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Chapitre 2

La marque

Il n'avait pas réfléchi à la situation dans laquelle il venait de se mettre. Provoquer les gardes et, surtout, agresser l'un d'eux, n'était probablement pas la meilleure solution pour éviter de se faire remarquer. Et puis il y avait cette petite fille tout de blanc vêtue qu'il avait embarqué lors de sa fuite. Le garçon était bien loin de se douter de l'identité de cette dernière. Il posait ses yeux sur la petite qui époussetait sa robe, qui n'était plus aussi blanche qu'à son arrivée. Adam l'observa un moment avant de parler.

- Et toi ? Qui es-tu ?

- Je m'appelle Weiss Schnee ! J'ai cinq ans ! répondit-elle toute fière.

Le regard du garçon aux cheveux rouges se perdit quelques instants dans le vide. Schnee ? De LA famille Schnee ? Il serra les dents et les poings. Les bruits de pas des gardes ne cessaient de se déplacer çà et là dans la mine. Ils ne seraient pas en sécurité longtemps, ils finiraient par les trouver sous peu. C'était une occasion rêvée. Avoir une Schnee comme otage lui permettrait de les faire libérer, sa mère et lui. Ils pourraient s'enfuir vers la terre dont tous les Faunus rêvaient : la Ménagerie. Cette idée fit naître une étincelle d'espoir dans les yeux du garçon.

- Je suis désolée tout est de ma fau-, commença Weiss qui avait senti une tension entre eux.

- Évidemment que…!

Adam s'arrêta net en voyant la petite fille au bord des larmes. Il se maudit un instant d'avoir pu penser à lui faire du mal. Elle semblait si fragile, si gentille, elle ne pouvait pas être tenue responsable des actes de sa famille, du moins pas pour l'instant. Son visage s'adoucit, il porta sa main vers elle et tapota doucement le sommet de son crâne pendant qu'elle s'essuyait les yeux d'un revers de manche.

- Pardon, s'excusa le garçon. Non, ce n'est pas de ta faute. C'est bien plus compliqué que ça.

Weiss leva la tête vers lui, les yeux encore humides et rosis, et l'observa un moment. Il était à peine plus âgé qu'elle, il devait sûrement avoir huit ou neuf ans tout au plus. Ses cheveux étaient rouges et bruns, des couleurs peu communes dans l'entourage de la jeune héritière. Son geste l'avait plus surprise qu'autre chose. Ce genre de signe d'affection était très rare à la maison, excepté lorsqu'il s'agissait de sa soeur, Winter. Cela réchauffa son petit coeur d'enfant.
La fille tressaillit en entendant les lourds pas des gardes qui se rapprochaient un peu plus à chaque instant, elle se rapprocha ainsi du garçon qu'elle ne connaissait que depuis quelques minutes.

- Ils vont nous trouver, murmura Adam. Ils nous trouvent toujours.

- Qu'est-ce qu'il va t'arriver ?, demanda Weiss innocemment.

- Me punir, c'est ce qu'ils savent faire de mieux, répondit-il amèrement.

- Mais…

Le rouquin appuya sa main sur la bouche rose de la petite. Son coeur tambourinait dans sa poitrine en imaginant les tortures qu'il allait de nouveau subir. Il avait déjà été pris en train de voler des provisions pour les autres enfants à plusieurs reprises, cela lui avait valu quelques coups de fouet. Il déglutit à cette pensée tout en entendant les voix des gardes atlésiens beaucoup plus distinctement.

- La priorité est de retrouver Miss Schnee, n'oubliez- pas !, lança l'un d'eux.

- Et pour le gamin ?

- On verra en temps voulu !

Adam attendit qu'ils soient un peu plus éloignés pour relâcher la pression qu'il exerçait sur Weiss. Il réfléchissait à un plan pour s'évader. Ce n'était pas une tâche bien compliquée étant donné qu'il connaissait les couloirs de la mine par coeur. Seulement il y avait sa mère, qui elle, n'aurait pas la force de suivre son rythme. Elle n'était pourtant pas très âgée, mais la charge de travail qu'elle supportait chaque jour l'empêchait d'être en bonne santé.
Les esclaves, aussi bien Faunus que nobles déchus, étaient porteurs de diverses maladies dues au manque d'hygiène et à leurs conditions de travail chaotiques. Il était bien rare qu'un esclave né au coeur de la Schnee Dust Company ne vive plus de trente-cinq ans en moyenne. Les nouveaux-nés étaient souvent plus faibles physiquement à cause de la santé de leurs parents, et cela n'allait pas en s'arrangeant.
Il regarda longuement la petite fille tout en pensant. Peut être qu'il n'était pas trop tard pour changer les choses ? Peut être que si l'héritière de la Schnee Dust Company prenait conscience de la torture physique et mentale de ses esclaves, elle pourrait faire quelque chose pour eux, pour sa mère… pour lui.

- Tu veux m'aider, Weiss ?, demanda subitement Adam. Tu veux savoir qui est le fautif dans toute cette histoire ?

Weiss hocha la tête affirmativement.

- Quand tu seras grande, que tu auras la Schnee Dust Company pour toi toute seule, commença Adam. Libère les Faunus. Crée des emplois à la place où les gens pourront être payés pour leurs efforts.

- Je comprends pas tout, avoua la petite fille. Vous ne gagnez pas d'argent ?

- Bien sûr que non.

- Mais Père m'a toujours dit que les Faunus se plaignaient pour rien, qu'ils avaient tout ce qu'il fallait pour vivre.

Interloqué, Adam écarquilla les yeux. Ce Jacques Schnee était un vrai monstre sans aucun doute. Le rouquin fut tellement surpris de la remarque de la fille aux cheveux blancs qu'il n'arrivait plus à former une phrase correcte.

- Je...tu…, bégaya-t-il. C'est faux. Nous n'avons rien à manger et travaillons gratuitement jour et nuit. Ma mère est très malade, et moi je…

Il valait mieux des actes que des mots. Adam souleva son T-shirt sale pour révéler les nombreuses cicatrices roses et blanches qui parsemaient son corps d'enfant. Des coups de fouets qui laissaient des marques nettes. Weiss était sans voix, elle n'avait jamais vu une chose pareille et eut un mouvement de recul en voyant cet affreux spectacle.

- C'est ce que les gardes me font quand je ne suis pas sage, expliqua le rouquin. Les autres aussi y ont le droit s'ils ne travaillent pas assez vite.

- C'est horrible, dit Weiss tristement.

- Ça l'est et c'est pour cela que l'on a besoin de toi. Si tu nous libères, plus tard, on pourra tous vivre tranquillement sans se tuer au travail, tu comprends ?

- Oui je comprends, je ferai de mon mieux pour que ça n'arrive plus.

- Tu as le coeur encore pur, je suis sûr que tu y arriveras.

Adam lui ébouriffa gentiment les cheveux. Peut être qu'ils n'étaient pas totalement perdus en fin de compte, il y avait un espoir. Weiss souriait sincèrement. Elle l'aimait bien, ce garçon aux cornes.
Leur joie ne fut que de courte durée. Des coups brutaux s'abattaient sur la roche à proximité. Ils étaient là, ils les avaient trouvé. Des morceaux de roches éclataient à proximité des deux enfants. La petite tremblait de peur. Adam la prit dans ses bras sans réfléchir, la protégeant des possibles éclats de roche et lui cachant les yeux. Ils ne mirent pas longtemps à créer un passage dans la fissure fraîchement créée.

- Ils sont là !, s'exclama le garde qui avait été blessé par Adam.

Le concerné serra la petite fille dans ses bras. Le garde avança avec assurance vers le garçon et l'attrapa par une corne qu'il tira violemment vers lui. Le garçon gémit de douleur, refusant de s'éloigner de Weiss.

- Ne lui faites pas de mal, je vous en prie ! sanglota Weiss. Il n'a rien fait de mal !

L'Atlésien avait sorti sa matraque téléscopique et donnait déjà un avant-goût de sa punition au jeune garçon. Chaque coup était une souffrance atroce, il devinait déjà les bleus qu'il allait avoir. Adam hurlait tout en se débattant, si bien que deux autres gardes vinrent en aide au premier pour le tenir. Seul un garde avait agrippé les bras de la petite fille qui se gigotait et pleurait devant son impuissance à aider le garçon.
Les gardes sortirent les deux enfants de la mine sous les yeux éberlués des esclaves. Il n'y avait pas eu autant d'animation depuis un moment, et puis quel spectacle : une Schnee et un Faunus, c'était plutôt rare ! Sans douceur, les gardes les poussèrent à l'extérieur où ils ne furent pas surpris de retrouver d'autres militaires en compagnie d'un Jacques Schnee furieux.

- Enfin ! Bande d'incapables ! Vous rendez-vous compte de votre manque de vigilance !?, hurla Jacques. L'héritière de la Schnee Dust Company enlevée par un… gamin à cornes ?

- Toutes nos excuses, Monsieur, dirent tous les gardes en choeur.

- Et vous pensez que cela suffira à vous excuser !? Vous serez sanctionnés vous aussi !

Il attrapa la petite main frêle de sa fille et la tira vers lui pour l'éloigner de l'enfant aux cheveux rouges. Malgré son jeune âge, Adam lui lança un regard de défi qu'il ne manqua pas de soutenir. Sa moustache blanche se releva légèrement, laissant deviner son air dégoûté.

- Où sont ses parents ?, demanda Jacques en fronçant les yeux. Ils seront sanctionnés pour ses fautes.

- D'après nos informations, son père est l'un des nôtres Monsieur, expliqua timidement l'un des gardes. Quant à sa mère, elle n'a pas survécu à…

Le visage du garçon prit une toute autre teinte, blanchâtre. Ses yeux s'étaient écarquillés. Jacques eut un petit sourire fier en le regardant puis tourna la tête vers le garde qui venait d'annoncer la nouvelle.

- Survécu à quoi ?, répéta-t-il en articulant bien chaque syllabe.

- Elle a été punie tout à l'heure lorsqu'elle a posé sa main sur Miss Schnee, Monsieur, mais elle n'a pas survécu aux coups de fouets.

Le monde d'Adam s'écroula autour de lui, il hurla à s'en briser la voix et se débattit de toutes ses forces, sans succès. Des larmes sillonnaient ses joues rosies par la colère. Un garde tenta de le faire taire en appuyant sa paume contre sa bouche. Très mauvaise idée. Le garçon n'hésita pas un instant à le mordre jusqu'au sang. Weiss le regardait sans pouvoir bouger, elle sanglotait, elle aussi.

Un rictus satisfait se dessina sur le visage de Jacques, il arqua un sourcil en regardant cette bête se déchaîner de tout son être.

- Je vous l'avais bien dit, ma fille, lança l'homme à la moustache. Ils ne sont que des monstres.

Le sang bouillonnait dans les veines de la petite héritière.

- Ce n'est pas un monstre !, s'exclama-t-elle. Il est gentil ! C'est vous qui-

Le claquement sourd d'une gifle se fit entendre à l'autre bout du terrain sur lequel ils se trouvaient. C'était la première d'une longue série. Weiss se tint la joue rosie par le coup et leva la tête vers son père, les yeux larmoyants de rage.

- Aurais-tu perdu tes manières en seulement quelques heures, jeune fille ?, demanda-t-il avec un air dur. Nous nous occuperons de cela plus tard.

Adam avait réussi à se libérer un bras pour frapper le garde qui le tenait. Il était de plus en plus furieux. De quel droit touchait-il à Weiss ? Elle était son salut et celui de tous les autres esclaves ici, il était hors de question qu'on ne l'abîme.
L'homme aux cheveux blancs s'avança vers le garçon et le toisa de toute sa hauteur. Ce dernier arrêta un instant de s'agiter pour se noyer dans ses yeux froids.

- A-t-il été marqué ?, demanda Jacques en s'adressant au garde qui tenait le rouquin.

- Pas encore Monsieur, il est bien trop jeune...

- Dans ce cas, vous allez y remédier, n'est-ce pas ?

- Monsieur…

- Je ne me suis pas bien fait comprendre ?

Le garde ne répliqua pas et hocha la tête en signe d'approbation. Un autre avait déjà pris le fer chauffé à blanc, prêt à cette éventualité. Jacques s'éloigna en tirant Weiss avec lui. Elle lança un dernier regard au jeune Faunus qui lui adressa un faible sourire.

- N'oublie jamais cette journée, Weiss !, lança-t-il.

- Jamais…, chuchota la petite aux cheveux blancs.

L'homme qui le tenait lui retira son T-shirt, le marquage étant généralement fait entre les omoplates ou le bas du dos. Il lui tenait fermement les deux bras pour éviter les mouvements brusques. Adam se débattait tant qu'il pouvait, il pouvait déjà sentir la chaleur du fer brûlant s'approcher de sa peau déjà bien amochée.

- Je vous tuerai, Jacques Schnee !, hurla le rouquin. Vous avez ma parole !

- Tiens-toi tranquille !, s'impatienta le garde au fer rouge.

Weiss avait déjà rejoint le vaisseau atlésien quand Adam se libéra de l'étreinte du premier garde. Il refusait de finir comme les autres, marqué par un symbole qui indiquait la différence entre humains et esclaves. Le rouquin n'avait qu'une idée en tête: attraper le fer brûlant et foncer vers le vaisseau pour faire subir au grand Jacques Schnee le même traitement que sa mère avait enduré pendant des années.
Adam se retourna vivement, prêt à tout pour passer au travers des gardes. Dans un geste maladroit, l'homme qui tenait le fer brûlant appuya par erreur le symbole sur le visage du garçon. Il hurla de douleur. L'odeur de chair brûlée arriva directement dans ses narines et son oeil gauche sembla éclater sous la pression du métal et de la chaleur. Il n'arrivait plus à réfléchir tant la souffrance était élevée. Bientôt son regard s'assombrit et le garçon s'écroula lourdement sur le sol, évanoui.

Il avait tout perdu. Sa mère. Sa liberté. Son oeil gauche.

La seule chose qui lui restait se résumait en quelques caractères sur un visage d'enfant.

SDC