When will we get the time to be just friends ?
Il y avait, il y avait du vent, sans doute. Ses cheveux battaient son visage. Ses yeux étaient humides, c'était, c'était à cause du vent. Seulement le vent. Il faisait froid, froid, glacial, glacé, partout, à l'intérieur, à l'extérieur, dans l'interstice entre leurs paumes brièvement serrées. Trop brièvement. Il avait enlevé son gant, le gant de cuir, pour, pour le toucher. Il n'avait senti que le froid, et, et le vent.
Ses oreilles bourdonnaient. Sa vision tremblait un peu, sur les bords, et il espérait, il espérait que ce n'était pas visible, que John ne savait pas. Il faisait froid à l'intérieur, dans sa cicatrice, ses cicatrices, ne pas y penser, il faisait froid dans les petits trous au creux de son coude. Il faisait froid dans ses veines. Il espérait que John ne voyait pas.
« C'est un prénom de fille »
Un sourire un peu trop blanc entre des lèvres un peu trop lisses, les yeux bleus, il riait, John riait, et ça valait toutes les déclarations qu'il ne ferait jamais.
Il aurait survécu, pour John, il aurait survécu, il aurait fait l'effort, il aurait, il avait déjà fait tellement d'efforts. Il aurait fait tous les efforts, il aurait détruit tout ce qu'il était pour devenir tout ce qu'il voulait qu'il soit, pour John, s'il l'avait demandé. Mais il n'avait rien demandé – il avait Mary.
Et Mary, Mary. Oh, Mary. Sherlock ne l'aurait pas choisie. Mais John l'avait choisie, à la fin, malgré les mensonges et malgré le petit bout de métal qui lui avait gravé un trou sous le cœur. C'était, ça voulait dire quelque chose. C'était que l'amour était vraiment une chose horrible, il fallait que l'amour soit vraiment hideux, puisqu'elle était psychopathe – objectivement, médicalement – mais qu'il était quand même plus heureux auprès d'elle qu'auprès de lui.
Il fallait que l'amour soit vraiment hideux.
Il aurait survécu, pour John, comme il l'avait fait des millions de fois déjà, mais il n'y avait plus de John et il n'y avait plus de place, et il n'y avait plus rien, et tout à coup.
Tout à coup il faisait froid.
Ses yeux étaient humides (seulement à cause du vent) et il ne voulait plus survivre.
Il avait essayé. Ce n'était pas grave.
Dans l'avion, il avait laissé sa main contre ses lèvres, ridiculement, l'air de rien, la main qui l'avait touché, pour la dernière fois. Ridiculement.
Par le hublot il le voyait pour la dernière fois et sur son téléphone il relisait pour la dernière fois l'histoire du jour où il l'avait vu pour la première fois.
Ils avaient eu quelque chose, ce n'était pas grave. Il y avait eu quelques mois, avant Moriarty. Il y avait eu deux ans, des enquêtes, des repas à emporter devant la télé, des petits déjeuners avec le journal, et des instants parfaits à apercevoir les étoiles au-dessus des quartiers infâmes de Londres. Deux ans, ce n'était pas rien, c'était quelque chose, c'était un ami, c'était un petit fragment de ce que sa vie aurait pu être. Deux ans de bien, et il en avait profité. Puis deux ans de gouffre, et un an encore plus bas que le gouffre.
Mais ce n'était pas grave. Il était heureux, et il était en sécurité.
Puis on lui passa un téléphone, puis il s'effondra dans l'inconscience, puis il affronta ses fantômes, puis il se réveilla.
L'impression tenace que tout pouvait encore s'arranger. L'impression tenace d'avoir trouvé quelque chose au fond de lui, une force et un équilibre, une reconnaissance de tout ce qu'il avait toujours voulu éradiquer en lui. L'impression tenace d'être un peu en paix avec lui-même, enfin.
Il aimait John et ce n'était pas grave, ça ne faisait pas de lui un monstre un freak une abomination, il aimait John et c'était tout, c'était ce qui rendait le ciel un peu plus bleu, la vie un peu plus intéressante. Ce qui le rendait un peu meilleur. Il aimait John et c'était ce qu'il était. Un homme qui aimait John.
Sur le tarmac, près de la voiture noire, il parlait de Moriarty, il disait des choses qu'il n'écoutait pas, des choses pour faire sourire John, pour l'impressionner. John souriait.
A cette seconde précise, il sut. C'était vrai, les cris étouffés de son inconscient malmené disaient vrai. John serait toujours là. Ils avaient eu leur lot d'épreuves, et il était toujours là. Il y avait peut-être une chance, une microscopique chance pour que, malgré tout, malgré les mensonges et le petit bout de métal qui lui avait gravé un trou sous le cœur, pour que tout ne soit pas perdu, pour qu'ils restent amis et pour qu'il reste une raison de survivre.
« Et je sais exactement comment il a fait »
Il ne savait absolument pas, il n'en avait pas la moindre idée. Mais il était euphorique, comme il ne l'avait plus été depuis des années.
Il y avait une chance.
À suivre...
Un tout petit chapitre pour planter le décor, la suite mercredi ou jeudi, selon ma motivation (je suis un unreliable author, nouveau concept, mais on est habitués avec Moftiss...). À la prochaine~~
