Résumé : Devrait-il encore tuer pour entretenir un espoir aussi mince ? Quelle était donc la différence entre ce qu'il était jadis et ce qu'il est sensé être aujourd'hui ? POV Rogue.
Extrait : « Dumbledore posa à son tour son regard sur lui, une expression toujours amusée sur ses lèvresIl fixa ses yeux azurs dans les siens, aussi noirs que les ténèbres. Et un tel duel de pureté d'âme opposée à sa propre noirceur l'effraya presque. »
NOTE DE L'AUTEUR : Ben rien de particulier…Peut-être juste dire que ma théorie m'a paru évidente dès la fin du tome 6. Certaines choses m'ont semblées trop « grosses » pour être justes. Et puis JKR a le don pour nous embrouiller alors…je me suis dis, pourquoi pas ?…
Passage inspiré d'un certain dialogue entendu par un certain demi géant…
Bonne lecture !
Au delà des motsPenché au dessus d'un vieux lavabo, il fixait un point imaginaire.
« Severus… »
Ses cheveux noirs pendaient, désordonnés, le long de son visage plus pâle qu'à l'ordinaire.
Une forte nausée lui retournait les entrailles depuis que leur course effrénée avait terminé et que son sang avait cessé de battre à toute allure dans ses veines.
A bout de souffle, de la sueur coulant sur son front, il avait attendu qu'on lui donne l'autorisation de reprendre ses occupations pour retourner précipitamment dans ses quartiers.
Entre les murs, il pouvait entendre les échos de cris de joie, ponctués par les pleurs d'un enfant qui avait cette nuit cessé de l'être.
« Severus…s'il vous plaît… »
Une nausée plus forte que les précédentes engendra une grimace sur son visage meurtri par de profondes entailles. C'est seulement à cet instant qu'il les remarqua. Il releva lentement son visage blafard et se retrouva face à son propre reflet. L'homme en face de lui le contemplait d'un regard sévère, presque méprisant.
Tu as fait ce qu'il fallait, murmura son reflet au bout d'un instant., son regard toujours aussi dur.
L'homme baissa à nouveau la tête puis s'éloigna légèrement du lavabo, ses pas peu assurés. Le reflet l'imita.
C'était la meilleure chose à faire
Tais-toi, dit l'homme d'une voix faible, s'installant à présent sur un petit lit à l'apparence peu confortable.
C'était toi ou lui.
Je t'ai dis de te taire…répéta la silhouette, saisissant sa baguette afin de refermer ses blessures.
C'était sa requête.
FERME LA !
Ne pouvant retenir son geste, il avait visé de sa baguette le miroir qui avait alors éclaté en milles morceaux. D'un geste las, sa main entaillée d'une longue blessure qui remontait jusqu'à la moitié de son avant bras, il relâcha son arme dont le choc au sol résonna avant de s'éteindre dans un silence presque étouffant. Son regard se posa sur les débris de glace.
« C'était sa requête »
L'image du vieux sorcier lui revint en mémoire.
C'était quelques temps après que Weasley aie été empoisonné dans le bureau de Slughorn. La nuit commençait à tomber sur la Forêt Interdite, la rendant encore plus impressionnante qu'en plein jour. Des cris, des appels, des piaillements d'animaux plus étranges les uns que les autres s'élevaient de ses sous bois, aussi sombres que les Ténèbres les plus profondes.
Face à cette fabuleuse Nature, il contemplait d'un œil distrait la brise souffler dans le feuillage de ces immenses arbres, perdu dans ses pensées.
Drago s'obstinait à le tenir à l'écart de ses plans et son entêtement ne faisait qu'accroître les soupçons sur lui, que confirmer la détermination du jeune homme à aller jusqu'au bout, quoi qu'il en coûte. Comment le protéger s'il continuait à faire n'importe quoi, n'importe comment ? Qu'avez bien pu lui dire le Seigneur des Ténèbres pour que l'adolescent peureux qu'il connaissait se comporte comme un criminel sans scrupule ? Pour la gloire ? Non…Il y avait autre chose, quelque chose qui lui échappait…
Serais tu capable d'aller jusqu'au bout Drago ? Serais-tu capable de tuer un homme de sang froid ? T'aurions nous tous sous-estimé ?
Quelque chose attira soudain son attention. Une présence, des yeux l'observaient. Sans attendre confirmation de ses soupçons, il se retourna, baguette à la main, prêt à jeter un sort au petit vaurien qui osait l'interrompre dans ses réflexions. Mais sa baguette retrouva rapidement son emplacement dans la poche de sa robe, quant il s'aperçut que le vaurien en question n'était autre que Dumbledore. Il retourna donc à sa contemplation, les bras croisés dans son dos, l'air frais du soir soulevant quelques mèches de ses cheveux mi-longs. Le vieux sorcier se plaça près de lui, imitant sa position, le regard au loin.
Le silence se prolongea quelques instants encore, chacun plongé dans ses pensées, laissant la nuit les recouvrir petit à petit de son voile protecteur. Les sons précédents, provenant de la Forêt, se turent, laissant la place aux chants des insectes, des hiboux et d'autres créatures hurlantes et glapissantes.
Il le fera Severus, dit le Directeur sans bouger d'un pouce. Si personne ne l'arrête ou ne le résonne, il le fera…
Rogue fit une grimace, évanouie dans la semi-obscurité.
Que voulez vous que j'y fasse ? Je ne suis que son professeur après tout. Pas sa nourrice.
Je le sais très bien et je ne vous demande rien.
Severus serra les mâchoires. Il se sentait impuissant et il détestait ressentir ce genre de chose. Narcissa l'avait mis dans une situation où quoi qu'il fasse, il devrait accomplir ou subir quelque chose qu'il allait détester…
Vous savez que je ne pourrais pas l'arrêter s'il décide d'aller jusqu'au bout. Il ne m'a pas écouté la dernière fois, il ne le fera pas plus aujourd'hui.
Il se tut quelques instants, prenant le temps de réfléchir à ses prochaines paroles.
J'ignore le plan qu'il envisage d'exécuter, tout comme j'ignore quand il l'exécutera.
Il est bien le fils de son père. Mystérieux et irrémédiablement imprévisible, sourit l'homme âgé.
Le sorcier de noir vêtu tourna son visage dans sa direction, surpris par les derniers mots qui avaient été prononcés. Comment pouvait-il rester là, et sourire, alors que sa vie était en danger, et qu'ils n'avaient toujours pas trouvé comment empêcher le pire ? A moins…
Mais, je suis sûr que vous connaissez très bien, malgré tout, ce qui va arriver…
Dumbledore posa à son tour son regard sur lui, une expression toujours amusée sur ses lèvresIl fixa ses yeux azurs dans les siens, aussi noirs que les ténèbres. Et un tel duel de pureté d'âme opposée à sa propre noirceur l'effraya presque. Il se sentait vulnérable et percé à jour face à ce regard qui semblait transpercer son esprit de part en part.
J'ignore comment M. Malefoy s'y prendra pour m'atteindre. Si je savais d'avance quelles étaient ses prochaines astuces, soyez certain que je ferais le nécessaire pour que cette fois, cela ne touche pas nos élèves. Cependant, insista-t-il, tandis que le professeur tentait de répliquer, je mentirais si je disais ne pas savoir ce qui arrivera. C'est d'ailleurs pour cette raison que je suis ici.
Son expression était devenue bien plus sérieuse. Il n'y avait plus d'amusement sur son visage, seulement de la détermination, et un soupçon de fatigue.
Je veux que vous le fassiez à sa place.
Quoi ! S'étonna-t-il
Il est évident que malgré sa détermination, il n'ira pas jusqu'à agir. Alors je veux que vous le fassiez.
Vous ne pouvez pas me demander ça…Désapprouva d'un regard froid l'homme en noir.
Je ne vous le demande pas, je vous l'ordonne. Il n'est pas question que Voldemort se serve de mes connaissances pour nuire à quiconque et surtout pas à Harry. Insista fermement le vieux sorcier, rendant son regard à l'homme aux yeux couleur nuit.
Harry, Harry, toujours Harry ! Vous n'avez que ce nom à la bouche ! Vous abandonneriez tout ce que vous avez construit pour ce sale gosse !
Je vous interdis de parler de lui en ces termes ! Il est notre principal atout pour neutraliser Voldemort !
Pourquoi donc ? Parce qu'il a une cicatrice sur le front ? Parce ce que ses parents se sont sacrifiés pour lui ! Se borna le professeur.
Parce qu'il est l'Elu. Déclara le sorcier aux yeux azur catégoriquement.
Rogue passa nerveusement sa main dans ses cheveux, afin de se contrôler, de calmer ses nerfs, mis à vif par l'évocation de Potter.
Ce n'est qu'un morveux trop chanceux ! Pourquoi tant de sacrifices pour un simple gosse qui ne saura jamais tout ce que vous, ce que NOUS, avons fait pour le garder en vie ! Qu'a-t-il donc de si exceptionnel pour que vous soyez prêt à mourir pour lui !
Il ne pouvait pas faire ça. Sa vie à lui n'en valait pas la peine. Il avait beaucoup réfléchi et avait conclu que le seul moyen d'épargner la vie de Dumbledore et de Drago était qu'il brise son serment afin d'arrêter l'adolescent avant qu'il ne soit trop tard et que tout finisse en désastre. Bien sûr, il savait que s'il agissait ainsi, il succomberait. Mais peu importait, tant que l'homme le plus puissant du monde sorcier, son apprenti l'enfant prodige, et le jeune Serpentard soient sauvés. Du moins, pour encore quelques temps…
Il doit y avoir un autre moyen…Si je-
C'est ainsi que cela doit se passer, répondit le Directeur d'un ton ferme.
« Les choses devaient se passer ainsi », des paroles d'un ancien temps qui résonnèrent dans son esprit.
Cela paraît si simple quand on vous entend…presque naturel. J'ai peut être tué déjà plusieurs fois dans ma vie, mais ne croyez pas que cela soit un plaisir pour moi !
Le Destin n'existe pas Albus. Ce n'est qu'une chimère créée par les Puissants pour pousser les hommes à se jeter résignés, dans leurs pièges…
Vous avez un peu trop tendance à penser que tout va de soi Albus, mais, si mon avis vous intéresse encore, je tiens à vous dire que j'ai été contre dès le début. Vous savez très bien que je n'ai aucune envie de le faire. Je refuse ! S'énerva l'ancien Mangemort.
Je ne vous donne pas le choix ! Répliqua le vieil homme, d'une voix qui trahissait sa colère grandissante, jusque là retenue. Vous avez accepté ! Vous saviez ce que cela signifiait et impliquait ! Vous ne pouvez pas faire machine arrière quand cela vous fait envie Severus !
Le professeur de Défense contre les Forces du Mal ne sut quoi répondre, face à cette colère qu'il n'avait que très peu souvent vu se manifester chez cet homme.
Etes vous à ce point désespéré Albus ? Est-ce si important pour vous ? Vos nerfs et votre patience légendaires doivent rudement être mis à l'épreuve pour que vous vous montriez dans cet état. Que se passe-t-il donc Albus que j'ignore et que vous frustre tant ?
Le vieux sorcier continua plus calmement, ayant repris le contrôle de lui même.
J'ai besoin de vous Severus. J'ai besoin de vous plus que jamais. Je me refuse de voir deux jeunes hommes gâcher leurs vies pour un fou malfaisant par ma faute. Je sais que ce que je vous demande n'est pas facile, mais au nom de tout ce pour quoi nous combattons, faites le. Mon rôle sera bientôt fini. Mais le vôtre ne fait que commencer. J'ai confiance en vous, alors, s'il vous plaît…
« J'ai confiance… »
« s'il vous plaît… »
« Confiance… »
« Severus…
…s'il vous plaît… »
Cette dernière supplication le ramena à la réalité. Ses yeux s'étaient inconsciemment posés sur un morceau du miroir plus large que les autres. Il pouvait y voir son propre visage, déformé par la haine et le dégoût envers sa personne. Ceux là même qu'il n'avait pu cacher en abaissant sa baguette en direction de Dumbledore quelques instants auparavant.
Voilà Albus, j'ai accompli ce que vous m'aviez demandé…Il pouvait presque imaginer la complainte du Phénix, tournoyant autour du corps de son défunt propriétaire. Cette même complainte qui aurait traduit tout le désespoir qu'il pouvait ressentir à présent.
Et maintenant ? Qu'attendez vous de moi ?D'un simple mouvement de poignet, le miroir se recomposa, morceau par morceau, et finit intact contre le mur dont il n'aurait jamais du être séparé.
« Tuez moi comme vous l'avez tué lui, espèce de lâche !… »
…
« Pourquoi tant de sacrifices pour un simple gosse qui ne saura jamais tout ce que vous, ce que NOUS, avons fait pour le garder en vie ! »
…
Comment pourrais-je être l'avenir Albus ? Vous avez donné ce soir à Potter encore plus de raisons de me haïr…
Il se releva, accompagné par son reflet. Il guérit ses dernières blessures sans vraiment trop y faire attention, comme par réflexe.
Du regard, il fit le tour de la pièce, détaillant chaque élément, chaque parcelle la composant.
Me revoilà à mon point de départ. Où tout à commencé…
Puis il reprit son visage méprisant, qui était devenu plus qu'une deuxième peau et passa la porte de sa chambre en la refermant d'un coup de baguette derrière lui.
Les longs couloirs sombres de l'ancienne demeure résonnait de ses pas, tandis qu'il s'avançait inexorablement vers ce Destin, cet espoir, que Dumbledore l'avait poussé à suivre.
L'espoir est pour les perdants. C'est un piège, un leurre dans lequel les gens tombent jusqu'à ce qu'ils regardent enfin la réalité en face… Mais je vais tout de même le suivre. Pour vous. Parce que c'est la dernière chose que je puisse faire pour vous.
Il pénétra dans une pièce sombre, où les échos des pleurs d'un garçon blond résonnait encore dans le silence.
Son genoux gauche se posa à terre, dans une révérence soumise. Un homme aux yeux couleur sang l'observait de son siège, dans les ténèbres.
Ce soir mon cher Mangemort, tu viens d'acquérir ma pleine confiance…prononça alors une voix inhumaine.
Pour vous…je servirais encore le pire des monstres…
A suivre….
