Assis en tailleurs, Léo retira un caillou du sable de son jardin zen miniature. Il avait 18 cailloux dans son jardin initialement, et il venait de retirer le troisième. Il fixa le cœur serré d'appréhension les 15 cailloux restants qui indiquait le nombre de jours le séparant du retour de leur Sensei. Il repensa aux évènements de la veille, suivant le repas. Il avait tenté de questionner Donatello, lui demandant ce que signifiait ce cahier et son titre. La réponse de Don avait été aussi moqueuse qu'évasive.

-Oui, cela se peut que tu aies bien lu. Que connais-tu Léo au sujet des parades nuptiales chez les tortues mutantes ? J'aimerais beaucoup avoir ton opinion et que nous échangions nos connaissances sur le sujet.

Léo était resté court. Donnie avait continué :

-De toute façon, j'ai terminé la partie théorique de mon étude. J'en suis à la partie pratique. Il se peut que j'aie éventuellement besoin de ta participation. Collecte de données. J'ai besoin de faire corroborer certains diagrammes afin de déceler un fil conducteur et un patron commun. Suite à une analyse poussée des récurrences, je pourrais ainsi établir un schéma prévisionnel de…

Léo fit un geste de la main pour indique qu'il avait compris. Lorsque Donatello voulait se moquer de ses frères ou éviter de répondre directement à une question, il enrobait ses réponses d'un blabla scientifique rebutant.

Léonardo s'était retiré dans sa chambre, boudant la soirée cinéma.

Ce matin, il était 6h et il n'avait pas encore quitté sa chambre. Nous étions mercredi et cette journée-là, il n'avait pas de pratique matinale, seulement une en après-midi. Léo se réjouissait de cette opportunité, non pas pour se lever plus tard, mais pour être seul. L'idée de la journée qui l'attendait-des 15 prochaines journées qui l'attendaient-, pesait lourdement sur ses épaules juvéniles.

Léonardo alluma ses bougies, régularisa sa respiration, s'assit en position du lotus et tenta de rejoindre la paix intérieure. Au bout d'un temps incroyablement plus long que d'habitude, il y parvient.

Mais, puisque de toute évidence, Léo était toujours sous une mauvaise étoile, on frappa à la porte.

-Yo, Léo, D et moi, nous allons visiter le docteur Rockwell et LeatherHead. Nous serons de retour à temps pour la pratique de 14h30.

Le jeune chef soupira d'aise devant la requête normale, bien que la durée de la visite fût longue. Et de plus, il serait enfin seul, n'ayant pas à supporter les étrangetés de ses frères. Mais, attendez une minute…

-Raphael ne vient pas avec vous ? Il n'a pas vu Slash depuis longtemps.

-Nah ! Nous allons vous laisser seuls…presque toooouuuute la journée, compléta Mikey avec un roulement des yeux suggestif.

Et voilà que ça recommençait.

-Bien. Soyez prudents. Appelez si vous avez besoin d'aide.

-Oui et je tiendrais la main de D. et nous regarderons de chaque côté avant de traverser un tunnel, ajouta Mikey avec un grand sourire, tu sais, Léo…tu as besoin de relaxer un brin et il y a d'autres moyens que méditer.

Léo fronça les sourcils et décida de tendre une perche afin d'en avoir le cœur net :

-Est-ce que tu parles des drogues récréatives que te fournis Donatello ?

L'iris bleu pâle des yeux de Mikey firent un 360 degré complet, pour indiquer qu'il considérait son frère ainé comme un parfait crétin, mais qu'il voulait le ménager.

-Ouais, c'est ça Léo. Profite bien de ton tête à-tête avec Raph. Tu as sauté le petit déjeuner et Raphael aussi, mais je vous ai préparé quelque chose.

Léonardo répondit d'un geste raide de la tête en remerciant brièvement son frère. Il ne comprenait pas cette attention et instinctivement, il s'en méfiait. Donnie avait spécifié qu'il requérait l'aide de Léonardo pour son projet de recherche. Est-ce que Donatello avait drogué leur nourriture ? Mikey préparait souvent le petit déjeuner de Raphael, mais très rarement celui de Léo, non parce qu'il aimait moins l'ainé, mais plus parce que 1) Raph obligeait Mikey à le faire, ce que ne ferait pas Léo, l'intimidant et le menaçant, 2) Léo était frugal, ce qui n'inspirait pas l'esprit créatif de Michelangelo.

Lorsque le benjamin fut hors de vue et qu'il entendit le « au revoir » de ses frères, il décida de s'extirper de son cocoon, pour se diriger vers la cuisine. Il s'arrêta de stupeur devant Raphael qui semblait avoir eu la même idée de pointer son nez hors de sa chambre une fois les cadets partis.

-Tu n'es pas avec eux ? Mikey m'a dit qu'il partait mais m'avait laissé un petit déj, questionna belliqueusement Raph

-Ils sont partis et Mikey NOUS a préparé un petit déjeuner, effectivement. Ne t'inquiète pas, Raphael, je ne cherche aucune bagarre. J'ai prévu lire dans ma chambre jusqu'à leur retour, pour profiter du silence.

Avec un reniflement de dérision devant le passe-temps intellectuel de son frère, Raphael le dépassa rapidement, comme pour s'éloigner le plus rapidement possible de Léonardo. Perdu dans ses pensées, balançant encore s'il devait manger le repas de Michelangelo ou non, Léo suivit Raph, l'air absent quand il fut brutalement stoppé par un plastron massif. Raphael avait, arrivé devant la cuisine, prestement fait demi-tour.

-Regarde où tu vas ! Ôte-toi de mon chemin ! lui hurla Raph en le repoussant violemment.

Léonardo, qui avait vécu toute sa vie témoin des sautes d'humeurs vertigineuses de Raph, resta tout de même choqué par la brutalité et la gratuité du geste.

-Qu'est-ce qui se passe ? Tu ne viens pas manger ?

Raphael se retourna menaçant une dernière fois :

-Promets-moi de me jumeler avec ce sale petit morveux à la pratique de cet après-midi. Je vais lui botter les fesses tellement fort qu'il sera incapable de s'asseoir pour un an.

« Oh, c'était donc cela », se dit Léo, Mikey avait joué un sale tour dans la cuisine à ses aînés. Cela ne dépassait pas les bornes de la normalité. Curieux et presque soulagé devant cet évènement explicable, il pensa à la probabilité de cafards géants ou quelque chose dans la même veine, lorsqu'il fut stoppé net par la vision offerte. Malgré que la pièce fût relativement sombre, le repas préparé amoureusement par Michelangelo était savamment éclairé de quelques chandelles artistiquement disposés, rendant impossible de nier la nature du petit-déjeuner en question.

Une casserole fumante trônait au milieu de la table, remplie à rebord d'un chocolat sombre et onctueux, accompagné de longues fourchettes. Des fruits frais étaient coupés et posés dans des bols. Les chaises supplémentaires avaient été retirées n'en laissant que deux face à face. Mais le pire était sûrement la musque RNB en sourdine.

Léonardo comprenait assez la réaction de Raphael. Leur préparer un petit déjeuner romantique était absolument hors de propos surtout pour une tortue connaissant l'antagonisme qui opposait les deux ainés Hamato. Léo était certain désormais que la nourriture n'avait rien de « toxique », la mise en scène était un mauvais tour suffisant. Il s'attabla, espérant que cette plaisanterie et la punition que ne manquerait pas de lui octroyer Raphael suffirait à calmer l'humeur farceuse du benjamin.

Il était près de 14h. Les cadets n'étaient toujours pas rentrés et Léo s'inquiétait, mais non pas d'eux. Raphael était dans le Dojo depuis plus de quatre heures, actif car Léo entendait distinctement le cliquetis des poids soulevés alterné du bruit sourd du sac de cuir emplis de sable. Raphael avait toujours été une tortue cultivant avec soin sa forme physique. Il se dédiait avec parfois un acharnement malsain à un entrainement excessif. Léo n'était pas très bien placé pour lui lancer la première pierre, étant un fervent adepte de l'entrainement. Mais alors que Léonardo pratiquait sa vitesse, son agilité et sa précision avec deux heures 30 de katas quotidiens (hors les pratiques) , Raphael éprouvait sa force physique brute, passant autant d'heures que Léo au dojo, mais afin de développer ses muscles. Mais, cette fois-ci, il débordait les bornes de la sanité. Raph n'avait rien avalé de solide depuis le matin et il s'exténuait au dojo. Avait-il besoin de brûler autant de ressentiment suite à la plaisanterie d'un goût douteux de Mikey ? Raph était susceptible et colérique, mais là, c'en était trop, Léo devait intervenir.

Il n'était pas assez mauvais psychologue pour dire à Raphael de cesser. C'était le meilleur moyen qu'il continue. De plus, il sauterait tout de suite à la gorge de Léo le traitant d'hypocrite, de contrôlant, d'envieux, peu importe. Raphael n'était pas une tortue de ruse et de subtilité, ce qu'était Léo. Il décida de tenter de faire sortir Raphael par la bande.

Léo entra, d'un air décontracté, dans le Dojo, avec une serviette et une bouteille d'eau, preuves irréfutables de son désir de s'entrainer.

D'un air outragé, Raph s'exclama :

-Qu'est-ce que tu crois faire ?

-Perfectionner un nouveau kata, répondit mine de rien, Léonardo

-Eh bien, j'étais au Dojo avant toi ! Décampe ! De toute façon tu n'as rien à perfectionner, M. Sublime !

Léo n'avait pas prévu une telle agressivité.

-Raph ! Je n'ai pas vu d'écriteau disant que j'allais souiller le sacro- saint Dojo de Maitre Raphael. Le Dojo est à tous. De plus, je suis le Maitre quand Splinter est absent, je puis donc m'entrainer s'il m'en prend l'envie et aller où bon me semble sans en référer à personne. De plus, cela n'a rien d'inhabituel. Tu entres toujours t'entrainer quand je pratique mes katas ! En quoi est-ce soudain différent ?

-Tu as gagné. Je me tire.

En contournant le plus qu'il pouvait Léonardo qui se tenait devant l'entrée, Raph sorti. Une minute plus tard, la porte de sa chambre claquait.

Malgré qu'il sût que ce n'était pas la bonne décision, Léo alla frapper ses poings sur la porte de la chambre de Raphael.

-Raph ! Cesse de faire l'enfant ! Tu n'as rien mangé encore et tu t'es épuisé à te surentrainer. C'est malsain et dangereux et…tu m'inquiètes !

Nulle réponse ne se fit de l'autre côté.

-Très bien Raphael, je t'exempte de l'entrainement de 14h30. Je t'ordonne de ne pas y aller. Cela devra faire ton bonheur, tu ne me verras pas, puisque selon ta nouvelle logique, nous ne pouvons fréquenter le Dojo en même temps, désormais.

Ses frères arrivèrent, tous les deux étonnés de trouver Léo seul dans le dojo, frappant le sac de sable de Raphael.

-Où est Raphie ?

-Il boude dans sa chambre. Il a refusé de manger aujourd'hui et…

-Il n'a pas aimer mon petit déjeuner ? Raphie est fou de chocolat

-Mikey, tu croyais vraiment que préparer une ambiance romantique pour Raphael et moi ne lui couperait pas l'appétit ?

-Mieux que cela, c'était supposé lui ouvrir.

Mikey avait un air vraiment sincère. Peut-être avait-il voulu faire une bonne action et avait commis une habituelle erreur de jugement.

-Bon, peu importe. Votre visite s'est bien passée ?

-Oui, répondit Donnie, j'ai échangé avec le Docteur Rockwell mes observations sur ma recherche. Il m'a suggéré une nouvelle approche que je vais mettre en pratique prochainement.

-Ah, bon. Parlant de pratique, allons-y. Tu as de la chance Mikey que j'ai puni Raphael. Il avait juré de te botter les fesses jusqu'à ce que tu ne puisses plus t'asseoir.

Mikey éclata de rire :

-Je ne crois pas que ce soit mes fesses précisément que Raph rêve de maltraiter !

Léo lui jeta un regard interloqué. Qu'est-ce que cela voulait dire ? Raph était-il plus furieux contre Léonardo qu'il s'imaginait ? Mais il n'avait absolument rien fait.

Mécaniquement, Léo supervisa l'entrainement de ses jeunes frères n'ayant pas le cœur à quoique ce soit.

Ensuite, il se retira à nouveau dans sa chambre, triste et pensif.

Au bout de quelques temps, Mikey vint retrouver Léo.

-Hé, Léo ! Pourquoi cette longue mine ?

-Comme si tu ne le savais pas Mikey ! Vous agissez tous bizarrement, me tenant hors du coup, Raph me déteste et je suis supposé être responsable de vous alors que je ne vous comprends même plus. Nous étions si proches et en ce moment, je me sens avec vous aussi oppressé que si j'étais entouré d'inconnus ou même d'ennemis dans le cas de Raphael.

-Léo, j'ai une très bonne idée. Tu as besoin de te détendre et de redevenir à l'aise avec nous. Tu as envie de soutirer des vérités à Raph et D ? Faisons une partie de Vérité ou Conséquence !

-Pas question Mikey ! La dernière fois, il y a deux ans, tu nous as fait nous embrasser Raphael et moi !

-Je te promets de ne plus mêler aucun baiser au jeu ! Et je promets pour Donnie aussi ! C'est pour toi, Léo! C'est une façon ludique de soutirer la vérité franc jeu, sans que personne ne s'y oppose. Si après un tour, tu veux arrêter, tu arrêteras. Je te promets que nous axerons le jeu sur Vérité, et non Conséquence

-D'accord, marmonna Léo dubitativement, mais je ne crois pas que vous réussirez à convaincre Raph de se joindre au jeu.

Mikey se frotta les mains :

-Si j'ai ton accord, je fais mon affaire de Raphie. Avec la bonne motivation, c'est fou comment il est facile de faire avancer cette tortue ! Donnie veut te voir en passant. Il t'attend. Rendez-vous médical saisonnier.

-Bien, je vais le rejoindre dans quelques instants.

Alors qui éteignait les bougies et insérait son signet dans son livre, il entendit Mikey entrer dans la chambre de Raphael, insistant sur combien Léonardo était triste. Cela attira un grognement mi-figue-mi-raisin de la part de la tortue aux sais. Léo fronça les sourcils. Il ne voulait pas paraitre faible aux yeux de Raphael. Il voulait écouter davantage, mais puisque c'était déshonorable d'écouter une conversation à l'insu des gens et discourtois de faire attendre Donnie, Léonardo quitta la retraite de sa chambre pour se diriger vers le laboratoire.

Il n'entendit donc pas Mikey dire sur un ton de conspirateur :

-Voyons, Raph. Nous pouvons axer la partie sur Conséquence et non Vérité ! Et Léo ne pourra pas s'y opposer sans démontrer un mauvais esprit sportif ! Fais confiance au maître du jeu!