Note de l'auteur : Je remercie toutes les personnes qui m'ont laissé une review. Je ne m'attendais absolument pas à en avoir autant. J'ai essayé de vous offrir quelques échanges verbaux dans ce chapitre, même s'ils restent rares. Je vous promets que d'autres dialogues plus longs arriveront pas la suite. Chaque chose en son temps, n'est-ce pas ? Je vais essayer de poster chaque semaine, mais je ne garantie rien.


Le temps des camélias :

Blaine était appuyé négligemment contre une des barres de métal qui traversait la rame verticalement, donnant ainsi aux voyageurs novices la possibilité de ne pas tanguer dangereusement lorsque le métro s'arrêtait ou tournait avec brutalité. Ce matin, sans que le jeune homme ne sache vraiment pourquoi, la population New-Yorkaise semblait avoir entièrement désertée les rues pour trouver refuge dans le ventre de la bête souterraine. Peut être était-ce dû au froid qui faisait maintenant passer le simple fait de réussir à franchir la porte de chez soi pour un exploit digne des héros de la mythologie grecque. Ou peut être était-ce dû au fait que les conducteurs de bus aient choisi ce jour pour faire la grève afin de protester contre les agressions dont ils étaient régulièrement victimes. Mais peu importait la raison, la résultat était là : vu de l'extérieur, la rame dans laquelle se tenait Blaine devait ressembler à une boite de sardine vitrée.

Cette pensée fit éclore un sourire sur le visage du jeune homme, et l'individu qui se trouvait à quelques centimètres seulement de son visage fronça les sourcils, pensant certainement que Blaine se moquait ouvertement de lui. Quiconque abandonnait son masque neutre dans une rame de métro s'attirait aussitôt les regards menaçants de ceux qui étaient dans son champ de vision. Blaine avait toujours trouvé cela stupide car, lorsqu'il entrait dans une rame, il avait souvent l'impression que les passagers allaient assister à l'enterrement d'un parent ou d'un ami en commun. Mais, s'il en allait ainsi depuis l'ouverture de la première ligne de transports souterrains, en 1904, ce n'était pas Blaine, individu perdu parmi une foule d'individus, qui réussirait à faire en sorte que les New-Yorkais sourient dans le métro.

Blaine attendait avec une impatience grandissante que le serpent métallique atteigne la station à laquelle le bel inconnu était monté dans sa rame. Lorsque la voix désincarnée avait annoncé l'imminence de son arrêt, la veille, il avait détourné son regard du jeune homme avec regrets. Après que ses deux pieds eurent trouvés le béton du quai, Blaine avait dû mener une lutte acharnée contre son esprit qui lui intimait de tourner la tête pour jeter un dernier regard à l'inconnu. Et il avait pris la direction de la sortie d'un pas beaucoup plus rapide qu'à l'accoutumée. L'idée de voir, à nouveau, le jeune homme avait empli ses pensées durant la totalité de la journée, excepté lorsque son supérieur l'avait vertement réprimandé pour avoir rangé des pulls à une place qui ne leur était pas attribuée. Et l'inconnu avait également été le sujet principal de ses rêves de la nuit, si bien que Blaine avait grandement maudit le réveil de son portable lorsqu'il avait laissé échapper les premières notes de « Teenage Dream ».

Blaine Anderson espérait pouvoir laisser son regard glisser sur le corps du jeune homme durant quelques minutes supplémentaires. Cependant, il était parfaitement conscient qu'il y avait seulement une chance infime qu'il se retrouve face à l'inconnu. Pour cela, il était nécessaire qu'il monte dans la même métro que lui, ce qui était encore réalisable, mais aussi dans la même rame que lui, et cela était presque improbable. Le jeune homme s'était pourtant fait la promesse qu'il irait parler à l'inconnu si celui-ci croisait son chemin, à nouveau. Si la bonne étoile de Blaine daignait lui apporter son aide, le jeune homme accepterait d'aller boire le contenu d'un verre avec lui, un soir prochain. Mais il était plus probable que le bel inconnu éclate de rire en entendant Blaine lui demander s'il était possible qu'ils se revoient en dehors du métro.

Le jeune homme sentit alors son téléphone vibrer doucement dans la poche de son pantalon chino couleur lie de vin. Il lâcha la bandoulière de son sac de cuir marron et porta la main à sa poche, non sans heurter ses plus proches voisins, ce qui lui valut de nouveau des regards courroucés et emplis de mépris. Une barre lui indiquant qu'il avait reçu un message de son ami Noah Puckerman était apparue sur l'écran de son portable, masquant partiellement la photo représentant une plage sous un scintillant soleil qui composait son fond d'écran. Blaine appuya surs les chiffres de son code confidentiel, qui n'avait désormais plus rien de confidentiel pour les passagers qui ne se gênaient nullement pour regarder, à la dérobée, ce que faisait le jeune homme. Puis, il fit coulisser la barre et le message s'afficha, faisant apparaître un sourire aux coins de ses lèvres.

« Alors Anderson, ton casse-croûte est-il au rendez-vous ce matin ? Parce que si c'est le cas, merde, tu devrais avancer ta pause déjeuner ! »

Blaine soupira et songea qu'il avait commit une grave erreur en racontant son trajet en métro de la veille à Puckerman. Il fréquentait son ami depuis suffisamment longtemps pour deviner que celui-ci ne cesserait de le harceler pour connaître chaque détail de la tournure que prendraient les événements avec l'inconnu. Depuis que Blaine connaissait Noah, qui préférait être connu sous le seul diminutif de « Puck », son ami avait suivi consciencieusement l'avancée de chacune de ses histoires, qu'elles aient pour nature les besoins du corps ou ceux du cœur. Le jeune homme n'appréciait pas toujours que Puck s'immisce dans sa vie privée mais il savait que son ami tenait simplement à veiller sur lui, et il devait reconnaître que Noah lui avait évité plusieurs fois de commettre des impairs que Blaine aurait regretté par la suite. Et surtout, il était incapable de cacher quelque chose à Puckerman : ce dernier le connaissait à la perfection.

Blaine avait fait la connaissance de Noah lorsqu'il s'était inscrit à un cours de boxe, afin de pouvoir extérioriser sa colère de ne pas mener la vie dont il avait rêvé toute son adolescence . Dès le premier regard, ils s'étaient détestés. Le jeune homme ne s'expliquait toujours pas pourquoi il avait haït Puck avec tant de forces, avant même d'avoir pris la peine d'engager la discutions avec lui. Peut être était-ce parce que ce grand garçon au crane rasé lui rappelait les footballeurs qui le jetaient dans la benne à ordures parce qu'il était ouvertement gay, lorsqu'il était encore au lycée et ne savait pas se défendre. Alors, Blaine racontait à qui voulait l'entendre que Puckerman n'était qu'un « imbécile qui compense son manque d'intelligence par la musculation ». Et Puck clamait dans le vestiaire, en réponse, que Blaine était « un fils à papa snobinard ». Tous deux s'évitaient soigneusement et les autres hommes du club avaient appris à ne jamais évoquer l'un en présence de l'autre.

Et puis, le soir où il avait perdu son premier emploi, Blaine s'était écroulé en sanglots sur le carrelage froid du vestiaire, cachant sa tête encore ses genoux. Il avait attendu que ses équipiers partent, parce qu'il avait horreur de pleurer devant les autres. Cela prouvait qu'il était faible et Blaine voulait paraître sans failles. Pourtant, après ce qui lui avait semblé de longues minutes, le jeune homme avait senti une main se poser délicatement sur son épaule. Il avait violemment sursauté et relevé la tête, pour se retrouver face à Noah qui le regardait avec un timide sourire. Blaine avait attendu, le défiant du regard, que le jeune homme se moque de lui, comme à son habitude. Mais lorsque la bouche de Puckerman s'était enfin ouverte, des mots totalement inattendus s'étaient formés sur ses lèvres et avaient été prononcés avec une empathie que Blaine ne lui connaissait pas :

- Tu veux parler Anderson ?

Quelque chose s'était alors rompu en Blaine et pendant que Puckerman s'asseyait à ses côtés, les larmes avaient de nouveau roulées sur ses joues. Et le jeune homme, d'une voix entrecoupée de sanglots, avait avoué à Noah qu'il avait perdu son emploi le matin même, parce que le tenancier lui reprochait de ne pas servir les clients avec assez de rapidité, et qu'il se trouvait ainsi sans moyen de payer son loyer. Il avait également confié à l'imposant boxeur qu'il ne voulait pas aller quémander de l'argent auprès de sa famille parce que ce serait donner raison à son père qui avait toujours dit que son fils cadet était incapable de réussir sans l'aide de ses parents. Pendant plus d'une heure, Blaine s'était déversé en un flot de parole sur Puckerman, qui l'écoutait en hochant parfois la tête, sa main droite toujours sur l'épaule du jeune homme. Puis, lorsque Blaine se tut, il prit la parole d'une voix claire :

- Tu veux venir vivre chez moi ? Le temps que tu retrouves un boulot. Ca t'évitera de payer un loyer.

- Pourquoi ? était le seul mot qu'avait pu articuler Blaine, que la proposition laissait sans voix.

- Parce qu'entre mecs, on doit être solidaires, avait simplement répondu Puck en lui adressant un large sourire.

Quelques jours plus tard, Blaine avait réuni ses rares effets personnels et sonné à la porte de son nouvel ami. Au cours des longues soirées d'été qu'ils avaient passé ensembles, affalés dans le vieux canapé, les deux garçons s'étaient découverts de nombreux passions communes et Blaine avait dû admettre que Puck était l'une des personnes les plus intelligentes et ouvertes qu'il lui ait été donné de rencontrer à New York. Lorsque Blaine lui avait appris qu'il était homosexuel, Puck n'avait eu aucun mouvement de recul, aucune grimace, et il n'avait pas mis fin à son habitude de se promener avec pour seul habit une serviette autour des reins. D'habitude, après que les hommes aient appris que Blaine était gay, ils n'osaient plus dévoiler la moindre parcelle de leur peau devant lui et, dès que le jeune homme les frôlait, ils s'écartaient avec vivacité. Comme si Blaine pouvait à tout moment se jeter sur eux et tenter de les violer, juste parce qu'ils étaient des hommes et qu'il était gay. Stupide.

Mais Blaine s'était habitué à ce qu'on lui fasse payer son homosexualité. Cela avait débuté lorsqu'il avait eu son premier petit ami. Durant des semaines, il avait été brutalisé, au lycée. Il avait été projeté contre les casiers, jeté sans aucun ménagement dans la benne à ordures et avait reçu divers sobriquets remettant en cause sa virilité. Puis, cela avait été au tour de sa famille, qui avait appris que Blaine avait un petit ami par une lettre anonyme. Son père avait hurlé des mots qui résonnaient encore dans la tête du jeune homme, parfois, et avait quitté la pièce en claquant la porte si fort que les murs avaient tremblé. Sa mère avait alors simplement pris la main de Blaine dans la sienne et l'avait serré avec force. Quant à Cooper, il semblait qu'il ait eu un accès de surdité soudaine car il continuait à parler « des petites amies » de Blaine comme s'il ignorait qu'il était gay. Le soir, Blaine avait entendu ses parents se disputer violemment au rez-de-chaussée et il savait que sa mère avait finalement calmé son père, qui n'avait plus fait aucune allusion à la préférence de son fils pour les hommes, mais le regardait comme s'il était porteur d'une maladie contagieuse.

Blaine avait conscience que seule la peur poussait les gens à agir de la sorte avec lui. Ses camarades de classe, comme son père et son frère, avaient été effrayés par le jeune homme parce qu'il n'était pas comme eux. Une peur ancestrale qui pousse tout homme à se méfier de celui qui n'a pas la même couleur de peau, la même sexualité, ou qui ne tient pas sur deux jambes comme lui. Et pour que Blaine ne leur transmette pas sa « maladie », ils l'avaient repoussé loin d'eux et avaient inconsciemment tenté de le « guérir » en le rudoyant. Mais cela n'avait fait que conforter Blaine dans son choix et, pour se protéger des agressions, il avait appris à se défendre, se servant essentiellement des mots, dont les effets perduraient plus longtemps que ceux des coups.

La cohabitation avec Noah avait duré seulement le temps d'un été, car Blaine avait cherché sans relâche un nouvel emploi, poussant la porte de tous les commerces et des agences, son curriculum vitae à la main, et avait finalement enfilé, de nouveau, une tenue de serveur. Cependant, il ne se passait plus un jour sans que le jeune homme et Puck n'échangent des textos ou aient une longue conversation téléphonique. Et, dès que leurs emplois du temps le leur permettaient, ils se retrouvaient le soir, pour regarder un film ou simplement traîner dans les cafés. Noah Puckerman était le seul que le jeune homme pouvait réveiller à trois heures du matin pour lui demander de venir le chercher lorsqu'il avait trop bu sans que son ami ne raccroche en lui disant d'aller se faire voir et la seule personne à qui il pouvait raconter les instants les moins glorieux de sa vie quotidienne, et de ses soirées, sans voir un sourire moqueur s'afficher sur son visage.

La voix métallique annonça l'arrêt auquel était monté le bel inconnu de la veille & Blaine leva brusquement les yeux de son portable pour regarder au travers des fenêtres de la rame s'il le voyait. Mais son regard ne distinguait rien parmi la foule multicolore qui grouillait sur le quai, s'amassant aux endroits où les portes des différentes rames allaient s'ouvrir. Dans un bruit sourd, les deux pans entièrement vitrés de la rame coulissèrent, et les New-Yorkais se précipitèrent dans la bête, poussant leurs congénères avec de petits sourires qui tenaient lieu d'excuse. Puis, dans un nouveau bruit sourd, le métro s'ébranla. Blaine se haussa sur la pointe des pieds, se retrouvant sous l'aisselle de son voisin qui était accroché à la barre avec un air nonchalant, afin de tenter d'entrevoir l'inconnu. Mais le jeune homme ne l'aperçut pas et poussa un soupir de déception tandis qu'il concentrait son attention sur l'écran de son téléphone.

« On dirait bien que je vais être à la diète aujourd'hui : pas de casse-croûte. »