Note d'auteur : Un très très grand merci à Rose-Eliade, Arwengeld, Maneeya, debralovelove et Lalite pour leurs reviews, je ne pensais vraiment pas avoir autant de retours sur cette histoire alors vraiment MERCI A VOUS, du fond du coeur, ça me fait énormément plaisir ! *hug*
Et voici le deuxième chapitre, beaucoup plus court que le premier et qui est beaucoup plus axé sur le "Et si". On est donc totalement dans un UA, tout ou presque a été modifié. Je sais pas trop si c'est crédible mais en tout cas je me suis bien amusée à l'écrire, donc j'espère que ça vous plaira. ^^
Assis dans l'ancien fauteuil de son père, près de la cheminée, Sirius tient un verre de whisky à peine entamé. Vingt ans qu'il s'assoit là chaque soir, avec le sentiment d'être un parfait imposteur. Il sait qu'Orion aurait voulu que ce soit Regulus à sa place. Que ce soit son cadet qui hérite de la fortune, du manoir, de la responsabilité écrasante de faire perdurer leur nom. Qu'il n'a aucune légitimité à se trouver ici.
Sauf que Regulus est mort depuis longtemps. Ça fait vingt ans aujourd'hui. Vingt ans qu'il a été emporté en servant le Seigneur des Ténèbres. Vingt ans qu'Orion les a quittés aussi, la perte de son second fils achevant de le terrasser plus sûrement que sa dragoncelle de stade trois. Cygnus est décédé la même année. Une véritable hécatombe pour la famille Black, dont ils ne se sont jamais réellement remis.
Sirius soupire et passe une main dans ses cheveux bruns méchés de gris. Il a eu quarante ans le mois dernier, et pourtant, il se sent bien plus vieux. Les pertes et les tragédies l'ont vieilli plus rapidement que ne l'a fait le temps.
Son regard vague se promène sur le salon, identique à autrefois. Rien n'a changé. Les meubles, les tapisseries, les précieux objets de famille n'ont pas bougé d'un iota. La seule pièce que Sirius s'est autorisé à ajouter au mobilier, c'est le portrait de sa mère, accroché dans le hall d'entrée, quelques mois après sa mort.
Des quatre adultes qui se regroupaient chaque semaine dans ce salon pendant des années, Druella a été la dernière à mourir. Eteinte à peine quatre ans plus tôt, elle est décédée dans la disgrâce la plus totale. On chuchote que c'est la honte qui l'a tuée à petit feu.
Sirius tend l'oreille, mais la maison est silencieuse. Les enfants sont à Poudlard et Felicia est déjà profondément endormie. Il n'a personne sur qui se reposer ce soir. Personne sur qui compter. Malgré lui, son regard se lève sur le portrait de son frère, accroché au mur aux côtés de ses ancêtres. Il dort, mais cela n'empêche pas Sirius de lever son verre vers lui, en un semblant de toast. Avant de le vider cul sec.
Il s'est douté qu'aujourd'hui serait plus dur que les autres jours. La date anniversaire de mort de Regulus est toujours un calvaire. Chaque année, il se demande ce qu'il fait toujours là. Enfermé dans ce manoir froid, à jouer au Sang-Pur qu'il n'est pas. Puis il se rappelle. Felicia, les enfants, sa famille. Il ne doit plus rester pour son cadet, mais pour eux.
Il se souvient encore parfaitement du vide qui s'est creusé en lui vingt ans plus tôt, lorsqu'il a appris la mort de son frère. Il était alors marié depuis à peine un an à la jeune Felicia Selwyn, un excellent parti d'après son père. Fille de Sang-Pur, respectable sous tous les aspects, elle était bien plus recommandable que sa sœur jumelle Hannah, une naïve Poufsouffle ayant renié l'héritage familial. Promis l'un à l'autre, ils n'ont eu d'autre choix que d'obéir aux désirs de leurs parents. Ça n'a jamais été l'amour fou entre eux, mais au fur et à mesure des années, ils ont appris à se porter une tendre affection qui leur a permis de se soutenir dans les épreuves difficiles.
Mais au moment de la mort de Regulus, ils étaient encore des étrangers l'un pour l'autre, ou presque. L'idée a effleuré Sirius plus d'une fois. De partir, de s'en aller, de tout plaquer derrière lui. Après tout, si son frère était mort, qu'est-ce qui le retenait de rejoindre ses amis ? D'aller habiter chez James et de laisser tout cela derrière lui ? Car c'est la seule raison pour laquelle il était resté. Protéger Regulus. Et tous ses efforts n'avaient servi à rien, alors pourquoi rester ?
Sauf que son père est mort aussi cette année-là. Que sa mère était folle de chagrin. Il était le dernier descendant de la lignée. Il avait une femme qui serait sûrement répudiée et rejetée de la haute société s'il l'abandonnait.
Alors il est resté, maudissant son sens de l'honneur. A quoi bon revenir sur une décision qu'il avait déjà prise ? Il était fatigué de se battre avec ses pensées. Son choix, il l'avait pris longtemps auparavant, et il s'y tiendrait quoi qu'il lui en coûte.
Voilà ce qu'il s'était dit, vingt ans plus tôt. Et maintenant, il ne le regrette qu'à moitié. Parce que s'il était parti, jamais il n'aurait été le père de ces deux enfants qu'il chérissait plus que tout.
Sirius se lève et s'étire. Le whisky lui est monté à la tête et il doit attendre quelques secondes avant de marcher sans tanguer. Il traverse la pièce, jusqu'à cet arbre généalogique devant lequel il a pris sa décision vingt-trois ans plus tôt.
Depuis tout ce temps, la tapisserie a bien changé.
Sous son nom et celui de Felicia a été tracée un nouvel entrelacs de lignes dorées, qui s'étire jusqu'à deux portraits, sous lesquels s'étalent les prénoms de leurs deux enfants.
Elles ont été dures, les premières années de mariage. Felicia a mis des années avant de tomber enceinte. Alya n'est née que sept ans après leur nuit de noce et Naos n'a suivi que quatre ans plus tard. Ça a été de longs mois de tension et de disputes. Sirius ne reprochait rien à sa femme, mais Felicia se mettait elle-même un énorme poids sur les épaules. A chaque rencontre, Druella prenait un malin plaisir à souligner l'âge de la jeune femme, semblant se délecter de ce qu'on lui avait elle-même reprochée.
Aujourd'hui, Alya a seize ans, Naos douze. Sirius se demande encore comment il a pu les élever de manière convenable, avec l'éducation qu'il a reçu lui-même. Sûrement grâce à la douceur et la patience de Felicia.
Au-dessus du nom de ses enfants s'alignent trois ronds noircis, brûlés, que Sirius effleure du bout des doigts. Un des derniers actes de sa mère avant de mourir, quelques quatorze ans plus tôt. Ça lui avait procuré un plaisir certain.
Parce qu'elles sont devenues folles, ses trois cousines. Et que la folie n'est pas tolérée au sein de la famille Black.
Sirius se souvient parfaitement des trois conversations qui se sont déroulées devant cette tapisserie, vingt-trois ans plus tôt. Comment le feu nourri par Andromeda avait été éteint par la douceur de Narcissa et le fiel de Bellatrix. C'est ici que tout s'est joué. Sans elles, qui sait quelle aurait été sa décision. Peut-être aurait-il laissé Regulus derrière lui. Peut-être aurait-il rejoint James, et tout serait différent aujourd'hui.
Sa gorge se serre et des larmes lui gonflent les paupières lorsque ses doigts passent au-dessus du cercle noirci représentant anciennement Andromeda. Il n'a pas pu l'aider. Il s'était promis de la soutenir dans cette épreuve, mais il a échoué. Lamentablement. Il se souvient encore des mots qu'elle lui a soufflé ce soir-là, de la peine dans ses yeux.
Il n'a pas vu les signes. Elle s'est éloignée de lui peu à peu, jusqu'à s'isoler complètement. Jusqu'à mourir. Un soir de juin de 1981, Andromeda s'est suicidée. C'est l'Elfe qui l'a découverte, dans son lit, sa main inerte ayant lâché la fiole de poison vide sur le sol. Elle est morte dans sa prison de solitude, désespérée, sans qu'il ait pu lui venir en aide. Il a ensuite appris de la bouche de Narcissa qu'il s'agissait du jour où elle a refusé de suivre Ted.
Dix ans après avoir renoncé à l'homme de sa vie, jour pour jour, Andromeda s'est donné la mort, alors qu'elle n'avait même pas trente ans. Bien sûr, l'affaire a été étouffée, cachée, enterrée. On ne se suicide pas chez les Black. Le suicide n'est que pour les gens faibles. Walburga a effacé son portrait de l'arbre et son nom n'a plus été que chuchoté au coin du feu, comme une malédiction, sous-entendant à mi-voix qu'elle était devenue folle.
Sirius ferme les yeux un instant. Andromeda a toujours été sa cousine préférée, la seule sur laquelle il pouvait réellement compter, malgré ses absences et sa mélancolie. Sa perte l'a dévasté. Elle aurait dû avoir quarante-six ans cette année. Quel gâchis. Il ne peut s'empêcher de se demander ce qu'il se serait passé, si elle avait suivi son cœur. Si elle s'était enfuie avec Ted ce soir-là. Peut-être aurait-elle des enfants aujourd'hui. Elle serait sûrement en vie. Heureuse.
Cette simple pensée lui broie le cœur. Elle a gaspillé sa vie et il a été incapable de l'aider.
Tout à droite, les bords brûlés du cercle représentant autrefois le visage de Narcissa paraissent moins anciens. C'est la dernière que Walburga a effacé. Parce que Cissy était la plus présentable, la plus « comme il faut ». Et qu'elle a espéré jusqu'au bout que sa nièce se rétablisse.
Mais Narcissa est tombée dans la dépression après le suicide de sa sœur. Sirius lui a souvent rendu visite, sans trop savoir pourquoi. Par sens du devoir, sûrement.
D'après ses murmures frénétiques et ses fréquents cauchemars, il était évident qu'elle se pensait coupable de la mort de son aînée. Après tout, Andy n'est restée que parce qu'elle l'a suppliée.
C'est sa culpabilité qui a poussé Narcissa à la folie. Les crises de plus en plus fréquentes, les hallucinations, les pleurs hystériques, ont fini par contraindre Lucius à la faire enfermer à Sainte-Mangouste, dans le plus grand secret. Elle reste aujourd'hui un sujet tabou, même pour Drago, qui a trop peur de lui rendre visite.
Et ça le rend dingue Sirius, d'avoir assisté sans rien pouvoir faire à la déchéance de sa cousine. Après Andromeda, Narcissa est sûrement celle qu'il aimait le plus. C'est elle qui jouait avec lui quand il était petit. Elle qui les poussait à se réconcilier avec Regulus. Jamais elle n'a mérité de finir sa vie entre les quatre murs d'une chambre d'hôpital. Isolée de tous, même de son propre fils.
Lui-même ne la voit plus. Les Médicomages disent qu'elle a besoin de calme. De silence. Il n'ose penser à la solitude dans laquelle elle doit vivre, torturée par ses propres pensées. Il trouve cela tellement injuste que ça le réveille parfois la nuit, avec une envie de vomir.
Mais la folie est une tare chez les Black, alors Walburga a rayé Narcissa de l'arbre. Et de sa vie par la même occasion.
En revanche, lorsque son regard tombe sur le cercle noir de Bellatrix, les poings de Sirius se serrent et ses yeux flamboient de haine.
Elle est la première à avoir été reniée par sa mère. Pour avoir commis le crime impardonnable de lui avoir arraché son second fils. Les bords noircis et craquelés qui remplacent désormais son visage paraissent plus vieux que ceux de ses sœurs.
Cependant, Sirius a encore plus de raisons de l'abhorrer que Walburga. Non seulement Bellatrix a poussé Regulus du côté obscur, malgré tous ses efforts à lui pour l'en empêcher. Elle l'a persuadé de se faire apposer la Marque, de rejoindre les rangs du Seigneur des Ténèbres, de tuer pour Lui. Sa voix perfide et venimeuse n'a jamais cessé de murmurer à l'oreille de son cadet.
Mais ce n'est pas son seul crime, à ses yeux. En devenant l'une des plus ferventes supportrices du Lord Noir, Bellatrix a contribué au succès certain de celui-ci. Depuis des années, Voldemort mène la société sorcière d'une main de fer. Sous son règne de terreur, chaque acte de rébellion est écrasé sans la moindre pitié, chaque insoumis tué et massacré.
Et c'est donc indirectement de la faute de sa cousine si presque tous ses amis sont morts.
Remus a été dévoré par Greyback en personne, des années plus tôt. L'ironie de la situation a semblé beaucoup amuser le Seigneur des Ténèbres. Lily a été tuée lors d'une mission, par une armée d'Inferi. Une mort horrible qu'elle ne méritait pas. Peter, ce lâche, a trahi ses amis en donnant l'adresse de leur quartier général, avant de se faire doubler par les Mangemorts pour qui il travaillait. Et Harry, le petit Harry qu'il n'a jamais rencontré, a été assassiné au berceau par Bellatrix en personne.
Des pertes qui ont été pour lui comme des coups de poignards en plein cœur. Il a essayé de se raisonner, de se dire que cette partie de sa vie était derrière lui à présent. Il a fait son choix, longtemps auparavant. Mais cela n'a pas atténué la douleur.
Seul James est encore vivant aujourd'hui. Sirius sait qu'il se bat toujours, quelque part, avec la rage du survivant. Et ça lui fait mal, tellement mal, de ne pas pouvoir le rejoindre. Il en a envie. Seulement, il a beaucoup trop de choses à perdre aujourd'hui. Il ne peut pas mettre en danger ses enfants uniquement par envie de vengeance.
La seule chose qui lui reste, c'est cette haine viscérale contre sa cousine. Il se déteste pour avoir le même sang qu'elle, pour porter le nom qu'elle a porté autrefois. Il ne l'a pas revue depuis deux décennies, et pourtant il se souvient de chacun de ses traits. Elle est comme un masque ricanant qui le suit partout, qui susurre des menaces et rigole de ce rire de folle.
Car elle aussi a sombré dans la folie. Une folie faite de pouvoir, de puissance, de sang et de magie noire. Entièrement dévouée à son Lord Noir, il est bien connu qu'elle dédaigne la couche de son mari. Rodolphus n'est plus pour elle qu'une tache sur sa botte. Un parasite qu'elle méprise et dont elle veut se débarrasser. Il l'a perdue le jour où Voldemort a apposé sa Marque sur son bras. Depuis, elle est devenue à Lui.
Elles sont devenues folles, ses trois cousines. Et la folie n'est pas tolérée au sein de la famille Black. Mais s'il n'y en a bien une qu'il ne regrette pas, c'est Bellatrix.
La flamme dans le regard de Sirius s'éteint lorsque ses yeux parcourent le reste de l'arbre. Ils s'attardent sur les quatre autres noms brûlés, effacés par les années. Isla. Cedrella. Phineus. Marius. Auxquels viennent s'ajouter ceux des trois sœurs. Bellatrix. Andromeda. Narcissa. Sept personnes jugées impures, pour une simple histoire d'opinion et de jugement de valeurs. S'il trouvait cela mérité pour Bellatrix, il plaignait tous les autres.
Car tout ce que l'histoire retiendra de ces gens, ce ne sera pas leurs actes de bravoure, leur amour pour leur famille, leur beauté aristocratique, leur courage ou leur force. Tout ce qui sera transmis aux générations futures, ce sera leur honte, leur humiliation, leur folie, leurs tares.
Tous ces mensonges rendent Sirius malade. Tout n'est que paraître, apparence, convenances. Une vaine tentative de garder la ligne pure. Mais les Black sont tout sauf purs. C'est peut-être pour cela que sa mère voulait avec tant de hargne éliminer chaque branche pourrie de l'arbre. Pour s'apporter un réconfort futile.
Lorsque les yeux de Sirius passent sur leurs armoiries, sa bouche se plisse avec amertume et mépris. La devise familiale, d'un or passé, semble le narguer.
« Toujours pur »
Une belle ironie, une mascarade, un rideau pour cacher la vérité au reste du monde.
Le craquement des escaliers sort Sirius de sa transe. Il s'arrache à la contemplation de cette tapisserie qui lui a déjà apporté tant d'ennui. Il reconnaît le pas léger de Felicia et sans même la voir, il se sent déjà apaisé.
Au milieu de la folie de sa famille, il est sûr de pouvoir compter au moins sur son soutien à elle.
Note de fin : Merci beaucoup d'avoir lu jusqu'ici ! J'espère que ça vous a plu, même si c'était un peu particulier, je me suis bien éclatée à écrire ça, je vous avoue. ^^ (ça m'a même donné envie d'écrire sur Sirius, Felicia et leurs enfants plus longuement mais c'est maaaal j'ai pas le temps XD). Bref, n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, en bien ou en mal, je prends toutes les critiques pour m'améliorer. :)
Et je vous dis à bientôt, je l'espère, au détour d'une autre histoire. *hug*
