dans les feuilles. Elle vit alors sur le chemin un groupe d'hommes encapuchonnés de noir. Elle se fit encore plus silencieuse. Les hommes semblait chercher la jeune femme avec rage.

« - Elle n'a pas pu disparaître. Trouvez la moi !

- Elle n'a laissé aucune trace sur le chemin, à croire qu'elle sait où passer pour ne pas être repérée.

- C'est qu'une bonne femme ! Dit un autre.

- Ne la sous-estimée pas ! Elle est la fille de Robin des bois ! Elle a de la ressource ! Trouvez la ! Elle a sûrement du rejoindre la route plus loin. On la rattrapera avant qu'elle ne sorte de la forêt. »

Les hommes repartirent. Elle attendit encore quelques instant que le dernier homme fut passé puis emmena sa monture plus avant dans la forêt. Elle réfléchissait à toute vitesse comme lorsqu'elle effectuait les exercices inventés par son maître d'armes. L'Angleterre lui était encore trop inconnue pour qu'elle se risque à partir n'importe où. Elle ne pouvait retourner à Clun où sa présence serait une mise en danger pour elle. Bonchurch n'était pas tout proche mais c'était le seul endroit sûr qu'elle connaissait. Elle prit la décision de couper à travers la forêt en évitant les routes. Elle enfourcha sa monture et la lança au galop dans la direction de Bonchurch. Elle enverrait un messager depuis le manoir. Elle n'avait pas le choix. Elle galopa pendant longtemps et arriva en fin d'après-midi. Elle passa par l'arrière du manoir, emmena sa monture à l'écurie mais ne la descella pas. Si elle devait repartir autant que ce soit rapide. Elle s'approcha doucement de la demeure. Elle entendit la voix de Much, il semblait inquiet.

« - … David êtes-vous bien sûr de ce que vous me dîtes ?

- Absolument certain ! Grégory est venu me voir en début d'après-midi et j'ai dû renvoyer Lady Isabella chez elle. Elle a dû passer par la forêt. Grégory venait m'apprendre qu'il avait lancé une troupe contre elle. Elle est en danger. S'ils ne l'ont pas déjà attrapée ! Je vous demande de prévenir les autres. Moi je vais la chercher. Je suppose qu'elle doit toujours être dans la forêt. »

Isabella décida de manifester sa présence pour leur éviter une inquiétude prolongée.

« - Inutile de repartir ! Je suis là ! Saine et sauve !

- Vous ? Mais comment avez-vous fait ? Demanda Much.

- Un peu de chance et beaucoup d'entraînement ! Je les ai entendu dans la forêt. J'ai réussi à me cacher et ils me cherchent encore à l'heure qu'il est.

- Etes-vous sure de ne pas avoir été suivie jusqu'ici ? Questionna David en l'attrapant par le bras.

- Non ! Je suis passé par la forêt en évitant les routes. J'ai bien fait attention et je ne me suis pas montrée à Bonchurch. Votre sécurité n'est pas en danger !

- Ma sécurité n'a rien à voir. Elle ne compte pas. Vous mettez en danger …

- Oui ? J'aimerais assez que l'on me dise ce qu'il se passe.

- Ce n'est pas une excellente idée, mon enfant.

- Much, j'ai failli me faire tuer à cause d'une chose que j'ignore. Je voudrais au moins savoir pourquoi je risque ma vie.

- Elle a raison. Il faut lui dire … »

Isabella regarda David avec une expression de surprise. Pour une fois qu'il semblait d'accord avec elle. David vérifia que personne ne se trouvait à l'extérieur.

« - Votre cheval est-il scellé ?

- Oui. Pourquoi ?

- Suivez-moi alors. Much vous savez quoi faire.

- Bien sûr. »

David entraîna la jeune femme par la cuisine. Isabella tenta de se sortir de son emprise.

« - Mais où m'emmenez-vous ?

- Nous ne pouvons rester ici. C'est trop dangereux pour Much. Je vous prie de me faire confiance et de me suivre en silence.

- Je vous suit mais lâchez-moi. »

Il relâcha la pression sur son bras et passa par la porte de derrière qu'avait emprunté la jeune femme quelques minutes plutôt. Ils passèrent dans l'écurie, prirent leurs montures et sortirent sans bruit. Ils chevauchèrent jusqu'à atteindre la colline surplombant Locksley. Là, ils s'arrêtèrent et mirent pieds à terre. Le village semblait paisible. David en profita pour dévoiler à Isabella le secret qu'il lui cachait depuis son arrivée en Angleterre …

« - Je ne peux jamais m'empêcher de penser à la première fois que j'ai vu ce village. C'est votre père qui m'a emmené ici. J'étais un jeune garçon qui ne comprenait pas pourquoi son père se battait et encore moins pourquoi il était aussi dur envers moi. C'est ici que j'ai entendu parlé de vous pour la première fois. Votre père m'expliquait qu'on ne fait pas toujours ce qu'on veut et que souvent ce qu'on aime en pâtissent. Mais ce n'est vraiment pas ça qui vous intéresse n'est-ce pas ?

- A vrai dire, je ne sais plus trop où j'en suis. J'apprends en une journée que les pires ennemis de mon père et de l'Angleterre vivent encore, qu'on cherche à me tuer pour une obscure raison et que vous faîtes partis d'un groupe assez spécial pour avoir son existence secrète. Alors, éclairez-moi !

- Bien, je m'exécute. Nous n'avons pas tout à fait été honnêtes avec vous Isabella. J'en suis le premier responsable. Mais pour vous expliquer complètement la situation nous devons remonter plus loin que notre époque. Vous savez je suppose que votre mère est morte de la main de Guy de Guisborne ? Celui-ci était un chevalier noir. Mais vous le savez aussi je n'en doute pas. Ce que l'histoire a retenue par la suite c'est que votre père à venger la mort de sa chère épouse en tuant Guisborne et le Shérif anéantissant ainsi le rêve de pouvoir de ces chevaliers noirs. Hors, il se trouvent que ce n'est pas exactement le déroulement des évènements. Votre père après avoir tué ses deux pires ennemis savaient parfaitement que cela n'arrêterait pas les traîtres au royaume. Votre père a donc décidé de réunir dans une sorte de confrérie les plus proches amis du roi Richard. Cette confrérie a pour but de surveiller les agissements des chevaliers noirs, protéger le royaume et continuer l'œuvre de votre père. Mon père en fit partit en son temps et il fut placer à Clun où ses relations lui permirent de s'infiltrer dans le camp ennemi pour y faire office d'espion. Il grimpa les échelons et devint vite un membre éminent de leurs virulents ennemis … »

Isabella sentait son cœur se serrer au fur et à mesure que David lui avouait le secret d'une poignée d'hommes liés à sa famille.

« - Vous devez comprendre qu'avec la mort prématurée de Richard cette confrérie dû ce terrer dans l'ombre. Le roi Jean régnait et les chevaliers noirs triomphaient. Mon père garda sa place et continua à servir d'espion à ses risques et périls. Il mourut en mission à l'étranger, en France précisément, où il devait prendre de vos nouvelles auprès de la reine Aliénor et lui faire part de la situation du royaume. Il eu droit à des funérailles grandioses offertes par les chevaliers noirs. (Isabella sentit l'ironie de sa voix) Votre père mourut quelques temps après, trahi lors d'une soi-disant mission par une abbesse mensongère. Le groupe d'hommes qu'il avait réuni décida de continuer sans lui, rajoutant à leur serment de protégé l'enfant de leur ami disparu : vous ! Aujourd'hui encore ils agissent ainsi. J'ai moi-même prit la place de mon père comme membre de cette confrérie et éléments infiltrés chez les chevaliers noirs. Nous pensions que vous resteriez en France et votre retour nous a surpris. D'autant plus que nous n'étions pas préparer à vous recevoir. Lord Much venait de perdre son épouse et il avait sombré dans un début de folie. Votre présence l'a guérit. Il nous a immédiatement prévenus que vous étiez chez lui. C'est aussi pourquoi je me suis montré si rude avec vous le lendemain et je m'en excuse.

- Moi qui vous voyait comme un crétin prétentieux et autoritaire ! Je ne sais plus quoi penser !

- Et bien il est vrai que je peux me montrer autoritaire mais cela m'a toujours sauvé la vie et cela à sauvé la votre. Quand au terme de crétin prétentieux, je le trouve un peu exagéré !

- Je ne sais plus où j'en suis. Les chevaliers noirs sont donc toujours là. Je suppose que je peux compter parmi eux, ou en tout cas proche d'eux, Lord Grégory, son père et la foule de vos amis ?

- Grégory et un garçon sans aucune cervelle mais il est doucement introduit dans le camp ennemi en effet. Son père en est un membre important. Quand à mes « amis », ils sont pour la plupart fils ou neveu ou cousin des chevaliers noirs. Grégory est lui-même le neveu de l'ancien Shérif Vasey. Son père étant le frère du mortel ennemi de votre père.

- Tout cela me semble tellement irréel !

- Je comprends que vous soyez perdue et même bouleversée. Mais vous deviez connaître la vérité.

- Je vous remercie de vous être montré assez aimable pour m'en faire part. Mais j'ai besoin de réfléchir, seule !

- Comme vous le désirez ! Si vous avez besoin de quoi que ce soit prévenez Much ou moi, si vous acceptez l'aide d'un crétin prétentieux. »

Sur ses derniers mots il partit. Isabella descendit la colline et rejoignit le manoir de Locksley. Elle monta dans sa chambre sans un mot et s'allongea sur son lit en quête de sommeil. Elle espérait que celui-ci lui apporterait une sérénité et l'occasion de réfléchir aux évènements de la journée.