Me revoilà les gens ! Je ne suis pas morte ! J'ai juste eu un accident de raptors. Plus exactement, j'ai commencé à lire Raptors in the rainforest sur AO3. Bon, c'est anglais et… c'est la première fois que je me retrouvais à lire en entier une histoire anglais ! (enfin la deuxième, la première c'était HP7 il y a onze ans). Bref, si vous aimez Blue et si vous arrivez à lire en anglais, filez lire cette fic !

Bref… concernant le résumé… en fait, je pense que je fais suffisamment de rappel de ce qui s'est passé dans le chapitre pour que ça soit compréhensible, même si on n'a pas lu la première partie #grosseFlemme

Andouille : Merci pour ta review et contente que ça t'ait plu ! Michalina peut être extrême, mais elle a une énorme confiance en elle, ce qui peut forcer l'admiration… et pauvre araignée :'(

Ce que Tom a ressenti… réponse euh au chapitre 2. Pas tout de suite donc, dsl.


Chapitre 1 : Vaincre la mort

Tchip, tchip, tchip !

Oh ! Des petites boules jaunes toutes duveteuses qui trottaient à la suite de la rondouillette poule rousse. C'était tellement mignon ! Tom leur jeta une poignée de grains. La volaille se précipita pour le dévorer goulûment sous l'œil attendri de l'enfant.

— Hé, Tom ! Tu devais surveiller mes arrières ! pesta Eutropia.

Et d'un geste énervé, elle donna un coup de bâton à l'énorme coq blanc.

— Tu lui fais mal ! protesta Tom.

— C'est lui qui a commencé à me charger ! Et puis tu vois, il a pas assez mal pour reculer !

En effet, le coq aux plumes tout ébouriffées battit des ailes et repartit à la charge pour se heurter au bâton brandi comme une lance par Eutropia.

— Oh, toi tu vas finir en coq au vin !

— Hein ?

— Ben oui. C'est bon le coq au vin.

Tom était un garçon de la ville. Il était né à la ville, avait grandi à la ville et ne s'était pas préoccupé de certaines questions élémentaires. Ou plus exactement, s'il avait les données en main, il n'avait pas fait les rapprochements nécessaires pour comprendre ce qu'il y avait à comprendre.

— Dommage que ma mère t'aime bien, grogna Eutropia en s'adressant au coq.

Elle continuait de jouer du bâton pour tenir le volatile en respect.

— T'es peut-être le plus gros coq qu'on ait jamais eu et c'est vrai que tu as de belles plumes, mais avec ton sale caractère, tout ce que tu mérites, c'est la casserole.

Ce fut ainsi que Tom Jedusor, douze ans, comprit à quel funeste sort les adorables petits poussins jaunes étaient promis. Et il prit la décision de ne plus jamais manger de viande.

De nouveau, son regard tomba sur les petits poussins et leur maman poule. Ils étaient si innocents, si naïfs. Ils accouraient vers les humains pour réclamer du grain sans réaliser que ces mêmes humains les dévoreraient un jour. C'était si cruel ! Puis il remarqua qu'un des poussins était plus petit que les autres, plus malingre et plus fragile.

— Eutropia, je crois qu'il y a un poussin qui ne va pas bien.

— Ça arrive. Ça crève vite ces petites choses. Tiens le coq à distance pendant que je l'attrape pour le filer aux serpents de Mamie Cobra.

Peut-être que dans une réalité alternative, Tom Jedusor devenait un cruel mage noir qui tuait des innocents à tour de bras. Ici, il n'était qu'un enfant de douze ans traumatisé par les trop nombreuses morts dont il avait déjà été le témoin.

— On ne peut pas le tuer comme ça !

— Il sera sûrement mort d'ici demain et… putain de sale coq ! Laisse-moi tranquille ou je te bouffe !

Et BAM ! Un coup de bâton !

— Mais on peut peut-être faire quelque chose pour l'aider, tenta Tom sans quitter le souffreteux poussin des yeux.

— Pour quoi faire ?

— Pour pas qu'il meure !

Tom Jedusor restait Tom Jedusor. Sa plus grande peur était la mort. Pas sa mort à lui cependant, mais la mort de tous ceux qui l'entouraient. Il voyait la mort comme une ombre sadique et cruelle qui se plaisaient à torturer les hommes. Elle prenait possession de ses victimes sans crier gare, emportait leurs âmes dans son étreinte glacée pour ne plus laisser que des yeux grands ouverts et vides de vie.

— Mais il va crever. C'est comme ça, Tom. C'est la vie. Les animaux meurent. Les chatons, les chiots, les agneaux. C'est fragile. Il y a les maladies, les prédateurs. On ne peut pas tous les sauver, même Heliodore te l'a dit.

Héliodore Nott était un cousin au second degré d'Eutropia qui adorait les animaux et récupérait souvent les oisillons tombés du nid pour les soigner.

— C'est ça ! s'exclama Tom. Heliodore saura quoi faire pour le sauver !

Et il fila immédiatement vers la volière alors que retentissait le chant du coq.

oOoOoOo

À la demande très insistante d'Eutropia, Tom passait les vacances d'été à la ferme des Grayson. C'était une grande bâtisse poussiéreuse avec trois granges attenantes toutes biscornues. L'une servait de bergerie pour accueillir le troupeau de brebis de George Grayson, le grand-père d'Eutropia et propriétaire des lieux. Une autre abritait le foin et les réserves de grains. Quant à la troisième, elle était remplie d'un immense bazar constitué d'objets magiques de toutes sortes et souvent dangereux que Mamie Cobra, la grand-mère d'Eutropia, ramenait de ses lointains voyages.

La volière, elle, se trouvait tout en haut du bâtiment d'habitation. Pour l'atteindre, il fallait emprunter des escaliers très raides et tout vermoulus qui ne semblaient tenir que par magie (et sans doute était-ce le cas). Tom était toujours un peu nerveux quand il devait s'y aventurer, mais pour la vie d'un petit poussin, il était prêt à prendre le risque. Et puis il se sentait un peu fier de braver ainsi le danger : il agissait différemment de Voldemort !

Ce Tom Jedusor-là avait très peur de devenir un jour Voldemort.

Héliodore Nott débarqua une heure plus tard et il ne venait pas seul : sa petite sœur, la très taciturne Callidora Nott, l'accompagnait. Il y avait aussi Armaël Green, tout sourire comme à son habitude. Armaël avait le même âge que Tom et comme Tom, il était orphelin. Il passait les vacances au Manoir Nott, situé à une demi-heure de la ferme des Grayson à vélo.

Héliodore était un Nott du Sud. La précision était importante. Aux yeux des Nott du Nord, et en particulier de Teignous Nott, les Nott du Sud n'étaient pas de vrais Nott. Pire encore, c'était des traîtres à leur sang qui avilissaient le très noble nom des Nott. De fait, Héliodore était un Sang-Mêlé. Et un Gryffondor.

— Brigade d'intervention spéciale animal blessé ! s'annonça Héliodore avec des airs importants. Où se trouve le patient ?

Héliodore était un grand garçon dégingandé avec des cheveux noirs très raides, des dents un peu en avant et des oreilles décollées qui lui donnaient des airs de lapin. C'était aussi l'une des personnes les plus profondément bonnes et gentilles que Tom connaissait. Alors pour ce Tom-là qui cherchait tant à se différencier de Voldemort, Héliodore apparaissait un peu comme un modèle à suivre.

— Mais pourquoi vous vous embêtez ? grogna Eutropia. Il va crever ce poussin et il y aura bien un chat ou un serpent pour le bouffer.

Tom éprouvait beaucoup d'affection pour Eutropia. Vraiment beaucoup. Ils sortaient même ensemble et s'étaient embrassés pour de vrai (sous la pluie, c'était très romantique). Mais pour ce qui était de se différencier de Voldemort, Eutropia était tout sauf le modèle à suivre.

— Tatata. Si on peut le sauver, on le sauvera ! répliqua Héliodore.

— Tant d'effort pour un mini-rôti sur pattes, ça me dépasse, soupira Armaël en levant les yeux au ciel d'un air théâtral.

Bien sûr, il s'attira des regards outrés.

— Pfff, tap-tap ? proposa Eutropia.

Vraiment, le sort du pauvre poussin la laissait indifférente. Armaël opina avec enthousiasme.

Tap-tap.

Et ils partirent à leur jeu de barbares préféré : prendre des bâtons et se battre avec comme si c'était des épées. Même si Tom rechignait beaucoup à se l'avouer (de telles pensées seraient dignes de Voldemort), il était un peu jaloux de la complicité naissante entre Eutropia et Armaël. Il avait beau savoir qu'il n'y avait entre ces deux-là qu'une amitié virile cristallisée autour de leur passion brutale pour l'art de se foutre sur la gueule, Tom n'appréciait guère de les voir passer du temps ensemble, que tous les deux. Sans lui.

Peu importe. Il y avait plus important. Il y avait le poussin.

Quelques minutes plus tard, Héliodore auscultait le petit volatile à l'aide d'une loupe au verre ensorcelé. L'adolescent avait le visage grave. Le poussin, lui, très faible, se laissait faire avec une docilité effrayante. À côté, Callidora étudiait des petits os, l'air concentré. Elle hocha de la tête sous des réflexions connues d'elle seule et sortit un paquet de cartes de sa poche. Elle les battit, en sortit trois, fronça des sourcils, recommença. La troisième fois, elle demanda à Tom de tirer trois cartes qu'elle étudia avec attention avant de déclarer :

— Là, c'est la Reine de Terre. La Terre, c'est souvent lié aux richesses matérielles, à la douceur d'un foyer, à la sécurité. La reine, c'est aussi une figure maternelle. Ici, cette carte représente le fait de prendre soin des autres, de les dorloter. Après, tu as l'As de Mer. La Mer, c'est les émotions et l'as représente souvent les aspects positifs de son élément. Donc s'occuper du poussin aura un effet positif : ça pourra apporter de la joie, de l'amour. Le problème, c'est la dernière carte : la Tour. C'est l'instabilité, les changements parfois brutaux qui nous ébranlent dans nos fondations. Parfois c'est l'effondrement de ce qu'on a construit. Ça peut être des épreuves à traverser qui nous aident à grandir, mais qui sont vraiment difficiles et douloureuses. Je veux dire, c'est pas une science exacte, hein. Et puis je ne suis même pas encore à Poudlard, j'ai encore plein de choses à apprendre sur la Divination. Mais je suis tentée de dire que c'est une bonne chose que tu t'occupes du poussin, ça sera bien pour toi, mais c'est pas sûr qu'il survive.

Tom ne l'avait jamais entendue parler aussi longtemps. Callidora était une fillette discrète et souvent mutique qui n'appréciait que peu l'agitation des autres enfants. D'après Héliodore, elle avait un véritable don pour la divination. D'après Eutropia, la divination c'était du flan pour charlatan. Et encore, du flan au faux sucre, hein, et allégé en gras. Le genre de flan, donc, qui t'arnaque jusqu'au bout.

— Il ne s'est pas tout à fait développé jusqu'au bout, diagnostiqua Héliodore. Ses muscles sont encore très faibles et le problème, c'est que le cœur est aussi un muscle. Il y a aussi son système immunitaire qui est vacillant. Sans intervention, il sera mort d'ici demain. Et même en essayant de le sauver… Je crois que le mieux, c'est de le garder au chaud et au calme pour qu'il parte paisiblement.

Le cœur de Tom se serra. Pourquoi la vie était-elle si injuste ? Et la mort si cruelle ? Pourquoi les êtres autour de lui mourraient sans cesse sans qu'il pût les sauver ?

— Tom peut quand même essayer, dit Callidora d'une voix douce. Au moins, il aura fait tout ce qu'il a pu.

Héliodore eut une moue peu convaincue.

— Moui… Si tu le veux vraiment, Tom. Mais je veux que tu gardes bien en tête que si le poussin meurt, ce n'est pas de ta faute. Et durant les vacances, tu verras plein d'autres poussins mourir !

— Mais tu sauves tout le temps plein d'animaux.

— Je récupère et je soigne les animaux blessés ou malades que je trouve, corrigea Héliodore. Certains meurent.

— Un tiers meurt, précisa Callidora.

— Voilà. La mort fait partie de la vie. Tout meurt un jour. C'est pour cela qu'on ne peut pas vivre dans la crainte constante de la mort… de la sienne ou de celle des autres. Il faut vivre, c'est tout. Vivre, c'est prendre le risque de mourir.

Même s'il pouvait faire preuve de la douceur, de la gentillesse et de la patience d'un Poufsouffle, Héliodore était un véritable Gryffondor. Le premier Nott à Gryffondor ! Tom avait rencontré Héliodore dans le Poudlard Express et celui-ci lui avait alors annoncé sa volonté de partir à Gryffondor par goût du défi… et à la vérité, Héliodore n'avait pas eu le temps de formuler la demander au Choixpeau : aussitôt sur la tête, aussitôt réparti dans la maison des Rouge et Or ! Sa devise : « Peu importe de mourir jeune, tant que l'on vit intensément ! ». Son plus grand exploit : titiller un dragon endormi. Héliodore s'était lié d'amitié avec Armaël dès le premier jour : ils avaient décidé ensemble, par jeu, de « tomber » de la barque pour approcher le calamar géant du lac.

Oui, Héliodore n'avait pas peur de la mort et appréciait chaque instant que lui offrait la vie. Tom enviait tellement cette tranquillité d'esprit.

— Quand je récupère un animal, j'ai pour règle de ne lui donner un nom qu'au bout d'une semaine, reprit Héliodore, parce que donner un nom c'est s'attacher. Je préfère attendre que ses chances de survie s'améliorent.

— Dans le Cimetière aux Animaux, à côté du Manoir, il y a juste un cinquième des tombes qui ont un nom, confirma Callidora.

— Tu n'aides pas, là.

— Mais si. C'est pour lui dire que la mort est naturelle.

Héliodore soupira et passa un doigt sur la tête du poussin qui se laissa faire.

— Que décides-tu ?

— Je veux essayer de le sauver, affirma Tom.

— C'est bien. Tu as dit essayer. C'est pas grave si tu échoues. C'est la vie.

Avec beaucoup de précautions, Héliodore déposa le poussin entre les mains de Tom. C'était tout chaud, tout doux et tellement fragile que ça en devenait effrayant. Héliodore lui donna des gouttes fortifiantes, et d'autres nourrissantes. Dans les sacoches de son vélo, il avait aussi un petit nid chauffant (être un sorcier avait de bons côtés). Héliodore expliqua toute la marche à suivre à Tom. Quelle potion à administrer, à quel moment. Les gestes à avoir, ceux à éviter.

Et puis lorsque tout fut dit, Héliodore rejoignit Eutropia et Armaël pour jouer lui aussi à Tap-tap comme le barbare qu'il était.

Tom resta avec Callidora, assis à l'ombre d'un pommier et le poussin endormi contre lui. Tous deux commencèrent à lire : pour Callidora, un recueil de contes et pour Tom, un livre sur le soin des poules. Diana Grayson, la mère d'Eutropia, passa par-là, s'émerveilla de les trouver si sages et si silencieux. Elle leur proposa des morceaux de mangues (que Tom accepta avec joie). Quant au poussin… Elle feignit de l'enthousiasme pour l'entreprise, même si :

— Ces petites choses meurent facilement, rappela-t-elle.

Oui, ça va. Tom l'avait compris. Il était idiot de se lancer là-dedans. Tout le monde le lui avait dit. Il allait encore une fois perdre face à la mort.

— Diana disait cela pour te protéger, dit Callidora une fois qu'ils furent à nouveau seuls. C'est pas facile de perdre un animal et j'ai déjà vu mon frère très triste à cause de ça.

— Qu'est-ce que je suis censé faire ? Rien du tout ? Le laisser mourir ?

— Ton possible pas plus. Zacharias dit toujours qu'à l'impossible, nul n'est tenu et qu'il faut accepter ses limitations. Enfin, ça ne l'a pas empêché de passer à savon à Héliodore pour ses mauvaises notes.

Héliodore était loin d'être un idiot. Il était même un sorcier assez puissant qui apprenait vite les nouveaux sorts. Toutefois, il n'était pas du tout scolaire. Ouvrir des livres, lorsque ça ne parlait pas d'animaux ou d'explosion, ça l'ennuyait. Quant à Zacharias Nott, il était non seulement le demi-frère de Callidora et Héliodore, mais aussi leur tuteur légal. Leurs parents étaient morts trois ans auparavant de la dragoncelle.

— J'aimerais juste sauver une vie. Juste une fois, avoua Tom du bout des lèvres.

Il se savait promis à un avenir horrible, où il ne sèmerait que la mort et la dévastation. Un avenir dont il ne voulait pas. Il avait déjà trop souvent côtoyé la mort.

— Tom… faut que je t'avoue un truc, dit Callidora un peu hésitante. Héliodore et moi, nous sommes des legilimens naturels. Des legilimens chaud, hein, ça veut dire…

— Que vous percevez naturellement les émotions des gens qui vous entourent.

Ce fut au tour de Tom de se montrer hésitant.

— Je m'en doutais un peu. Moi aussi je le suis.

— Je sais. Mais donc, tu te doutes qu'on perçoit tes émotions. Parce que tu es peut-être un legilimens naturel, mais l'occlumancie pour le moment, c'est pas ton truc. Et bref. Ce que je voulais te dire, c'est qu'on s'inquiète pour toi. D'après Héliodore, tu as l'habitude de te préoccuper des autres et de leur sécurité, mais depuis la mort de Mulciber, tu as tout le temps de la peur en toi.

La mort de Mulciber… Titus Mulciber était un élève de septième année particulièrement violent et détestait d'un grand nombre pour toutes ses exactions. Il méritait sans doute d'atterrir à Azkaban, mais pas de mourir.

Voldemort.

Par un étrange caprice du temps, Voldemort et Tom Jedusor coexistaient dans cette dimension, ou plus exactement, un Voldemort d'un lointain futur avait remonté le temps jusqu'à un lointain passé et il errait depuis sous la forme d'un esprit semi-ectoplasmique immortel. Voldemort recherche un nouveau corps et une nouvelle âme avec laquelle fusionner ; tout naturellement il avait jeté son dévolu sur Tom Jedusor. Pour réaliser la fusion, il fallait tuer et comme Tom se refusait à devenir un meurtrier, Voldemort provoquait chaque année un mort au cours du mois de juin. Ça l'amusait. Il appelait ça, la Moisson.

Pour Tom, il n'y avait absolument rien d'amusant. Chaque année il voyait, impuissant, de nouvelles vies être volées par un monstre qui prétendait être son futur. C'était horrible pour un enfant de huit ans de voir un autre enfant mourir sous ses yeux à cause de quelques mots maladroits. C'était encore pire de voir le phénomène se reproduire chaque année, encore et encore, de se savoir impuissant et condamné à subir cela jusqu'à finalement céder au mage noir. Et tuer.

Convaincu d'être dangereux et de n'apporter que le malheur sur son entourage, Tom avait demandé au Choixpeau à être envoyé à Serpentard au lieu de Poufsouffle où le vieil artefact voulait d'abord l'envoyer. Il espérait s'y trouver isolé en sa qualité d'orphelin aux origines douteuses. Ça n'avait pas suffi. Bien malgré lui, Tom s'était fait des amis. A Serpentard pour commencer, mais aussi dans les autres maisons. Et puis il y avait Eutropia.

En juin dernier, comme chaque année, Voldemort avait frappé. Il avait pris possession de Mulciber et avait manigancé pour isoler Tom avec Eutropia et Elisa Bishop, une autre amie proche qui était en troisième année à Poufsouffle. Là, deux révélations avaient eu lieu. Eutropia et Elisa étaient des âmes réincarnées d'un début de XXIe siècle où la magie n'existait pas et où un roman pour enfant avec beaucoup de succès : les aventures de Harry Potter. Et Tom n'était plus le seul à attirer la convoitise de Voldemort. Eutropia semblait aussi faire l'affaire pour la fusion d'âme. C'était donc à elle que Voldemort avait soumis un choix impossible : qui dans la pièce devrait mourir cette année. Eutropia avait choisi Mulciber. Le plus effrayant ? Elle n'éprouvait aucune culpabilité. Tom, lui, éprouvait de la culpabilité pour deux et plus encore, car une partie de lui était soulagée par ce choix. Mieux valait Mulciber qui, à dix-huit ans, avait déjà commis suffisamment de crimes pour passer sa vie à Azkaban, qu'Elisa ou Eutropia. Mais Tom avait-il le droit de mettre une hiérarchie dans la valeur des vies ?

Et surtout, qui mourrait l'an prochain ?

Avec une froideur à glacer les sangs, Eutropia avait commencé à établir une liste, à mettre en place une stratégie au moindre mal. D'après elle, ils étaient encore trop jeunes et trop inexpérimentés pour défaire Voldemort. Si morts il devait y avoir, autant que ça ait une utilité. Herbert Hexson, le professeur de sortilège cruel, Walburga Black la sadique, Aquila Highclaw la fourbe… voilà ses têtes de listes. Eutropia réfléchissait même à des argumentaires.

Si Tom s'efforçait depuis quatre ans à prendre une autre direction que Voldemort, s'il s'entraînait à penser différemment et à étouffer tout germe de violence qui pourrait pousser en lui, Eutropia elle, paraissait courir sur la voie du mage noir.

Par la faute de Voldemort.

Et si Voldemort était le futur de Tom, par sa faute à lui aussi.

Tous ces morts, par sa faute.

— Tom, murmura Callidora d'une voix douce. Tu ne peux pas vaincre la mort.

oOoOoOo

« Bonjour Elisa,

J'espère que tu vas bien et que tu profites de tes vacances.

Ici, tout va bien. Tout le monde est très gentil. Eutropia habite une grande ferme qui appartient à son grand-père. Il s'appelle George Grayson, mais tout le monde l'appelle Pépé Grayson. Il a un humour un peu bizarre (il paraît que c'est courant chez les Grayson), mais il est très gentil. Il est agromage. Il a des moutons qu'il change souvent de champs (j'ai même pu l'aider une fois à conduire le troupeau !) et il cultive des céréales ainsi qu'un peu de légumes. Je n'ai pas encore vu Mamie Cobra (j'ignore même son nom !). Elle est zoomage spécialiste des serpents et elle est tout le temps en voyage.

Le père d'Eutropia est aussi souvent absent : il est conjureur de sort pour Gringott. Il est impressionnant et fait un peur quand il rigole fort, mais il a l'air d'avoir très bon fond. Il est passé par Gryffondor et Héliodore l'adore (c'est un bon signe ça !). La mère d'Eutropia, Diana Grayson (née Selwyn) est horteimage. Elle cultive toutes sortes de plantes et d'arbres fruitiers. Elle a une affaire avec la mère de Philophore qui est une excellente potioniste et sa belle-sœur, Salvia Selwyn (la mère de Sirseï Selwyn) pour fabriquer des onguents et toutes sortes de produits qui soignent. Il y a vraiment plein de plantes différentes ici. Diana a acclimaté pleins d'espèces tropicales grâce à la magie et j'ai découvert des tas de fruits délicieux. Les mangues sont mes préférées, même si j'aime bien aussi les ananas et bien sûr les dates. Je peux manger autant de fruits que je veux ! À l'orphelinat, c'était rare d'avoir des fruits tous les jours et l'hiver nous n'avions que quelques pommes toutes fripées. Ici, c'est bananes, pêches, fraises, framboises, goyaves, mangues, abricots… il n'y a qu'à sortir et aller cueillir !

Il y a aussi un elfe de maison qui s'appelle Ruby. Apparemment c'est un cadeau de mariage des Selwyn (c'est un peu bizarre, non ?). Il fait de très bonnes tartes à la myrtille. Il aide Diana avec les travaux du jardin et de la maison. Et puis il aide aussi George quand il faut monter sur le toit pour le réparer. C'est une très vieille ferme et même avec tout plein de sortilèges, il y a souvent des fuites quand il pleut.

Le Manoir Nott n'est pas très loin, à « juste » une demi-heure à vélo. Pour eux, ce n'est pas beaucoup, mais moi, je n'ai pas l'habitude de faire du vélo ! Du coup, le plus souvent, c'est Héliodore et Armaël qui viennent. Héliodore a une petite sœur : elle s'appelle Callidora et fera sa rentrée à Poudlard en Septembre. Je m'entends bien avec elle. Elle est plus calme que les barbares locaux. Héliodore, Armaël et Eutropia adorent les jeux de bagarres et Eutropia a plein de bleus sur les jambes à cause de ça. Philophore aussi aime bien, même s'il aime autant lire. Seulement, il est parti pour plus d'un mois dans une branche de sa famille en Italie pour profiter du soleil.

Si je décide de t'écrire aujourd'hui, c'est parce qu'il s'est passé deux choses importantes aujourd'hui. D'abord (c'est un peu idiot) j'ai vraiment compris que la viande dans nos assiettes, c'était des animaux qu'on avait tué. Donc j'ai décidé de devenir végétarien comme Héliodore et Callidora. Et surtout, il y a le poussin. Des poussins ont éclos (oui, il y a aussi des poules à la ferme pour les œufs et malheureusement la viande aussi – c'est très rigolo quand ça sort du poulailler pour demander du grain le matin). Il y en avait un très faible : j'ai décidé d'essayer de le sauver. J'ai souligné essayer parce que Heliodore m'a dit que c'était très important, quand on soignait, de garder à l'esprit que notre patient pouvait toujours mourir. Il m'a répété plusieurs fois que le plus important, c'était de faire son maximum. Le résultat, lui, ne nous appartenait pas. Il dit aussi qu'il ne faut pas donner de nom à l'animal avant une semaine, pour pas s'attacher trop tôt et être encore plus triste s'il meurt. Donc le poussin n'a pas encore de nom. Callidora a dit aussi que je ne pouvais pas vaincre la mort. Oui, d'accord, mais c'est un peu frustrant de ne pas pouvoir sauver un poussin qui vient juste de naître. Alors je vais quand même essayer (et là Eutropia qui lit par-dessus mon épaule rigole. Elle dit "fais-le ou ne le fais pas, mais dans la Force pas d'essai il n'y a"… elle dit aussi que tu vas comprendre la référence).

Eutropia joue les gros durs à se moque de moi pour le poussin. Elle s'amuse à le surnommer "Nugget", mais en vrai, je sais qu'elle commence à s'attacher. Elle lui a même aménagé un petit espace dans le bazar de sa chambre. Là, elle me regarde avec des gros yeux et me demande d'effacer cette dernière phrase. Non ! Même sous la menace des chatouilles, je ne craquerai pas, mwouahaha !

[ratures, traces de traits effacés, changement de plume]

Bref. J'espère que tout va bien pour toi et que tu passes de bonnes vacances avec ta famille. Je suis désolé de ne pas t'avoir parlé de Tu-Sais-Qui plus tôt. C'était trop délicat. Il y avait trop de risques.

Portes-toi bien.

Tom Jedusor. »

— Tu crois qu'elle va me répondre ? demanda Tom un peu inquiet alors que le hibou s'envolait dans les ténèbres de la nuit.

— Je suppose, oui, répondit Eutropia. D'après Sirseï, Bishop a tendance à être un peu paralysée lorsqu'elle perd le contrôle.

Se retrouvait face à l'esprit de Voldemort qui avait pris possession d'un élève, voir son secret (son esprit venait du futur) révélé, et manquer d'être tuée, oui, on pouvait appeler cela une perte de contrôle.

— Ça ne serait pas juste de t'en vouloir, ajouta Eutropia. Tu ne pouvais rien nous dire avec la menace de Tu-Sais-Qui. Tu essayais de nous tenir à distance pour nous protéger. Ça peut se comprendre, non ? Alors, laisse-lui juste du temps. En plus, tu es son poussin préféré !

En parlant de poussin… Oui, il allait bien. Il était juste endormi dans son petit nid.

On frappa à la porte de la chambre. C'était Diana Grayson.

— Il est l'heure de se coucher les enfants.

— Mais Maman, il est encore tôt et ce sont les vacances ! protesta Eutropia.

— Au lit ! Sinon tu vas être fatiguée et grognon demain.

Et une Eutropia de mauvaise humeur était quelque chose à éviter. Tom se glissa donc dans son lit.

Il dormait dans la chambre d'Eutropia, mais dans un lit séparé quand même. La chambre d'ami des Grayson avait quelques soucis de toit non étanche. Pépé Grayson était beau monté sur le toit à la recherche des tuiles qui auraient bougé, Ruby avait beau fureté dans le moindre recoin, impossible de déterminer la source du problème. Ça arrivait dans les vieilles maisons où des siècles de sortilèges de maintenance de succédaient. À force, la magie de l'ensemble ne devenait plus très cohérente. Pour réparer le problème, il faudrait donc beaucoup de travaux. Ça serait long et compliqué et Pépé Grayson n'avait prévu de s'en occuper qu'en octobre. Diana avait donc demandé à Tom le soir de son arrivée, d'un air un peu embêté, si ça ne le dérangeait pas de dormir dans la même chambre qu'Eutropia.

Non. Absolument pas.

En fait, ça faisait même un peu bizarre la facilité avec laquelle les Grayson avaient accepté la situation. D'après Eutropia, c'était lié à l'histoire familiale où chaque génération avait eu beaucoup de difficultés pour fréquenter sa moitié. Les parents de Pépé Grayson avaient fui les États-Unis parce que leurs familles désapprouvaient leur union (un sorcier Sang-Pur noir avec une moldue blanche fille d'esclavagiste, ça faisait un peu désordre) et il en était de même pour les parents de Mamie Cobra qui avait fui l'Inde (une sombre question de castes). Plus récemment, Diana avait failli être déshéritée des Selwyn pour son mariage avec Girish Grayson. De leur côté, Pépé Grayson et Mamie Cobra n'avaient au début pas très bien vu cette jeune fille de bonne famille à l'aspect délicat. Très vite cependant, en apprenant à la connaître, ils avaient adopté Diana comme un membre à part entière de la famille Grayson. Et tous avaient décidé d'un commun accord qu'Eutropia fréquenterait qui elle voudrait.

Tom dormait donc dans la même chambre qu'Eutropia, mais en théorie, dans un lit différent. En théorie.

Sitôt la lumière éteinte et les bruits de pas de Diana éloignés, Tom se leva pour rejoindre Eutropia et se glisser contre elle. Ils ne faisaient que dormir l'un contre l'autre, mais leur présence mutuelle les apaisait et chassait les cauchemars.

oOoOoOo

— Il récupère bien. Je ne veux pas dire qu'il est sauvé d'affaire, mais il va de mieux en mieux, ça, c'est certain, déclara Héliodore.

La loupe sortie, il venait comme tous les jours depuis une semaine, d'ausculter le poussin. Celui-ci, plus agité que d'habitude, battait un peu de ses ailes duveteuses et donnait des petits coups de bec à Héliodore entre de tchip tchip très aigu. Tom le reprit et le poussin se calma instantanément, apaisé par la présence familière.

— Ça veut dire qu'on peut enfin l'appeler officiellement Nugget, conclut Eutropia.

— Parce que ce n'était pas déjà le cas ? s'étonna Armaël.

— On ne va pas l'appeler Nugget ! protesta Tom en foudroyant Eutropia du regard.

Parce qu'apparemment dans le futur, les nuggets se mangeaient et ça contenait du poulet.

— Pourquoi ? C'est mignon Nugget. Ça veut dire pépite, remarqua Héliodore.

— De toute façon, c'est trop tard, appuya Armaël. À force d'entendre Eutropia le surnommer Nugget, c'est rentré dans la tête.

Tom jeta un regard désolé au poussin. Bah, son nom était d'un goût douteux (sans mauvais jeu de mots), mais au moins, il était toujours en vie, il prenait des forces et c'était ça le plus important.

— Les enfants ! lança Diana Grayson depuis la fenêtre de la cuisine.

Ils se trouvaient dans le jardin, à l'ombre d'un noisetier.

— Ils sont arrivés. Venez dire bonjour.

Tom et Armaël échangèrent un regard inquiet. C'était rare de voir Armaël devenir nerveux, lui qui n'hésitait pas à s'attaquer à des élèves bien plus âgés que lui pour défendre ses camarades.

— Tu es sûre que c'est une bonne idée Eutropia ? Je veux dire, ce sont des Selwyn. Tom et moi…

— Mais oui. Arèsion s'en fiche de la pureté du sang. Vous allez voir. Il est trop bien. C'est mon oncle préféré ! Faites-moi confiance.

Faire confiance, facile à dire. Mais une année à Poudlard à écoper de remarques désobligeantes sur ses origines, ça rendait un peu méfiant. Tom cependant, ne sentait aucune crainte en Eutropia alors qu'elle glissait sa main dans la sienne : seulement beaucoup d'enthousiasme et d'impatience.

Les adultes se trouvaient dans la grande cuisine qui servait également de pièces à vivre. Assis à la table en bois massif qui occupait le centre de la pièce, Girish Grayson et Arèsion Selwyn discutaient avec de grands sourires pendant que Diana préparait le thé. En guise de bonjour, Eutropia eut une réaction très étrange : elle se jeta sur son oncle et commença à se bagarrer avec lui. Tous deux riaient fort.

— Vous allez finir par casser quelques choses, grommela Diana en posant la théière sur la table.

— Eh bien, on a plus le droit de dire bonjour comme il se doit à sa nièce préférée ? répliqua Arèsion qui venait d'immobiliser Eutropia.

Pour toute réponse, Diana leva les yeux au ciel. Elle agita sa baguette et des petits biscuits volèrent depuis le placard pour se disposer joliment dans une assiette sur la table.

— Vous devez être les amis d'Eutropia, dit Arèsion alors qu'il reportait son attention sur Tom et Armaël.

Il avait un aimable sourire sur son visage aux traits fins.

— Armaël Green, se présenta Armaël.

Comme on lui avait appris, Armaël serra la main d'Arèsion Selwyn en essayant de faire bonne figure et Tom l'imita, en prenant bien garde à ne pas trop secouer le poussin qu'il tenait dans son autre main. Poussin qui accrocha le regard d'Arèsion.

— Ah, ça confirme ma théorie.

— Du guérisseur et du guerrier ? dit Girish Grayson. Oui, là je dois avouer que c'est un bel exemple.

— Et c'est reparti, soupira Diana.

— C'est quoi cette théorie ? demanda Eutropia curieuse.

— D'après ton oncle, les personnes aux tempéraments guerriers ont des affinités particulières avec les personnes aux tempéraments de guérisseurs. Les premiers apportent la combativité, la force, le mouvement, alors que les seconds apportent l'écoute, le soin et la sécurité. Plus une personne sera du côté des guerriers, plus elle aura besoin d'une personne du côté des guérisseurs pour qu'il y ait un équilibre.

— C'est comme ça que j'ai rencontré Salvia, appuya Arèsion. Je participais à des tournois de duel et elle, elle faisait partie de l'équipe des Guérisseurs.

— Vous êtes un duelliste professionnel ? s'exclama Armaël.

Les yeux de l'enfant brillaient. Arèsion se rengorgea avec superbe.

— Tu as devant toi un quadruple champion du monde de duel.

— Whoua ! fit Armaël avec beaucoup d'admiration.

Vraiment beaucoup d'admiration. Il aurait rencontré un dieu vivant que son air béat n'aurait pas été différent. Et comme Arèsion était un peu (beaucoup) poseur, il prit un air sûr de lui avec un sourire à faire pâlir les pubs de dentifrice.

— Enfin, maintenant tu es à la retraite, rappela Girish d'un air un peu moqueur.

— Je suis entraîneur, c'est différent, répliqua Arèsion un peu piqué dans sa fierté.

— Mouais… c'est pas toi qui disais que tu passais les trois quarts de ton temps à entraîner des gosses de riches sans talent et le quart restant c'était pour des inconscients qui s'orientaient vers la dangereuse carrière d'Auror.

— Je veux devenir Auror plus tard, avoua Armaël d'une petite voix.

Arèsion plissa des yeux d'un air inquisiteur.

— Gryffondor ?

— Oui.

— Une bien belle maison, approuva Girish. C'était la mienne.

— Pas aussi belle que Serpentard ! répliqua Eutropia.

— Là-dessus on est bien d'accord ! ajouta Arèsion.

Puis redevenant un peu plus sérieux :

— Ça ne pose pas trop de difficulté, une amitié Serpentard-Gryffondor ? Sirseï m'a dit que les tensions entre les maisons n'étaient pas aussi vives qu'à mon époque, mais quand même. Ce sont des maisons traditionnellement rivales. Girish et moi avons dû cacher notre amitié pendant des années.

— Nous vivions une histoire d'amitié interdite.

Les deux hommes échangèrent un regard entendu et s'esclaffèrent. Les enfants, eux, ne comprirent pas trop et Diana leva les yeux aux ciels devant tant de puérilité.

— Ça va, dit Eutropia. Dans notre année, les Gryffondor et les Serpentard s'entendent très bien. Au début ça râlait un peu dans les autres années, mais ça va mieux. Philophore traîne toujours avec Abraxas par exemple. Et puis Armaël et Héliodore s'entendent très bien avec les jumeaux Lestrange et Rosa MacNair.

— Des Lestrange ? s'étonna Arèsion.

Armaël grimaça légèrement.

— Par contre, ils sont interdits de sortie pour toutes les vacances, avoua Armaël. Leurs parents n'approuvent pas leurs fréquentations.

— Que c'est surprenant, railla Girish d'un ton grinçant.

La porte s'ouvrit. Une jeune femme et une jeune fille, toutes les deux blondes et le port élégant, entrèrent.

— Ah ! Salvia, Sirseï ! Vous avez trouvé ce que vous cherchiez chez Pièrefine ?

Pour toute réponse, Salvia Selwyn écarta des mèches de cheveux pour révéler une magnifique paire de boucles d'oreilles aux motifs végétaux. Salvia était une femme toute menue, avec de grands yeux de biches et des mains délicates. Elle faisait très jeune avec son teint frais, ce qui renforçait son apparente fragilité. Tom peinait à croire qu'il s'agissait là de la mère de Sirseï Selwyn, reine de Serpentard et meilleure combattante de Poudlard.

Sirseï n'était pas des plus grandes pourtant : elle avait le physique fin et souple des Selwyn. Des cheveux blonds qu'elle portait généralement attachés en chignon à la mode, des vêtements simples et pratiques quoique d'excellentes factures, elle ne paraissait guère menaçante à première vue. Elle correspondait plus à l'image d'une sage jeune fille de bonne famille, avec un certain goût pour la sobriété. Seul écart à cette sobriété, un petit bracelet en argent ornait son poignet.

Sirseï salua poliment les enfants qui lui rendirent son bonjour. Armaël était un peu méfiant, mais s'efforçait de préserver les apparences.

— Oh, c'est lui le fameux Nugget ! sourit Sirseï en découvrant le poussin. Eutropia m'en a parlé dans une lettre. C'est vrai qu'il est mignon.

— Ah, donc Eutropia a écrit dans une lettre que le poussin était mignon, releva Héliodore. Je note.

— Ça va, c'était dans un moment de faiblesse, grommela Eutropia qui avait le rouge aux joues.

— Non, mais ça fait plaisir de savoir que tu as aussi un cœur derrière tes airs de brutes, répliqua Armaël qui adorait se moquer d'Eutropia à la moindre occasion.

Comme à chaque fois, Eutropia le fusilla d'un regard noir.

— En parlant de brutalité, Eutropia, ça te dirait un petit duel pour s'ouvrir l'appétit ? proposa Arèsion.

Eutropia parut soudain très embarrassée. Quant à Armaël :

— Mais on n'a pas le droit d'utiliser la magie en dehors de Poudlard.

— Oui, ça c'est la théorie, admit Arèsion. En pratique, ils ne peuvent pas savoir qui précisément a lancé le sort et puis… j'ai les contacts qu'il faut pour oublier l'affaire si un incident venait à être remarqué. De toute façon, les vieilles familles ont tendance à ne pas respecter cette interdiction. Donc ça clôt la question. Eutropia, il y a un problème ?

Sirseï fronça des sourcils, dévisageant tour à tour les adultes avec suspicion.

— Une Black a cassé sa baguette, répondit Diana.

— Mais elle m'avait attaquée dans le dos avec l'aide d'un élève de septième année, répliqua Eutropia sur la défensive. En duel à la régulière, ça ne se serait pas passé pareil.

— Ouais. Tu l'as même déjà battue, approuva Armaël. Pourtant, elle est en troisième année. Et en plus, elles étaient deux puisqu'il y avait aussi sa cousine. D'ailleurs, tu les as même battues deux fois, non ?

— Je reconnais bien là les Black, lâcha Arèsion avec mépris. Toujours à attaquer en nombre.

Un silence embarrassé suivit. Les enfants s'entre-regardèrent sans savoir quoi dire. Diana cependant, sut interpréter ce silence.

— C'est Eutropia qui a attaqué les Black. Albus m'a informée qu'il y avait eu une petite altercation en avril, entre Eutropia et deux cousines Black. Une altercation classique de couloir, mais Eutropia a quand même réussi à envoyer l'une des Black à l'infirmerie. Et malgré la semaine de colle qui a suivi, Eutropia a apparemment recommencé en les attaquant à nouveau. Bien sûr, les Black n'ont pas apprécié et elles ont demandé à un septième année de les aider. C'est ça Eutropia ? Tu ne peux pas t'empêcher de provoquer des bagarres. C'est bien d'être une guerrière, mais au bout d'un moment tu vas vraiment finir par t'attirer de gros ennuis à agresser les gens à tout va !

— Hé ! J'avais de très bonnes raisons d'attaquer les Black la deuxième fois !

— Ah oui, j'aimerais bien les connaître !

Cette fois-ci cependant, Eutropia garda le silence. Les autres enfants ne semblaient pas plus décidés à parler.

— Eutropia, reprit Diana d'une voix plus calme. Pourquoi as-tu attaqué les Black ?

Silence.

— J'ai été convoquée pendant des années par ta maîtresse d'école parce que tu te bagarrais. D'habitude, tu te justifies pour dire que tu avais de bonnes raisons et que l'autre t'avait provoqué. Pourquoi tu ne dis rien cette fois-ci ?

Tom voulut intervenir. Trop tard.

— Parce que je suis une brute ! cracha Eutropia avec colère

Elle tourna des talons et sortit en claquant très fort la porte. Comme c'était de très vieux murs en torchis recouverts de chaux, quelques grains des poussières se détachèrent et dégringolèrent derrière les meubles.

Tom partit aussitôt à la suite d'Eutropia. Il la retrouva dans les branchages d'un figuier qu'elle affectionnait beaucoup. Tom mit le poussin dans la poche spéciale (Diana y avait jeté des sortilèges de coussinage) et escalada l'arbre avec beaucoup de précautions.

oOoOoOo

— Ah, je vous trouve enfin !

Sirseï arrivait en bas de l'arbre. Cela faisait plus d'une heure que Tom et Eutropia s'y étaient réfugiés. Même si la colère d'Eutropia était retombée, sa fierté blessée l'empêchait encore de revenir. Elle grogna même de mécontentement lorsque Sirseï les rejoignit dans l'arbre avec souplesse et aisance.

— C'était un guet-à-pent, dit Sirseï. Nos parents nous ont rassemblés pour nous interroger sur ce qui s'était passé à Poudlard. Étant donné que séparément, on refusait de leur répondre, ils ont décidé de nous interroger ensemble. Et j'ai décidé de leur répondre pour contrôler l'information. Ils savent que tu as attaqué les Black parce qu'elles s'en étaient prises à Tom et ils savent aussi que le septième année qui t'as stupéfixiée dans le dos est le Mulciber dont la presse a annoncé le suicide. Je ne vais pas vous mentir, ils étaient à deux doigts de vous retirer de Poudlard. J'ai réussi à les convaincre que le gros du problème venait de Mulciber et que de toute façon, entre Grindelwald et la guerre qui menace d'éclater côté moldu, les écoles du continent ne sont pas mieux. Dippet va très certainement recevoir des Beuglantes. Mais il y a un autre problème dont on doit discuter, Tom, c'est de ta baguette.

— Quoi ma baguette ? demanda Tom sur la défensive. Il n'y a pas de problème. Avec la bourse de l'école, je pourrais…

— Il y a un énorme problème avec ta baguette, Tom. Je suis désolée, j'aurais dû t'en parler avant, mais ces derniers temps j'avais la tête ailleurs. Ta baguette est en sureau. Ta baguette qui t'a été léguée par une étrange dame portant une capuche et…

Eutropia étouffa un juron. Avec un regard effaré à Tom, elle murmura :

— Tu ne crois quand même pas…

— Une dame qui le met en garde contre Grindelwald et qui lui confie une baguette en sureau ? Grindelwald est un passionné de conte et il prend très au sérieux ceux de Beedle le Barde. Donc oui, il y a peut-être un très gros problème.

— Je… je ne comprends pas, souffla Tom un peu perdu.

L'été qui avait précédé son entrée à Poudlard, Tom avait rencontré une mystérieuse femme au visage couvert par une capuche. Cette dame lui avait parlé du monde magique (que Tom connaissait déjà en partie à travers les récits de Voldemort lorsque son esprit machiavélique s'amusait à lui rendre une visite nocturne), l'avait averti du danger que représentait Grindelwald et lui avait confié une baguette en prétendant qu'elle avait appartenu à sa mère.

Sirseï raconta le conte des Trois Frères et leur révéla que Grindelwald cherchait à rassembler les Reliques de la Mort. Bien sûr, il se faisait discret à ce sujet, mais Sirseï était extrêmement douée pour rassembler les informations. Quant à Tom, il avait perdu toutes ses couleurs et fixait sa baguette d'un air horrifié… au contraire d'Eutropia dont le regard brillait de convoitise.

— Je suppose qu'il serait plus sage d'en parler à nos parents, avança Sirseï. Tout ça, c'est vraiment gros. Sans parler de la marque que la baguette a fait apparaître sur le bras de Tom.

Après avoir été attaqué par les cousines Black, Tom avait tenté de se soigner tout seul (ce qui était hautement imprudent). Au lieu de refermer ses blessures, la baguette de sureau avait fait apparaître une horrible marque sur son bras gauche : un crâne vomissant un serpent.

— Si c'est une baguette très ancienne, qui est longtemps restée dans la lignée des Serpentard. Elle a pu s'imprégner de certains sortilèges et développer une personnalité propre.

Tom passa une main sur sa marque. Comme souvent, elle le gratouillait un peu. Physiquement, ce n'était qu'une petite gêne sans importance. Mais moralement… c'était la Marque des Ténèbres. Un signe de plus qui le condamnait à devenir Voldemort.

— Non, dit Eutropia d'une voix ferme. On ne va pas en parler aux parents. C'est trop dangereux. On ne peut pas leur révéler que Tom est l'héritier de Serpentard.

— Pourquoi pas ? Oui, c'est dangereux ! C'est justement pour ça qu'il faut en parler à des adultes ! Vous ne pouvez pas tout régler tout seul ! Vous n'avez que douze ans, vous n'êtes pas de taille. Tom a failli mourir face à Mulciber !

Tom ne répondit rien. Il concentra son attention sur Nugget. Le poussin picorait quelques petites graines fortifiantes dans sa main. Pic, pic, pic. Des petits coups de bec qui chatouillaient la paume.

— On n'est pas seul, répliqua Eutropia. Il y a aussi Bishop.

Sirseï écarquilla les yeux, incrédules.

— Elisabeth Bishop ? Elle est douée pour mettre au point des inventions originales, c'est vrai, et intelligente. Mais elle n'a que quatorze ans… et puis ce n'est pas exactement une combattante. Vous ne pouvez pas compter uniquement sur elle !

Eutropia se mordilla la lèvre, pleine de doutes et d'hésitations. Elle glissa un regard à Tom. Pas de soutien à attendre de son côté : il concentrait toute son attention sur le poussin. Ça serait donc à elle de décider. Une grosse responsabilité. Mais avait-elle réellement le choix ? Leur situation était si précaire ! Et Eutropia avait une entière confiance en Sirseï. Sa cousine s'était toujours révélée être une voix sage et un support fort. Ça et le fait qu'elle hésitait à lui faire cet aveu depuis des années.

Eutropia prit une grande respiration pour se donner du courage et :

— Je viens du futur, avoua-t-elle. Et Bishop aussi.

Sirseï fronça des sourcils, mais garda le silence. Comme elle ne remettait pas ses paroles en doute, Eutropia poursuivit et raconta tout ou presque. Qu'elle était une enfant des années 90 dans sa première existence, qu'une voiture l'avait renversé en 2005 alors qu'elle n'avait que dix-sept ans. Et qu'elle n'avait lu que les cinq premiers tomes de Harry Potter.

Ça aussi, Eutropia le raconta. Les aventures de Harry Potter. C'était difficile parce qu'il y avait beaucoup à dire et parfois elle se perdait dans les détails. Elle prit cependant bien garde à ne pas mentionner le nom du terrible mage noir qui voulait tuer Harry. Elle prétendit que son nom était interdit, qu'il ne devait pas être prononcé… Ce n'était pas vraiment un mensonge, étant donné que le Voldemort qu'elle avait affronté en juin avait menacé de tuer quiconque serait mis au courant de son existence. Eutropia révéla cependant que l'on connaissait le véritable nom du méchant, celui qu'il portait lorsqu'il n'était encore qu'un adolescent pas si innocent que ça qui ouvrait la Chambre des Secrets.

— D'où ton hostilité et ta méfiance à l'encontre de Tom au début de l'année, comprit Sirseï.

Elle avait un air très grave. Son regard se faisait inquisiteur. Tom, lui, ne réagit qu'à peine. Il se recroquevilla un peu plus sur lui-même, caressa le duvet si doux du poussin qui avait repris sa somnolence habituelle.

— Oui, mais j'avais tort. Il y a des points de divergences par rapport à ce que j'ai lu. La baguette par exemple. Dans le livre hum… je vais dire l'Autre, pour pas dire Tom, parce que ce sont vraiment deux personnes différentes. Bref. L'Autre achète sa baguette à Ollivander. If, plume de phénix.

— Et ? Tom va devoir s'acheter une nouvelle baguette chez Ollivander d'après ce que j'ai compris, non ?

Tom resta à caresser Nugget. Sa cage thoracique se soulevait au rythme d'une respiration irrégulière.

— Peut-être, admit Eutropia un peu troublée. Mais il est plus probable que la baguette atterrisse entre mes mains. Ne me demande pas pourquoi. Et puis il y a le basilic ! Tom était prêt à descendre lui-même pour le tuer !

Oui, le basilic était mort. Non sans mal, Eutropia avait réussi à convaincre Tom que Dumbledore était de taille à affronter le basilic. Parce que son Tom à elle craignait pour la vie de Dumbledore.

— Et puis il n'y a pas que ça, insista Eutropia. Tom a vraiment un caractère différent de l'Autre. Et puis dans notre année, ça sera sûrement Abraxas qui sera le préfet. En tout cas, il se comporte comme si c'était déjà le cas. Et…

— Eutropia, Eutropia, j'ai compris ce que tu voulais dire, la coupa Sirseï d'une voix apaisante. Ça fait un an que j'observe Tom. Je sais bien qu'il n'a pas le caractère froid et cruel d'un mage noir. Ni l'ambition pour. Mais c'est bien là le point. Aussi étrange que cela puisse te paraître, je ne suis pas choquée par ton histoire de réincarnation du futur. J'ai déjà lu des articles qui supputaient l'existence de SI, Spiritame Interdimensionnel. Bon, c'était dans un journal conspirationniste, qui aime bien le sensationnel et le surnaturel et qui prétend que le ministre de la magie est un vampire. Mais ils disaient certaines choses qui m'ont troublée. D'après eux, une SI est une spiritame, c'est-à-dire une âme conservant les souvenirs conscients de sa précédente existence, qui vient d'une autre dimension. Il y a débat sur ce que peut être cette autre dimension. Un autre plan d'existence ? Une réalité alternative ? Toujours est-il que d'après eux, on peut détecter les SI à quelques signes remarquables : enfants précoces, tendances à savoir des choses qui ne sont pas de leur âge sans que personne ne le leur ait appris, souvent un fort questionnement de notre société sorcière. Bon, ils listent aussi des critères plus fantaisistes : petit doigt rigide, gobage de souris vivante, yeux indigos, intolérance au contact du fer, de l'argent, du sel, de l'eau bénite et j'en passe. Toujours est-il qu'en lisant cet article et en me renseignant un peu plus sur le sujet, je me suis posé des questions ou plus exactement ça m'a apporté de potentielles réponses. Tu avais cinq ans quand tu as appris à Philophore à lire, six ans pour les tables de multiplication. Ça, l'incident avec Otto Beurk, ta connaissance de la Chambre des Secrets, etc. Et que dire de Bishop ?

Sirseï soupira.

— Donc non, ça ne me surprend pas que tu sois une SI Eutropia. Mais cette histoire de Harry Potter… je veux dire, pourquoi dans une dimension en particulier, le monde magique n'existerait pas et il y aurait un livre qui décrit avec une vérité absolue ce qui s'y passe ? C'est complètement tordue. Peut-être que cette J.K. Rowling est elle-même une SI et peut-être — je dis bien peut-être — que c'est ce qui s'est passé dans sa première dimension à elle. Ou peut-être qu'elle s'est juste contentée de retranscrire ce qui s'est passé dans votre dimension à vous, mais dont les moldus n'en auraient pas eu conscience. Il y a de nombreuses théories sur les dimensions parallèles et à supposer que chaque monde obéisse aux mêmes lois physiques et magiques… ils sont constitués de millions d'êtres humains susceptibles de prendre des décisions qui vont radicalement changer la face du monde. Pas de dispute entre les Fondateurs. Pas de secret magique. Un Grindelwald en mage blanc. Il y a tellement de variations possibles !

Sirseï qui parlait jusque-là avec énergie et en agitant les mains, marqua une pause. Elle prit une profonde respiration, souffla. Un sourire affectueux étira ses lèvres alors que ses yeux bleus se posaient sur Tom.

— Ce que je veux dire, c'est que les histoires de Harry Potter ne doivent pas être prises pour paroles d'évangile, qu'on ignore à quel point notre monde diffère de ce qui y est décrit et que ce n'est pas parce qu'un Tom Jedusor d'une histoire pour enfant d'une autre dimension devient un mage noir, que l'enfant bien réel que j'ai sous les yeux va suivre le même chemin. Il serait stupide et même dangereux de croire que cela. Tom, tu as le choix de ta destinée. Rien ne t'oblige à devenir un mage noir. Rien, absolument rien, si ce n'est toi-même.

Pour la première fois depuis le début des aveux, Tom releva la tête. Il regarda Sirseï. Il sourit même un peu. C'était un sourire triste.

— C'est gentil.

— Mais ?

Tom ne répondit rien. Le poussin s'était endormi.

— Vous ne me dîtes pas tout, déplora Sirseï. Quelque chose vous lie tous les trois avec Elisa. Quelque chose qui a à voir avec la mort de Mulciber.

Sirseï était vraiment très forte pour analyser les données en sa possession. Encore une fois, Eutropia hésita. En fait, ça faisait même depuis le début des vacances qu'elle hésitait. Parce que Sirseï avait toujours été la cousine forte sur laquelle se reposer. Parce qu'aussi, Voldemort avait formulé étrangement son interdiction : ils ne pouvaient pas en parler à quiconque ne connaîtrait pas déjà son nom. Or, Sirseï le connaissait ce nom. Quand elle était plus jeune et énervée, Eutropia s'amusait à raconter des histoires à faire peur à ses cousins et cousines.

D'après les discussions qu'elle avait eues avec Tom, Voldemort était joueur. Il posait des règles et aimer jouer en malmenant cruellement ses pions. Tant que l'on respectait ses règles cependant… Avait-il utilisé cette formulation à dessein ? Sans doute. Mais impliquer Sirseï, n'était-ce pas dangereux ? Peut-être, peut-être pas. C'était quitte ou double. Sirseï pouvait leur apporter une aide significative ou être la prochaine moissonnée.

Eutropia décida de couper la poire en deux.

— Il y a une malédiction. Je ne peux juste pas t'en parler. Une malédiction qui voudrait transformer Tom ou moi en mage noir.

Sirseï pâlit. Soudain très tendue, elle avait reporté toute son attention sur Eutropia.

— Je ne peux vraiment pas t'en dire plus. C'est pas possible. On ne doit pas parler de cette malédiction. Si je te dis ce que c'est, elle risque de te tuer.

Sirseï ouvrit la bouche pour insister, mais fut interrompue par l'arrivée de Diana Grayson.

— Je vais servir la tarte à la myrtille. Vous en voulez ?

Elle avait un sourire un peu crispé sur son visage fin. Sirseï feignit l'enthousiasme, répondit par l'affirmative et commença à descendre de l'arbre.

— $ Tu peux y aller, Tom $ marmonna Eutropia.

Toujours fâchée, elle s'était renfrognée à l'arrivée de sa mère. Après quelques hésitations, Tom descendit à son tour et suivit Sirseï. Diana, elle, resta plantée au pied de l'arbre. Eutropia s'efforça de regarder ailleurs et de se concentrer sur l'odeur si agréable du figuier.

— Eutropia…

L'adolescente ne réagit pas. Elle n'avait pas envie de lui parler.

— Je… Je n'avais pas conscience que les choses étaient aussi graves, dit Diana. Sirseï m'a tout raconté.

Pas de réponse.

— On ira à Londres bientôt, si tu veux. Pour changer ta baguette. Et puis celle de Tom aussi.

Toujours aucune réaction. Eutropia s'était réfugiée dans un silence boudeur.

oOoOoOo

Salut Elisa,

J'espère que tu vas bien.

Le poussin est toujours en vie. Il commence à gambader. D'après Héliodore, il est presque sauvé d'affaire. Il s'appelle officiellement Nugget. Callidora (la petite sœur d'Héliodore, je ne sais plus si je l'ai dit dans ma précédente lettre) m'a prêté des recueils de contes sorciers. Je ne savais pas que ça existait !

Sirseï et ses parents sont passés hier. Ce sont des gens bien plus gentils que je ne le pensais. Arèsion Selwyn, le père de Sirseï, était d'abord ami avec Girish (le père d'Eutropia). Ils devaient caché leur amitié, parce que Arèsion était un Serpentard Sang-Pur et Girish un Gryffondor Sang-Mêlé, mais ça s'est su alors qu'ils étaient en septième année. Les parents d'Arèsion ont failli le déshérité quand ils ont appris que c'était un progressiste, sauf que Arèsion a été sélectionné dans l'équipe nationale de duel et en plus, Diana (qui est la petite sœur d'Arèsion) a commencé à fréquenter Girish. Ça a été la fin du monde un peu pour les Selwyn, mais ils ont dû se faire une raison. Il paraît que Girish était très bon en duel aussi, mais comme il était Sang-Mêlé, il ne pouvait pas être sélectionné (enfin, officiellement c'était pas ça la raison). Du coup, maintenant que Arèsion est devenu entraîneur, il a pris le parti d'entraîner les sorciers sans regard pour leur sang. Ça fait grincer des dents, mais comme il a été quatre fois champion du monde, les Selwyn ne songent plus à le rayer de l'arbre généalogique. Qui aurait cru ça des parents de Sirseï ?

(D'après Eutropia, le reste de la famille Selwyn est moins fréquentable)

Euh, sinon, que dire d'autres ? J'ai peut-être le sabrolaser unique que recherche Palpatine. Il pleut et c'est nul parce qu'on ne peut plus aller dehors. Ce matin (avant la pluie) j'ai aidé Diana au marché. Elle fait le marché du samedi à Godric's Hollow, pour vendre les fromages de la ferme et les fruits de vergers. Comme tout le monde se connaît ici, les gens voulaient savoir qui j'étais. Ça a fini par énerver Eutropia. Tu as raison, elle ressemble à un Pitbull quand elle s'énerve. Là par exemple, quand je viens d'écrire cette phrase.

Le 20 juillet, on va faire un tour sur le Chemin de Traverse. Ça serait peut-être l'occasion de se voir ? J'ai des trucs à te raconter sur le Sith.

Portes-toi bien.

Tom Jedusor

PS : Eutropia a lu les aventures du balafré jusqu'au tome 5 (et elle me les a racontées), mais elle n'a pas pu trouver la fin. Elle se demandait si tu la connaissais.


Voilà, c'est fini ! Maintenant je réfléchis à mettre des raptors dans toutes mes histoires XD

Le week-end prochain, je devrais poster Ridicule Riddle