2. All you do is talk (Black Rebel Motorcycle Club)
« Eh, le chien ! »
La bête ne bouge plus. Peut-être que je lui fais peur ? Stupidement, je me frotte les joues pour effacer le tracé de mes larmes. Comme si mon apparence pouvait inquiéter un animal… Je m'accroupis, pour être à sa hauteur, et je tends la main. D'habitude, les animaux sont assez agréables avec moi.
« Viens, le chien. Viens ! Allez, je ne vais pas te manger… De toute façon j'aurais pas beaucoup de chance, face à toi. »
C'est vrai qu'il a l'air assez féroce et puissant. Il est grand, tout noir, et me fait penser à ces chiens de mauvais augure dans les prédictions de sorciers. Genre mon horoscope sorcier de cette semaine : attention au Sinistros, qui risque de chambouler votre routine. Du grand n'importe quoi.
« Wouf ? »
Le chien me fixe toujours, se demandant sans doute pourquoi j'essaye de lui parler en langage chien, ce qui est totalement débile. Je soupire, et me rassois contre mon arbre. La bête se rapproche enfin, et s'arrête à quelques centimètres de moi. Je lui souris tristement, et lui gratte le haut du crâne. Il a l'air d'apprécier, le bougre.
« T'as un nom, le chien ? »
Je cherche des doigts un collier, mais il n'en porte pas.
« Bon, eh bien je t'appellerai désormais… »
Je lui lance un regard scrutateur.
« …le chien. »
J'éclate de rire, et l'autre aboie, comme mécontent. Je lui administre une bonne dose de caresses, tout en monologuant.
« Voui, c'est un bon chien-chien, ça… Haha… Je dois être ridicule ! Si Jake me voyait… »
Prononcer son nom me pince le cœur.
« Nan, rien à foutre de Jake, d'abord ! Eh, le chien, tu veux être mon meilleur ami ? Y a une place qui vient de se libérer… »
Il me lance un coup d'œil étrange, presque… humain. On dirait qu'il m'interroge du regard. Je dois être folle, mais je continue à causer toute seule… ou au chien. Je ne sais pas trop, mais dans les deux cas, c'est pas très glorieux. Je m'appuie sur le tronc d'arbre, et d'une main distraite je caresse toujours le chien noir. Et là, je me remets à chialer. Juste un peu.
« Si même lui ne me fait plus confiance, qu'est-ce que je vais devenir ? »
Je hoquette, et je doute d'être compréhensible, mais après tout ce n'est qu'un animal, c'est pas comme s'il allait chercher à m'écouter pleurer sur mon sort. De rage, je balance un poing meurtrier dans l'herbe. Voilà, je commence même à m'en prendre à la nature. Rien ne va plus.
« Comment il peut douter de moi ? Comment il a pu croire une seule seconde que je le trahirais ? Quel crétin. On dirait qu'il a pris le parti de ce connard de Black. Aïe, me mords pas, sale cabot ! »
Le chien me regarde méchamment, et je lui renvoie son regard. Puis j'éclate de rire. Je suis entrain de me mesurer à un chien, bordel ! J'vais pas très bien dans ma tête, moi… Je regarde ma montre pour la énième fois, et je constate que le couvre-feu est passé depuis trois-quarts d'heure.
« Lily va me tuer. Et Deliah va me bassiner pendant une semaine pour savoir si j'étais avec un mec. Allez, le chien, c'est l'heure de faire dodo. Bonne nuit le toutou. »
Je lui pose un bisou entre les oreilles, et je me dirige vers l'entrée du château. Une fois à l'intérieur, je me fais toute petite, histoire d'échapper à la vigilance des préfets qui font leur ronde, mais c'est peine perdue.
« Mademoiselle Grove ! Alors, on a du mal à dormir ? »
Evidemment, personne n'échappe à Rusard.
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Vous croyez que c'est le Sinistros ? Vous croyez que c'est lui qui m'a foutu dans cette merde, comme l'avait prédit mon horoscope ? Non parce que là, je suis vraiment mal. Liste de début d'année : se disputer avec son meilleur ami, check. Parler avec un chien, check. Faire perdre des points à Gryffondor, check. Se retrouver en retenue avec les Maraudeurs au complet, check. Et tout ça en septembre. Avouez que je suis très forte, quand même.
« Vos baguettes.»
Rusard récupère les cinq morceaux de bois, et nous ouvre la porte sur la salle des trophées.
« Frottez jusqu'à ce qu'on se voie dedans ! Et pas de bavardages inutiles, les enfants… »
Je tire la langue dès que le concierge a le dos tourné, et la porte se referme derrière lui. Me voici en tête-à-tête avec mes ennemis préférés. Black ne dit pas un mot, étrangement. Il me fixe en biais, et je commence sincèrement à me demander si j'ai quelque chose sur le visage. Je détourne le regard, et commence consciencieusement à exécuter ma punition. Les quatre garçons, eux, ne se privent pas pour parler entre eux, et font comme si je n'existais pas. Tant mieux !
« C'est une leçon pour la prochaine fois… Ne jamais confier les instructions à Peter !
- Eh ! J'ai déjà dis que j'étais désolé… »
Les autres rigolent un peu, et Remus pose une main compatissante sur l'épaule de son camarade.
« On sait bien, Queudver… On te fait marcher, là. En plus la dernière fois c'était à cause de James. Il n'avait pas pu tenir sa langue face à sa copine.
- C'est pas ma copine…
- Mais il aimerait bien.
- Lily est tellement…
- Oui, on sait ! »
Je ne peux m'empêcher de rire à leur conversation. Ils se tournent aussitôt vers moi, et James m'agresse presque verbalement.
« T'as un problème, Grove ?
- Non, mais toi t'en as un, Potter. »
Je lui adresse mon sourire le plus hypocrite, et il me fusille du regard. Les autres semblent attendre que commence le carnage.
« Et selon toi, quel est mon défaut ?
- J'ai dis un problème, Potter. S'il fallait que je cite tes défauts, on en aurait jusqu'à demain.
- Tu veux peut-être qu'on parle des tiens ? »
Le Maraudeur se dresse comme il peut et se fait menaçant. Même pas peur.
« Calme-toi, James, tu vois bien qu'elle te provoque. »
J'éclate de rire, un rire gras et moqueur.
« Même pas… Si je te provoquais, crois-moi, tu aurais déjà craqué. Non, là, tu vois, j'irais même jusqu'à dire que je te propose mon aide.
- Ton aide ??
- Ca y est, t'as réglé ton appareil auditif ? Oui, Potter, je parle bien de t'aider. T'aider à conquérir la rousse de ton cœur. »
Il me regarde avec suspicion, mais je vois bien qu'il est très intéressé par la suite.
« Vois-tu, mon cher James, je partage mon dortoir avec la préfète depuis ma première année. »
Ca y est, il mange presque dans ma main, le prétendant éconduit.
« Et je peux même te dire que nous sommes plus d'une dizaine à penser que Lily Evans a craqué pour toi depuis belle lurette… »
Il manque de s'étrangler, le pauvre, et ses amis me regardent méchamment, comme s'ils croyaient que je jouais avec le cœur du pauvre Potter. Mais ce n'est pas mon genre.
« Mais de deux choses l'une : Lily n'est pas du genre à s'avouer facilement ce genre de sentiments, et on ne peut pas dire que tu t'y prennes de la bonne manière. Franchement, Potter, les phrases de séducteur à deux balles, c'était quand t'avais douze ans, mais plus maintenant ! »
Je ne peux m'empêcher de lancer un coup d'œil en direction de Sirius en disant cela, et ce dernier me regarde avec dégoût. Il a compris l'allusion, le beau brun.
« Et je fais comment, alors, pour draguer Lily ? Il faut bien qu'elle me remarque.
- Le problème, Potter, c'est qu'elle te remarque trop. »
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Nos yeux sont embrouillés, nos regards flous, nos lèvres tremblantes. Il pose une main dans mes cheveux, s'emmêle les doigts et fait des nœuds. Je baisse la tête. Il l'attire contre son torse, et la chaleur m'envahit. A nouveau, le paradis. Il jure de ne plus jamais m'abandonner en enfer, je ne dis rien. L'émotion, sans doute. Jake s'est enfin excusé, et nous voilà enlacés, rassurés de nous retrouver. Nous rentrons dans le château, souriant béatement, et je me sens presque heureuse. J'aperçois Lily, quelques mètres plus loin, et nous la rejoignons pour faire causette. Les Maraudeurs passent en coup de vent dans le couloir, et là, je vois le visage de la préfète se décomposer.
« Un problème ?
- Non, je… Depuis quand Potter ne me harcèle plus ? Tu ne trouves pas ça bizarre ?
- Bah, qui sait… Tu devrais en profiter, pour une fois qu'il ne t'empêche pas de tourner en rond. »
Elle acquiesce, encore étonnée, et nous nous dirigeons vers la salle de potions. Je souris intérieurement. Il faudra que je parle à Jake de plan diabolique que j'ai mis en place… Je lui souris, il me sourit, nous nous quittons. On croirait presque un couple parfait d'adolescents pleins d'hormones. Je m'assieds près de Deliah, et elle me demande aussitôt des nouvelles d'Owen. Elle a faillit me faire une crise de jalousie en apprenant que j'avais passé un mois à Cannes avec lui et ses parents… Cependant j'ai pu la renseigner sur un tas de détails intéressants…
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Octobre 1975
« Tu peux pas faire attention ! »
Terrence Ush me fixe méchamment.
« Désolée. »
Mais tout dans ma voix indique que je ne le suis pas du tout. Ce crétin me toise un instant, puis son visage s'orne d'un sourire moqueur.
« Glenn Grove. Tu m'as manqué mon amour… Et ton petit Jake, comme va-t-il ? »
Je ne réponds pas. S'il a quelque chose à me dire, qu'il fasse vite, je suis plutôt pressée.
« Je parie que t'es sortie avec lui et que c'est depuis ça qu'il est devenu homo ! »
Mes yeux s'écarquillent… Comment ose-t-il, ce connard ?? Mon poing se serre. J'ai des envies meurtrières. Mais j'ai déjà assez d'ennuis comme ça, j'ai intérêt à me la fermer.
« Alors, ça fait quoi, de coucher avec un gay ? »
Mon poing part tout seul. J'ai à peine le temps de voir du sang gicler du nez de Terrence, que déjà je me retrouve à terre. Tout va trop vite. Il m'écrase l'estomac, et un haut-le-cœur me prend. Je lui balaye ses jambes. Il est déséquilibré. J'en profite pour me relever. Je m'apprête à lui envoyer un deuxième coup, dans l'entrejambe. Mais Terrence est plus rapide. Il m'éclate contre le mur, et la douleur me transperce l'épaule. Mais je suis aveuglée par la colère, je ne ressens presque rien en quelques secondes à peine. Je lui cogne le tibia avec mon pied, et il crie comme une gonzesse.
« Par Merlin ! »
