Chapitre 2

Il se leva tôt le lendemain, il n'en pouvait plus de rester couché sans fermer l'œil. Il prit ses affaires pour la journée et partit pour l'hôpital, à pieds puisqu'il y avait laissé sa voiture la veille. L'air frais de l'aube lui fit du bien. Il avait vite parcouru la distance entre chez lui et l'hôpital et il était déçu que sa promenade soit si courte. Il entra sous le regard halluciné de l'infirmière de garde, qui regarda l'heure pour s'assurer de ce qu'elle voyait. Il était sept heures tapantes. House lui jeta à peine un regard. Il déposa ses affaires dans son bureau et ressortit de l'hôpital. Il repartit parcourir les rues désertes du quartier, et repassa devant le restaurant de la veille. Il n'avait pas rêvé ce restaurant, c'était déjà ça. Sa jambe le fit souffrir pour la première fois de la journée, il avala deux comprimés de Vicodin. Il continua à arpenter les rues encore un peu, pensivement, puis il prit un café dans un bar nommé « Lisa's Coffee ». Il avait choisit le bistrot au hasard, et il sourit quand il vit le nom inscrit en lettres dorées sur le chocolat noir accompagnant son breuvage. Il réfléchissait à la meilleure façon de martyriser les deux tourtereaux. Il avait décidé de frapper d'un coup de maître cette fois-ci, non que cette histoire l'agaçât, mais il était quelque part vexé que personne ne lui en ait rien dit. D'un autre côté, il ne pouvait pas leur en vouloir, ils avaient des dizaines de bonnes raisons de n'avoir rien dit. Et après tout, peut-être que la nuit dernière était la première… Mais il n'avait rien su pour le restaurant, donc il l'avait mauvaise et il allait se venger durement, très durement. Il souriait de sa propre cruauté.

Il reprit lentement le chemin de Princeton Plainsboro, fit quelques détours, il était encore en avance et il ne voulait pas faire se plaisir à Cuddy. Et surtout, il ne voulait pas la cueillir trop tôt le matin, surtout après la nuit qu'elle avait dû passer. Son sourire se fendit en une grimace à cette idée. C'était vraiment n'importe quoi. Cuddy et Wilson, et puis quoi encore ?

Il était 08h30 quand il arriva de nouveau dans le hall, face à la même infirmière pliant bagage après sa garde. Elle leva le regard vers lui et un sourire lui tira le coin de la bouche. Il croisa son regard et lui lâcha un mince sourire en retour. Dès qu'il tourna le dos, elle décrocha le téléphone de l'accueil et composa le numéro de la Doyenne.

« Ca y est, il vient d'arriver. »

House se retourna, la vit raccrocher et lui lança un regard explicite. Elle haussa les épaules en souriant. Il se sentait épié, comme si Cuddy avait peur qu'il découvre quelque chose. Ah si elle savait que c'était trop tard ! Il monta dans son bureau. Les trois mousquetaires n'étaient pas là, ils avaient l'habitude de venir plus tard, étant donné que leur patron arrivait toujours en retard. Il se dit que c'était le moment ou jamais de mettre son plan à exécution. Il savait parfaitement ce qu'il allait faire. Il se rendit au bureau de Cuddy qui était déjà visiblement très affairée. Il entra sans frapper, elle ne le remarqua pas tout de suite. Elle était débout et rangeait quelques dossiers et n'entendit qu'au dernier moment le bruit reconnaissable de la canne qui s'avançait derrière elle. Elle se retourna et poussa un cri, House était juste derrière elle. Il sourit aussi largement qu'il pouvait, elle le fusilla du regard.

« Vous êtes bien matinal aujourd'hui. Vous êtes tombé du lit, avez fait un mauvais rêve ?

- Je me suis fait repéré par le chien de garde à l'entrée on dirait…

- Vous esquivez ma question, c'est mauvais signe.

Il s'assit et la regarda quelques instants. Elle ne présentait aucun signe de ce qui avait pu se passer la veille, ses traits n'étaient pas tirés, elle n'avait pas abusé du maquillage. Elle était parfaitement éveillée et opérationnelle. Il la trouvait exceptionnelle. Il eut envie de la tester un peu :

- Vous avez passé une bonne soirée hier soir ?

- Je ne vois pas en quoi ça vous regarde.

- Moi j'ai passé une très agréable soirée !

Elle leva son regard sur lui pour la première fois.

- Vous m'en voyez ravie, mais si vous n'avez rien d'autre à me demander que le contenu de ma soirée, vous pourriez me laisser travailler en paix.

- J'ai passé une bonne soirée car j'ai rêvé de vous cette nuit. Et vous pouvez me croire, des nuits comme ça, on ne les oublie pas facilement !

- Atterrissez House, ce sont encore vos fantasmes qui vous jouent des tours. Vous ne dormez plus maintenant alors arrêtez de me harceler avec vos idioties.

Il se tut simplement, lui souriant toujours. Son regard était perçant et Cuddy ne parvenait pas à se concentrer en sentant son regard planté sur elle. Elle se leva et alla ouvrir la porte :

- Dehors ! Si vous n'avez pas de travail à cette heure matinale, moi j'en ai !

Il sourit intérieurement. Le piège se refermait. Il se retourna, se leva, un sourire toujours fixé aux lèvres. Il s'approcha de la sortie mais s'arrêta devant elle, lui faisant face. Il était tout près d'elle, et ses yeux d'un bleu limpide lui lançaient des éclairs. Il claqua brusquement la porte du bout de sa canne et se rapprocha dangereusement d'elle. Cuddy sursauta, elle voulut s'échapper en reculant mais son dos heurta le mur derrière elle. House leva sa main gauche et la posa sur sa joue, plongeant son regard dans le sien. Les éclairs avaient disparu, laissant place au désarroi et certainement à un peu d'effroi aussi.

- House, qu'est ce que vous faîtes…

Elle glissa ses mains entre elle et lui et le repoussa doucement. Il lâcha sa canne et la rapprocha de lui en passant sa main droite dans son dos. Il plongea son visage dans son cou. Elle pouvait sentir son souffle chaud agiter ses cheveux.

- Arrêtez ça tout de suite si vous ne voulez pas que je crie.

Il se redressa, laissant un peu d'espace entre eux. Elle soupira silencieusement de soulagement, visiblement très mal à l'aise. Il souriait toujours. Elle ne l'avait toujours pas frappé, donc ça ne lui déplaisait pas tant que ça, ce qui signifiait qu'avec Wilson ce n'était pas du sérieux.

- Ne m'obligez pas à vous frapper.

- Allons Cuddy, vous savez aussi bien que vous n'oserez pas frapper un infirme…

Son regard glissa de ses yeux à ses lèvres, et il approcha de nouveau son visage du sien, sa main n'ayant toujours pas quitté sa joue. Il n'eut pas le temps d'accomplir son geste car tout à coup, Cuddy détendit les bras avec force, le repoussant violemment. Il fut surpris et perdit l'équilibre. Il tomba lourdement en arrière, sur sa canne qu'il avait laissée tombée plus tôt. Il était mal tombé, et sa cuisse et son dos le faisait atrocement souffrir. Il gardait la bouche ouverte mais aucun son n'en sortit.

- Ne refaites plus jamais ça ! Mais qu'est ce que vous avez cru ? Sortez de mon bureau ! »

Il s'était redressé et avait reçu ces derniers mots en pleine figure, le regard de Cuddy était plus meurtrier que jamais. Il se releva difficilement, montrant sa faiblesse pour qu'elle culpabilise de l'avoir si violemment rejeté. Mais quand il croisa son regard, elle ne s'était pas adoucit, elle semblait même plus enragée. Il ne discuta pas et sortit en silence. Elle claqua la porte derrière lui. Il s'était attendu à une réaction brutale, il avait volontairement poussé le bouchon un peu loin, mais devait avouer qu'il était tout de même un peu surpris.