Réponses aux reviewers anonymes :

Nathydemon : Coucou et merci pour le commentaire. J'espère que la suite te plaira. Bonne lecture et à la prochaine, j'espère.

Aya31 : Salut à toi et merci pour le commentaire.

Guest : Coucou ! Je te remercie d'avoir pris le temps de me faire part de tes impressions. Pour le calice, tu as tout faux mais bon, tu connaîtras l'identité du calice d'Elena dans ce chapitre. Encore merci et bonne lecture.

Adenoide : Coucou ! Merci beaucoup pour le commentaire. Je ne peux rien dire sur le caractère d'Harry/Milo et préfère te laisser découvrir sa nouvelle personnalité qui pourra certainement te rebuter parce que ce n'est pas un ange dans cette fic. En tout cas, bonne lecture et à la prochaine, j'espère !

Encore merci à tous ceux et celles qui m'ont lu et ont bien voulu me laisser un petit commentaire pour me faire part de leurs impressions.


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Chapitre 2

Milovan Tepes

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Le brouillard se dissipa lentement et des bruits de pas se firent entendre dans la forêt dense. Le silence régnait en maître dans cette nature verdoyante et luxuriante. On entendit un léger crac et près d'une clairière, de minces rayons de soleil qui filtraient à travers les feuilles des arbres faisaient briller des cheveux bruns parsemés de mèches blanches.

Un jeune garçon à peine âgé de onze ans, vêtu d'un jean et d'un tee-shirt, tenait entre ses mains un énorme cerf dont le cou était brisé, gisant mort dans ses bras. Ses iris vermeils prirent une teinte émeraude gardant toujours cet éclat carmin et ces paillettes dorées qui donnaient à son regard quelque chose d'envoûtant, de mystérieux mais aussi d'inquiétant car dans ses prunelles luisaient un éclat dangereux presque menaçant.

Dans cette forêt, à l'abri des regards, il n'avait rien d'un enfant sans défenses, perdu à la recherche de ses parents. Non, ici, en ces lieux, il régnait en maître, en prédateur. Il regarda l'animal un moment avant de planter ses crocs sur le cou du cerf, il aspira le sang encore chaud de la bête et recula vivement en crachant le sang qu'il venait d'avaler. Il grimaça de dégoût et se débarrassa du cadavre qu'il jeta à quelques mètres. C'était encore plus infect qu'il ne l'aurait imaginé. Il avait bien voulu faire un essai et maintenant, il le regrettait amèrement en sentant son estomac protester contre le sang qu'il avait bu. Il était clair qu'il allait devoir faire une croix sur le sang d'animal et qu'il poursuivrait son régime alimentaire jusqu'à ce qu'il puisse trouver le sang qui lui conviendrait le mieux, celui de son calice.

Il remit la capuche de sa cape en place sur sa tête et reprit sa route en courant à une vitesse impressionnante, faisant siffler le vent dans ses oreilles. Il arrêta brusquement sa course et ferma les yeux lorsque les rayons du soleil se posèrent sur lui. Il rouvrit ses paupières et posa son regard sur le petit village où il venait d'arriver.

Le village ne comprenait que deux ou trois milliers de personnes, pas plus. Il se trouvait encastré dans des chaînes de montagnes où peu de gens s'y rendaient. Le village était pratiquement coupé du monde et n'accueillait presque jamais de touristes. Il n'y avait que les marchands des villages éloignés qu'ils côtoyaient de temps à autre.

Il avait fait le bon choix et sourit imperceptiblement lorsqu'il aperçut une petite gamine âgée de trois ans se précipiter vers lui avec un grand sourire qui embellissait son visage d'enfant.

— Milo !

La petite fille accourut jusqu'à lui et se jeta dans ses bras avec toute sa grâce enfantine. Il la réceptionna sans mal et l'accueillit avec joie dans ses bras.

— Hey, ma belle ! dit-il ravi de revoir l'enfant.

— Votre altesse, le salua avec respect une femme d'une trentaine d'années.

— Mircea, comment allez-vous ?

— Bien, votre altesse, répondit la femme.

— À ce que je constate, vous prenez bien soin de Lilian.

— C'est une enfant vraiment adorable, votre altesse, et mon mari et moi sommes heureux de pouvoir prendre soin d'elle. Yuri est ravi d'avoir enfin eu une petite-sœur et n'arrête pas de baver devant elle. Il adore Lilian et nous, nous sommes heureux de la compter parmi notre famille.

— Merci à vous pour ce que vous faîtes pour elle, dit Milo.

— C'est avec joie que nous le faisons, altesse. Lilian est notre fille désormais.

Milo hocha la tête et reporta son attention sur la gamine qu'il portait dans ses bras. Il déposa un baiser sur le front de Lilian et la remit à sa mère adoptive.

— À bientôt, ma toute belle !

— Bye bye, Milo, fit l'enfant en agitant la main avec un grand sourire.

Milo sourit encore une fois et s'éloigna tout en marchant à travers les rues du village, saluant avec contentement les villageois qui venaient vers lui. Plusieurs enfants du village se précipitaient vers lui pour le saluer et lui souhaiter un bon retour parmi eux. Milo croisa sur son chemin beaucoup d'enfants, qui comme Lilian, avaient été adopté par les villageois et prenaient soin d'eux comme s'ils étaient de leur propre sang. Le jeune garçon n'en attendait pas moins d'eux et était ravi de constater qu'il pouvait compter sur la bonté de son petit peuple.

Il remonta une allée et poussa un petit soupir lorsqu'il se trouva devant les grilles d'un immense château datant du début du dixième siècle. Il était de retour à la maison et il en était heureux. Cela faisait un bon petit moment qu'il n'était pas rentré et savait que l'accueil au château allait être différent de ce qui lui fut réservé par les villageois.

Il se retint de soupirer une nouvelle fois et se dit qu'il valait mieux affronter la tempête une bonne fois pour toutes et de passer au plus vite à autre chose. Il poussa les grilles et suivit l'allée qui menait jusqu'aux marches d'escaliers de l'entrée et à peine mit-il un pied sur la première marche que les lourdes portes du château s'ouvrirent, dévoilant une jeune femme à la chevelure blanche et au regard vert de jade entouré d'un liquide carmin et doré.

— Mère.

— Tu nous fais enfin l'honneur de ta présence, dit Elena d'un ton froid.

— Je vous prie de m'excuser, mère, je…

— Il suffit, Milovan, l'interrompit sèchement Elena. Je commence à en avoir plus qu'assez de tes disparitions intempestives ! Je suis plus que lasse de devoir mettre toute la garde à ta recherche ! Fatiguée de devoir chaque jour m'inquiéter pour toi ! Je suis épuisée, Milovan ! Tu n'es pas rentré depuis six mois ! T'en rends-tu compte ? Six mois, Milovan ! Six mois à me faire du souci pour toi, six mois à ne recevoir de ta part que de brèves missives et des orphelins dont tu as tué les parents !

Milovan n'avait jamais vu sa mère perdre son sang-froid et encore moins se mettre à lui crier dessus. Elle avait toujours été patiente avec lui, compréhensive, mais aujourd'hui, il avait probablement dépassé les bornes et c'était la goutte de sang de trop qui avait fait déborder le calice.

— Je suis plus que lasse de devoir couvrir tes traces et maquiller tes meurtres ! Bon sang, Milovan ! Te rends-tu compte du nombre de cadavres qui s'empilent derrière toi ? De la quantité de sang que tu verses chaque fois que tu laisses ta colère prendre le pas sur ta raison ? Rien qu'en Roumanie, tu as fait cinquante morts !

— Elena, fit une voix masculine dans le dos de la vampire.

— Parle à ton petit-fils, père, parce que moi, je n'en peux plus ! grogna Elena.

La vampire lança un dernier regard à son fils et disparut dans un souffle de vent, laissant le jeune garçon en compagnie de son grand-père, Dracula.

— Bienvenue à la maison, Milovan, dit Dracula.

Milo acquiesça simplement, la gorge nouée. Il savait qu'il se serait fait réprimander pour son absence mais n'aurait jamais pu imaginer que les remontrances pourraient venir de sa mère et encore moins que cette dernière serait aussi déçue de son attitude.

Il sentit ses yeux le piquer et pour la première fois depuis six ans, il laissa des larmes couler sur ses joues. Il y avait bien longtemps qu'il n'avait pas pleuré et la sensation lui parut étrange, presque anormale.

— Pitié, Milovan, tu ne vas pas tomber dans le mélodrame toi aussi ! se plaignit Dracula d'une voix théâtralement affligée. Tu connais ta mère, elle aime appuyer où ça fait mal pour ne pas souffrir à son tour. Une façon à elle de se protéger. Tu devrais connaître sa tactique depuis longtemps puisque tu t'en sers toi aussi sans aucun remord.

Milovan le savait mais ce n'était pas pareil. Il était question ici de sa mère qu'il avait déçu, de sa mère qui avait toujours approuvé ses actes et qui n'avait jamais émis la moindre protestation concernant son mode de vie. Au contraire, il lui avait semblé qu'elle approuvait ce qu'il faisait, même si elle n'aimait guère le savoir absent du château, sans surveillance ni protection.

— Entre donc et oublie les paroles de cette vieille drama queen qui te sert de mère, dit Dracula. Un beau jour, elle se réveillera avec des rides à cause de s'être trop inquiétée pour rien. Je lui ai bien conseillé de se détendre et d'aller faire un tour au Mont Fuji avec ton père, que de découvrir la nature japonaise lui ferait du bien mais elle ne m'a pas écouté. D'ailleurs, elle ne m'écoute jamais cette fille. Et ça m'aurait fait des vacances à moi-aussi si elle avait consenti à quitter le château.

Milovan eut un sourire reconnaissant envers son grand-père qui essayait de tout faire pour lui changer les idées et qui apaisait comme il le pouvait le chagrin qui avait trouvé racine au creux de son estomac. Dracula passa son bras autour de ses épaules et le conduisit vers ses appartements où ils rejoignirent Jonathan qui était en train de lire un bouquin, allongé sur un canapé.

Jonathan se redressa lorsqu'il les entendit entrer dans le petit salon privé et ferma brusquement son bouquin avant de se précipiter vers Milovan pour le prendre dans ses bras.

— Oh Seigneur, Milo ! Comme tu m'as manqué ! s'exclama le calice.

— Toi aussi tu m'as manqué, Jo, dit Milo avec un petit sourire.

— Je viens de me nourrir alors si vous pouviez éviter avec vos…effusions affectives qui me donnent la nausée, grimaça Dracula de dégoût en agitant une main.

Jonathan relâcha le jeune vampire et se tourna vers son compagnon en haussant un sourcil amusé.

— C'est étrange, tu ne t'es pas plains hier lorsque j'ai fait montre d'une sorte de démonstration affective, dit-il d'un ton narquois. Au contraire, tu m'as paru plutôt enthousiaste lorsque…

— Pourrait-on passer à autre chose ? le coupa Dracula, agacé.

Jonathan sourit à son vampire d'un air moqueur et hocha la tête, gardant son sourire.

— Comme il te plaira, mon amour.

Dracula le fusilla du regard avant d'aller se servir un verre de whisky et de s'installer dans l'un des fauteuils du salon, rivant son regard sur son petit-fils qui semblait avoir oublié pour un instant, l'éclat de colère et d'angoisse de sa mère.

— Et si tu nous racontais donc ton voyage, Milovan, suggéra Dracula après avoir avalé une gorgée d'alcool. Combien d'enfants à la vie misérable m'as-tu encore ramené cette fois-ci ?

— Aucun, répondit Milo. Les enfants que j'ai secourus, je les ai aussitôt envoyés aux hommes que vous aviez mis sur ma trace.

— Hum…cela n'en fait que cent sept cette année, deux fois moins que l'année dernière, commenta Dracula d'un air distrait. Enfin, ce n'est pas moi qui vais m'en plaindre. Mes finances ne s'en porteront que mieux.

— De quoi pourrais-tu te plaindre ? Tu as amassé bien plus d'argent qu'aucun homme ne le fera jamais dans une vie. Subvenir aux besoins de trois cents enfants ne doit pas être trop dur pour toi, dit Milo d'un ton railleur.

— Trois cent enfants dont tu es censé avoir la charge ! grogna Dracula. Je te rappellerais que ce n'est pas moi qui vole à leur secours et qui les ramène au village pour les faire adopter par les habitants. Tu m'occasionnes des frais à force de jouer au saint Milovan ! Tu sais combien d'école je vais devoir construire et d'hôpitaux je vais devoir mettre à la disposition du village ? Tu sais combien vont me coûter ces travaux ? Par ta faute, je dois déjà assumer la scolarité de vingt adolescents dont la moitié est dans des écoles excessivement coûteuses ! Il me faudra aussi prévoir leur frais de scolarité à l'université pour ceux qui sont moldus. Tu sais combien me coûte tes actes de bonté par an ?

— Jo et moi savons que tu adores venir en aide à ces gamins et que si tu ne voulais pas le faire, eh ben, tu ne l'aurais pas fait, répliqua Milo.

— Parce qu'en plus tu aurais oublié la menace que tu as proféré à mon encontre il y a trois ans dans cette même pièce ?! s'indigna le vampire âgé.

— Moi ? Proférer des menaces à l'encontre du grand Dracula Tepes ? Je ne suis qu'un innocent petit garçon…

— Innocent ? couina Dracula, effaré. Un innocent petit garçon ?! Même le diable est un enfant de chœur à côté de toi.

— Tu me blesses là, papi, dit Milo en posant une main sur son cœur, feignant un air abattu.

— Ne m'appelle pas ''papi'', maugréa Dracula. Je n'ai pas l'apparence d'être ton grand-père.

— Tu n'en as pas l'apparence mais tu as certainement l'âge d'être mon aïeul, répliqua le jeune vampire. Ne devrais-tu pas te trouver dans un cimetière, papi, et reposer en paix depuis bon nombre de siècles ?

— Tu as intérêt à arrêter avec tes sarcasmes si tu ne veux pas te prendre la raclée du siècle, menaça Dracula.

— Que des promesses, que des promesses… susurra Milo d'une voix doucereuse. J'aimerais bien m'engager dans un combat avec toi mais je crains fort que ton arthrite de la dernière fois ne se manifeste à nouveau et ne…

Milo ne termina pas sa phrase que Dracula utilisa ses pouvoirs de vampire pour lui sauter dessus. Le jeune garçon afficha un sourire en coin et fit un clin d'œil au vampire plus âgé que lui avant de le pétrifier d'un sortilège informulé.

Dracula ne pouvait plus bouger le moindre muscle de son corps mais était dans la capacité de voir, de bouger les yeux et d'entendre.

— Un petit problème de mobilité, papi ? Aurais-tu du mal à faire ne serait-ce que le moindre mouvement ? Serait-ce donc la vieillesse qui te rattrape d'un seul coup, sans prévenir ? le railla Milo, espiègle.

Milo reçut un regard noir de la part du vampire immobile et pouffa dans ses mains, amusé par la situation. Jonathan de son côté s'amusait aux dépens de son vampire qui lui ferait certainement payé cher ses gloussements lorsqu'ils se retrouveraient tout seuls dans leur intimité mais en attendant, il comptait bien en profiter.

— Mais qu'allons-nous donc faire de toi, hein ? poursuivit Milo.

Le jeune vampire fit mine de réfléchir puis se tourna vers Jonathan qui s'était assis dans un fauteuil, contemplant le spectacle avec amusement.

— Jo, que penserais-tu d'un relooking ? suggéra Milo. Tu ne penses pas que le jaune canari serait une meilleure couleur pour ses cheveux ? Cela ferait ressortir son magnifique teint de vampire, n'est-ce pas ?

— C'est toi l'artiste. Je te fais confiance pour rendre mon homme… transformé ?

— Et si on se mettait maintenant au boulot ?

Milo sourit avec malice et se concentra sur le visage de son grand-père dont le regard lui promettait mille morts. Il ricana en se délectant des éclairs dans les prunelles du vampire qui le foudroyaient de toute part et se mit au boulot. Il transforma sans trop de difficulté les cheveux bruns de Dracula en un jaune canari puis s'attaqua aussitôt à l'habillement du vampire. Il métamorphosa ses vêtements en une robe de flamenco d'un rouge foncé et les mocassins du vampire en talons haut pour femme.

— Alors, Jo, qu'en dis-tu ? demanda Milo, une fois son œuvre achevée.

Jonathan se leva et se plaça devant son vampire. Il tenta de masquer son rire mais ce fut difficile et il ne put le contenir bien longtemps, laissant son rire emplir toute la pièce, sous les regards noirs de Dracula et le sourire amusé et satisfait de Milo.

— Dieu, Milo ! Tu es un véritable artiste ! On devrait peut-être penser à l'exposer dans un musée, tu ne crois pas ? préconisa Jonathan qui se laissait aller à la plaisanterie.

— Excellente idée ! s'exclama Milo.

Ils éclatèrent soudain de rire avant d'être coupé dans leur joie par l'arrivée du calice d'Elena qui bondit presque sur Milo, l'étreignant tellement fort que si le jeune garçon avait toujours été humain, ses os se seraient certainement brisés sous la puissance de l'étreinte de l'homme.

— Oh mon petit garçon, souffla l'homme à son oreille.

— Heureux aussi de te revoir, papa, dit Milo avec un sourire dans la voix.

— Regulus, tu devrais peut-être maintenant le lâcher tu ne crois pas ? fit Jonathan.

Regulus secoua la tête, gardant Milo calé contre son torse. Son fils n'avait pas été au château pendant six mois. Il avait disparu comme il le faisait d'habitude sans laisser de trace ni de mots. Il était parti pendant que tout le monde au château dormait et il n'avait donné de ses nouvelles que deux mois après s'être échappé en douce.

Six longs mois pendant lesquels il n'avait pas pu prendre son fils dans ses bras, sentir son parfum, entendre sa voix, discuter ou encore se chamailler tendrement avec lui, le border avant qu'il ne puisse s'endormir ou tout simplement lui enseigner tout ce qu'il savait sur la magie.

Tous ces petits moments qu'ils avaient toujours partagés ensemble et qui lui avaient terriblement manqué. Il avait cru devenir fou en ne voyant pas Milo revenir au bout de deux mois comme il le faisait toujours. Il avait cru mourir d'inquiétude lorsque les hommes qu'ils avaient envoyés à la recherche de Milo les avaient informés qu'ils avaient perdu sa trace dans le nord de la Serbie.

À ce moment-là, tout le clan sauf Dracula et Jonathan avait décidé de partir à leur recherche du jeune vampire car il se trouvait sur le territoire des Savanovic et que ces derniers étaient des vampires hostiles et puissants qui n'auraient aucun scrupule à tuer Milo qu'il soit un Tepes ou pas, petit-fils de Dracula ou pas.

Les Savanovic étaient connus pour être des vampires qui ne respectaient aucune loi et aucun autre peuple. Il ne fallait tout simplement pas empiéter sur leur territoire et personne n'entendait parler d'eux donc tout le clan Tepes avait craint pour la vie de Milo et avait décidé de se rendre en Serbie pour récupérer le garçon avant qu'il ne soit trop tard mais Dracula et Jonathan, contre toute attente, s'y étaient opposés, arguant que Milovan savait ce qu'il faisait et qu'ils devaient apprendre à lui faire confiance, qu'il soit âgé de onze ans ou pas.

Cette divergence d'opinions avait entraîné un conflit au sein du clan et au moment où certains s'apprêtaient à se rendre en Serbie, ils avaient reçu une lettre et dix enfants âgés entre deux et treize ans.

Regulus se sortit toute cette histoire de la tête et se dit que tout ceci appartenait désormais au passé. Milo était rentré à la maison et c'était ce qui lui importait.

— Tu m'as terriblement manqué, fils.

— Toi aussi, papa, murmura Milo.

Et c'était vrai. Même s'il quittait chaque année le château pour parcourir le monde pendant quelques mois, sa famille lui manquait toujours et il éprouvait l'irrépressible besoin de revenir près d'eux mais ce qui le poussait à chaque fois à quitter le château l'empêchait de revenir sur ses pas sans avoir fait ce pourquoi il voyageait en solitaire.

Regulus relâcha Milo et posa ses mains sur les épaules du jeune hybride. Oui, hybride car c'était cela que Milo était, un hybride, moitié sorcier moitié vampire.

— Comment vas-tu ? demanda-t-il.

— Bien mieux depuis que je suis de retour à la maison, répondit Milo.

— Heureux de te l'entendre dire, sourit Regulus avec tendresse.

Milo rendit son sourire à son sourire à son père. Il était content de le revoir, rassuré de savoir que le comportement de son père vis-à-vis de lui n'avait pas changé malgré les six mois passés loin de lui, loin de toute la famille, loin du clan.

Son père était toujours le même. Aussi joyeux et accueillant qu'il avait toujours été. Il s'inquiétait toujours autant pour lui et était extrêmement ravi de le savoir de retour, ne posant jamais de questions sur ses activités en dehors du château. Pour son père, le plus important était qu'il soit à la maison, sain et sauf.

Très bientôt, les appartements de Dracula se trouvèrent empli de tous les membres du clan qui étaient venus saluer le retour de leur petit prince, tous heureux de le revoir après ces longs mois d'absence.

Milo était satisfait de se trouver ainsi entouré, de tous les membres de sa famille car c'était ça leur clan, leur famille. Le clan Tepes comptait en majorité des vampires mais il y avait aussi quelques hybrides comme Milo, Katerina et Valeriu ainsi que des sorciers, des loups garous et des moldus qui étaient des calices.

C'était tout un mélange qui cohabitait harmonieusement au château de Tepes et dont le clan était dirigé par Dracula qui était considéré comme le père de tout ce petit monde et Jonathan n'était pas une mère mais plutôt une oreille vers laquelle on pouvait se confier et une épaule sur laquelle on pouvait s'épancher.

Dracula qui avait été libéré du sortilège de Milo chassa peu de temps après tout le monde de ses appartements sauf son calice, son beau-fils et son petit-fils.

— Joyeux anniversaire, Milo, dit Regulus en faisant apparaître un paquet cadeau dans ses mains qu'il tendit à son fils. Si nous avions su que tu rentrerais aujourd'hui, nous aurions organisé une fête pour tes onze ans mais…

— Merci beaucoup, papa, le coupa Milo.

Le jeune hybride avait eu onze ans la semaine dernière et il avait été en Angleterre à ce moment-là, occupé à faire quelque chose de très important pour lui.

Milo ouvrit son cadeau et sourit comme un bienheureux en découvrant ce qui s'y trouvait à l'intérieur.

Salut.

Salut.

C'était un magnifique serpent aux couleurs dorés et rougeâtres, dont les écailles étaient parsemées de zébrures verdâtres et orangées.

Comment t'appelles-tu ? demanda Milo au serpent.

Je n'ai pas de nom, répondit le reptile.

Hum…eh bien…que dirais-tu de Sneaky ? proposa l'hybride.

C'est bien, Sneaky, approuva le serpent.

Milo sourit en pensant qu'il était sûr et certain que n'importe quel autre nom aurait ravi son nouvel animal de compagnie. Il se tourna vers son père qui le regardait avec attention, essayant de savoir si le cadeau lui avait plu ou pas. Il se jeta simplement dans les bras du brun et le remercia mille fois pour le cadeau. Il appréciait toujours les présents qu'on lui offrait et les gardait précieusement comme si c'était des trésors.

— Ravi qu'il te plaise, sourit Regulus. C'est un cadeau de ta mère et moi.

Milo se retira brusquement de l'étreinte de Regulus comme s'il avait été brûlé et s'excusa auprès de sa petite famille avant de s'éclipser à vitesse vampirique des appartements de Dracula.

— Qu'est-ce qui vient de se passer à l'instant ? demanda Regulus, dérouté.

— Elena a aussitôt réprimandé Milovan à son arrivée. Elle a laissé parler son inquiétude et a fait quelques reproches plus ou moins voilés au gamin et je crois que Milovan s'en veut pour ses disparitions annuelles, répondit Dracula.

— Elena et moi nous nous sommes inquiétés pendant des mois. Elle a besoin d'un peu de temps pour redevenir la mère que Milo a toujours connu. Elle pense être responsable de ce qu'est devenu notre fils. Elle croit qu'il quitte le château chaque année à cause d'elle et qu'elle a raté quelque chose dans l'éducation de Milovan, confia Regulus.

— Je crois qu'il serait peut-être temps que l'on discute du comportement de Milovan, dit Dracula. Jonathan, tu veux bien aller chercher Elena pour moi, s'il te plaît ?

Le calice ne se fit pas prier et acquiesça avant de quitter les appartements à la recherche de la fille de son compagnon.


Milo se retira dans sa chambre et alla se placer au balcon, admirant la vue qu'il avait du village depuis cet endroit. Il ferma les yeux en repensant aux paroles dites par sa mère juste à son arrivée.

« — Je suis plus que lasse de devoir couvrir tes traces et maquiller tes meurtres ! Bon sang, Milovan ! Te rends-tu compte du nombre de cadavres qui s'empilent derrière toi ? De la quantité de sang que tu verses chaque fois que tu laisses ta colère prendre le pas sur ta raison ? Rien qu'en Roumanie, tu as fait cinquante morts ! »

Il sentit des larmes perler sur son visage et ne ressentit nullement le besoin de contenir sa peine un peu plus longtemps. Il était loin de se douter que c'était ainsi que sa mère le voyait, que sa mère le considérait, … comme un meurtrier, comme une personne incapable de gérer ses sentiments, de canaliser sa colère.

La première fois qu'il avait quitté le château, il avait à peine sept ans et n'avait pas été bien loin. Il avait été à Bucarest et malgré son jeune âge, il avait pu faire ce qu'il avait à faire sans que personne ne lui pose le moindre problème. C'était à sept ans qu'il avait pour la première fois écouté ses plus bas instincts, la première fois qu'il avait commis son premier meurtre.

Ce fut à sept ans qu'il perdit une partie de son innocence et qu'il devint ce qu'il était aujourd'hui. À sept ans qu'il ramena pour la première fois un orphelin au village. C'était un jeune garçon de douze ans qu'il avait sauvé des coups de son père qui le traitait de monstre et d'abomination. À sept ans qu'il avait répondu à l'appel du sang et qu'il s'était jeté sur l'homme à moitié ivre et qu'il s'était montré sous son véritable jour au moldu qui battait son enfant.

Il avait fait sortir le monstre qui sommeillait en lui et avait joué au chat et à la souris avec l'homme, le pourchassant dans le quartier, utilisant ses pouvoirs de vampire pour ne pas se faire repérer des habitants avant de mettre fin au jeu et de tuer l'homme en le vidant de son sang.

Le sang de l'homme avait été étrangement délicieux. Beaucoup plus délicieux que n'importe quel autre sang humain qu'il avait goûté jusque-là et il avait fini par comprendre pourquoi le sang du moldu avait été si bon. C'était tout un mélange d'émotions qui avait donné autant de goût à ce sang et depuis lors, il n'avait plus été satisfait par d'autres sangs que celui qui goûtait la peur et la haine car l'homme haïssait son enfant et avait eu peur de lui.

Milo avait ramené le garçon de douze ans au village, prénommé Valeriu et il avait été adopté par Katerina et son compagnon qui avaient fait de lui un hybride et un Tepes. Depuis, Valeriu vivait au château avec eux.

Après sa petite escapade à Bucarest qui avait duré une semaine avant d'être retrouvé par les hommes envoyés par sa famille, Milo avait récidivé mais cette fois-ci en allant beaucoup plus loin, quittant le territoire de la Roumanie pour l'Autriche où il avait passé deux semaines et en ramenant quatre enfants qui étaient maltraités tout comme Valeriu par leurs parents. Tout comme à Bucarest, il avait tué les parents des enfants en guise de punition et les avaient vidé de leur sang.

Bientôt, ce fut une drogue pour Milo. Il suivait l'appel du sang et y répondait avec plaisir, venant par la même occasion en aide à des enfants qui subissaient des traitements horribles auprès de leur famille. Petit à petit, les orphelins s'étaient empilés au fil des ans et les villageois les recueillaient avec joie, adoptant chacun des enfants, leur apportant ce dont ils avaient besoin, une famille aimante qui prenait soin d'eux. Les soucis financiers étaient réglés par sa famille ou plus précisément par Dracula car il était le seul homme d'affaire de la famille et il gérait leur fortune avec beaucoup d'agilité et d'intelligence.

Oui, il tuait mais il ne tuait que les parents qui étaient mauvais avec leurs enfants. Il venait en aide à des enfants maltraités et se nourrissait par la même occasion.

Il avait cru que sa mère comprenait ça. Il était un hybride, il était en partie vampire, il était un chasseur, un prédateur et il avait besoin de ça pour vivre, du sang de ces personnes pour survivre avant de trouver le sang qui satisferait tous ses besoins nutritifs.

— De retour au nid, oisillon ? l'interrogea une voix dans son dos.

Milo sursauta légèrement puis se retourna vers l'homme qui avait pénétré dans sa chambre et qui venait de se placer à ses côtés.

C'était un jeune homme de vingt-ans aux yeux bleus dont les pupilles étaient entourés d'un liquide carmin et à la magnifique chevelure blonde et bouclée qui descendait presque sur ses épaules et qui paraissait blanche à la lumière du soleil. Il avait un nez plutôt fin et court, la bouche bien dessinée mais un peu grande pour son visage. Sa nature vampirique transparaissait dans sa peau excessivement blanche.

Le vampire était haut d'un mètre quatre-vingt et dépassait donc largement le jeune hybride qui ne faisait pas plus d'un mètre cinquante mais qui était plutôt grand pour un garçon de son âge.

— Lestat.

— Tu t'es bien amusé, gamin ? l'interrogea le blond avec un sourire complice.

Milo secoua la tête et Lestat remarqua les larmes sur les joues du petit brun. C'était la première fois que le vampire voyait l'hybride pleurer.

— Qu'est-ce qui se passe, Milo ? Que s'est-il passé pendant ton voyage ?

Milo éclata en sanglots et Lestat le prit dans ses bras pour le réconforter.

— Milo…

Lestat se sentait mal pour le petit garçon qu'il tenait dans ses bras. Il avait rencontré pour la première fois le jeune hybride à Bucarest et n'avait échangé que quelques mots avant qu'ils ne se retrouvent une seconde fois en Autriche et qu'ils ne finissent par devenir des amis.

Lestat qui avait passé son existence à sillonner le monde sans vraiment connaître le monde vampirique, avait appris beaucoup sur le monde surnaturel aux côtés du gamin qu'en deux cent ans. Il avait appris l'existence des sorciers, des loups garous et d'un monde vampirique qu'il n'avait jamais côtoyé auparavant jusqu'à l'apparition du petit hybride dans sa vie.

Malgré leur différence d'âge, Milo était devenu son meilleur ami, un petit-frère et lui, il était devenu le confident du gamin, un grand-frère à ses yeux. Milo l'avait introduit dans le clan Tepes et il avait été très vite adopté par le clan. Pour la première fois depuis qu'il avait été transformé en vampire, il s'était senti à sa place dans ce clan. Le château de Tepes était devenu sa maison et les membres du clan ses frères et sœurs. Dracula, une figure paternelle.

— Pas…maintenant…s'il…s'il te plaît…bafouilla Milo en pleurs.

Lestat resserra son étreinte autour du corps de l'hybride et passa une main dans les cheveux bruns et blancs du garçon. Il comprit que le jeune garçon n'était pas prêt à se confier, aussi, il décida de ne pas insister et essaya de lui apporter autant de réconfort qu'il le pouvait même s'il n'était pas très doué dans ce domaine, n'étant jamais à l'aise avec les contacts physiques.

— Comme je te l'ai dit l'an dernier, je suis parti à la recherche de Louis. J'ai parcouru bons nombres de pays et de villes avant de finir par le dénicher à Sydney en Australie. Je l'ai retrouvé le mois dernier et tu devines sa réaction, il n'a pas été très ravi de me revoir. Il était toujours aussi en colère contre moi. Même après toutes ces années, il me hait toujours autant, raconta Lestat d'une voix éteinte. Oh Milo ! Si tu avais vu son regard, ce qu'il exprimait…c'était…il n'y avait que de la haine. Je…je ne sais même pas ce que j'ai cru en partant à sa recherche. Je pensais que les années l'auraient adouci et qu'il aurait revu son jugement sur sa condition de vampire, et qu'à moins de me pardonner de l'avoir transformé, il m'aurait…je ne sais pas… . En fait, je ne sais plus.

Lestat avait la voix enrouée et sa vue se brouilla au fur et à mesure qu'il parlait de son voyage en Australie.

— J'ai essayé de me faire pardonner. Je crois que j'ai tout essayé pour qu'il essaie au moins de me parler, de me dire quelque chose d'autre que « je te hais », je voulais juste passer un moment tranquille avec lui. Il m'avait tellement manqué. Si tu savais comme il était beau… Il est toujours aussi délicat et fragile qu'il ne l'était auparavant. Il…je…

Lestat finit par pousser un profond soupir d'agacement et retint un grognement de rage. Ce voyage à Sydney avait été un échec total et quelque part il s'y était attendu, Louis ne lui retournerait jamais ses sentiments et continuerait de le haïr encore pendant de nombreuses années. Il devrait peut-être commencer à se résoudre à ne plus l'aimer et faire le deuil de son amour pour Louis mais il ne voulait pas un autre homme que le vampire brun aux yeux verts. Il ne voulait pas aimer quelqu'un d'autre. Il ne voulait que Louis et c'était douloureux de l'aimer, douloureux de se faire rejeter encore et encore.

— Tu finiras par trouver quelqu'un d'autre à aimer, Lestat, dit Milo.

Le jeune hybride se redressa et plongea ses iris aux couleurs particuliers dans ceux du blond.

— Je ne pense pas, fit le blond en secouant la tête. Il n'y a eu que Louis et il n'y aura jamais que lui.

L'amour n'est pas l'amour s'il change lorsqu'il se trouve que son objet change. C'est un phare érigé pour toujours qui voit les ouragans sans jamais en trembler. L'amour ne change pas au fil des courtes heures et des courtes semaines mais il perdure jusqu'au seuil du jugement dernier, cita Milo.

— Shakespeare.

— Si ce Louis n'est pas aussi idiot que tu me l'as raconté, il reviendra vers toi, sinon dans le cas contraire, tu continueras de vivre et tu aimeras quelqu'un d'autre à nouveau avec la même intensité et ce sera dommage pour ce vampire car il ne se doutera jamais de ce qu'il a perdu, déclara Milo.

Lestat esquissa un sourire amusé et caressa avec tendresse la joue de Milo.

— Tu veux bien me dire pourquoi tu as mis autant de temps lors de ton voyage ? Valeriu m'a appris que tu avais passé six mois hors du château. Où étais-tu, Milo ? Que s'est-il passé ?

Milo tressaillit légèrement et se releva avec vitesse, se tenant à quelques mètres de distance du vampire blond. Il ferma les paupières un instant avant de les rouvrir et de poser son regard sur Lestat.

— J'ai passé les trois derniers mois en Angleterre dans le Surrey. Je me suis amusé avec mon passé, avec celui du jeune Harry Potter avant de faire ce que j'avais à faire.

— Et qu'est-ce que tu as fait ? le questionna le blond.

— J'ai vengé Harry Potter, répondit Milo d'une voix détachée.

J'espère que ce chapitre vous aura plu. A la prochaine, j'espère !