Quand il ouvrit les yeux il ne comprit pas ce qu'il se passait. La fumée, le silence. Quelques secondes plus tard il se souvint que dans sa dernière pensée tout cela était censé disparaître, il n'aurait pas dû respirer l'odeur humide de ce pays… Il tourna la tête, fermant les yeux pour contrer le vertige qui le prit. Il était à l'envers, le visage écrasé contre le sol, tordu, son poids sur son épaule. Evidemment, il n'avait jamais pensé à mettre une ceinture…

Il tenta de changer de position mais la douleur fut terrible, il ne put empêcher le juron et la larme qui remonta sur son visage. Son genou déjà en miettes était tordu par sa jambe coincée sous la voiture défoncée. L'engin ne le bloqua pas complètement, mais la douleur oui.

Il avait chaud, au niveau de la poitrine, et savait que quelques côtes avaient dû êtres touchées. Il soupira, et ne bougea pas, à quoi bon. Il regarda le désert devant lui et vit une forme inerte sur le sol, le garçon avait été éjecté de la voiture, il soupira, revoyant les yeux grands ouverts de Luke. Une larme coula sur son visage, encore, mais cette fois ce n'était pas la douleur. Il tendit ses mains vers sa jambe, stupide instinct de survie, et tira dessus.

Il ne retint aucun des cris, des jurons quand son corps s'effondra dans le mauvais sens, même pas le sanglot qui le prit. Son mal de tête revint immédiatement, la nausée avec. Il ne put se retenir longtemps et rendit le peu de ce qui se trouvait dans son estomac. Il tenta de ramper, mais les débris de verre sur le sol s'enfoncèrent dans sa peau. Il s'arrêta, maintenant allongé sur le sol, dans la carcasse, fumante, inquiétante de la voiture. Il fallait qu'il s'éloigne et pourtant. Il ferma les yeux et resta là.

Pourquoi tenterait-il de se sortir de là, il n'était même pas sûr qu'on le sauverait… Il garda les yeux fermés, en repensant à Gibbs et toute l'horreur qu'il avait lue sur son visage. Gibbs avait cru l'enfant et c'était fait avoir, ça n'arrivait jamais… Ils étaient sa faiblesse, petits visages innocents... Une odeur d'essence envahit ses narines, mais il ne bougea toujours pas, il n'avait plus la force.

Il se laissa divaguer dans le flot d'images, le gamin toujours, il se revoyait tirer, l'expression froide de l'enfant se transformant en terreur, il revoyait le sang envahir ses petites lèvres et le tremblement de son corps, sa chemise pleine de liquide rouge. Il le vit encore s'effondrer dans un bruit trop léger.

A ce moment-là il avait laissé tomber son arme, le coup l'avait frappé en même temps, il avait tué l'enfant comme il avait tué son âme, sa foi. Et celle de Gibbs les avait certainement quittés à cet instant, il espérait qu'il n'avait alors rien vu… Lui avait préféré mourir que de tuer le gamin, il n'avait pas réagi, il était déjà trop tard… Il ne voulait plus se battre non, pas pour vivre avec cela, non…

Mais l'image d'une douce brune lui vint à l'esprit, Keats, Keats et son doux regard, Keats, bien plus saine que la plupart d'entre eux, nécessaire pour construire quoique ce soi de sa vie, qu'allait elle faire de lui maintenant ? Il frémit alors que d'autres larmes passèrent le barrage. Il était seul dans un désert à attendre la mort, alors qu'elle l'attendait surement, emplie d'inquiétude, prête à tout pour lui. Et si elle savait ? Si elle savait ce qu'il avait fait ? Pourtant à cet instant il avait envie de la voir, de l'avoir dans ses bras pour qu'elle prenne soin ses maux, efface ces brûlures, et ces images de sa tête…

Il ouvrit les yeux alors, le soleil se levait doucement. Une flamme apparut sur l'avant de la voiture, s'il voulait la voir, il fallait faire vite. Un autre joli visage traversa son esprit, mais il l'effaça immédiatement, il ne fallait pas penser à elle, elle ne serait pas là, elle ne pouvait rien. Il tira alors sur le sol, avec ses mains maintenant ouvertes, peu importe. Il rampa comme il put, la douleur était atroce.

Il tourna quelques instants le visage, il ne saurait dire pourquoi, le souvenir de la jeune fille violemment ballottée dans la voiture lui revint. Il se figea, posant ses yeux grands ouverts sur le corps sans vie de l'adolescente. Ce qu'il vit lui confirma ce qu'il avait vu, son cou était plié d'une façon trop étrange pour qu'elle puisse encore être en vie, il n'avait aucun doute. L'image était terrible, mais elle ne faisait que se rajouter à celles, indélébiles, qui avaient envahi son esprit.

Il se traîna plus rapidement quand des flammes plus violentes, trop chaudes, le sortirent de sa stupeur. Il s'éloigna comme il put mais ce qui devait arriver, arriva. La voiture explosa en d'innombrables morceaux, dans un brasier si chaud qu'il crut étouffer. Les flammes emportèrent alors avec elles tous souvenirs de la fille, tout espoir de ne pas se faire repérer aussi. Il était trop faible pour fuir, pour partir où que ce soit.

Aucun débris ne l'avait touché, heureusement, quelques brulures avaient cependant pris place sur ses bras, et un bout de sa jambe. Il ne pleurait plus, cet instant de faiblesse l'avait quitté, pris par la détermination, ou était-ce de la résignation ?

Il n'avait aucun intérêt à fuir, alors il se tourna sur le dos, et s'allongea là, prêt à observer le lever du soleil, prêt à attendre, peu importe ce qui viendrait.

Il observa le ciel de longues minutes, et se permit de fermer les yeux, pour un peu de repos. Il était épuisé.

Il repensa immédiatement à Keats, ça lui permettait d'oublier le reste, quelques instants. Il pensa à Abby, et Mcgee, mais immédiatement il se voyait leur annoncer la mort de Gibbs et le petit garçon revenait. Il préférait profiter du silence nouveau, du vent un peu frais.

Un bruit lui fit ouvrir les yeux, réflexe, instinct il ne savait pas mais il aurait préféré lutter. Le soleil était caché, par une silhouette tremblante, tordue. Il reconnut le regard, plein de haine, et de larmes. Le garçon…

« Tu l'as laissé mourir ! » Il tenait à la fille, plus qu'a Luke, il n'y avait pas d'hésitation à avoir. Son regard était révélateur, plus explicite qu'une autre parole. Il n'hésitait pas non plus sur le sort qui l'attendait. Il était là debout, au-dessus de lui, une arme tendu, bientôt écrasée sur sa poitrine.

« Tu es un tueur d'enfants, il n'y a rien de pire qu'un tueur d'enfants ! »

Il était enragé, il allait le tuer... mieux valait en finir.

« Ce n'est pas moi qui m'en sers comme arme ! »

Le regard du garçon passa de la colère à la folie. Il enfonça l'arme plus fortement et Tony dut grimacer, un os craqua mais il retient toute plainte.

L'enfant aurait du tiré, il était sur le point de le faire, il avait fermé les yeux attendant l'impact, et pourtant rien ne se produit. Il leva les yeux vers son bourreau et ne vit rien d'autre que des yeux vides, écarquillés. Quelques secondes après, peut-être moins, il s'effondra, un trou béant dans le crâne.

Devenait-il fou ?

Il se redressa rapidement et regarda autour de lui, rien. Il ne pouvait se lever, et pourtant il voulait savoir. Il attendit, seule possibilité qu'il avait depuis qu'il était là. Puis un point apparut au loin, grandissant rapidement, une voiture, surement avec un sniper. Il ferma les yeux et soupira, espérant de tout son être qu'il s'agissait des Américains.

Mais ce n'était pas un de leur véhicule, ou quoi que ce soit d'Américain, et ça ne le rassura pas. Il serra les poings, une nouvelle douleur était née depuis que l'autre avait appuyé son arme sur lui, sa respiration était difficile, il avait bien peur de comprendre pourquoi. Son mal de tête était toujours là, apaisé par d'autres sentiments, mais son esprit n'était pas clair. Il ne bougea pas.

La voiture étrange, bien que visiblement renforcée s'arrêta à coté de lui. Il attendit de longues secondes avant que quelqu'un ne sorte. Surement était-il épié par les vitres teintées.

Finalement, un homme sortit, et l'espace d'un instant il crut qu'il allait exploser de rire, douloureusement, les nerfs avaient pris le dessus. Le destin se moquait de lui, s'amusait à le torturer, surement le méritait-il ? Il se laissa tomber sur le dos, il n'avait plus qu'à se laisser faire, les forces lui manquaient. Les pas accélèrent à coté de lui, surement soudainement inquiets. Il ferma les yeux, peu importe.