RETURN TO THE LABYRINTH,

La vengeance du roi des Gobelins.


Disclaimers: Le Labyrinth, son univers et ses personnages sont l'entière propriété de la Jim Henson Compagny.

AN: les cinq premiers chapitres sont déjà rédigés. Il ne me reste plus qu'à les relire une dernière fois avant de les publier. Sachant que le 6ème chapitre sera le dernier je pense. Bonne lecture!

- LL.


Ch.2

oOoOoOoOoOo

Toby s'attendait à un nouvel assaut de sa sœur derrière la porte mais... juste... plus rien. Le silence. Il se redressa et appela doucement.

_Sarah?...

Dehors, le vent se leva tout d'un coup, ouvrant en grand la fenêtre de la chambre sous une violente rafale. Un éclair apparu dans le ciel noir et on entendit le tonnerre alors qu'un grand oiseau blanc s'engouffrait dans la pièce par la fenêtre. À peine Toby avait-il eut le temps de reconnaître la chouette qu'il dut se couvrir le visage sous les attaques de l'oiseau qui lui volait au-dessus de la tête. Puis le vent retomba, l'orage sembla se calmer, et Toby aperçut une ombre gigantesque se dresser devant lui. Le rapace n'était plus, et à sa place se tenait l'imposante stature d'un homme vêtu d'une longue cape noire virevoltante.

_Qui...?

La créature fit un pas en avant, sortant des ténèbres, alors qu'un éclair dans le ciel noir illumina sa silhouette pendant un bref instant. Il avait l'aspect d'un homme grand, mince, avec de longs cheveux blonds, vêtu de noir et semblant porter le plastron d'une armure.

Toby sentit un frisson glacial lui parcourir l'échine alors que ses yeux se liaient à ceux de l'élégant inconnu. Dans son regard, où pointait une note d'amusement, il pouvait lire : « Tu ne devines donc pas? ».

_Vous êtes... le roi des Gobelins? comprit-il enfin.

L'étranger eut un sourire en coin et inclina la tête.

_Jareth, dit-il.

Toby résista à la ridicule impulsion de saluer à son tour et, à la place, se racla la gorge.

_Où est ma sœur?... Où... Où est Sarah? Demanda-t-il.

Étrangement il savait, sans se l'expliquer, que le couloir derrière la porte de sa chambre était vide à présent. Le sourire du roi des Gobelins s'élargit.

_Tu sais pertinemment où elle est.

Il s'avança vers le jeune garçon qui, hypnotisé par l'intense regard du monarque, ne pensa même pas à reculer ; il avait aussi remarqué le large pendentif étincelant en forme de faucille qu'il portait autour du cou.

_J'ai répondu à ton appel, dit-il d'un ton doux presque susurrant. J'ai exaucé ton souhait, jeune Toby. Tu ne reverras plus jamais ta grande sœur.

À ces mots, Toby eut l'impression que son cœur s'était changé en enclume pour tomber lourdement dans son estomac.

_Non, dit-il le souffle court, ce... ce n'est pas ce que je voulais!

Jareth eut un petit rire.

_Vraiment étonnant comme l'histoire est destinée à se répéter, remarqua-t-il. Laisse-moi deviner... Tu ne pensais pas ce que tu disais, c'est cela?

Toby ne répondit pas et se contenta de le fixer. Mais son regard implorant parlait pour lui.

_Malheureusement, vois-tu, ce qui est dit est dit.

Jareth rajusta ses gants d'un air distrait.

_Alors vous... vous allez en faire l'une des vôtres? Vous allez la changer en gobelin? Demanda-t-il en se souvenant du conte original, craignant la vérité ; et si cela était déjà le cas?

Pour toute réponse, Jareth sourit, lui lançant un regard énigmatique. Toby sentit avec une pointe de colère que le roi jouait avec lui.

_Ne pouvez-vous pas la ramener? Avança-t-il avec un peu plus d'assurance. Si je vous le demande à nouveau...

_Toby, l'interrompit-il d'une voix calme mais qui se fit plus sévère, maintenant retourne à tes bandes-dessinées et à tes jeux vidéos. Oublie Sarah. Après tout, elle n'était jamais là pour toi.

_Non, c'est faux!

Cela était parti tout seul et un peu plus fort que ne l'aurait voulu le jeune garçon. Jareth fronça légèrement les sourcils. Toby sentit que sous ses airs d'une désinvolture affectée, était cachée la fierté due à son titre et qu'il ne devait guère avoir l'habitude qu'on lui désobéisse. Il s'humecta nerveusement les lèvres.

_Je... je ne peux pas, reprit-il plus posément.

Le roi des Gobelins sembla le jauger pendant un instant. Il fit un large mouvement circulaire du poignet et une boule de cristal grosse comme le poing apparue dans sa main comme par magie.

_Sais-tu ce que c'est, Toby?

L'adolescent fit signe de la tête que non, captivé par l'orbe étincelante que Jareth faisait tourner entre ses doigts avec aisance et agilité.

_Ce n'est rien de plus qu'un cristal, dit-il. Mais si tu l'observes attentivement, il peut te montrer tes rêves les plus fous.

_Mes rêves?...

Le sourire du roi des Gobelins s'agrandit, laissant entrevoir ses canines. Il approcha le cristal à la vue de Toby et celui-ci tendit lentement la main vers l'orbe. Alors qu'il allait s'en saisir, il leva un instant les yeux vers le visage de son interlocuteur et vit dans son regard une lueur de victoire. Il y avait quelque chose de mal dans tout cela, il le sentait... Et Sarah, alors?

« Oublie Sarah. »

Toby ramena sa main vers lui.

_Merci, dit-il d'une petite voix, mais... je... je ne peux pas accepter. Je ne dois pas. Je dois retrouver ma sœur!

Un rictus mauvais déforma les traits de Jareth alors qu'il se redressait en rejetant ses longs cheveux fauves derrière lui. Il commençait à perdre patience avec le garçon.

_Ne me défie pas, gamin! Dit-il d'un ton dur.

Il jeta la boule de cristal aux pieds du garçon, qui explosa en un millier d'étincelles. Toby poussa un faible cri en levant ses mains devant lui pour se protéger. Aussitôt, de tout les coins sombres de la pièce, surgirent de petites créatures difformes et grotesques. Des gobelins. Elles encerclèrent Toby en ricanant et se jetèrent sur lui en poussant de petits piaillement perçants. Elles l'atteignaient tout juste au-dessus du genou mais le poussèrent et le pincèrent dans le but de lui faire perdre l'équilibre. Toby voulut se dégager mais ils étaient trop vifs et trop nombreux. Il entendit le rire de Jareth face à ce ridicule spectacle.

_Arrêtez! Appela-t-il, effrayé. Arrêtez ça!

Le roi fit un mouvement de la main et ses légions cessèrent toute attaque, observant attentivement leur maître, se demandant ce qu'il réservait ensuite au garçon. Toby, essoufflé et le rouge aux joues, lui lança un regard noir qui sembla grandement l'amuser.

_Allons, tu ne fais pas le poids, Toby, l'avertit-il.

_Contre vous? Lança-t-il de façon irréfléchie tel un enfant capricieux et têtu.

Jareth sourit de nouveau.

_Contre nous.

Un éclair surgit dans la nuit derrière eux et le grondement d'un coup de tonnerre déchira le silence qui pesait alors que les deux ennemis s'évaluaient du regard.

_Tu devrais accepter mon présent, Toby. Je ne l'offrirai pas deux fois.

_Navré, mais non. Je dois retrouver ma sœur. Je le dois et je le veux. Et je le peux, ajouta-t-il, se souvenant à présent de la quête qu'il avait lue dans le livre. Où est Sarah? Dites-le moi!

Jareth sembla ne guère apprécier son ton impérieux mais l'adolescent n'en avait cure à l'heure qu'il était. Son regard s'assombrit et Toby crut y déceler un instant de doute alors qu'il hésitait à répondre. Mais il pensa s'être tromper. Il était lui-même mort de trouille sous ses faux airs de courage et il était inimaginable que le roi des Gobelins puisse le craindre, ne serait-ce qu'un instant... n'est-ce pas? Puis les traits du monarque se détendirent, une lueur brilla dans ses yeux aux pupilles asymétriques et il rit doucement.

_Pourquoi risquer ta vie pour sauver une personne qui ne le mérite pas? Dit-il.

Toby pâlit. Qui avait parlé de risquer sa vie? Et qu'insinuait-il tout d'un coup?

_Que voulez-vous dire? Hésita-t-il.

Jareth soupira d'un air théâtral.

_Ah, ces Williams, décidément!...

_Que...? Vous nous connaissez? Je veux dire... moi et... vous connaissez Sarah? Il réalisa soudain qu'il ne s'était pas présenté à lui avant qu'il ne l'appelle par son nom, ni sa sœur d'ailleurs.

Jareth ne put retenir un sourire en coin.

_J'ai en effet déjà eu affaire à ta sœur par le passé.

Toby ne comprit pas pourquoi son cœur se mettait à battre plus vite. Il déglutit avec difficulté.

_Comment ça?

Jareth fit une petit pause avant de répondre, pour le suspens...

_Es-tu au courant de la légende, celle avec la princesse? Elle possède un jeune frère encore au berceau, il me semble...

Le cerveau de Toby venait de geler sur place. Son esprit refusait d'aboutir à la conclusion qui paraissait pourtant évidente. En quelques foulées légères, Jareth se tint juste devant lui. Il lui releva le menton d'une main autoritaire.

_Damne! S'exclama-t-il avec un sourire cruel. Tu aurais fait un superbe gobelin.

Fier de son petit effet sur les sentiments du garçon, Jareth le relâcha et s'éloigna en riant. Toby le maudissait. Il savait ce qu'il insinuait. Il murmura quelque chose d'à peine audible.

_Je te demande pardon? Jareth se pencha légèrement en avant en arquant bien haut l'un de ses longs sourcils.

_Je ne vous crois pas, répéta Toby à peine plus fort.

Sarah n'aurait jamais fait cela. Jareth sourit largement au son brisé de la voix du jeune garçon.

_Libre à toi de ne pas me croire, dit-il, satisfait. Je n'ai fait que répondre à ta question. Tu me demandais d'où je connaissais ta chère et tendre sœur.

Toby ne prit pas garde au ton suspicieux qu'employait Jareth pour parler de Sarah. Il ne fixait plus le roi à présent. Il avait baissé la tête, sûrement pour dissimuler sa peine à toute moquerie de celui-ci. Sarah avait souhaité qu'il soit enlevé... lorsqu'il était bébé?...

_Tu aurais mieux fait d'accepter mon offre, mon garçon, lui parvint une voix au ton suffisant.

Jareth se détourna, faisant voler sa cape autour de lui, et s'avança vers la fenêtre grande ouverte, pensant qu'on ne l'empêcherait plus de s'en aller dorénavant. Mais Toby le rattrapa sur le balcon.

_Attendez! Non, ne partez pas!

S'élançant derrière lui, Toby avait attrapé dans sa main un pan de la cape de Jareth. Celui-ci posa sur lui un regard intense, sourcils levés. Gêné, Toby lâcha le vêtement et baissa les yeux.

_Emmenez-moi auprès de Sarah, s'il vous plaît.

Jareth ne put dissimuler son étonnement.

_Je veux la voir, ajouta-t-il. Je dois lui parler.

Jareth se posa un instant et observa Toby comme s'il s'attendait à un mauvais coup de ce dernier.

_Après ce qu'elle t'a fait?

Toby sembla y réfléchir.

_Pourquoi pas? Après tout, moi aussi j'ai souhaité qu'elle soit enlevée par les gobelins... Mais ça ne m'empêche pas de l'aimer. Et comme vous me l'avez fait remarquer, je ne suis pas devenu un gobelin. C'est donc qu'elle est revenue me chercher, comme la fille dans l'histoire, n'est-ce pas?

Jareth ne dit rien. Son visage se moula tel un masque, mais Toby put y lire un mélange de sentiments fugaces durant une seconde... dont une certaine tristesse? de la nostalgie? des regrets? Il ne sut le dire avec certitude. Le roi semblait être en pleine réflexion intérieure.

Puis il s'écarta du balcon et tendit le bras en direction de la balustrade comme pour inviter Toby à s'avancer.

_Comme tu voudras, dit-il.

Toby fit un pas en avant et se retrouva tout d'un coup sur le sol de terre battue au sommet d'une haute colline portant un vieil arbre mort. Il se retourna, ne sachant plus de quoi il devait s'étonner, mais sa chambre, le balcon et la balustrade avaient disparu. La nuit était toujours présente, mais les flashs de lumière créés par les éclairs lui permettaient de prendre connaissance de son environnement. Reportant son attention sur le royaume qui s'étendait à ses pieds, Toby put voir que la colline sur laquelle il se trouvait surplombait une large vallée. Dans cette vallée s'élevaient de hauts murs de pierre entre lesquels la lumières filait comme des langues de serpents entre les étroites et tortueuses allées qui ne semblaient avoir ni début, ni fin. Au-delà tout n'était que ténèbres. Et au centre de ce dédale il aperçut un château. Il se pencha et plissa les yeux pour mieux le distinguer. Il y avait des tours avec des tourelles, des flèches, des dômes, des herses et des pont-levis. Le château par delà la cité des Gobelins. Le château au centre du Labyrinthe... *

_Es-tu sûr de vouloir toujours partir retrouver ta sœur?

Toby sursauta à la voix de Jareth et tout de suite après se mordit la joue pour avoir donné pareil signe de faiblesse. Il en avait presque oublié la présence du roi des Gobelins et maître du Labyrinthe dans son dos.

_Oui, dit-il avec fermeté.

Jareth soupira.

_Quel dommage.

À sa commande, une horloge apparut près d'eux.

_Tu as treize heures pour ressortir de mon labyrinthe, indemne. Après quoi, Sarah m'appartiendra… pour toujours.

Toby omit la menace et sourit intérieurement à l'annonce du temps qui lui était imparti. C'était largement suffisant, se dit-il, et le chemin ne paraissait pas si long. Jareth sembla lire dans ses pensées.

_Ne commets pas la même erreur que ta sœur, et ne sous-estime pas les épreuves qui t'attendent.

_Mais pourtant, Sarah a réussi, non? Demanda naïvement Toby, étonné par la remarque du roi.

Jareth ne répondit pas et se détourna de Toby pour rejoindre l'horloge qu'il avait invoquée.

_Treize heures, rappela-t-il.

Sa voix devint un écho alors qu'il disparaissait avec l'horloge. Son rire résonna dans l'air et Toby eut la désagréable impression d'être tombé dans un piège. Il jeta à nouveau un coup d'œil à travers la nuit qui bordait le château et crut y déceler le vol d'un oiseau au plumage de neige.

Se retrouvant à présent seul, Toby inspira un grand coup, et relâcha tout l'air contenu dans ses poumons. Il savait qu'il devait descendre de la colline pour rejoindre le Labyrinthe en contrebas. Mais il faisait tellement noir qu'il n'y voyait pas à un mètre devant lui maintenant que l'orage avait cessé. Il commença à avancer à l'aveuglette, mais se prit les pieds dans un buisson et dégringola tête la première dans la poussière. Se retrouvant à quatre pattes dans le noir le plus complet, malgré les rayons d'une lune timide, le corps endolori et ne sachant déjà plus quoi faire avant même d'avoir commencé, Toby n'avait plus qu'une seule envie, celle de pleurer. Il n'avait jamais eu aussi peur de toute sa vie, ni ne s'était senti aussi perdu.

Et alors que le désespoir l'englobait, une douce lueur l'appela en aval et il releva la tête. Derrière les tours du château – son objectif – se levait le soleil d'un nouveau jour, répandant une douce chaleur réconfortante aux reflets roses, violets et orange sur la lande. Reprenant alors courage, Toby se leva et se dirigea d'un bon pas vers les hauts murs du Labyrinthe.

* certains passages du dialogue de rencontre entre Toby et Jareth ainsi que son arrivée en Underground sont inspirés, repris et traduits du premier dialogue entre Sarah et Jareth ainsi que de la découverte du Labyrinthe par cette dernière comme décrits dans le roman de A.C.H. Smith.

oOoOoOoOoOo

Sarah ne savait pas ce qu'il s'était passé... Elle avait entendu Toby dire quelque chose de l'autre côté de la porte, et tout était devenu noir... Elle s'était sentie transportée comme si elle avait été déposée sur un tapis fourmillant... Puis elle avait eu l'impression de tomber... De peur, elle avait voulu se retenir à n'importe quoi, mais il n'y avait rien... seulement le néant... Quand tout d'un coup quelque chose l'avait rattrapée au vol et enveloppée... c'était doux, chaud... comme des plumes... oui... d'immenses ailes qui l'enlaçaient, l'emmenaient... Elle avait eu l'impression de voler... Et ce parfum...que lui rappelait-il?

Encore assoupie, Sarah battit des paupières à la lueur de l'aube. Elle gémit doucement en s'étirant. Que ce lit était douillet, pensa-t-elle, et comme ces draps étaient soyeux!...

« Une minute... »

Sarah se redressa et observa la pièce. Ce lit, n'était pas son lit, et elle ne se trouvait pas dans sa chambre non plus... Mais où se trouvait-elle alors?

Elle était allongée dans un gigantesque lit ovale à baldaquin, drapé de soie verte, et qui se trouvait au centre d'une grande pièce circulaire aux murs revêtus de tapisseries. Tous les meubles qui s'y trouvaient, de bois verni, épousaient parfaitement les arrondis des murs de la chambre. Il y avait une immense armoire, un secrétaire, une bibliothèque et une coiffeuse. Face à elle était creusée à même la pierre une haute cheminée ronde autour de laquelle étaient placés un divan arqué et deux fauteuils de cuir tanné recouverts de peaux de bêtes. Elle s'assit sur le bord du lit et ses pieds atterrirent sur un large tapis de fourrure blanche immaculée qui recouvrait le sol. Elle se leva et se rendit compte qu'elle ne portait pas ses vêtements habituels. Elle ne portait sur elle qu'une fine et simple robe de satin argentée, aux courtes manches foliacées, qui lui tombait jusqu'à mi-mollet et épousait délicatement ses formes. La jupe était fendue de part et d'autre jusqu'au dessus des genoux et le décolleté était retenu par un cordon finement entrelacé. Autant dire que le terme « vêtue » ne lui seyait guère à l'heure actuelle ; elle se sentait horriblement découverte et exposée. La robe lui faisait plus l'effet d'une modeste – bien qu'élégante – chemise de nuit.

Resserrant ses bras nus autour d'elle, comme sous le coup de froid d'un courant d'air imaginaire, elle s'approcha de l'unique et haute fenêtre de la pièce, située dans une petite alcôve formant un banc orné de coussins délicatement brodés, par laquelle entrait la douce lumière dorée du matin. À la vue du paysage à travers la vitre, Sarah étouffa une exclamation. Le soleil se levait à l'horizon pour illuminer un immense dédale de murs massifs, de couloirs sinueux et d'arches de pierres. Le Labyrinthe...

Prenant appui des deux mains contre le verre pour mieux observer ce qui s'offrait à elle, elle vit en contre-bas un amas de petites huttes difformes entre lesquelles fourmillaient de minuscules créatures. Plus loin derrière les murs d'enceinte de la cité des Gobelins, Sarah pouvait apercevoir les cimes d'une immense et dense forêt. Se penchant davantage contre la fenêtre, elle vit qu'elle se trouvait dans une aile adjacente du château, tout en haut d'une tour excentrée de l'édifice. En collant son visage contre la vitre, elle pouvait apercevoir les marches d'escalier de l'entrée principale qui donnait sur la place de la cité.

Elle ne comprenait pas ce qu'elle faisait ici... Rêvait-elle?... Mais si elle se trouvait réellement dans le château par delà la cité des Gobelins, au centre du Labyrinthe, alors... Il devrait être là...

_Bonjour, Sarah. Bien dormi?

Au son de la voix, Sarah se retourna. Elle connaissait cet accent distingué...

Pendant quelques instants, elle omit de respirer.

Devant elle se tenait...

« Jareth »

Fidèle au souvenir qu'elle avait gardé de lui, il semblait ne pas avoir changé, et être resté sans âge. Toujours aussi... troublant.

Sa chemise couleur crème était largement entrouverte au niveau du col et possédait de longues manches ornées de revers de soie aux poignets. Par dessus il portait une veste cintrée. Il chaussait de hautes bottes noires au-dessus d'étroites jambières grises. Dans l'une de ses mains gantées de noir, il tenait un étrange sceptre en forme de cravache dont la poignée était surmontée d'une orbe cristalline.

_Le roi des Gobelins, lâcha-t-elle dans un souffle...

Il rit doucement en croisant les mains dans le dos.

_Ah, Sarah! Toujours aussi formelle...

Il fit quelques pas dans sa direction sans jamais la quitter des yeux.

_T'ai-je manqué?

_Pas vraiment, murmura-t-elle sobrement.

Il plissa légèrement les yeux à sa réponse et son sourire sembla se figer quelques instants. Il se rapprocha d'elle et commença à l'encercler tel un oiseau de proie – comme autrefois se rappela-t-elle. Sarah, se tenant sur la défensive ; elle ne lui faisait absolument pas confiance ; voulu s'échapper de quelques pas furtifs sur le côté, préférant garder une distance raisonnable entre eux deux. Jareth s'en rendit compte et une lueur d'amusement éclaira ses yeux bleu sombre. Il fit quelques pas dans la pièce, la parcourant du regard.

_La chambre te plaît-elle?

_Qu'est-ce que je fais ici?

_Allons, Sarah, après tout ce temps, tu ne me demandes même pas comment je me porte, ni ce qu'il advient de mon royaume?

_C'est vous qui m'avez amenée ici?

La présence du roi lui était désagréable. Cela remontait à trop longtemps, et avec bien trop de souvenirs. Elle avait l'impression d'avoir à nouveau quinze ans. Elle s'appliquait à adopter un ton sec, sans montrer sa peur, lui faisant comprendre qu'elle le méprisait.

_Et pourquoi ferais-je une chose pareille?

Sarah s'abstint bien de lui répondre. Elle avait décidé qu'elle ne se laisserait pas manipuler. Un silence s'installa entre eux et Jareth laissa son regard dériver sur la silhouette immobile de son invitée.

_Non, reprit-il. Tu es ici pour la même raison que tout mortel pénétrant dans mon royaume : parce que quelqu'un l'a souhaité.

Sarah blêmit. Quelqu'un avait souhaité qu'elle soit enlevée par les Gobelins? C'était impossible... Il fallait que cette personne connût les mots...

_Mais... qui? Demanda-t-elle d'une petite voix.

Jareth sourit et leva le menton dans sa direction, l'encourageant à poursuivre. Sarah lui lança un regard soupçonneux. Qui pouvait bien souhaiter qu'elle disparaisse? Karen? Kyle?... Non... Elle croisa de nouveau le regard de Jareth, dont le sourire s'élargissait alors qu'il devinait à quoi elle pensait. Sarah se souvint des récents événements : la panne, le théâtre... la dispute...

_Non... dit-elle en secouant la tête. Non, ce n'est pas possible. Ce n'est pas vrai!

Jareth rit de son malheur.

_C'est pourtant bien le cas, dit-il. Je crois que c'est ce que vous autres mortels appelez l'ironie du sort.

_Mais comment aurait-il pu? Il ne connaît pas l'histoire! Il n'a jamais lu...

Sarah s'arrêta net. L'image d'un tiroir vide s'imposa à elle. Le Labyrinthe... Toby aurait trouvé le livre dans sa chambre?...

Jareth l'observa alors qu'elle avait le regard perdu dans le vide et commençait à trembler. Il profita de ce moment d'inattention de sa part pour se rapprocher d'elle. Il s'arrêta juste à deux pas devant la jeune fille.

_Dis-moi, Sarah, susurra-t-il. Qu'est-ce que cela te fait de savoir qu'un être cher à ton cœur a souhaité que tu disparaisses à jamais de sa vie?

Elle lui lança un regard noir et Jareth but avec délice la souffrance qui emplissait ses grands yeux verts. Puis il pivota fièrement sur ses talons, un écœurant sourire en coin accroché à ses lèvres. Sarah ferma les yeux, cachant ses larmes et s'entoura de ses bras alors qu'il s'éloignait d'elle.

_Toby, lui, a eu l'air terriblement peiné lorsqu'il l'a appris, ajouta-t-il sur le ton de la discussion.

Sarah releva brusquement la tête. De quoi...? Il ne parlait tout de même pas...

_Vous n'avez pas osé! Haussa-t-elle.

_Quoi, et lui cacher le plaisir de notre première rencontre?

Il rit. Son sadisme n'avait aucune limite.

_Pourquoi, Sarah? Aurais-tu honte de ce que tu as fait il y a tant d'années?

Elle le fusilla du regard.

_Vous n'êtes qu'un sale...

Jareth la coupa, faisant claquer sa langue contre son palais.

_Voilà qui ne serait pas très judicieux, dit-il. Au vu de ta situation, tu devrais me montrer un tant soit peu de respect.

C'était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase! Sarah sentit son sang ne faire qu'un tour.

_Du respect? Cracha-t-elle. Et pourquoi? Il n'y a rien en vous qui m'inspire du respect! Et peu importe ce que vous pouvez dire ou faire, cela ne change rien au fait que vous n'avez aucun pouvoir sur...

Jareth claqua des doigts et Sarah sentit comme de l'eau chaude couler dans sa bouche avant qu'elle ne puisse finir sa phrase. Les yeux écarquillés, Sarah porta ses mains à sa gorge. Elle ne pouvait plus parler!

_Excuse-moi, feignit-il, tu disais?...

Il affichait un sourire hautement satisfait. Si un regard pouvait foudroyer sur place, celui qu'elle lui lançait actuellement l'aurait sûrement fait ; elle résista néanmoins à l'impulsion de taper du pied comme une enfant.

_Et bien, Sarah, que t'arrive-t-il? Plus de sarcasmes, ni de répliques cinglantes? Laisse-moi deviner, il prit appui de son coude dans l'une de ses mains et posa son index sur sa bouche en simulacre de réflexion, serait-ce ma royale présence qui te rendrait coite?

« Tu aimerais bien, espèce de... ! »

Il cessa de rire et lui murmura plus sérieusement :

_Tu apprendras, jeune fille, que j'ai absolument tous les pouvoirs sur ceux qui me sont offerts.

À cette annonce, Jareth lut une réminiscence de défi dans les yeux de Sarah. Mais c'est la lueur vive de terreur qui s'y mêlait qui le combla.

_Toby, en souhaitant que tu sois emportée par les Gobelins, expliqua-t-il, a inversé la balance en ce qui concerne nos, disons, rapports de force.

Il décrivit quelques pas dans la chambre alors qu'il poursuivait pendant que Sarah, muette, et les poings serrés, était obligée de l'écouter.

_Ce qui prévalait encore hier n'est plus aujourd'hui. Et cela restera ainsi, du moins pendant les treize prochaines heures.

Sarah lui lança un regard surpris qu'il attrapa au vol.

_Oui, dit-il, étonnant comme le frère et la sœur se ressemblent. Aussi naïfs et butés l'un que l'autre! Le fait d'apprendre que sa chère sœur l'avait en horreur lorsqu'elle était plus jeune ne l'a pas dissuadé de vouloir la retrouver... Comme cela est touchant, vraiment!

Sarah sourit intérieurement à l'image de son frère défiant le roi des Gobelins, mais ne put s'empêcher de ressentir une certaine inquiétude à le savoir livré à lui-même.

Jareth remarqua la lueur d'espoir qui détendit les traits de son hôte. Autant détruire toute illusion.

_Oh, mais rassure-toi, cela est peine perdue, avança-t-il d'un air moqueur. Une heure s'est déjà écoulée et il n'a même pas encore atteint les portes du Labyrinthe!

Il la rejoignit près de la fenêtre et se plaça à ses côtés.

_C'est comme si tu m'appartenais déjà.

Il sourit dangereusement, dévoilant ses canines. Sarah le vit lever à nouveau la main à hauteur de son visage et claquer des doigts, et elle sut qu'elle avait retrouvé la parole.

_Je ne commettrai pas deux fois la même erreur, lui souffla-t-il comme en confidence.

_Bien au contraire, vous vous apprêtez à le sous-estimer comme vous m'aviez sous-estimée. Mais Toby pourrait vous surprendre. Si une adolescente de quinze ans a réussi à résoudre votre précieux labyrinthe, je ne vois pas pourquoi un enfant de douze ne le pourrait pas.

Jareth la saisit violemment par le bras et l'attira à lui.

_Tu ne sembles pas réellement comprendre la situation dans laquelle tu te trouves, Sarah. Que cela soit bien clair, seule mon indulgence t'a permis de l'emporter à l'époque!

Il la relâcha brutalement. Jamais ils ne s'étaient tenus aussi proches l'un de l'autre et Sarah avait pu sentir la chaleur de son souffle sur sa joue alors qu'il parlait avec rage.

_Mais tout cela est terminé, annonça-t-il. Tu n'as jamais su comment t'adresser à un roi. Tu vas apprendre!

Sarah massa son bras endolori ; jamais elle ne l'avait vu ainsi. Il sembla se calmer, mais son sourire sauvage l'effraya.

_Pour commencer, lorsque j'entre dans une pièce, mes sujets me saluent.

Il croisa les bras devant lui. Sarah espérait qu'il ne s'attendait tout de même pas à ce qu'elle lui obéît.

_Jamais, lâcha-t-elle d'un ton mauvais. Pas même si ma vie en dépendait!

Jareth releva un sourcil sans se laisser démonter.

_Et si c'était la vie de tes chers amis qui en dépendait?

Avant même que ses mots ne purent la percuter, il la saisit de nouveau par le bras et les transporta tous deux.

Quelque peu étourdie par le transfert magique, lorsqu'elle reprit ses sens, Sarah fut assaillie par une forte odeur de moisissure et une sensation de froid glacial. Jareth la poussa en avant et elle percuta une grille de métal.

_Tiens, tiens, tiens, l'entendit-elle prononcer, mais regardez qui voilà!

Lorsqu'elle se redressa, elle vit qu'ils se trouvaient dans les ténèbres d'un cachot et, face à elle, se tenaient...

_Hoggle?... Sir Didymus! Ludo!

_Sarah!

_Par mes moustaches! Vous ici, Milady?

Ses amis étaient menottés, mains au-dessus de la tête, à la pierre froide d'un des murs des cachots. Même Ambrosius portait une épaisse chaîne autour du cou. Elle voulut les atteindre à travers les barreaux mais ils étaient trop loin.

_Oh, mon Dieu! Vous allez bien? Est-ce que vous êtes blessés?

_Ne vous inquiétez pas pour nous, gente damoiselle, voulut la rassurer Sir Didymus.

_Et toi, Sarah, pourquoi es-tu revenue? S'inquiéta Hoggle.

_Sawah... amie... de retour...

Jetant un dernier regard au doux visage de Ludo, Sarah se tourna vers Jareth.

_Qu'est-ce que cela signifie?

_Tu ne t'attendais tout de même pas à ce qu'il n'y ait aucune conséquence suite à leur petite mutinerie? Je traite mes sujets comme bon me semble et je suis parfaitement en droit de les punir si cela me chante.

_Quel est leur crime?

_Leur crime? Il rit. Mais c'est de t'avoir aidée, bien sûr. Ils sont ici par ta faute, Sarah.

_Ne l'écoute pas, Sarah!

_Non... gémit-elle.

Jareth monta d'un ton.

_Ils ont délibérément désobéi à mes ordres, t'ont aidée à assaillir mon palais et ont bafoué mon autorité! Remercie le ciel qu'ils aient encore leurs têtes! Si je ne me montrais pas aussi clément, je...

_Non! Par pitié, Jar... elle se stoppa, pensant avoir évité le pire de justesse, et fuit son regard. Ne leur faites pas de mal.

Il se rapprocha d'elle, mains croisées dans le dos.

_Cela dépendra de ta conduite envers moi, murmura-t-il durement.

Sarah baissa la tête, silencieuse, et Jareth sourit, victorieux.

_Bien. Maintenant, reprenons : je disais, quand j'entre dans une pièce, mes sujets se prosternent!

Sarah se mordit la lèvre inférieure, tremblante tout en se sachant impuissante, alors que près d'elle ses amis s'agitaient. Elle entendait les appels de Hoggle et de Sir Didymus couverts par les beuglements de Ludo et les aboiements de Ambrosius.

_Ne te laisse pas faire, Sarah!

_Plutôt mourir que de servir d'otages, votre Altesse!

_Silence! Cria Jareth à leur intention, et le calme retomba. J'attends, Sarah.

_Jareth, menaça Hoggle, espèce de sale rat! Je te jure que si tu poses ne serait-ce qu'un seul de tes doigts crochus sur elle, je te...

Jareth leva une main gantée en direction du perturbateur et celui-ci se retrouva bâillonné.

_Toujours pas décidée à plier, trésor? Il releva un sourcil. Et ainsi?

Un nouveau signe de la main et le nain se retrouva pendu par les pieds, la tête en bas alors qu'il s'agitait, baragouinant des protestations étouffées.

_Arrêtez! Il va s'étouffer! Sanglota Sarah.

Mais Jareth ne bougea pas, la fixant toujours.

_C'est bon, dit-elle, je... je vais... faire ce que vous me demandez. Mais, je vous en prie, laissez-le!

Jareth sourit et Hoggle se retrouva de nouveau à l'endroit. Puis il croisa les bras devant lui et attendit qu'elle lui obéît.

Ils entendirent Sir Didymus remarquer à voix haute que c'était là une bien singulière manière de traiter une dame de la part d'un gentleman, mais Jareth le fit taire d'un regard.

Pendant ce temps, Sarah déglutit et s'exécuta, soulagée de ne pas avoir à le regarder dans les yeux alors qu'elle cédait. Elle entendit le roi des Gobelins renifler, insatisfait.

_Plus bas, Sarah, l'entendit-elle susurrer.

Ravalant sa fierté, elle serra les dents, se retenant de lui répondre, et courba davantage l'échine. Jareth jubilait. Il vit Sarah serrer les poings le long de son corps, jusqu'à s'en faire blanchir les phalanges, et fermer les yeux sous le coup de l'humiliation. Lorsqu'elle les rouvrit, ils les avaient de nouveau tous deux transportés dans la petite chambre circulaire.

Il sourit largement alors qu'il l'observait, toujours soumise devant lui.

_Tu peux te redresser maintenant, Sarah, dit-il comme s'il lui accordait une faveur; alors qu'il se détournait déjà d'elle pour se diriger vers la porte. Je pense que tu auras compris où se trouve ta véritable place désormais.

_Oui, l'entendit-il murmurer. Vous avez tous les pouvoirs sur moi et vous pouvez me faire faire ce que vous voulez...

Jareth s'arrêta et se retourna. Elle avait relevé la tête et lui lançait un regard des plus noirs et déterminés.

_Mais seulement en ce qui concerne les treize prochaines heures.

Sans un mot, et l'expression du visage indéchiffrable, Jareth tint son regard pendant quelques secondes, avant de disparaître.

Sarah se redressa et, se dirigeant vers la fenêtre, s'assit sur le banc aménagé dans l'alcôve. Là, elle posa les mains sur le rebord et en approcha tellement son visage que sa respiration créa des ronds de buée sur le verre. Elle plongea son regard sur l'immense dédale labyrinthique qui s'étendait devant elle. Toby était là quelque part, seul, sûrement perdu, et la recherchait...

oOoOoOoOoOo

Jareth surgit telle une tornade dans ses appartements privés et poussa un cri rageur alors qu'il créait une orbe de cristal pour la jeter violemment au sol où elle explosa bruyamment en mille morceaux. Il réitéra plusieurs fois le geste jusqu'à en être légèrement essoufflé.

« Comment osait-elle ENCORE le défier? »

Il lui avait fallu près de dix ans (DIX ans!) pour récupérer l'essentiel de ses pouvoirs après que Sarah l'ait vaincu. Rien qu'au souvenir de l'état pitoyable dans lequel ses mots l'avaient plongé, il sentait une colère sans nom s'emparer de son être. Lui, Jareth, le roi des Gobelins, rejeté par une gamine, une simple mortelle!... Son amour propre piétiné sans aucune pitié!... Sa fierté jetée comme un rien!... C'était inimaginable! Intolérable! Impardonnable!

Une chance pour lui qu'après toutes ses années, Toby soit entré en possession du livre en l'absence de sa sœur, et ait commencé à s'intéresser à la légende et à son peuple, au point de souhaiter que l'histoire fut vraie. Cela avait permis à Jareth de se rendre à nouveau à la surface, même si ce n'était que sous sa forme animale, ne pouvant complètement se matérialiser dans le monde des hommes que s'il y était invoqué. Après quoi, il avait passé presque une année entière à utiliser sa connexion avec le garçon pour doucement l'influencer et l'amener à faire appel à lui. Jareth eut un sourire en coin à cette pensée. Il avait passé des mois à l'espionner, s'armant de patience ; étant de temps à autre récompensé par les visites que Sarah rendait à ses parents. Après tout, la vengeance était un plat qui se mangeait froid. Comme elle l'avait fait remarquer, il n'avait alors plus aucun pouvoir sur elle, mais il pouvait encore approcher le garçon.

Comme son attitude avait changé durant toutes ses années! Combien de fois l'avait-il vue embrasser son petit frère, rire et continuer de vivre sa vie, heureuse, comme si rien ne s'était jamais produit, alors que lui préparait le jour où il lui ferait payer, le jour où ce sourire lui appartiendrait enfin.

Et ce jour était arrivé. Comme cela avait été presque trop facile. L'occasion était trop belle. Il avait finalement pu saisir la chance de briser le lien qui les unissait tous les deux. Le souhait enfantin de Toby lui avait permis d'envoyer ses gobelins travailler pour lui à la Surface. Ralentir suffisamment Sarah en lui envoyant des images de ses amis qu'il avait fait prisonniers ; juste assez pour qu'elle manquât le spectacle ; et rappeler au souvenir de Toby les quelques lignes fatidiques alors qu'il s'était enfin retourné contre sa sœur. Et quel présent l'enfant lui avait fait sans le savoir! Il lui avait offert Sarah sur un plateau d'argent. Il n'aurait pas pu espérer mieux.

Mais là encore, le roi était partagé entre des sentiments contradictoires. Qu'allait-il faire d'elle? Il était indéniable qu'il souhaitait la voir souffrir. Et pourtant, il la désirait toujours profondément. Il voulait la détruire, mais aussi la faire sienne. Mais les deux n'étaient pas incompatibles, loin de là...

Jareth fit apparaître un cristal dans l'une de ses mains. À l'intérieur, il pouvait contempler la silhouette de Sarah qui se tenait prostrée près de la fenêtre de la chambre qu'il lui avait attribuée. Et quelle chambre, pensa-t-il, l'un des appartements les plus spacieux et raffinés de tout son palais! Mais là encore, elle faillait à admettre qu'il faisait preuve de générosité. Des années de préparatifs de longue haleine dans l'unique but de la faire revenir dans son royaume... ne voyait-elle donc pas tout le mal qu'il se donnait pour elle, pour l'atteindre, que ce soit en mal ou en bien? Lui faire le privilège de l'accueillir en sa demeure après ce qu'elle avait fait! L'autoriser à se tenir si près de lui, la laisser respirer le même air que le sien... Elle devrait embrasser le sol qu'il foulait de ses bottes! Ingrate, insolente et égoïste enfant...

Dans l'orbe qu'il tenait face à lui, il vit l'objet de ses pensées enfouir sa tête dans le creux de ses bras avant que ses épaules ne soient secouées de silencieux sanglots. Elle pleurait, pensa-t-il.

_Non, Sarah, murmura-t-il, tu ne sais rien du désespoir...

Ses yeux dérivèrent le long de son dos, puis de ses jambes repliées sous elle...

Sitôt après l'avoir amenée ici, il n'avait déjà pu s'empêcher de la vêtir selon ses goûts. La fluidité de la robe dessinait ses formes de jeune femme à la perfection. Dès qu'il était entré dans la chambre et qu'elle s'était tournée pour lui faire face, il avait été obligé de constater le changement qu'avait opéré les années sur son corps. Elle était à couper le souffle!

Il soupira. « Trop âgée pour être changée en gobelin » pensa-t-il. Mais maintenant suffisamment âgée pour être gardée par lui. Et que soient toujours maudits ses yeux au regard innocent...

Ce que Jareth n'avait pas prévu, était la réaction du garçon. Décidément, ces humains n'agissaient jamais comme il l'aurait désiré. Son ego lui interdisait de l'avouer ouvertement, mais la présence de Toby dans son royaume le mettait mal à l'aise. À cause de leur marché, son emprise sur Sarah n'était pas complète. Du moins, pour l'instant.

Il n'avait rien à craindre de l'adolescent. Ce n'était qu'un enfant qui tremblait devant lui. Les énigmes du Labyrinthe auront vite raison de son faible esprit. Il s'en assurerait personnellement. Jareth sourit. Il avait toutes les cartes en mains. Il ne prendrait plus de risque. Il fit tourner le cristal dans sa main, changeant l'angle d'incidence de la lumière qui s'y reflétait. Il était temps de voir où en était le garçon...


AN: Voilà!... J'aime beaucoup le personnage ambigu qu'est Jareth. Surtout avec un "Dark Jareth" ^^

Où se situe la monstrueuse(-ment fine?) limite entre "cruel" et "romantique"?

Pour moi le personnage du roi des Gobelins n'est pas aussi mauvais qu'il le laisse paraître (ou en tout cas il ne se résume pas qu'à cela), c'est plus compliqué. Il émet une sorte de nostalgie et de désespoir qui le rendent presque attachant dans le film malgré son sale caractère - on aimerait lui trouver des excuses.

J'ai bien d'autres idées d'histoires avec un Jareth moins malveillant... mais ici, désolée, il est définitivement le "vilain" de cette histoire!

- LL.