Tania a dix-sept ans, et des assassins dirigent son école. Tania a dix-sept ans, et tremble à l'idée de retourner en cours.
Les premiers jours sont terribles. La guerre, ils ne connaissaient pas, avant. C'était plus ou moins loin, ça atteignait plus ou moins leurs proches. Pour la majorité des gamins, la guerre c'était une histoire d'adulte. Peut-être qu'en quelques jours, ils se sont tous transformés en adulte, ou peut-être est-ce juste la réalité qui leur est tombée dessus. L'école ne résonne plus des rires perdus, les bruits de pas ne retentissent plus dans les couloirs, plus d'envolée folle juste pour sentir le vent qui siffle. Les cours deviennent secondaires, et seule une pensée occupe les esprits des élèves. Survivre. Avancer, encore un jour, puis un autre, et encore un.
Lorsque Alecto Carrow tape dans sa main, et que tous les deuxièmes années tressaillent, les mâchoires de Tania se serrent. Elle mord sa langue, redresse le menton. Elle songe brusquement que si elle continue de redresser le menton, il finira par atteindre le ciel, s'il monte pour toutes les fois où elle y pense. Et pourtant, Merlin, il ne décolle pas d'un centimètre, comme si chaque larme retenue la rattachait au sol. Et pour la première fois depuis le début de l'année, elle éprouve une envie de rire irrésistible. Elle la ravale, ne pas se faire remarquer, jamais.
Quand en cours ils doivent lancer le sortilège Doloris, Blaise lui lance un regard, et s'avance. Je serai ton partenaire, lance le sur moi. Mais ça, il ne le dit pas, il le pense juste très fort, et Tania le lit sur son visage. Il se contente de se placer devant elle, et bien sûr qu'elle comprend.
Elle le lance, et il se crispe, mais rien ne se passe. Elle le lance, encore et encore, et il ne bouge pas, parce que son sort n'est pas bon, qu'elle ne veut pas vraiment sa souffrance, et elle en pleurerait de soulagement.
Et puis c'est son tour, à lui de lancer le sort, et lui y arrive, et Alecto le félicite pendant que Tania se tord de douleur. Il leur a offert quelque jours de répit. Trois, peut-être quatre, et c'est énorme.
Lorsqu'elle lui offre ses dernières dragées de Bertie Crochue et lui demande pourquoi il s'est mis avec elle et non avec un des troisièmes années, dont les sorts sont si faciles à détourner, elle pense qu'il ne va jamais répondre.
« Tania, ne soit pas stupide. Si j'étais avec un troisième année, tu l'étais aussi. Tu n'aurais même pas essayer de lancer le sort, imbécile. Tu aurais vu un gosse avec des grands yeux, tremblant de peur, tu aurais marché droit sur Alecto et lui aurais raconté je ne sais quelle connerie. Je protège les miens, Tan'. Pas de la même manière que toi, mais je protège les miens. »
C'est Benjamin qui l'alerte, et Tania descend aussitôt aux cuisines chercher un jus de citrouille chaud. Lorsqu'elle remonte au cinquième étage en courant, elle en renverse la moitié sur sa robe, jure puis continue. C'est derrière une lourde tapisserie qu'elle entend les gémissements.
Une première année est là, pleurant et hoquetant. Lorsqu'elle aperçoit Tania, elle essaie de stopper ses sanglots, sans succès.
Tania lui offre la moitié de jus restante, et s'assoit face à elle.
« Comment tu t'appelles ? »
« S-Sarah. » Le prénom est ponctué d'un reniflement.
« Bonjour Sarah. Je m'appelle Tania. Tu veux me parler de ce qui ne va pas ? » La jeune fille fait de son mieux pour garder la voix aussi neutre que possible.
« C-c'est stupide, vraiment. C'est j-juste que mon père m'a envoyé des Chocogrenouilles, tu sais, les grenouilles en chocolat ? Celles avec les cartes ? Quand je l'ai ouvert, le p-portrait c'était celui de Dumb-Dumbledore, et il souriait, et il m'a fait un clin d-d'oeil. Je l'ai jamais connu, m-m-mais il signifiait tant, il était l'espoir, et maintenant Harry P-Potter n'est plus là non plus, et est-ce qu'il y enc-encore de l'espoir quelque part ? Est-ce que ça veut encore dire quelque chose ? Et tout ça à cause d'une stup-stupide carte Chocogrenouille... »
« Sarah? Sarah ? » Demande Tania, jusqu'à ce que la gamine lève les yeux vers elle. « Tant qu'on est en vie, on a de l'espoir. Tant qu'on est en vie, tout peut aller mieux, et peut-être qu'un jour tu mangeras d'autres Chocogrenouilles, et tu trouveras une autre carte qui dira Harry Potter. Peut-être. Ce n'est pas sûr, mais c'est de l'espoir. Et tu as raison de penser que c'est aussi important, parce que ça nous transporteras à travers la guerre. Et quand on l'aura gagné, nous tous, avec Potter, et tous les autres qui se battent, dans l'école et ailleurs, alors on pourra pleurer. Mais pour ça, il va falloir sécher tes larmes et se battre, et surtout, surtout, tu ne racontes jamais aux Carrow ce que je t'ai dit, d'accord ? Tu me jures que ça restera un secret entre nous ? Entre tous les élèves ? »
La gamine hoche bravement la tête, et par le caleçon de Merlin, Tania est épuisée, comme un général, comme un chef de guerre, un général qui vient de transformer une gosse en soldat, et bon sang qu'elle est fatiguée.
Sarah sèche ses larmes quand son regard tombe sur la cravate verte et argent de Tania. La plus jeune se fige, incapable de s'en détacher.
« Tu es une Serpentard ! Oh, je t'en supplie, ne dis rien de ce que j'ai dit aux Carrows, ils me tueraient. S'il te plaît, s'il te plaît. »
« Hey, je ne vais rien te faire. Relax, tout va bien, les Carrow ne sont au courant de rien. »
« M-Mais je croyais que les Serpentards étaient méchants ? » La question est prononcée sans arrière pensée, comme une croyance innocente, et par Morgane, qu'elle fait mal.
« Pas tous Sarah, pas tous. Les Serpentards sont ambitieux, et rejetés, et que quelqu'un croient enfin en eux… ça en a chamboulé beaucoup, mais les Serpentards ne sont pas fondamentalement mauvais. J'en suis un exemple, non ? Mais ça, Sarah, tu ne dois pas le dire. Parce que c'est notre protection, tu comprend ?»
La gamine hoche la tête et part. Tania s'appuie contre le mur. Je croyais que les Serpentards étaient méchants.
Amycus semble bouillir de rage alors qu'elle traîne un Serdaigle de quatrième année par le bras. Tania l'arrête.
« Madame ? Que se passe-t-il ? »
Le hurlement est effroyable, colère explosive qui n'attendait qu'une raison de s'exprimer.
« Ce morveux va mourir, voilà ce qu'il se passe ! »Le quatrième année tremble. Lucas, si Tania se souvient bien. « Regarde mes cheveux ! Regarde ce qu'il a fait ! Ah, mais il va me le payer cher ! Cet immonde sang-de-bourbe...»
Et en effet, les cheveux d'Amycus sont d'un vert flamboyant. Tania ordonne à ses genoux d'arrêter de trembler, et redresse le menton. Elle ne semble faire que ça.
« Je crois que vous vous trompez, Madame. Si c'était vraiment lui, ne pensez-vous pas qu'il aurait choisi une couleur plus… rebelle, comme du bleu ou du rouge ? Vert, c'est très Serpentard. En fait, celui-ci ressemble fortement à celui que j'avais pour Halloween, j'ai dû me tromper et vous l'offrir par mégarde, je voulais vous amener un démêlant, vous avez de si beaux cheveux... »
La Mangemort semble se dégonfler, avant de repartir de plus belle.
« Il n'empêche que c'est une honte. Venez avec moi, mademoiselle, vous aurez une retenue. »
Le quatrième année détale, murmure un merci, et Tania subit les cours d'Alecto comme cobaye toute la semaine. Elle hurle à chaque sortilège qu'elle reçoit, mais elle survit. Et n'est-ce pas tout ce qui compte ?
Le matin où sa robe préférée se déchire, Tania pleure. Même réparée, la robe ne sera plus jamais la même, une peu comme eux, cette bande de gosse, et bon sang, elle voulait être belle aujourd'hui, parce que parfois c'est tout ce qu'il reste.
Les mains de Tania tremblent lorsqu'elle envoie un hibou à Neville Londubat. Le mot est succint, et elle ne signe pas. Trop dangereux. Rencontre moi à une heure en haut de la tour d'astronomie. J'ai des infos dont tu as sans doute besoin.
Il y est trois heures en avance et se perche sur une poutre. Lorsqu'elle arrive, il se laisse tomber à ses pieds, et elle retient de justesse un cri de frayeur.
« Je devais vérifier que ce n'était pas un piège. » Ce n'est pas une excuse, pas vraiment, mais c'est déjà une explication, alors Tania hoche la tête.
« Pourquoi est-ce que tu nous aiderais ? »
« Parce que cette guerre est une abomination, et qu'elle doit finir. Préférablement sans que le Seigneur des Ténèbres la gagne. »
« Le Seigneur des Ténèbres ? Seul les Mangemorts l'appelle comme ça. »
« Je te propose de devenir ton informateur, un traître. Je me protège. Un informateur démasqué, c'est plus dangereux qu'aucunes informations du tout. »
Il hoche la tête. Elle a marqué un point.
« Et comment est-ce que je sais que je peux te faire confiance ? »
« Tu ne peux pas. » Tania s'attendait à ces questions, elle avait préparé ses réponses. « Tu peux juste espérer, et voir. »
« Je t'écoute. »
Et elle lui révèle les habitudes des frères Carrow, et quelques unes de Rogue, aussi. Elle lui dit qu'ils seront tous les trois absent le cinq décembre. Son rapport est bref, mais concis.
« Merci. Merci pour Lucien, aussi, l'autre jour. »
Ah, ce n'était pas Lucas, alors.
« Pourquoi tu l'as fait ? »
« Il est né moldu et Serdaigle. Je suis une Serpentard de sang-pur. Je ne peux plus dormir sur le dos. Dans quel état serait-il ? Je ne peux pas tous les protéger, mais lui ? C'était facile de trouver une explication. »
« Neville. »
« Oui. »
« Si je continue à vous donner des informations, je veux apprendre à me battre. »
« Ça me semble juste. Demain, minuit, la salle de classe désaffectée du troisième étage. Tania ? »
« Oui ? »
« Dans pas si longtemps que ça, je vais devoir me cacher. Ce sera Susan qui prendra tes informations- et t'apprendra quelques sorts de base. »
« Susan Bones ? »
« Oui. »
Par Merlin, qu'est-ce qu'il avait changé le garçon maladroit de Gryffondor. Il se tenait et agissait comme un général. Le poids lui pesait sur les épaules, mais la Serpentard n'était pas sûre que beaucoup de monde l'ait remarqué. Ils voyaient le dos droit et le regard décidé, la passion de ses mots et la précision de ses ordres -non pardon, de ses idées. Ils ne voyaient pas la lassitude avec laquelle il s'adossait contre un mur, ni la grimace de douleur que lui tirait sa jambe blessée quand il croyait que personne ne le regardait, pas plus qu'ils ne faisaient attention aux cernes qui s'allongeaient sous ses yeux.
« Je t'ai appris tout ce que je pouvais. »
Comme il le lui avait annoncé, Neville était parti se cacher, bientôt rejoint par d'autres. Susan était restée dehors, et comme promis avait appris à Tania à se battre.
« Tu es prête pour quand on se battra. »
« Merci Su'. » Une pause. « Tu penses que ce sera bientôt ? »
« On en sait rien. Quand Harry reviendra, ou qu'on saura que c'est vraiment utile. Certains d'entre nous mourrons, peut-être toi, peut-être moi, peut-être Neville, ou d'autres encore. On ne peut pas se permettre de se battre pour rien. Pour l'instant, on se bat pour l'espoir, mais on est aussi prêts qu'on pourra l'être. »
Les deux filles s'assoient, dos au mur.
« Tu penses que les autres Serpentards se battront avec nous ? »
Tania se mord la lèvre, réfléchit un instant.
« Non. Quelques-uns peut-être, je ne pense pas être la seule à vous informer. Mais… Se battre avec vous, c'est affronter de la famille et des amis. C'est prendre le risque de reconnaître une voix sous une cape, ou une chaussure qui dépasse. Et puis, pourquoi est-ce que nous nous battrions avec vous ? Pour la plupart, ils n'ont pas d'amis des autres maisons. Personne ne s'est jamais levé pour nous défendre, et ils n'ont personne à protéger. Mon frère ne se battra pas, tu sais, il s'est caché quelque part. Alors… Nous n'avons personne à protéger, personne pour qui se battre. Ceux qui viendront à vos côtés, ils viendront pour des idées, et c'est beaucoup plus dur de se battre pour ça. »
« On ne s'est pas bien comporté avec vous, hein ? Et vous nous en voulez. »
Ce n'est pas une question, mais Tania acquiesce. C'est Susan qui reprend.
« On était des gosses. Tous, et on croyait qu'on savait ce qu'on faisait. Je vais partir me cacher, moi aussi. On te recontactera comme on pourra, mais si tu veux nous voir… monte dans la tour de divination, vers deux heures du matin. On y sera pas tous les soirs, mais… on essaiera de passer de temps en temps. Le lieu de rendez-vous changera, mais on te tient au courant. »
Hannah passe prendre du chocolat en haut de la tour de divination. Les frères Crivey récupèrent des paquets provenant des Farces pour Sorciers Facétieux dans le hangar à bateaux. Elle les attend si longtemps qu'elle tombe malade pendant trois jours. Tania amène du jus de citrouille à Susan dans les caves près des cuisines. C'est à Seamus Finnigan qu'elle apprend que Harry s'est échappé du Manoir Malefoy, dans les serres. Elle prétend que c'est elle qui a renversé le chaudron de Veritaserum que Slughorn prépare sous les ordres des Carrows, et écope d'une semaine de retenue. Le troisième année responsable, oh par Merlin il est bien trop jeune pour être enrôlé dans une guérilla, lui offre des fondants du chaudron en rougissant. Elle apporte à l'AD un brownie et le journal qui annonce un vol à Gringott.
Harry Potter est dans l'école, et tous les élèves sont dans la Grande Salle. Pansy Parkinson hurle de ses saisir de lui et de le donner à Voldemort, et par Morgane, comme ça serait plus simple. Un seul mort, et pas toute une école prête à donner sa vie pour un autre gosse. Une seule mort. Mais Neville, et Hermione Granger, et Ron Weasley, puis Susan et Hannah s'interpose, et McGonagall veut envoyer tous les Serpentards dans les cachots. Tania se lève, le cœur au bord des lèvres.
« Et ceux d'entre nous qui veulent se battre ? »
Un Poufsouffle se redresse, et lance d'une voix pleine de morgue : « Nous ne tenons pas particulièrement à nous recevoir un sort dans le dos, mais merci d'avoir proposé... »
Ses amis rient, et la salle se met à tourner autour de Tania, et toutes les bougies flottantes, là-haut, au plafond, dansent. Neville n'est plus là, Hannah, Susan, Justin, Luna… Tous ils sont partis déjà se préparer et fortifier l'école, et il ne reste personne pour les défendre, eux, les Serpentards qui ne sont pas tous méchants. Il ne reste personne pour renvoyer ce blaireau arrogant dans le coin où il s'est caché toute la guerre, parce que la guerre, ce n'est pas que la bataille d'aujourd'hui, la guerre c'était tous les jours.
Puis Rusard et le professeur Slughorn emmènent tous les élèves dans les cachots, tous les Serpentards, et les Gryffondors, Serdaigles, Poufsouffles qui ne sont pas majeurs.
Tania attrape le bras de Blaise.
« Occupe-toi bien d'eux. Empêche les gosses de venir se battre. »
Il hoche la tête, il ne l'empêchera pas de se battre. Tania dénoue sa cravate, et court jusqu'au sommet de la tour ouest, où Hannah et Susan sont dos à dos, et un autre Poufsouffle de l'AD, Terry, est avec elles.
Ils la saluent d'un hochement de tête, et elle va pouvoir les aider, se battre avec eux, défendre son école et tous les gamins qui sont dedans.
Benjamin arrête une fille qui ne doit pas avoir plus de treize ans, et qui essaie de se faufiler dans un couloir transversale. Il note rapidement sa cravate jaune. Une Poufsouffle.
« Qu'est-ce que tu crois faire ? »
Elle se dresse de toute sa hauteur, ne lui arrive toujours qu'au menton, et plante ses yeux dans les siens.
« Je vais me battre. Je veux aider mes amis ! »
« Tu vas surtout te faire tuer. Si tu y vas, tu ne les aideras pas. Il seront inquiets pour toi, et en oublieront de se protéger. Tu vas les faire tuer ! »
« Je suis capable de me défendre ! » Lance-t-elle, pleine de morgue avant de détaler. Benjamin ferme les yeux un instant avant de jeter son sortilège.
La gamine tombe, inconsciente, et il la prend dans ses bras pour la ramener en direction des cachots.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »
« Elle est tombée, et dans la panique, elle s'est assommée. »
Blaise hausse un sourcil. « Vraiment ? »
« Non, elle voulait se battre, je n'allais pas la laisser partir se faire tuer. »
Les Mangemorts rentrent dans Poudlard, et Tania dévale les escaliers, Susan et Terry sur les talons. Hannah est partie dans l'autre sens.
Dans l'entrée du château, oh, quel cohue c'est. Partout, des sorts qui fusent, et des corps, déjà par terre. Ceux qui bougent encore, et ceux qui ne bougent plus.
Tania se baisse pour éviter un sort, sans savoir qui l'a lancé. Puis un homme, d'après la carrure même si c'est difficile à dire derrière le masque se place devant elle, et lève sa baguette. Instinctivement, Tania se protège et réplique
Ils continuent leur duel, et Tania ne va pas tenir longtemps encore, de grosses gouttes de sueur se forment sur son visage. Un sort assomme le Mangemeort qu'elle combattait. Seamus lui adresse un clin d'œil, avant de se concentre sur quelqu'un d'autre. Elle le remercie d'un hochement de tête, et stupéfixie un Mangemort qui tentait de s'en prendre à Cho Chang.
La bataille continue, jusqu'à ce que Voldemort sonne le rappelle de ses troupes, et le silence est encore plus terrible que la cacophonie des combats. Il les enveloppe, se pose comme une chappe de plomb sur eux, et les étourdit.
Les corps, posés sur le sol, sont partout. Et puis quelqu'un, Tania ne perçoit pas qui, dans le brouillard qui entoure encore son esprit, dit qu'il faut s'occuper des morts et des blessés, qu'il faut les amener dans la Grande Salle.
Tania prend les pieds d'un des corps, et Terry prend les bras. Le corps gémit, et cela signifie qu'il est vivant. Ils le transportent, tant bien que mal jusqu'à la Grande Salle et son plafond enchanté. Ils le posent, se regardent un instant, sans trop savoir quoi faire. Ils n'ont jamais guérit quelqu'un et Madame Pomfresh est à l'autre bout de la salle, déjà débordée.
Terry, sans trop y croire, lance un Nervatum, et ça marche, il se réveille. Tania lui apporte de l'eau, Terry est reparti chercher un autre corps.
Elle le rejoint, et celui-ci est mort, il n'y a plus de pouls, plus de respiration, plus rien.
Mais elle ne peut pas s'effondrer, parce que les morts ont droit au respect, et que les vivants ont encore besoin de son aide.
Harry Potter est mort. Harry Potter est mort, et Neville se dresse face à l'armée des ténèbres, et bientôt il n'est pas seul. Tania se dresse à ses côtés.
« Tania Jefferson ! Tu es une honte pour la famille ! » La voix a retentit dans le camp d'en face, et c'est celle de sa tante, par Merlin, sa tante est avec eux, sa tante affronte des gosses. Tania ne bouge pas.
La bataille reprend, et de nouveau, il faut esquiver un sort, en lancer un autre, de nouveau il faut essayer de ne pas mourir, de survivre, encore une minute. Un éclair rouge part de sa baguette, sa cible se baisse, et c'est un autre Mangemort qui tombe. Une Mangemort, et Tania voit les lourdes boucles blondes qui dépassent du masque, et elle vient d'assommer sa tante Myriam.
Elle vient d'assommer sa tante.
Tania retient un sanglot, il faut survivre une minute de plus, et quelques secondes d'inattention, c'est déjà trop. Luna Lovegood pare un sort qui lui était destiné, et les combats se calment, de moins en moins de Mangemorts sont debout.
Harry Potter est vivant, et le Seigneur des Ténèbres est mort. La guerre est gagnée.
Tania a dix-sept ans, ils ont gagné, mais oh, est-ce que la guerre pourra arrêter de vivre en eux ?
Tania a dix-huit ans, et elle retourne à Poudlard pour une huitième année. Tania a dix-huit ans, et le château et les gens sont en ruines.
Tania a plus de cauchemars que de nuits de sommeil, et quand ce ne sont pas les siens, ce sont ceux des autres qui la réveillent. C'est Milicent qui hurle dans son dortoir ou Marcus qui pleure dans celui des deuxièmes années.
Un premier année se teint les cheveux en vert, et Tania sent son dos la brûler pendant des jours, jusqu'à ce que Lucien lui amène une part de tarte à la citrouille.
Elle évite le couloir du deuxième étage autant qu'elle peut, où une née-moldue avait été torturée, et dont les cris semblent résonner encore dans les couloirs.
Elle remarque que Hermione Granger semble manger le plus, le plus vite possible et en emporte toujours autant qu'elle peut dans ses poches, comme si elle ne savait pas quand serait son prochain repas. Elle note que Susan lance toujours un coup d'œil dans un couloir avant de s'y engager. Hannah tressaille chaque fois qu'un professeur hausse la voix, et Seamus tremble quand un professeur lui donne une retenue.
Elle voie les yeux de Dennis s'embuer chaque fois qu'il croise un appareil photo, et les troisièmes années qui sursautent et s'éloignent dès qu'ils remarquent sa cravate verte et argent. Elle observe les yeux de McGonagall qui se voilent en passant devant un réceptacle de statue vide.
Pansy, qui dort avec sa baguette sous son oreiller a mis le feu aux rideaux lors d'un cauchemar.
Tania est incapable de s'apercevoir que le château s'embellit chaque jour, que les murs effondrés sont de moins en moins nombreux.
« Neville ! »
Le garçon se retourne, et sort sa baguette d'un mouvement fluide. Réflexe de combattant. Ils sont dans la rue de Pré-au-Lard, et le garçon est venu voir Hermione Granger qui a elle aussi continué ses études à Poudlard, mais Tania est tellement heureuse de le revoir qu'elle ne se soucie pas d'interrompre les retrouvailles.
« J-Je » Elle peine à retrouver son souffle. Neville hausse des sourcils inquisiteurs. «Bonjour, mon général ! » Elle tente de plaisanter, parce qu'elle perd ses mots. Elle retrouve son sérieux. « Tu sais, s'ils avaient pu… y'en a d'autres qui se seraient battu. »
Son regard s'adoucit.
« Je sais Tan', je sais. »
Une inspiration soudaine la prend, et la question jaillit sans qu'elle ait le temps de la retenir.
« Quelle est ta couleur préférée ? Et ta date de naissance ? »
« Bleu, et le 30 juillet. »
Il ne demande pas pourquoi, le savoir est une arme, et moins il en sait, moins il peut la trahir. Elle ne demanderait pas sans une bonne raison
Tania se retourne, rajuste son sac sur son épaule.
Une main de fer et une voix de glace l'arrêtent. Granger.
« Pourquoi est-ce que tu veux savoir ça ? Quel intérêt est-ce que ça peut avoir ? »
Elle pourrait mentir, elle joue un rôle depuis toujours, et un encore plus dur pendant toute l'année dernière, et elle continue de prétendre que tout va bien, et on la croit, on la croit toujours, c'est bien, elle survit un jour de plus. Mais Tania est fatiguée de mentir, alors elle dit la vérité.
« Parce que j'ai réalisé que je ne sais pas. Je peut te décrire la lueur de ses yeux quand il a peur, et la manière qu'il a de ronger ses ongles quand il est de guet. Je peux te dire s'il est en forme ou non en regardant ses épaules, je peux te dire qu'il jette toujours stupéfix en premier dans un duel. Je peux te prévenir quand il s'apprête à faire quelque chose de stupide, ou quand il croit qu'il est seul, mais je ne suis pas capable de te donner sa couleur préférée ou un truc aussi simple que sa date d'anniversaire, parce que ce n'était pas vitale, alors ce n'était pas important ! »
Elle a hurlé les derniers mots, et Hermione Granger a relâché sa poigne.
« Tania ? » C'est la voix de Neville, de nouveau. « Quand tu auras tes ASPICs, je t'emmènerai boire un café. Et tu pourras me donner ta date d'anniversaire. »
C'est une promesse, et Tania sourit.
Tania a dix-huit ans, et la guerre est encore dans chaque particule de son corps. Tania a tous les ASPICs nécessaire pour devenir Guérisseur, et ne supportes plus la vue du sang.
Tania a vingt-huit ans, et a repris le glacier de Florian Fortârome dans le Chemin de Traverse. Les nuits de sommeil complètes sont de plus en plus nombreuse, les bons jours aussi.
Des amis entre dans sa boutique, et des inconnus aussi, en un ballet continuel de vie, et les glaces apportent un sourire, et c'est tout ce que Tania peut demander.
Elle a vu des gens repartir sans leurs glaces quand ils découvraient qu'elle venait de Serpentard, d'autres se sont effondrés en sanglots. D'autres, encore, et c'est pour ceux-là qu'elle continue, n'ont rien dit du tout, ou ont eu un sourire compatissant.
Des enfants, qui ne savaient rien de la guerre ont déversé leurs rires dans sa boutique, et des vétérans lui ont offert un de leurs rares sourires. Neville, Blaise, Hannah, Gemma, Jack, Susan, Benjamin, Lucien, Sarah, et bien d'autres encore sont venus manger une glace, sont restés discuter jusqu'à ce qu'elle les invite à manger chez elle.
Une fille de Poufsouffle est passée, et l'a remercié d'avoir veillé sur eux pendant cette année-là. Tania lui a offert une glace, pour fidéliser la clientèle, a-t-elle justifiée à Blaise.
Tania a vingt-huit ans, et elle est heureuse plus de la moitié du temps, alors peut-être qu'ils ont vraiment gagné la guerre. Tania a vingt-huit ans, et elle est fière d'être Serpentard.
