Merci pour vos com's ^^
v
Cuddy revint dans le salon, plateau en mains.
_ Je vous ai invité à vous asseoir. dit-elle aux deux agents encore debout.
Taub et Kutner s'échangèrent un furtif regard avant de remercier d'un hochement de tête la doyenne qui déposait le plateau sur la table basse.
_ Le café est meilleur chaud. Ne jouez pas les fines bouches. dit-elle en prenant place dans son fauteuil.
Les deux médecins tressautèrent et s'empressèrent de prendre une tasse chacun. Réajustant son châle sur ses épaules, Cuddy fusilla les agents du regard.
_ Assis!
Kutner manqua de recracher le liquide dans sa bouche et observa, avec ahurissement, les fédéraux obéir à la doyenne.
_ Vous avez maigri depuis que nous nous sommes vu. nota l'agent Johnson à peau claire.
_ Mon compagnon a disparu, je me fais du souci pour lui. Mais là, je ne vous apprends rien de nouveau. répliqua-t-elle d'un ton cassant.
Taub et Kutner s'échangèrent un regard éloquent.
_ Si mes mots franchissent ces murs, vous êtes virés. dit-elle à leur attention.
Ils se crispèrent.
_ Oh mais rassurez-vous! Tout le monde est au courant! s'exclama Kutner.
Taub leva les yeux au plafond alors que la doyenne se redressait brusquement.
_ Que House a disparu! s'empressa d'ajouter Kutner.
Exaspéré, Taub se pencha vers sa supérieure.
_ Pas besoin d'être observateur et commère pour comprendre que deux personnes se tournent autour et pas besoin d'être un devin pour savoir que deux personnes partagent le même lit. Quand un homme est frustré, ça se sent. Quand il couche avec une femme, repasse subitement ses chemises et arrive moins en retard, que cet homme est votre boss, que vous connaissez ses habitudes, qu'il s'appelle House et qu'il a vécu une expérience unique, enfermé et torturé en votre compagnie, sachant les curieux sentiments qu'il éprouvait déjà à votre égard, ajouté à cela son côté lunatique qui se réveille avec cette aventure jusqu'à ce que vous vous enfermiez dans une salle de consultation avec lui et fassiez vibrer les murs de votre voix, sans oublier la perte d'un ami cher qui accentue sa vulnérabilité face au sexe opposé, ainsi, après ce fameux épisode de la salle de consultation, il nous est impossible de le joindre chez lui et pendant un mois assez extraordinaire, il paraît plus reposé, moins torturé, on sait qu'il entretient une étroite relation avec une femme, et quand subitement, il disparaît, ne donne pas de nouvelles et que vous semblez ne pas vous en inquiéter, on devine rapidement que vous savez ce qui se passe parce que vous êtes cette fameuse femme.
Le bruit de la tasse que Kutner redéposa sur le plateau extirpa les agents de leur torpeur. Le plus foncé de peau retira un petit appareil de sa poche et le porta à sa bouche.
_ Le Pakistanais présente un cas de débit de paroles très prononcé. Je le soupçonne d'embrouiller ainsi ses victimes.
Son collègue lui lança un regard sévère tandis que Taub arquait les sourcils. Kutner pouffa alors de rire, réalisant que le médecin était catalogué en tant que pakistanais.
_ Je vois... lâcha la doyenne en portant sa tasse à ses lèvres.
_ Je ne suis pas pakistanais. articula Taub. Je suis américain.
_ Ils disent tous ça. répliqua l'homme en rangeant son dictaphone.
_ Ce ne sont plus des suspects! Ce sont ses employés! rappela son collègue avec agacement.
_ Au temps pour moi...
_ Où est House?
Tous se tournèrent vers Cuddy. Son regard passait d'un agent à l'autre, froid et calculateur.
_ Je peux boire ce café sans craindre d'être empoisonné? questionna l'agent qui la connaissait.
_ Essayez pour voir. répondit la doyenne d'une voix vidée de toute émotion.
Kutner déglutit alors que Taub jetait un regard suspect à son café.
_ Je suis navré que le sort s'acharne encore sur vous... reprit l'homme en portant la tasse à sa bouche.
_ Mais?
Il bu une gorgée puis vrilla son regard dans le sien.
_ Mais le docteur House ne nous a pas tout dit et son atterrissage forcé en Inde en est une conséquence.
_ C'est vous qui...
_ Bien sûr que non! Mais l'Inde est une zone surveillée et nos agents ont immédiatement été mis au courant de son arrivée.
_ Je ne comprends pas... Vous êtes en train de me dire que c'est lié à cette histoire de virus?
_ Vous ne vous en doutiez pas? souligna le noir.
_ Eh bien...
_ Vous pouvez cesser de jouer à l'ignorante. Nous savons maintenant à qui nous avons à faire. déclara son collègue.
Cuddy vida sa tasse puis se cala dans son siège.
_ Alors jouons tous franc jeu et dites moi tout.
_ Pas devant eux! répliqua le noir en pointant les deux autres médecins du doigt.
_ Taub, Kutner...
Ils se raidirent.
_ Je vous tiendrai au courant. Merci de vous être inquiété pour House.
_ A vrai dire... commença Kutner.
Taub lui donna un coup de coude et se leva. La doyenne sourit.
_ Je vois. Vous êtes venu à cause du cas, persuadés pouvoir me tirer les vers du nez et retrouver votre patron...
_ On se débrouillera. déclara Taub. Quant à vous, mangez, reconcentrez-vous sur l'hôpital et ne vous laissez pas mener en bateau.
Elle tiqua à ses mots mais n'ajouta rien. Il salua les agents du F.B.I puis, tirant Kutner par la manche, quitta la maison.
Quand la porte fut refermée, les agents Johnson se détendirent.
_ Dites-moi tout. dit Cuddy en se penchant vers eux.
Le plus foncé des deux retira de sa veste un large téléphone portable qu'il alluma.
_ Le jour même où House s'est retrouvé en Inde, l'un de nos agents est entré en contact avec lui.
Il lui tendit l'appareil. Elle le saisit avec précautions et détailla la photo qu'il lui présentait.
_ Bouton du bas pour faire défiler. lui montra-t-il.
Cuddy retint son souffle en voyant House sur les photos. Il semblait en bonne en santé ce jour là... Elle les fit défiler et prit un certain plaisir à regarder ces photos... Les plus récentes qu'elle ait de lui. Elle s'arrêta sur l'une d'elles où House, accouder à un comptoir de bar, était en pleine discussion avec un homme.
_ Qui est-ce?
_ L'un de nos agents. Kevin Spears.
Elle releva la tête vers eux.
_ Il est mort deux jours après que ces photos aient été prises. continua le Johnson noir.
_ On l'a retrouvé pendu à sa chambre d'hôtel. Meurtre maquillé en suicide. ajouta son collègue.
Le cœur de Cuddy rata un battement.
_ Et House? demanda-t-elle d'une voix faible.
_ Disparu. répondirent les agents.
L'espoir gonfla les poumons de la doyenne.
_ Ces photographies n'ont pas été prises par un de vos agents n'est-ce pas?
_ Rien ne vous échappe.
Elle se figea en croisant le regard du diagnosticien.
_ Il l'a découvert?
_ Oui. Keïra Rassamy, un activiste pakistanais. Recherché par nos autorités. Après s'être occupé de son cas, notre agent a hérité de l'appareil photo qu'on a retrouvé dans sa chambre d'hôtel.
Cuddy, qui n'écoutait plus vraiment les fédéraux, se cala dans son fauteuil, détaillant avec amour les traits du diagnosticien.
_ Rassamy... reprit l'un des agents. Fait parti d'un groupe terroriste qui construit son capital sur des enlèvements. C'est comme ça qu'ils gagnent leur vie et obtiennent de quoi s'acheter des armes. Ils enlèvent les étrangers et les rendent en un ou plusieurs morceaux contre une rançon.
Étrangers? Morceaux? Rançon? La doyenne tressaillit.
_ Vous pensez qu'ils ont House?
_ Nous attendons qu'ils entrent en contact avec vous...
_ Je comprends votre subite attention à mon égard...
_ Ce n'est pas tout. prévint le Johnson blanc. Nous savons que ce groupe tient en détention le professeur Murech Bashir...
_ Cet homme a travaillé avec Flammel!
_ Et depuis six mois, aucune rançon n'a été réclamé. Nous savons aussi qu'un groupe d'anciens soldats de l'armée rouge est entré en contact avec ce groupe-ci après que Mac Vaughen leur ait donné...
_ La formule du remède contre le virus. finit Cuddy en grinçant des dents. Pourquoi cette pourriture ne moisit-elle pas encore en prison? Pourquoi Vaughen court-il toujours?
_ C'est un ancien agent de la C.I.A. déclara le noir à mi-voix.
Cuddy se figea.
_ Se faire passer pour un membre de la C.I.A auprès de votre compagnon était une semi-vérité. avoua-t-il.
_ Docteur Cuddy...
Elle planta son regard dans celui de l'autre agent.
_ Soyons clairs... Une bonne fois pour toute... Il n'y a jamais eu de virus.
Ahurie, la doyenne manqua de faire tomber le portable que l'agent noir lui prit immédiatement des mains.
_ Je... Je ne comprends plus rien... balbutia-t-elle.
_ Cette histoire de virus est une histoire montée de toute pièce par Vaughen lui même afin d'embobiner Florence Nernie qui, à l'époque, rêvait de devenir une grande criminelle. Ils ont alors enrôlé en France un groupe activiste de femmes, menées par Mégane Locke, persuadée d'être bientôt détentrice d'un virus qui lui permettrait de mettre les gouvernements et autres organisations criminelles à sa botte. Les rangs des françaises ont été très vite gonflés par l'arrivée d'espagnoles, dont Maria Juantelina. Mac Vaughen a utilisé un poison alors inconnu par tous ces gens et leur à fait croire qu'il s'agissait du virus. Il a donné des échantillons à plusieurs organisations criminelles qui ont commencé alors à se faire la guerre puis il a balancé le nom de Flammel, faisant croire à l'existence d'un remède sous forme de formule...
_ Un poison inconnu? souligna la doyenne, atterrée par ce qu'elle entendait.
_ Prototype de notre cru...
Elle soupira.
_ Donc, ce salopard, s'est joué de toutes ces petites organisations pour mettre la main sur... Sur quoi au juste?
_ C'est là le hic... Nous ne savons pas de quoi il s'agit... dit le noir.
_ Et nous soupçonnons le docteur House d'en savoir plus que nous. ajouta son collègue.
_ Il ne sais r...
_ Il savait très bien que ce virus n'existait pas. Nous avons retrouvé des notes de Mac Vaughen où celui-ci écrivait que le docteur House avait une carte en main dont peu connaissait l'existence et qu'il le soupçonnait d'en savoir long sur ce qu'il recherchait.
_ House ne savait rien!
_ Il faudra alors nous expliquer pourquoi, plusieurs mois avant vos enlèvements, le docteur House est à nouveau entré en contact avec Flammel, par téléphone.
Cuddy serra les poings, réfléchissant à vive allure. Pourquoi après tout ce qui s'était passé, pourquoi après avoir perdu Wilson, House aurait-il pu continuer à lui cacher la vérité? Pourquoi la cacher au F.B.I, à elle...
Ses ongles pénétrèrent sa peau.
Même enfermé, torturé, menacé... Il aurait joué le jeu? Les aurait-ils mené en bateau?
Elle se mordit la lèvre inférieure avec hargne.
Cela expliquerait pourquoi il s'était senti si mal après la mort de Wilson... Pourquoi il répétait sans cesse qu'il en était le responsable...
Son inquiétude laissa place à une colère sourde.
_ Non... C'est impossible... souffla-t-elle.
_ Ne le prenez pas comme une offense docteur Cuddy. Mais comme sa façon à lui de préserver votre vie.
_ Vous vous fichez de moi? cracha-t-elle.
Les agents gigotèrent, mal à l'aise.
_ Cet imbécile... Ce ce... Cet abruti! Rha! Et le pire dans tout ça, c'est que je n'arrive pas à lui en vouloir! s'écria-t-elle avec irritation.
Les fédéraux se lancèrent des regards apeurés.
_ Pourquoi aurait-il... Et... Mais...
Elle se leva et jaugea les deux fédéraux qui la questionnèrent du regard.
_ Pourquoi?
Les agents Johnson froncèrent les sourcils d'un même geste.
_ Pourquoi me raconter tout ça?
Elle recula d'un pas, soudainement suspicieuse. Ils se levèrent.
_ Pourquoi me confier ces informations? Cette histoire concerne le gouvernement, le F.B.I, la C.I.A et d'autres organisations secrètes que je ne dois même pas soupçonner. Vous mettez au point des poisons, de nouvelles armes biologiques et vous m'en faites part... Comme ça? Alors que je suis une simple citoyenne.
_ Vous en saviez déjà beaucoup... commença le plus clair de peau.
_ Je ne savais rien! répliqua-t-elle en reculant d'avantage.
Elle buta contre son buffet.
_ De quoi nous soupçonnez-vous au juste?
_ Je ne sais pas. souffla-t-elle en ouvrant le tiroir sur sa droite.
_ Docteur Cuddy...
Elle en sortit une arme à feu qu'elle pointa en direction des agents.
_ C'est une plaisanterie j'espère?
_ J'ai été séquestré pour un produit qui n'existe pas, tout le monde a joué un double ou triple jeu et tout le monde s'amuse à berner tout le monde. Y'a de quoi devenir un peu parano, ne croyez-vous pas Mr Johnson?
_ Si nous avons été francs, c'est parce que nous attendions en retour une forme de confiance...
_ Et de la coopération. finit son collègue.
_ Je suis démocrate. Ma coopération, vous pouvez vous la mettre ou je pense. cracha la doyenne en durcissant ses traits.
_ Ok. fit le Johnson blanc en levant les mains.
_ Nous sommes là pour votre protection, notre plaque prouve que nous travaillons pour notre patrie. se défendit le noir.
_ Et mon pistolet prouve que je ne fais plus confiance à personne, même pas à mon laitier.
_ Tout ça est ridicule. Déposez cet arme docteur Cuddy. ordonna le blanc.
_ Vous m'avez bien regardé?
_ Vous êtes fatiguée, l'homme que vous aimez est en danger et vous vous sentez impuissante face à cela. Il a préservé votre vie en mettant la sienne sur la select et vous ne le supportez pas. Ajouté à cela toutes ces nouvelles révélations que vous venez de recevoir comme une gifle. Il y a de quoi décontenancer n'importe qui, mais croyez-nous, même si nos supérieurs risquent de nous tirer les oreilles, nous avons jugé nécessaire de vous tenir au courant. De toute façon, d'une façon ou d'une autre... Vous seriez mise au courant...
La doyenne baissa lentement son arme.
_ Qu'est-ce que vous ne me dites pas?
Les deux agents serrèrent les dents.
_ Vous parliez tout à l'heure de confiance. signala Cuddy.
_ Nous savons de source sûre que Mac Vaughen est au New Jersey. dit alors le plus clair de peau.
Un lourd silence suivit la déclaration. Un lourd silence rapidement brisé par le bruit d'une arme à feu rencontrant le parquet du salon.
_ Nous pensons que vous êtes en danger. ajouta l'agent.
La phrase de trop.
Secouée de tremblements de plus en plus violents, la doyenne se dirigea d'un pas saccadé vers le fauteuil le plus proche.
_ Va lui chercher de l'eau.
Le Johnson noir hocha la tête et se dirigea vers la cuisine. Son collègue ramassa l'arme de Cuddy et la rangea dans le tiroir de sa propriétaire.
_ J'espère pour vous que vous avez un permis. dit-il avant de lui faire face.
Elle ne réagit pas, ses yeux fixant un point devant elle... Invisible.
_ Nous savons que ce nom réveille en vous d'affreux souvenirs et nous nous en excusons.
_ Tss... Vous n'en avez rien à foutre. rétorqua-t-elle.
Le deuxième agent revint.
_ Voilà un peu...
_ Buvez la votre eau.
Dépité, l'homme fit demi-tour en marmonnant qu'il n'était pas assez payé pour ça.
_ Docteur Cuddy... reprit son collègue.
_ Ce connard m'a sauvé la vie pour mieux me la bousiller par la suite.
_ Vaughen est un phénomène...
Elle tourna lentement la tête vers lui.
_ Euh...
L'homme recula d'un pas.
_ Pourquoi tant s'acharner? Pourquoi House? Pourquoi moi?
Elle recommença à fixer son point invisible.
_ Il a perdu son meilleur ami et j'ai failli le perdre par la suite. Il a fallu... Que je me batte pour qu'il arrête de se saouler nuit et jour et qu'il freine sur sa prise quotidienne d'analgésiques... Et quand, enfin, nous arrivons à voir le bout du tunnel... Ce salopard revient nous plonger le nez en plein dans la merde!
Johnson grimaça. Cuddy se tourna à nouveau vers lui.
_ C'est à cause de lui que House est en Inde n'est-ce pas?
_ Ce n'est pas une certitude mais...
_ Ça l'amuse tant que ça de nous manipuler? S'il était ancien agent du gouvernement, vous deviez sûrement avoir son profil psychologique. « Gros névrosé » n'était-il pas mentionné sur la couverture de son dossier?
Le second Johnson revint d'un pas lourd.
_ Le monde est parfois étrange. déclara-t-il.
Cuddy sourit tristement.
_ Je sais...
_ Nous avons assez abusé de votre temps. Nous devons faire un rapport au central. dit le Johnson blanc.
_ Tout danger est écarté pour cette nuit. ajouta son collègue.
_ Il n'y a eu aucun danger. rectifia la doyenne. Mis à part les deux terroristes qui travaillent à mon hôpital bien sûr!
Secouant la tête, les fédéraux sortirent de la maison.
Cuddy se leva et se posta à la fenêtre afin de voir de ses propres yeux la voiture quitter le quartier. Quand les phares rouges disparurent au coin de rue, elle poussa un soupir de soulagement en réajustant le châle sur ses épaules.
Elle resta un instant debout devant sa fenêtre, plongée dans ses pensées puis :
_ Il existe deux types de personnes : Les philanthropes et les misanthropes. Je fais apparemment partie de la première catégorie. Et vous?
Du coin de l'œil, elle vit une silhouette se détacher de la pénombre, un verre d'eau en main.
_ Tout homme qui, à quarante ans, n'est pas misanthrope, n'a jamais aimé les hommes.
_ On croirait entendre House. dit-elle en se détournant de la fenêtre.
Son regard croisa celui de John Mac Vaughen qui lui sourit.
_ Et vous m'en voyez flatté.
TBC...
