Libres Amazones

Partons, vite !

Pour une fois que la suite est rapide...

Bonne lecture !

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La grande reine Tsunade était encore jeune... ou du moins le paraissait-elle. Les femmes les plus âgées chuchotaient entre elles qu'elle devait user de ses dons magiques pour implorer la Déesse de lui accorder la beauté éternelle. Il est vrai qu'à cinquante ans révolus, elle était encore d'un charme époustouflant ; d'ailleurs, elle ne rechignait jamais à prendre part à un raid... C'était une blonde à la poitrine plus que généreuse et aux sombres yeux. Vêtue de la tenue traditionnelle des Amazones – la tunique à manches courtes, le pantalon bouffant - son front était également ceint d'un fin diadème d'or, sur lequel étaient délicatement enchâssées des opales laiteuses.

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Cette noble dame parcourut du regard la foule rassemblée en silence, puis tomba sur le jeune homme, encore entravé. Il y eut un instant d'embarras ; comment diable un homme avait-il pu s'introduire dans les alentours immédiats du village, pourtant si étroitement surveillés ?

- Qui es-tu, jeune impertinent ? Ne sais-tu donc point le châtiment qui t'attend ?

Le garçon releva la tête, une étincelle de défi passa dans son regard bleuté. Hinata frémit devant tant d'éclat. Il était vrai qu'il risquait sa vie ! « Déesse, protège-le » se surprit-elle à prier avec ferveur.

- Je me nomme Naruto Uzumaki, et je suis venu chercher ma mère !

Le visage de la reine se fit plus grave. Elle descendit les hautes marches du palais, se plaça à la hauteur de Naruto et, le fixant droit dans les yeux avec une once de colère dans la voix :

- Ta mère, comme tu dis, est certainement plus heureuse ici qu'avec tes semblables !

- C'est faux ! Vous l'avez enlevée il y a des années ! Elle n'a jamais voulu vivre parmi les vôtres !

Tout cela était bien sûr vrai, mais pour rien au monde Tsunade ne l'aurait admis. Lorsque les Amazones s'emparaient d'un village ennemi, elles « violaient » les hommes et emportaient les femmes (tout le contraire des guerriers, quoi !). Celle qui acceptait son sort subissait une « période d'essai », et si celle-ci était concluante, elle devenait alors un membre à part entière de la communauté. Celle qui se rebellait était condamnée à un rang d'inférieure, d'esclave, sans pour autant que cela soit définitif.

- Comment se nomme ta mère ? demanda ironiquement Tsunade.

L'expression furieuse du blondinet s'effaça, remplacée par un air de profonde amertume.

- Kushina. Kushina Uzumaki.

- C'est une esclave ! cria une femme dans le public. Elle a toujours refusé notre autorité !

- Et alors ? rétorqua vertement Naruto. Peu m'importe ! C'est ma mère ! Alors laissez-moi la voir !

La reine rit. Les filles qui le tenaient rirent. La foule entière rit, en un grondement de tonnerre. Seule la petite Hinata ne rit pas, elle ne voyait pas ce qu'il y avait de comique à revoir sa mère disparue depuis longtemps. Elle aussi avait perdu sa mère étant très jeune, et il lui arrivait de rêver qu'elle avait un père, un père affectueux et protecteur, pour prendre soin d'elle.

Naruto crut qu'il allait hurler, ou frapper quelqu'un, malgré ses filles qui le retenaient. Il avait en effet une grande force physique, mais ne voulait pas la dévoiler immédiatement. C'est alors qu'il vit cette autre fille, délicate, fragile comme un bel oiseau et pourtant, avec des yeux clairs chargés de passion douloureuse. Il n'y avait pas de doute, cet amour lui était destiné. De drôles de sensations lui chatouillèrent le ventre... « Elle est différente... »

Lorsque la foule cessa de rire, Tsunade ordonna à ses filles qu'elles le conduisent aux cachots, histoire qu'il réfléchisse à ce qu'il venait de faire... avant de tomber dans les bras de la Mort, le lendemain matin aux aurores.

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Il y avait cette fille, qui l'accompagnait. Il la dévorait des yeux, et vice versa. Et une autre, aussi. Une brune, cheveux au vent, mais au regard dur. Naruto comprit vite qu'elle avait été blessée par la vie, plus que n'importe qui d'autre. Pourtant elle était si jeune !...

Ses geôlières l'enfermèrent dans une petite cellule humide et glauque, avec des barreaux de fer comme seule intimité. Les yeux d'Hinata ne quittaient pas ceux de Naruto... Les mains de la jeune fille tremblèrent lorsqu'elle tourna la clé dans la serrure...

- Attend !

Avec spontanéité, il posa sa main sur celle de l'Amazone. Celle-ci rougit violemment mais n'écarta pas sa main. Cependant, l'autre la repoussa assez vivement et s'écria :

- Arrière, homme !

- S'il te plaît, douce jeune fille, supplia Naruto. Aide-moi à partir d'ici.

- N'en as-tu donc pas assez des plaintes ?

- Aide-moi à retrouver ma mère !

- Elle ne t'aidera pas, homme ! C'est une Amazone ! La trahison est peut être le seul sang qui coule dans vos veines, mais pas pour nous, femmes !

- Aide-moi aussi ! Je ferai ce que tu voudras !

- Et en quoi pourrais-tu m'aider ? siffla Tenten, méprisante. Viens, Hinata ! Nous n'avons plus rien à faire ici. Allons-nous en, avant que ses idées ne nous pourrissent !

- A retrouver ton fils !

La maîtresse des armes se retourna lentement, soufflée au plus haut point.

- Mais comment sais-tu que... ?

- Tu portes les marques de nombreuses grossesses, signala le blond. De plus, le dernier petit garçon qui est arrivé dans notre village, il y a sept mois, te ressemble énormément...

Tenten se précipita pour serrer les mains de cet homme. Quelle bonne nouvelle ! Son fils ! Son bébé !

- Soit béni, étranger ! Comment va-t-il ? Comment est-il ? Oh, comment l'avez-vous nommé ?...

- Du calme ! Ton fils se nomme Kyushi. Il est assez grand pour son âge, brun, et des yeux comme les tiens, exactement. Et si tu me parles de sa santé... il est très robuste ! Il a résisté à une violente épidémie qui a fait des ravages chez les nouveaux-nés.

Hinata tenta de reprendre le fil de la conversation, stupéfaite du brusque revirement de son amie.

- Dois-je comprendre que tu...

- Etranger, tiens-toi prêt. Ce soir, au coucher du soleil, nous viendrons te chercher, et vous partirez, décida abruptement la brune – sa décision naissait en même temps que ses paroles.

- Nous ? interrogea Naruto. Et toi ? Tu n'as pas envie de revoir ton fils ?

Tenten se mordit très fort la lèvre pour éviter de pleurer. Ah, ça, ce n'était pas l'envie qui lui manquait ! Mais elle se contint.

- Je voudrais bien... mais... je ne peux pas. Je ne pourrais jamais vivre dans un cercle d'hommes ! Je... je les déteste ! Je les déteste de toutes mes forces !

Naruto et Hinata comprirent alors qu'elle n'était pas encore tout à fait remise de ses heurts et de ses déboires avec ses semblables masculins. Il lui fallait du temps. C'était compréhensible.

- Mais, pourquoi nous ? demanda la plus jeune des Amazones.

- Avoue que tu en crèves d'envie, sourit finement la brune. Je couvrirai votre fuite, mais soyez tout de même prudents. Si on vous découvrait...

Chacun connaissait le sort réservé aux prisonniers ou aux esclaves en fuite, de même que celui réservé aux Amazones désirant goûter aux joies de la liberté. Les prisonniers étaient décapités à l'épée par une Amazone de préférence habile et de rang élevé dans la hiérarchie guerrière – pour qu'elle jouisse de ce prestige - mais les petites fêtardes l'étaient, quant à elles, par une femme beaucoup plus maladroite... pour souffrir davantage. On ne supportait pas la traîtrise chez les Amazones.

- Et ma mère ? Je ne suis pas venu pour repartir sans elle !

- Ne t'en fais pas. Je vais la faire sortir incognito... de même que vous. Le seul problème c'est que...

- Quoi ?

La voix d'Hinata se fit plus pressante, angoissée. Qu'est-ce qui allait encore retarder cette évasion ?

- Je serai obligée de l'accompagner, elle se ferait prendre sinon... murmura comme pour elle-même Tenten. Elle n'a jamais reçu l'entraînement des Amazones !

- Te voilà confrontée à ton destin, Tenten, dit gravement Naruto. Si tu ne viens pas, tu ne pourras pas sauver ma mère, ni voir ton fils.

Il prit les mains de ses deux nouvelles amies.

- Prenez votre décision loin de toute passion, articula t-il péniblement. Si vous ne le souhaitez pas, vous pouvez encore reculer.

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Les deux filles quittèrent le cachot, la tête pleine de brumes pour Tenten, emplie de félicité pour Hinata. Elles s'étonnaient toutes deux d'entendre leurs vœux réalisés en si peu de temps.

Hinata pensait, abasourdie : « La Déesse est généreuse, elle a entendu mes prières ! Puisse t-elle nous garder tous en vie le temps que nous passions la frontière ! Je veux pouvoir serrer le corps de Naruto contre moi avant de mourir ».

Quant à Tenten, ses pensées étaient plutôt : « Ainsi, les dieux existent ! Je suis heureuse, tellement heureuse... Voir mon fils ! Kyushi ! J'espère que son père s'est bien occupé de lui... Est-ce qu'il va me reconnaître ? Est-ce que j'aurai seulement le courage de le voir en face ? Ce serait égoïste de lui enlever l'enfant... mais... »

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Le soleil dardait ses rayons de midi sur le village. Les filles avaient donc encore environ sept ou huit heures, en plein été, avant le coucher de l'astre divin et la montée de la lune. A Hinata de trouver Kushina, de la convaincre de les suivre dans leur entreprise et de la libérer, le soir venu. A Tenten de préparer leur fuite, en soudoyant les gardiennes ou en les assommant, en trouvant des déguisements ou en se dissimulant dans les bois.

Quoi qu'il en soit, si demain au lever du soleil ils n'étaient pas loin, tout était terminé, honneur, amour ou pas. Pas de mariage, celui qu'Hinata désirait tant, ni d'amour physique, ni de bonheur, ni d'enfant... pas de retrouvailles avec son cher petit bout, pour une Tenten en mal d'affection.

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Mon meilleur chapitre, pour moi, c'est celui d'après. Mais bon ! Celui-là non plus n'est pas si mal...