EEEEt oui voici la suite. Comme vos retours ont été tellement enthousiastes sur le premier chapitre, j'ai eu un peu de mal à me mettre à faire la suite... qui est... différente, plus simple... Je me suis amusée c'est tout, j'ai écrit relativement facilement pour faire cette petite chose. Bref ne vous attendez pas à un truc de fou, juste un petit Johnlock à la sauce des cavernes et inspiré du livre de Jean M Auel "La vallée des chevaux " du cycle "Les enfants de la terre" ! Je préviens qu'il n'y a pas de fin heureuse, juste pour les ultra-sensibles parce que franchement cela ne fait pas non plus pleurer...

Je remercie du fond de mon cœur Electre1964 qui a corrigé mes nombreuses fautes d'orthographes avec plein d'humour et d'explications passionnantes (et très instructives ) !

Au temps des cavernes.

L'homme marchait depuis longtemps, sa fatigue le lui disait ainsi que les ombres qui s'allongeaient sur la plaine qui lui paraissait sans fin. Il se fustigeait intérieurement, pourquoi s'était-il éloigné de sa horde pour suivre ce cerf. Il était le meilleur chasseur-pisteur de son clan, ils croyaient tous en lui et pourtant il était perdu.

De ses derniers rayons, Le soleil chauffait encore sa peau tannée. Des mèches de cheveux qui avaient perdu leur couleur blonde platine de son enfance, s'échappaient en touffes de leurs lanières de couleurs et venaient se coller à son front et son dos recouverts de sueur. Une grande lassitude le prit, la nuit allait bientôt tomber. Les ombres jouaient et se tortillaient à ses pieds, les derniers rayons de l'astre du jour parcouraient en flash la savane devant lui.

Il tomba à genoux épuisé, regardant la beauté de la nature sauvage l'entourant, cette sensation d'espace et de profondeur qui l'accompagnait depuis sa naissance. Le sentiment de solitude sembla alors resserrer l'horizon autour de son corps, l'étouffa, l'étrangla. Les larmes jaillirent de ses yeux. C'était la première fois qu'il vivait l'épreuve de la solitude et la terreur l'envahissait, il s'écroula sur place. La nuit tomba brusquement sur lui et s'accompagna des sons étranges des animaux. Il leva son regard vers la lune si proche et la pria qu'il sorte vivant de cette nuit sans feu, sans grotte, sans famille, sans la horde qui était toute sa vie.

Au petit matin, il sentit une présence s'approcher de son corps prostré contre le sol. On déposa une chaude fourrure sur sa peau frissonnante couverte de rosée. Il entendit le bruit de quelqu'un qui s'agenouillait, le bas d'une tunique entra dans son champ de vision. Un son saccadé lui fit timidement lever les yeux sur son sauveur. Un humain, un peu plus jeune que lui, frottait deux pierres l'une contre l'autre et de ces deux pierres jaillissait des étincelles. Stupéfait, l'homme perdu tendit le bras et fut arrêté par un cri d'alerte. Il retira précipitamment sa main et son regard rencontra une paire d'yeux comme il n'en avait jamais vu. La nuit avait-elle oublié des étoiles avant d'aller se coucher de l'autre côté du monde ? Ils brillaient d'intelligence et de malice. Le jeune homme lui montra des petites traces de brûlures sur ses bras tout en indiquant les pierres. Il agitait ses doigts et grognait légèrement, tout aussi fasciné par lui qu'il l'était. Ils s'échangèrent des sourires, preuve qu'il était bien humain, les animaux ne sourient pas. Puis le jeune reprit son activité tandis que l'homme se recroquevillait sous la couverture essayant de se réchauffer. Quand les flammèches attrapèrent les premières brindilles, quand le feu prit devant lui, il poussa un cri et se redressa brutalement. L'autre mit un peu du bois qu'il avait préparé sur les timides flammèches puis se leva à son tour. Il était moins trapu que lui mais plus grand, plus élancé, sa peau n'avait pas la même teinte que la sienne, ni ses yeux , ni ses cheveux. L'homme n'avait jamais rencontré quelqu'un de semblable. Son cœur battait furieusement. L'autre lui refit un sourire rassurant et posa sa main contre sa propre poitrine en prononçant d'une voix rauque difficilement une syllabe incompréhensible à ses oreilles. Celui-ci secoua la tête. L'autre recommença, tapant, essayant de parler plus distinctement et articulant soigneusement.

" Sheeeer-loooock "

" Sherlo…" arriva à répéter l'autre, imitant le geste en frappant sa propre poitrine nue.

Mais le plus jeune secoua de nouveau la tête impatiemment. L'homme perdu n'avait vécu jusque-là qu'entouré de gens qu'il connaissait depuis toujours, il lui était impossible de s'imaginer faire connaissance. La fureur de ne pas être compris agitait une tempête dans les yeux de l'étranger. Il répéta de nouveau le son se frappant la poitrine. Puis il fit un signe compliqué de la main avant de taper sur celle de son vis-à-vis avec une interrogation dans le regard. Un air stupéfait et ahuri fut la seule récompense de ses efforts. L'autre secoua la tête irrité et se détourna soudainement. Il se rassit au près du feu, cala d'une pierre une outre qu'il avait sorti de son sac en peau. L'homme se rassit lourdement à ses côté se sentant parfaitement stupide de ne pas le comprendre. Il suivait chacun de ses gestes élégants. C'était la première fois qu'il regardait quelqu'un faire la cuisine. Il n'avait jamais imaginé que quelqu'un d'autre qu'une femme puisse faire cela. Et c'est quand il voulut l'interpeller pour le lui signifier qu'il comprit que c'était son nom qu'il essayait de lui donner. Il poussa un grognement afin d'attirer l'attention du Sherlo et répéta le son en le montrant cette fois-ci. Il fut récompensé d'un sourcil levé réprobateur et d'un furieux déni de la tête.

"Sherlock" entendit-il. Il le répéta avec quelques difficultés sur la gutturale de fin, mais le sourcil réprobateur était parti et un sourire accueillit ses efforts.

Alors il essaya posant sa main sur lui-même, il n'avait jamais eu besoin de le dire : " Jaaaaw "

" John " s'entendit-il répondre.

Ce n'était pas tout à fait comme cela qu'on l'appelait dans sa tribu mais il acquiesça en souriant.

Ils s'assirent alors et mangèrent en silence. C'était bon, inconnu au palais de John, mais bon.

Quelque temps après Sherlock rangea les bols, prit de la terre et étouffa le feu. John retient une protestation, si Sherlock avait été capable d'allumer un feu rapidement, il pourrait recommencer facilement lorsqu'ils en auraient besoin. Il indiqua ensuite un point de l'horizon à son compagnon et se mit en route. L'homme perdu le suivit, qu'aurait-il pu faire d'autre ?

Ils marchèrent tout le jour, à la nuit tombée son étrange compagnon refit son rituel avec les pierres et ils se couchèrent l'un contre l'autre. Le lendemain fut identique à cela près que le paysage changeait graduellement. Des arbres au feuillage dense apparaissaient et le terrain semblait plus mouvementé de jour en jour, la savane laissait place graduellement à la forêt tropicale. Dans ce milieu il lui semblait que son compagnon était plus à l'aise. Il prenait le temps de s'arrêter pour cueillir des plantes et en montrer d'autres à John en grimaçant et secouant la tête. Par moment il contemplait le sol ou un buisson un long moment, John comprenait très bien ce qu'il faisait, c'était une habitude de chasseur. Cependant il lui fallait bien reconnaitre que les dons de chasse et d'observation de son jeune ami dépassaient les siens largement. Il voyait une empreinte bien avant lui et il semblait sentir l'arrivée des animaux. Ils purent de cette façon attraper un petit mammifère à fourrure après juste quelques instants d'attente, si bien qu'il parut jaillir du fourré devant lequel ils s'étaient posté directement dans les bras de son chasseur.

Un matin ils arrivèrent près d'une formation rocheuse perdue dans les hauts arbres couverts de lianes. John supposait que l'étranger l'amenait dans sa tribu, dans son clan. Il avait hâte de pouvoir rencontrer les personnes qui avaient engendré un individu si différent et séduisant. Il ne s'attendait certainement pas à ce qu'il allait trouver. Après quelques pérégrination au milieu de broussailles touffues, l'homme sentit qu'ils arrivaient, Sherlock avait l'air excité et lui indiquait de la main un endroit entre deux grands arbres. John aperçut un trou dans la concrétion rocheuse, trop petit pour abriter tout un clan… peut-être une petite famille ? Il vit Sherlock se mettre à grimper à un arbre particulièrement noueux. Il se voyait mal le suivre car le jeune homme était beaucoup plus agile que lui, alors il cria d'en bas son désespoir mais l'autre disparut de sa vue au détour d'une branche.

C'est à ce moment que John comprit à quel point en quelques jours seulement il était devenu dépendant de son nouvel ami, la terreur le reprit comme lorsqu'il s'était retrouvé seul dans la savane.

Sa frayeur fut cependant de courte durée, Sherlock réapparut tout aussi subitement qu'il avait disparut et lui enroula une liane autour de la taille. Il lui montra les nœuds dans le bois de l'arbre et aidé par le poids de son compagnon, il put grimper à son tour.

Bien qu'il eût pu s'y attendre, dût au manque d'activité humaine à leur approche, il fut stupéfait de trouver la grotte vide de gens. Il pensa, les premier temps de sa cohabitation, que peut-être les autres allaient les rejoindre mais il dut bien se rendre à la raison quand il constata la présence d'objets qui bien que divers et minutieusement exécutés étaient souvent en un seul exemplaire. Un couteau, un bol, une cuillère, un banc - fait d'une belle pierre taillée et polie sur laquelle on voyait des veines de couleurs. Il y avait d'autres objets plus ésotériques, supposa-t-il, bien que Sherlock le détrompa quelques soirées après leur arrivée en soufflant dans l'un d'eux ; un petit tube percé. Le son était extraordinaire et faisait une mélodie utilisant plusieurs notes. John en fut bouleversé. Sherlock avait inventé et construit lui-même d'autres instruments, des flûtes de toutes tailles, des tambours avec des peaux tendues sur des cylindres de bois cerclés. C'était un travail incroyable. John l'admira beaucoup et se demanda aussi s'il ne serait pas possible de faire des armes plus efficaces avec cette même technique. Son compagnon lui montra aussi un autre instrument encore plus élaboré, fait avec une sorte de gros fruit séché et évidé faisant office de caisse de résonance supportant un bâton, sur lequel était tendu un boyau d'animal en guise de corde où il y frotta un autre bâton soigneusement écorcé. Il variait le ton des notes en bougeant sa main sur la corde. Le son était proche d'un feulement d'animal et ressemblait parfois à la façon dont le musicien prononçait ce qu'il avait pris l'habitude de penser comme à son prénom.

John apprit à vivre avec ce personnage beaucoup plus facilement qu'il ne l'avait pensé au premier abord. Sherlock était très indépendant mais ne le laissait pas de côté et lui apprenait ses techniques de chasse de haute pointe ainsi que la vie au quotidien dans une grotte, comment aller chercher de l'eau à la rivière voisine, comment se soulager et se laver ainsi que nettoyer les déchets et les ustensiles. Il sut parfaitement s'adapter et au bout de quelque temps se sentit parfaitement à l'aise comme s'il n'avait jamais rien connu d'autre que cette vie solitaire. Ce n'est qu'une fois qu'il fut parfaitement adapté à sa nouvelle vie dans ce milieu si différent que les symptômes du manque apparurent. Le matin au réveil, la douceur de la peau de sa femme lui manquait. Il s'éveillait sans personne pour assouvir son besoin d'étreinte sauvage, sa libido revenait au contact de cette douceur de vivre à deux. Certaine fois c'était très douloureux, trop tendu. Il se demandait comment son compagnon avait-il pu se suffire à lui-même dans ce domaine alors que pour lui, son intimité dressée dans l'obscurité de la grotte le soir sous ses fourrures le dérangeait pour s'endormir. Parfois il se prenait à rêver éveillé, chose qui lui était impossible avant étant toujours entouré de gens. Ses rêves reflétait son intériorité, il apprenait à se connaitre. Au début il ne sut pas trop ce qu'ils signifiaient, ce ne fut qu'après ce qui arriva au cours d'une session de chasse qu'il put commencer à y mettre un sens.

Ce jour -à ils étaient tous deux à l'affût, chacun d'un côté d'une piste, prêts à rabattre l'animal sur l'autre. C'est alors que sans prévenir, sans bruit, le sanglier sauvage chargea Sherlock. Réagissant plus vite qu'il ne l'avait jamais fait auparavant, John bondit et enfonça sa lame dans la gorge du sanglier, faisant jaillir de long faisceaux ensanglantés sur le visage blême de son ami. L'attaque avait été fulgurante mais heureusement la parade de l'homme tout autant. Sherlock serra son compagnon dans ses bras et ils restèrent un instant l'un contre l'autre, avant qu'il ne se sépare et lui fasse un sourire qui disait ; je te remercie, maintenant c'est pour la vie, je serais toujours là pour toi. À cet instant John comprit ses rêves ; il n'avait jamais été plus proche d'aucun autre être humain, Sherlock était devenu son monde. Il aurait aimé pouvoir s'attarder dessus, réussir aussi à vocaliser ce sentiment mais une bête une fois tuée n'attendait pas. Il garda pour lui ses pensées.

Sherlock plaça une outre près de la gorge et perça un trou avec son poinçon, John l'aida en surélevant le corps de l'animal. Le sang s'écoula lentement. Puis rapidement ils dépecèrent l'animal. Partant sous la gorge, une large entaille ouvrit le ventre qui lâcha son flot d'entrailles. Ils attrapèrent chacun un côté de la peau et tirèrent, s'aidant d'un couteau de silex pour couper les tendons accrochant la peau aux muscles. Leurs peaux bronzées se tachèrent de zébrures sanglantes, Sherlock avait du sang séché sur le visage. Parfois leurs yeux se rencontraient et ils se souriaient. Leur travail commun ressemblait à une sorte de ballet.

Ils rentrèrent à la grotte très tard dans la nuit car ils avaient pris la peine de faire sécher leur viande avant de la ramener. Ils étaient revenus à la lumière du flambeau qui ralluma le feu et sitôt le dernier paquet remisé John se glissa sous ses fourrures avec un soupir de soulagement. Remonter par l'arbre à la nuit tombée était une tache périlleuse et fatigante, en plus des émotions et de la journée de travail… il s'endormit rapidement.

Le matin à son réveil il sentit contre lui une forme douce et chaude contre laquelle il frottait son sexe à demi-dressé. Il réalisa soudainement qu'il tenait Sherlock dans ses bras. Il mit du temps à comprendre que son ami avait dû déplacer ses fourrures pour s'installer auprès de lui avant de dormir. Il entendait sa respiration calme et profonde, John n'avait pas eu l'air de déranger son sommeil. Alors il reprit l'étreinte de ce corps chaud, agréable. Il attendit que son ami se réveille pour se lever et prépara le bol de tisane eau chaude additionnée des feuilles d'un arbre odorant qu'il cueillait non loin de là. Ils burent tout deux près du feu en mangeant un peu de viande préparée la veille. Ils se regardaient peu. Sherlock paraissait, comme certaines fois, complètement parti dans ses pensées. John le laissa tranquille malgré l'envie qui le prenait de le serrer contre lui de nouveau.

La journée fut consacré à la cueillette des baies rouges qui parcouraient les buissons pas loin de chez eux. Aux heures les plus chaudes du jour ils se réfugièrent dans la fraicheur de la grotte. Ils préparèrent la peau du sanglier en raclant soigneusement, chacun avec leurs outils de pierre, tous les nerfs et le restant de chair. Pendant que la peau trempait dans une anfractuosité du rocher rempli d'eau tiède et de cendre, Sherlock prit un de ses instruments et joua pour John des mélodies improvisées. D'abord dissonantes, il tirait de sa flûte des sons violents qui rappelaient la peur que John avait ressentie pendant l'attaque du sanglier. Ensuite elles devinrent plus mélodieuses et douces et John laissa son esprit divaguer sur la chaleur d'une peau contre la sienne.

À l'arrêt de la musique, revint la réalité et, avec elle, l'érection gênante qu'il ne pouvait jamais soulager que par de brèves pressions contre ses couvertures ou cette nuit, exceptionnellement, contre son ami. Sherlock s'approcha de lui et il put s'apercevoir qu'il n'était pas le seul à qui la musique avait fait de l'effet. La peau souple qui lui couvrait les reins se dressait à l'horizontale devant lui. Il glissa une main dessous et s'accroupit près de John en ne le quittant pas des yeux. Son bras commença à faire des va-et-vient qui faisaient onduler l'empiècement et une fine couche de transpiration fit briller son corps.

À la grande déception de John il s'arrêta brusquement puis le regarda fixement. John, surpris au début, réalisa, comme souvent avec un temps de retard, qu'il lui demandait de faire de même. Son sexe durci bondissait à l'idée de participer, simplement il ne savait pas trop à quoi s'occupaient les mains de Sherlock sous ce vêtement. Son regard perplexe dut parler pour lui. Sherlock, qui adorait lui donner des leçons, reprit son mouvement en soulevant obligeamment la peau souple pour qu'il puisse voir sa longue main transformé en poing, cramponné à sa hampe et la peau coulisser sur le gland. Ce geste mimait l'acte sexuel que John connaissait. Cela l'excita plus encore. Sa main écarta fébrilement les pans de son protège sexe et commença le mouvement à son tour. Le liquide qui perlait rendit vite l'action plus aisée et troublante. Son cœur battait plus fort encore que la peur rétrospective de la veille ne l'avait fait. Il tomba sur ses genoux, ses jambes tremblantes ne pouvant supporter leur charge. Il regardait son ami faire la même chose que lui, se troubler autant, gémir et accélérer le mouvement de sa main tout en ne le quittant pas de son regard étincelant qui passait de son entre-jambe à son visage. John l'imita, son regard fiévreux plongeant dans les yeux aciers et si clair qu'il semblait refléter les torrents de montagne puis s'arrêtant sur le sexe bourgeonnant dont il voyait le bout rougi et luisant disparaitre et apparaître dans la main de son ami de plus en plus rapidement. Il accéléra aussi puis, dans un frisson irrépressible, se sentit partir. Son sperme gicla en partie sur la fine peau de chamois qui lui tenait lieu de vêtement et sur le roc de la grotte. Il entendit le grognement de Sherlock qui jouissait à son tour. Plus habitué ou plus prudent, c'est sa main remplie qu'il alla se laver soigneusement et revint avec de quoi essuyer son ami embarrassé. Il s'essuya et se déshabilla pour nettoyer la fine peau qu'il portait depuis son exode et qui alla rejoindre la peau du sanglier sous le sourire moqueur de Sherlock. John comprit qu'il allait devoir faire plus attention s'il renouvelait ce genre d'activité.

La chaleur tombait, John, entièrement nu, put reprendre et aider son ami dans les taches du jour. Comme ils préparaient la venue de l'hiver, en faisant un maximum de réserve, la chasse leur prenait beaucoup de leur temps mais aussi la préparation de la viande pour la conservation et la cueillette suivi du séchage des herbes et fruits. Le soir ils rentraient harassés de leur journée tardive. Le matin les voyait se réveiller enlacés mais ils sautaient très tôt sur leur pieds. La pause de l'après-midi due à la chaleur était occupée par des tâches à intérieur. Ils n'avaient guère de temps ni d'énergie pour renouveler l'instant coquin qui avait si fort émoustillé John.

L'automne arriva, la nature perdit de son camouflage naturel pour se parer de belles couleurs dorées. Les feuilles des arbres caducs tombèrent en tas rougeoyants sous le soleil de l'été indien. Ils ramassèrent les fruits tombés sous l'action du vent, cueillirent les baies noires. Sherlock montra à John l'effet chimique de l'action d'un feu intense sur le mélange des baies et du miel qu'ils avaient recueilli auprès d'un tronc creux contenant une ruche. Sherlock semblait entretenir une sorte de complicité avec les abeilles, il attrapait les rayons dégoulinants à main nue et ne se faisait piquer que très rarement. Ils firent durcir ensemble le mélange chauffé et remisèrent la pâte de fruits, coupée en bâtons, dans des paniers tressés. Les réserves s'entassaient et grandissaient sous le regard admiratif de John. Si sa tribu avait pu faire ainsi, avait su faire tout cela, jamais les chasseurs n'auraient eu à partir aussi tôt après l'hiver, aussi loin… Il ne se serait jamais perdu.

Au premier gel qui annonçait la venue de l'hiver, John bien au chaud, serré contre Sherlock sous les fourrures, ne se rendit compte du froid mordant qui envahissait l'atmosphère que lorsque son ami se leva pour aller se soulager… emportant sa couverture avec lui. Grelottant, il le rejoignit vite avec la sienne sur les épaules. Sherlock tisonna les braises et intensifia le feu en rajoutant une bûche. John leva son visage vers son ami et il eut très fort envie de rire, de ravissement. Le froid avait rajouté une touche de couleur à l'habituelle pâleur de son ami. Une touche délicate de rose ornait le bout de son nez et le haut de ses pommettes ciselées, lui donnant un air juvénile et timide absolument charmant. Il éprouva un bref instant un élancement de désir profond qui envahit tout son corps, un élan d'amour incroyable envers cet être qui était tout son univers, une envie terrible de se frotter contre lui, de sentir sa peau contre la sienne ou bien de toucher, avec son nez, la froideur du sien et le réchauffer. Quand ils sortirent ce jour-là la nature recouverte de givre donnait l'impression d'avoir été sculptée dans du cristal, tout brillait délicatement, tout paraissait si fragile. Il faisait beaucoup trop froid sur le sol gelé pour sortir pieds nus. Sherlock montra à John comment se fabriquer une paire de chaussons qui les protègerait. Il sortit aussi des fourrures supplémentaires qu'ils nouèrent autour de leurs corps. Après avoir fait réchauffer sur le feu les restes de leur repas de la veille, ils enfilèrent leurs tous nouveaux chaussons et sortirent. Le roche gelée sur laquelle s'accrochaient des touffes de lichens rendait la descente périlleuse. Heureusement après avoir passé tout l'été à s'entrainer, John connaissait la paroi par cœur.

Ils avaient préparé leurs armes pour une journée de chasse, Sherlock cherchait un gros animal, cela les amena loin de leur refuge. La marche était longue mais ils ne s'arrêtèrent pas avant que Sherlock ne trouve une trace du passage d'un buffle. Ils le suivirent précautionneusement. John avait compris que c'était la première chasse de gros gibier de Sherlock qui ne la tentait que parce qu'il était là avec lui et que cela ne pouvait être qu'une chasse commune.

Après avoir pisté l'animal sur une longue distance dans le froid mordant il finirent par l'apercevoir soufflant sur des touffes d'herbe gelée d'une clairière. Les deux chasseurs encerclèrent l'énorme animal en prenant soin de garder le vent de face. Puis communiquant par signe, ils synchronisèrent leurs actions et bondirent ensemble, le cœur battant, en brandissant leurs lances soigneusement aiguisées la veille. Engourdi par le froid l'animal n'eut presque pas de réaction, il tourna sa tête vers John qui lui planta sa lance dans le cou pendant que Sherlock projetait la sienne en direction du cœur. Le buffle après quelques pas, éberlué, s'effondra sur le sol. Les deux hommes se regardèrent instantanément et poussèrent des cris de joie, se sautant dans les bras. Même dans leurs rêves les plus fous, ils n'auraient jamais pensé que cela se passerait aussi bien. L'adrénaline pulsait dans leurs veines, rougissait leurs visages, ils se cramponnaient l'un à l'autre, cherchant une expulsion à leur surcharge de frayeur. John renversa Sherlock de tout son poids sur le sol, ils riaient follement, ne sentaient pas la plaine gelée sous leurs corps, cherchant le contact, se bataillant presque. Sans qu'il le réalise, John planta ses lèvres sur le visage engorgé de sang de son ami. Il planta un baiser sur son nez rougi, et d'autres partout aux endroits qui l'avaient ému ce matin. Sherlock cessa de bouger. Puis timidement avança son visage et répondit, un baiser réchauffa le bout de son nez et d'autres légers se déposèrent sur les endroits visibles de sa peau. Leurs regards s'accrochèrent, choqués. Lire l'amour et l'attachement profond dans des yeux bleus ou gris ou couleur du temps, ils ne connaissaient pas, ils découvraient ensemble les joies de l'amour partagé. Presque par hasard ils s'embrassèrent alors sur les lèvres. John essayait de poser sa bouche sur le coin du sourire de Sherlock et celui-ci tentait de nouveau le nez. Le contact de leurs douces lèvres chaudes l'une sur l'autre les embrasa. Les lèvres sont un endroit sensible du corps humain, c'est avec qu'elles que l'on goutte d'abord avant d'avaler. Ce sont elles qui nous renseignent sur la température d'une boisson, la texture de l'aliment que l'on va manger. Tout passe d'abord par les lèvres. John et Sherlock en firent l'expérience, se goûtant, se découvrant, testant la chaleur, la moiteur, le renflement délicat, les méplats, la saveur de l'autre. Quand ils se séparèrent enfin, rattrapés par le froid qui régnait au sol, John passa sa langue sur ses lèvres comme pour avaler la fragrance inconnue. Puis Sherlock lui fit signe, il fallait s'occuper de la bête. Ils dépecèrent l'animal avant de le couper en quartiers assez grossier. John, avec son outil de pierre, entailla des branchages et montra à Sherlock comment fabriquer un travois. Deux branches qui s'entrecroisent liées par des cordons et plusieurs branchages passés au travers, on le passe à la taille et ainsi cela rend possible le transport d'une lourde charge. Ils posèrent la majeure partie de leur butin dessus et Sherlock creusa un trou pour enterrer le reste. Dans le permafrost il resterait gelé tout l'hiver. Il entassa des pierres par-dessus qui serviraient de repère lorsqu'ils seraient à cours de nourriture. Ils mangèrent un peu avant de reprendre la longue route du retour qui fut très pénible. Chacun à tour de rôle, tirait le travois. Quand ils arrivèrent enfin en vue de la grotte, il fallut d'abord de nouveau faire un cairn pour la viande avant de pouvoir enfin grimper chez eux. Ils se trainèrent près du feu et, après que Sherlock ait rajouté des fourrures supplémentaires, ils se serrèrent dessous l'un contre l'autre et s'offrirent un dernier regard brûlant malgré leur fatigue.

La neige arriva peu de temps après. Après le tannage de la peau du buffle, les dernières conserves achevés et les réserves de bois faites, ils eurent plus de temps libre. Sherlock montra à John la manière dont il avait occupé ses précédents hivers solitaires à la fabrication de tous les objets qui ornaient son quotidien. Il effleurait la conscience de John que, si cela avait dû être difficile de vivre sans tribu et donc endurcir sérieusement son ami, cela avait surtout dû être triste. Pourtant quand il regardait son ami, il sentait que sa présence lui suffisait, qu'il était devenu la tribu de Sherlock, qu'il remplissait amplement sa vie, alors la tristesse s'évanouissait et il se sentait fier d'être aussi important dans la vie de ce jeune humain exceptionnel.

La libido de John se réveilla avec le huit-clos que lui imposaient le froid et la neige. Il se satisfaisait en solo le matin, Sherlock se levait toujours plus tôt. Il avait un peu honte d'en être autant obligé, surtout que son ami, à ce qu'il en savait, n'avait pas réitéré l'acte après lui avoir montré comment faire. Il faisait de nouveau des rêves bizarres qui avaient pris une tournure différente toutefois impliquant le plus souvent les baisers fiévreux échangés dans la neige. Un matin, quand il ouvrit ses yeux embués de sommeil, Sherlock n'était pas encore revenu de la corvée d'eau. Il en profita pour commencer un cadeau. Il prit une peau et s'aidant de la technique apprise auprès de son ami, il la coupa et la noua. Par la suite, dès qu'il avait un instant, il polissait patiemment les os, les transformait en perles qu'il accrochait à l'aide de petits tendons séchés. Il obtint un vêtement décoré, magnifique, comme ceux que portaient les hommes de sa tribu dans ce qui lui semblait maintenant être une autre vie. Il avait fait toutes les perles au vu et au su de Sherlock qui, s'il le regardait interloqué, ne lui avait jamais signifié qu'il cherchait à savoir ce que son ami faisait. Par contre il avait attendu ses absences pour sortir le vêtement et le décorer.

Un matin, profitant de l'instant " toilette" de son ami, John étendit son cadeau sur le banc de pierre pour que Sherlock en rentrant dans la grotte ne puisse manquer de le voir. Sa surprise et ses yeux brillants fut la plus grande récompense de tous ses efforts. Puis Sherlock dénoua sa tunique. Son corps blanc et presque glabre, si étranger au regard de la toison blonde courant sur le torse de John, apparut par éclair au milieu de la peau sombre qu'il portait. John connaissait tout de lui mais c'était une nouveauté troublante de le voir se découvrir. Il regretta presque de le voir se vêtir de sa tunique de cérémonie lourdement chargée. Cela lui allait bien pourtant, faisant de lui le chef de ce monde, le chef de son monde. Sherlock arborait un sourire ravi, il semblait à John qu'il avait d'ailleurs appris à sourire avec lui car il le pratiquait de plus en plus souvent. Et John sentit quelque chose en lui se décrocher, comme s'il avait enfin toutes les réponses à ses questions muettes, il fit la seule chose qu'il fallait, qu'il avait envie de faire depuis longtemps sans le savoir. Il se précipita sur son ami, le serra dans ses bras, l'étouffa de baisers, glissa ses mains froide sous la tunique et les réchauffa à la chaleur de son compagnon. Il sentit la surprise du corps qui se raidit d'abord légèrement puis fondit contre le sien sans plus d'hésitation. Ils se frottèrent en grognant ne sachant pas trop quels endroits de l'autre ils touchaient. Le rythme se fit plus soutenu, ils titubaient l'un contre l'autre, la friction agréable et rapide fit exploser d'un coup le cerveau de John qui reposa son corps lourd sur son compagnon la tête sur son épaule le reste ne tenant que grâce au tuteur que lui faisait Sherlock. Il gémissait encore faiblement. Le liquide séminal gouttait encore légèrement et trempait ses doigts qu'il avait par réflexe refermés sur son sexe au dernier moment.

Après quelques instants contre son ami, il se reprit et alla chercher un bout de peau usagée pour s'essuyer. Il but un peu d'eau aussi puis se retourna vers Sherlock. Celui -ci se tenait toujours au même endroit, levant des yeux un peu hagards vers lui et, tout en le regardant, attrapa son sexe toujours dressé pour se soulager. John ne le laissa pas faire et prit les choses en mains. Il sentit l'émotion singulière de Sherlock à être ainsi touché et il éprouva un sentiment intense de joie qui s'augmenta quand son ami jouit dans sa main.

Ils reprirent le cours habituel de leur vie, laissant trainer les courtes journées d'hiver, profitant de leurs soirées au coin du feu, se touchant quand ils le voulaient amoureusement ou autre. Parfois dans la journée au cours de leurs rares parties de chasse ils prenaient le temps de jouer. Dans la neige, ils se bousculaient mutuellement reproduisant une bataille d'enfants. John poussait Sherlock dans la poudreuse. Son visage prenait une belle teinte rosée, la neige amortissait leur chute. Il donnait des bisous chauds sur ses pommettes rougissantes de froid, réchauffait de sa langue le bout de ses oreilles, enfouissait son nez dans son long cou, en sentant les muscles se tendre et les gémissements vibrer sous ses lèvres.

C'était comme une lune de miel. La découverte intense du corps de l'autre, la joie inhérente à procurer du plaisir, à sentir que l'on provoque le désir. Le corps de l'autre qui devient objet de plaisir, Le soir caresser à la lueur et la chaleur du feu la peau blanche et glabre jusqu'à ce qu'il gémisse et se tende. Et aimer cela. Faire de sa main un sexe qui touche, glisse et prend. Découvrir les creux, les bosses, les possibilités et aimer cela. Faire de sa langue une main et de sa bouche un réceptacle et aimer… aimer. Certains soirs, John avait l'impression de devenir un des instruments de musique de la collection de Sherlock. Celui-ci savait tant le faire chanter.

Puis en ce jour ordinaire d'hiver, Sherlock l'emmena dans un endroit qu'il n'avait encore jamais vu. Pour l'atteindre ils leur fallu traverser la rivière gelée, ils avaient pris de quoi camper, le trajet prenait un peu de temps et dans la neige les déplacements étaient plus lents. Ils arrivèrent quand le soleil dépassa le zénith et le lieu exposé à l'ouest resplendissait. Des falaises offraient de vastes anfractuosités creusées dans le calcaire. À cet endroit la paroi s'étalait blanche de craie et presque lisse. La neige semblait s'y refléter. Une magie propre à l'univers meublait ce lieu. Le silence l'habitait comme une des premières cathédrales du monde. Un endroit dédié et privilégié qui les appelait. Sherlock alluma un feu, trempa aux flammes l'extrémité de sa lance qui rougeoya légèrement avant de la retirer noircie. John avait remarqué déjà que cela la durcissait, la rendant plus solide et plus meurtrière. Avec, il traça quelques arabesques sur le mur de craie. Un rond, un bâton, d'autres partant du bâton central… Puis il montra du doigt la silhouette ainsi formé puis montra du doigt John et il refit le même geste plusieurs fois. Alors celui-ci comprit et, fasciné, s'approcha plus près regardant la forme qui le représentait. Il essaya aussi mais c'était difficile ne serait-ce que de tracer un trait, et les formes qu'il obtint lui parurent moins attractives que celles de Sherlock. Celui-ci en riant lui montra comment les effacer avec de la neige. Il traça d'autre traits compliqués qui, il le comprit, retraçaient sa vie. Il était né d'une femme solitaire qui lui avait légué sa grotte et ses dons pour survivre. Il traça ensuite sa rencontre avec celui qui deviendrait son amant. John suivait ses gestes, fasciné. Deux silhouettes côte à côte finalisèrent la série de dessins. Puis Sherlock lâcha son bâton s'approcha de John, prit son visage entre ses mains et le regarda intensément. Il se passa entre quelque chose de l'ordre d'un serment, " tu ne me quitteras jamais, je serai là prêt de toi, je te fermerai les yeux le jour de ta mort, tu seras mon univers et je serai le tien ". John était bouleversé, son cœur grandissait dans sa poitrine pour contenir tout cet amour. En accord, il ferma les yeux et tendit ses lèvres, une bouche chaude et vorace emplit le vide entre deux, chacun respirant dans la bouche de l'autre, leurs langues prenant leurs aises, s'unissant joyeusement, leurs corps se joignant et fermant le cercle de leur vie. Ils trébuchèrent passionnément sur le sol. Ils avaient inventé l'amour, le sexe, le monde vaste qui s'étendait autour de leurs deux silhouettes réunies ne leur paraitrait dorénavant plus si grand. Ils leurs semblaient qu'ils en étaient dorénavant le centre.

Le soir venu les trouva enlacés, nus sous leurs fourrures. Le feu réchauffant les endroits de leur peau exposées à l'air froid et ils n'entendirent pas le grondement lointain, la terre qui réclame son droit, la terre neuve en émoi. Sherlock, le visage baissé sous les couvertures, si bien que John ne voyait de lui qu'une touffe de cheveux brun, avait pris son sexe dans sa bouche et suçait, léchait, tétait. John, les joues rouges, gémissait, les yeux à demi-fermés, la tête penchée vers ce qui se passait plus bas. Le grondement s'enfla, une odeur de soufre envahit l'atmosphère.

Soudainement une fente s'ouvrit brusquement sous leur corps. Ils tombèrent, engloutis dans un maelström infernal de roche en fusion. Ils n'auraient rien pu faire, la planète réclamait du changement, labourait ses champs pour les générations à venir. Les deux amants innocents qui n'avaient comme témoin de leur amour qu'eux-mêmes, moururent ensemble serré l'un contre l'autre.

Des milliers d'années plus tard, au pied de ses mêmes hautes falaises calcaires, un jeune spéléologue ferait la rencontre incroyable au cours d'une descente, de ces deux corps fossilisés dans la pierre semblant s'étreindre depuis la nuit des temps.

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