Ce à quoi elle assiste ce matin la trouble au plus haut point : il a retiré la main factice qu'il portait - elle a cru voir que le moignon était relié à une partie métallique. Puis il s'est saisi de la main mécanique, l'a emboîté sur le moignon en métal dans un crissement sourd puis les doigts se sont mis à bouger comme par magie !
"Ca m'étonne de moins en moins que ce soit vous qui ayez dessiné ces plans. Ils sont parfaits."
"Danke."
Comme elle s'attendait à une absence habituelle de mots de sa part, elle met un certain temps à réagir au fait qu'il vient de parler.
Lorsque Wernert frappe à la porte, elle se tourne vers Kroenen et lui adresse dans un mouvement muet des lèvres : "Vous parlez !..."
L'officier Kroenen pose son index sur l'emplacement de sa bouche sur le masque lorsque Wernert fait son entrée.
"Herr Obersturmbannführer ! nous avons intercepté trois individus !"
Kroenen se lève, renfile ses gants, attrape sa casquette puis son manteau et suit Wernert jusque dans le hall de l'immeuble.
Elle quitte discrètement la pièce à son tour pour assister à tout depuis l'étage.
Kroenen fait quelques pas de long en large devant les hommes, maintenus en joue par ses troupes.
Son apparence est capable à elle seule d'ébranler le courage des plus valeureux !
Il s'arrête enfin devant l'homme du milieu et, d'une main, l'attrape par le collet, le montant plus haut que lui, des deux bras.
"Donne le nom de celui qui vous a envoyé !" hurle Wernert qui semble s'être fait une spécialité de traduire par des mots l'attitude de Kroenen.
L'homme crache alors sur le masque de Kroenen.
Ce dernier le repose sur ses jambes, essuie le crachat de son masque et avant même que l'homme s'en rende compte, lui enfonce la dague qu'il porte à la ceinture dans le ventre, faisant ployer le corps contre lui.
"Vous allez tous y passer ! donnez le nom de votre organisation !"
Le corps à terre commence à suinter le sang sur le carrelage.
"Je..." annonce l'un d'eux.
Kroenen lève le visage vers le concerné. Ses pas le mènent devant l'homme.
Sa main mécanique vient se poser sur l'épaule de l'intéressé et soudain un cri s'élève, la main serrant la clavicule et l'épaule au point d'en faire céder les os !
"Parle !" ordonne Wernert.
"Je... je parl... arghhhhhhhhhh !"
"Crache le nom de ton organisation !" hurle d'autant plus fort Wernert.
Depuis l'étage, elle se demande si c'est la main mécanique qui dispose d'une telle force ou l'homme lui-même... ou un furieux mélange des deux ?...
"Je vais parler ! mais qu'il me lâche ! AHHHHHH !"
Kroenen lâche l'épaule et l'homme s'affaisse, tenant sa clavicule broyée.
Kroenen a un geste à l'égard de celui qui n'a pas coopéré et ses hommes l'abattent sur le champ.
Remontant l'escalier, il s'arrête un instant, constatant qu'elle a assisté à toute la scène.
D'un pas résolument calme, elle regagne le bureau et il l'y rejoint.
"Très belle démonstration de force, Obersturmbannführer."
Il ferme lentement la porte : "N'importe qui d'autre serait effrayé."
Sa voix est douce mais elle résonne de façon relativement synthétique. Sans doute un émetteur placé dans le masque lui amplifie l'effet...
"Je ne suis pas stupide, Obersturmbannführer. Si vous m'avez recruté pour cette mission c'est que vous vous êtes très bien renseigné sur mon compte, que vous avez fouillé dans des dossiers classés secrets, de même que dans le passé de mon père."
"Votre père... fait partie de ces aristocrates allemands dont la place est à côté du Führer mais qui ont préféré se retirer, pensant la guerre perdue. En vous recrutant et en exigeant une forme d'effort de guerre de votre part, je ne fais que rétablir une situation jugée condamnable."
Elle se lève, lui faisant face. Il est grand, impressionnant, son masque le privant de toute expression ainsi que de toute humanité.
"Je savais que tôt ou tard, on viendrait me chercher pour ce que je sais."
"Je préfère vous savoir entre mes mains qu'entre d'autres que je ne citerai pas."
Elle passe un doigt léger sur la croix de fer qu'il arbore.
"Vous m'avez tiré des bras d'un homme en Irlande, Obersturmbannführer."
"Je m'en félicite d'autant plus." tombe, presque comme un murmure cruel.
Ils se jaugent un court instant puis : "Vous n'avez pas les mêmes idées que votre père. Vous êtes même très attachée à votre patrie. Comme tout bon Allemand le doit."
"Jusqu'où vos recherches sur moi vous ont mené, Obersturmbannführer ?" avec un sourcil levé.
"Il m'a dit avoir conservé un excellent souvenir de vous, Fräulein. Et c'est un homme de qualité, je me fie à sa parole. Il m'a également dit que vous seriez prête à nous aider. Voilà pourquoi... je n'ai pas longuement hésité."
Ce matin, il ouvre une boîte et installe un gramophone.
"Vous permettez ?" questionne-t-il.
"Faites."
De l'opéra... elle en était presque sûre. Elle laisse le disque s'achever puis elle sourit : "Quel homme raffiné vous faites..."
"Dois-je y voir un compliment ou une forme de sarcasme de votre part ?"
"Pourquoi ne pas m'avoir adressé le moindre mot avant ?"
"Parce que vous n'étiez pas digne d'intérêt." tombe comme une gifle.
"Et qu'est-ce qui fait que maintenant j'ai de l'intérêt ?"
"Votre regard lorsque j'ai châtié ces hommes hostiles au régime hier."
Ce sont des bruits stridents et métalliques qui la tirent de son sommeil cette nuit là.
Elle se lève, se dirigeant vers la porte de sa chambre, l'ouvrant prudemment. Etrangement, le Sturmbannführer Wernert ne monte pas la garde. Elle se dirige lentement, pieds nus jusqu'au bureau de Kroenen d'où proviennent les bruits.
Elle ouvre la porte, y passant le nez.
Il se tient là, devant une machine de laquelle il est séparé par une vitre. Des étincelles semblent jaillir derrière la protection transparente.
Kroenen lève la tête.
"Puisque vous être arrivée jusqu'ici, donnez-vous donc la peine d'entrer." dit-il en stoppant la machine.
"Vous ne dormez jamais ?"
"Ce n'est pas nécessaire à mon organisme."
Elle s'approche de lui, fascinée.
Il manipule la machine par le biais d'un petit clavier.
Le poinçon vient y graver une ultime lettre.
Il désactionne le mécanisme et récupère une de ses lames sur laquelle on peut à présent lire en lettre gothiques : "Alles für Deutschland".
Lorsqu'elle veut passer les doigts sur la gravure, il bloque son poignet de sa main mécanique sans trop de pression : "Voulez-vous y laisser votre peau ?"
Le coeur est un peu agité ce soir... serait-il possible qu'elle commence à trouver Kroenen aussi intriguant que charismatique ?...
Elle se tourne et se retourne dans le lit, tandis que les bruits stridents de la machine à graver reprennent, tatouant de ses convictions les lames acquises tout récemment.
En savoir plus sur cet homme... il faut en savoir plus sur cet homme.
"Vous avez déjà construit le prototype de cette arme, je présume..."
Il lève la tête vers elle depuis son bureau : "Vous présumez bien."
"Il va falloir que je la voie pour attribuer un coefficient de puissance au rayon."
"Je peux vous y mener tout de suite." dit-il, enthousiaste à l'idée que le projet prenne forme si rapidement.
Ils quittent la base au volant d'une voiture.
Il a une conduite extrêmement souple au volant... comme s'il faisait corps avec le véhicule.
"Que vous a-t-il dit d'autre sur moi ?"
"Ce n'est pas un homme très bavard. Il m'a juste renseigné sur ce que je voulais savoir."
"Il vous a dit que nous avons été proches ?"
"Je m'en suis douté à la façon dont il a parlé de vous."
"Je vois... l'intuition masculine..."
"Est-ce cela que vous voyez en moi ?... un homme ?..."
Ils arrivent devant une gare désaffectée en rase-campagne.
Kroenen sort une clé qui ouvre plusieurs cadenas.
"Après vous..."
Ils s'avancent jusqu'au bâtiment. Là, il ouvre un local annexe dans lequel sont entreposés une série d'armes.
Ils s'arrêtent un instant et discutent de l'alliage utilisé, des dimensions. Ses plans, si précis soient-ils, ne remplacent pas la vision de l'objet.
Sur le retour : "Il faut également ce minerai à fort pouvoir régénérescent." dit-elle.
"Je savais que vous viendriez avec ça."
"Il se trouve dans le Nord de l'Afrique, en bordure du Sahel."
L'avion fend les airs. Il est impossible de s'entendre parler à l'intérieur de la carlingue à cause du vrombissement des hélices.
Kroenen gît là, comme endormi ; un fauve avant la bataille.
Elle le regarde et s'étonne du peu d'hommes les accompagnant.
Ils atterrissent sur une piste de fortune en pleine zone désertique.
Sa surprise est totale lorsque Kroenen quitte son manteau : il porte une combinaison seyante qui lui colle au corps, de couleur vert foncé, ornée d'une pièce de poitrine finement ciselée, bras entrecoupés de plusieurs lanières de cuir reliées à des fourreaux souples contenant des couteaux et il porte à la ceinture, de chaque côté des cuisses, ses fameuses lames à poignées. Il a conservé ses bottes.
Elle tient la carte en mains : "C'est par là. Mais je crains que ce soit gardé par des groupes de rebelles..."
"Ne vous souciez pas de pareils détails." lui dit Kroenen en marchant à ses côtés d'un pas sûr.
Elle note qu'on entend par moment, lorsque le vent ne porte pas, un tic-tac aussi discret qu'incessant. Pourtant... il ne semble pas porter de montre au poignet... peut-être sous la combinaison...
Ils échouent à présent sur une dune qui surplombe la mine à ciel ouvert.
Effectivement, quelques hommes armés gardent l'entrée de la mine.
"Restez à couvert." lui dit Kroenen en s'avançant.
Elle le retient par le bras : "Vous êtes fou ! ils vont vous tirer dessus !..."
"Qu'ils fassent." lui répond sa voix dans un grésillement métallique de rage.
Elle le regarde s'approcher. Elle entend les sommations et son pas qui ne faiblit pas pour autant. Elle voit aux mouvements saccadés du corps de Kroenen qu'on vient d'ouvrir le feu sur lui, le bruit des balles se répercutant dans toute la surface de la mine. Elle s'attend à voir le corps de l'officier allemand s'affaisser mais il marque juste un temps d'arrêt et poursuit sa courses. Il sort à présent ses lames de leurs emplacements et les fait tournoyer, renvoyant les propres balles aux tireurs. Sa vitesse est absolument incroyable... peu humaine !...
Il tue ainsi et à coups de lames une vingtaine d'hommes. Le gisement de la mine est à eux et la main d'oeuvre toute trouvée pour quelques grammes d'or nazi...
"Vous m'avez impressionné." se doit-elle d'avouer à leur retour sur le sol allemand.
Kroenen se tourne vers elle, tête légèrement inclinée sur le côté : "J'ai une mission un peu plus noble que celle-ci. Mais j'accepte volontiers le compliment."
Elle entre dans le bureau que Kroenen a temporairement déserté puis tombe sur un masque qu'il est en train de se confectionner. Elle prend même l'objet en main.
Elle a l'impression que si elle pose ce masque sur son visage, elle deviendrait lui...
"... et ce serait si dramatique de devenir moi ?..." demande la voix caractéristique de Kroenen. Vive, elle se retourne et il apparaît derrière elle. Elle aurait pourtant juré qu'il ne se trouvait pas dans la pièce !...
"Liriez-vous dans les pensées, Obersturmbannführer ?"
"Les vôtres sont aisées à deviner..."
Il lui prend le masque des mains.
"... ajoutons à cela un peu de magie noire et le tour est joué."
"De quel ordre faites-vous partie, Herr Kroenen ?"
"De la loge occulte de Thulé." en s'installant à son bureau.
Il frémit lorsqu'elle pose ses deux mains sur ses épaules, placée derrière lui, rapprochant sa joue presque contre la sienne : "Vous et moi, étions faits pour nous rencontrer."
"Je pense que vous n'avez qu'une faible idée de ce que je suis..."
"Je ne demande qu'à le découvrir."
Si elle avait pu voir cette lueur dans son regard sous le masque...
Alors qu'elle se redresse, il lui attrape le poignet : "Alors oui, faisons plus ample connaissance, voulez-vous ?..."
C'est à son tour de frémir.
Il la lâche puis se lève, lui faisant face.
Sans un mot, il libère les brides qui tiennent son masque en place, dans des gestes lents mais précis - dénotant une longue habitude. Le masque glisse. Il porte une cagoule noire laissant percer l'emplacement des yeux et quelques trous plus fins au niveau du nez et de la bouche.
Elle remarque déjà que ses yeux sont anormalement immenses.
Il fait glisser la tirette qui maintient la cagoule à la combinaison noire qu'il porte habituellement sous l'uniforme. Très précautionneusement, il commence à retirer la cagoule.
Ce sont ses yeux à elle qui deviennent immenses à présent en découvrant ce que cachait la cagoule : un visage sacrifié à on-ne-sait quelle science, une absence totale de paupières et de lèvres, laissant apparaître globes oculaires et rangées de dents.
Son coeur vient de bondir violemment sous la poitrine - elle s'attendait à quelque chose de blessé mais pas à un homme totalement défiguré, comme rapiécé. Pourtant... elle trouve dans les iris clairs une certaine forme de beauté.
L'instant ne dure que quelques secondes puis il remet sa cagoule dans des mouvements toujours aussi doux ainsi que le masque, soigneusement repositionné.
"Je vous félicite."
"De quoi ?"
"De n'avoir pas pris vos jambes à votre cou. Tout juste ai-je cru déceler vos yeux agrandis de surprise... vous avez un sacré sang froid. Mais maintenant que vous savez ce qui se cache sous le masque, voyons si votre regard sur moi ne va pas se mettre à vaciller."
C'est une alarme qui se met à résonner.
"Qu'est-ce que..."
"Quelqu'un a pénétré dans l'enceinte de l'ancienne gare !" lui dit Kroenen en sautant sur ses jambes, récupérant à la hâte sa casquette et en enfilant son manteau pour se rendre sur les lieux.
Il saute dans la voiture et s'y rend, accompagné de quelques hommes.
Ils sont accueillis par un tir nourri de balles qui blessent le conducteur, faisant effectuer plusieurs tonneaux au véhicule.
Inhumainement rapide, Kroenen s'en est dégagé avant.
Il s'avance, constatant les cadenas rompus.
On lui tire dessus mais voilà bien longtemps qu'il est à l'épreuve des balles.
C'est la perplexité dans les rangs adverses.
On en vient alors aux mains, se jetant sur lui.
Deux lames surgissent de dessous ses manches, découpant violemment les assaillants, portant des coups plus directs les uns que les autres, mettant à mal les trois hommes qui voulaient empêcher sa progression.
Arrivé à hauteur du hangar, il inspecte le matériel, parcourant les rangs de canons entreposés là. Soudain, un ultime homme lui saute dessus et il finit empalé sur une des lames meurtrières de Kroenen.
L'officier en chef fait alors vérifier le hangar de fond en comble puis une fois rassuré sur l'absence d'intrus, il regagne la base.
"Hmm... vous avez encore du faire un beau massacre. Et dire que j'ai manqué ça !..." dit-elle, soupirant de déception.
Kroenen lève le menton, semblant soupirer à son tour, puis l'abaisse dans un mouvement mécanique : "Il n'y a aucune pitié à avoir avec les ennemis du Reich. Je ne vous apprends rien, n'est-ce pas ?"
Ce sont des notes de musique qui la tirent de son travail.
La base semble si calme...
Elle descend les marches de l'escalier, se laissant guider par la musique. Du piano... un son d'une pureté éclatante...
Elle entre prudemment dans la pièce.
C'est la silhouette de Kroenen qu'elle distingue sur le tabouret et qui joue de l'instrument.
"Puisque vous êtes là, donnez-vous à nouveau la peine d'entrée." lui dit-il comme lorsque sa curiosité l'avait guidée jusqu'au bureau alors qu'il faisait graver ses lames.
"Voyez... le monstre sait aussi apprécier le piano."
"Je ne vous ai jamais traité de monstre. Ni même jamais pensé." se défend-t-elle de manière véhémente.
"J'aime à imaginer qu'il vous arrive de penser comme les autres." rétorque Kroenen sans cesser de jouer une triste et douce mélodie.
"C'est Wagner... un extrait de Tristan et Iseult..." devine-t-elle.
"Vous êtes décidemment très cultivée."
Elle se glisse derrière lui.
La main mécanique ne semble lui poser aucun problème, possédant exactement la même dextérité, si ce n'est davantage, que la main valide qui est également garnie de quelques cicatrices.
"Quel être fascinant vous êtes, Obersturmbannführer Kroenen..."
La mélodie cesse. Kroenen semble perdu dans de lointaines pensées.
Il se lève.
"Fascinant... ce mot semble vous être cher." dit-il sur un ton qu'il n'aurait pas souhaité si neutre.
Il s'approche d'elle. Il porte sa combinaison associée à cette superbe pièce de poitrine agrémentée d'ornements taillés à même le métal.
Il attrape sa main de la sienne valide et la porte jusqu'à la pièce de poitrine.
"Saisissez-vous de cette pièce saillante. Parfait. Tournez d'un cran sur la gauche, lentement, d'un quart de tour. Puis à nouveau sur la droite. Bien. Maintenant, enfoncez-la de quelques millimètres. Tirez-la hors de la cavité à présent, très lentement... c'est une pièce assez longue."
Ce qu'elle retire explique à elle seule ce qu'elle prenait pour une le tic-tac d'une montre... une belle pièce métallique en cuivre, ciselée d'une très fine façon, longue d'environ 20 centimètres, qui tourne sur elle-même de manière régulière, émettant de discrets cliquetis métalliques.
Kroenen lui fait replacer la pièce dans la cavité logée à l'emplacement du coeur.
"Je suis si peu humain."
"Ca ne fait rien." vient immédiatement en écho à sa phrase.
"Ca ne vous fait rien ? mon aspect ? le fait que je sois mécanisé, voué à vivre des siècles durant même si... nous allons perdre la guerre. Et notre collaboration n'aura servi à rien... avec ou sans ce canon, les alliés sont déjà à nos portes."
Les deux mains viennent frapper à plat le clavier, faisant gronder le piano de toutes ses cordes.
Il a la tête basse, un poids immense sur ses épaules.
"J'aurai voulu apporter la victoire au Führer. Je l'aurai tant voulu... je crois à cette grande Allemagne."
"Obersturmbannführer..." en s'approchant de lui, main dans son dos.
"Que nous reste-il à nous autres Allemands à présent ?"
"Chhh... il nous reste nous."
Sa main descend le long de son bras solide.
"Je ne peux me contenter de ça." déclare-t-il, aussi tranchant que ses lames, quittant rapidement la pièce.
"Obersturmbannführer !"
Kroenen lui fait un geste pour qu'il s'en aille immédiatement. L'assaut a été donné par les alliés, sans quartiers.
"Pas sans vous !"
Kroenen le tient un instant par les épaules : "C'en est fini de nous, c'en est terminé de la guerre. Nous sommes vaincus, Wernert."
Ce sont les seuls mots qu'il lui adressera de toute sa carrière.
Wernert fait le salut hitlérien et rejoint ses camarades en fuite.
Kroenen se tourne vers elle : "Ceci vaut aussi pour vous."
Elle s'approche de lui. Le moment est si intense qu'il la prend contre lui : "Veillez sur vous." lui murmure sa voix métallique.
"Nous serons sans doute amenés à nous revoir. Puis-je savoir votre prénom, Obersturmbannführer Kroenen ?"
"Karl. Karl Ruprecht."
