Chapitre 2: Pétunia délie sa langue
C'était une chaude nuit d'été qui touchait à sa fin. La rue était calme, la ville dormait. Tous les rideaux de Privet Drive étaient fermés, hormis ceux d'une fenêtre du n°4. Un jeune homme se tenait accoudé sur le rebord, les yeux perdus dans l'obscurité. Du nom de Harry Potter, ce garçon n'avait pas encore seize ans, et pourtant, il avait déjà des responsabilités d'adulte. Dumbledore, le directeur de son école de Sorcellerie, Poudlard, venait de lui révéler la prophétie le désignant comme le seul à pouvoir tuer Voldemort, le mage noir assassin de ses parents. Ainsi, il savait à présent qu'un moment ou l'autre, il deviendrait tueur, ou tué... Maintenant qu'il se retrouvait seul dans la maison de son oncle et sa tante, il se rendait compte à quel point il avait besoin de parler à quelqu'un qui le comprendrait... Ce qu'il ne trouverait sûrement pas à Privet Drive. Il pensa à Ron et Hermione, ses amis de toujours à Poudlard, mais il imagina le visage horrifié qu'aurait Ron, et il oublia cette possibilité. D'ailleurs, ce n'était pas à eux qu'il voulait en parler, quelle que soit leur réaction. Il aurait voulu en parler à son parrain, Sirius Black, mais il savait que cela était à présent impensable. Sirius était mort. A cette pensée, le coeur de Harry se resserra. Tout était de sa faute. Il aurait dû écouter Hermione et rester à Poudlard au lieu de s'énerver et de se jeter dans la gueule du loup. Il aurait dû deviner que ce n'était qu'un piège, que Sirius allait très bien et qu'il n'était pas torturé au Département des Mystères. Mais il s'était précipité au Ministère de la Magie sans réfléchir. Il avait voulu bien faire, il le savait, mais il s'en voulait énormément. Un grand vide avait pris la place de son parrain dans son coeur, et il était persuadé que rien ne le comblerait jamais.
Il regarda au dehors. Là-bas, à Magnolia Crescent, Sirius et lui s'étaient vus pour la première fois. Il sentit des picotements dans ses yeux, mais il se força à ne pas pleurer, non seulement parce que ses larmes ne feraient pas revenir son parrain qu'il avait tant aimé, mais aussi parce que Bellatrix Lestrange, celle qui l'avait tué, aurait été trop heureuse de le voir si malheureux...
Cela faisait seulement quelques heures qu'il était descendu du Poudlard Express, et il voulait déjà partir. A présent il savait pourquoi il devait rester à Privet Drive. C'était à cause de la protection que sa mère avait laissé sur lui en mourant, ainsi du moment qu'Harry se trouvait chez sa tante, rien ne pouvait lui arriver. Cela n'était cependant pas réjouissant pour Harry. Il soupçonnait Dumbledore de vouloir le laisser ici le plus possible, malgré l'antipathie que lui inspiraient les Dursley. En même temps, il n'était pas sûr de vraiment vouloir retourner dans la vieille maison de la famille Black, qui servait de quartier général à l'Ordre du Phénix, car là-bas, les remords y seraient plus que présents. Sans parler des membres de l'organisation, qui, il en était persuadé, feraient tout pour éviter de parler de Sirius devant lui, de peur de lui faire mal au coeur.
Pendant un instant, il fixa à travers un arbre le soleil qui se levait doucement. Puis un tintement attira son attention. Il tourna la tête si rapidement qu'il se fit mal au cou, et lâcha un juron en voyant Mme Figg, une voisine, qui se rendait au marché. Elle lui adressa un grand sourire, qu'il rendit à contrecoeur.
Tu devrais dormir, mon garçon ! lança-t-elle de la rue
Je préfère pas... marmonna Harry.
En effet, il s'était réveillé en sursaut en plein milieu de la nuit après avoir rêvé du long voile derrière lequel Sirius était tombé. Il n'avait pas tenté de se rendormir, de toute façon trop bouleversé pour y parvenir.
Tu devrais essayer ! insista Mme Figg
C'est ça ! grogna Harry avant de fermer la fenêtre pour ne plus avoir à parler à la vieille folle.
Il s'assit sur son lit et enfouit son visage dans ses mains. Hedwige, sa chouette, hulula et vint se poser sur son épaule. Elle était sa seule amie à Privet Drive. Il entreprit de la caresser lentement, sans cesser de remuer ses sombres pensées. Que faisait Voldemort à cet instant ? Avait-il déjà tué quelqu'un ? Que préparait-il ? Etait-il au courant pour la prophétie ? Et si oui, établissait-il un plan avec ses mangemorts pour le tuer ? Trop de questions se bousculaient dans sa tête. Il se leva brusquement, manquant de faire tomber sa chouette, se cogna dans l'armoire et s'assit à son bureau. Il prit un parchemin et écrivit à l'encre noire :
Cher Ron,
J'ignore où tu es, et avec qui, mais si jamais tu as une quelconque information, transmet-la, je ne tiendrais pas un nouvel été comme le dernier... J'espère de te revoir bientôt, tu me manques déjà...
Embrasse ta famille de ma part
Harry
Il roula le morceau de parchemin et l'attacha à la patte d'Hedwige.
Reviens vite, lui chuchota-t-il, je ne tiens pas à rester seul ici...
Il la regarda virevolter dans sa chambre, puis il ouvrit la fenêtre et la laissa partir. Quelques secondes après, il s'en voulut déjà. Il était désormais seul...
Un courant d'air fit claquer sa fenêtre, et Harry entendit l'oncle Vernon se lever en maugréant. Il soupira et se prépara à une nouvelle dispute.
C'est pas bientôt fini ce boucan ? gronda Mrs Dursley en déboulant dans sa chambre. Et tu vas me faire le plaisir de ranger ta valise !
Il claqua la porte puis la rouvrit aussitôt.
Au fait, Marge va venir passer deux semaines ici.
Cette fois, il referma la porte pour de bon, mais ce fut au tour d'Harry de la rouvrir et de poursuivre son oncle dans le couloir.
Quand ça ? demanda-t-il
Ce soir !
Tu parles sérieusement ? s'inquiéta Harry
Bien sûr ! A propos, ne t'avise pas de recommencer comme la dernière fois !
Il y avait trois ans, lorsque la tante Marge était venue, Harry l'avait fait gonfler comme un ballon sans même le vouloir.
Je ne resterai pas ici avec elle ! déclara-t-il sèchement
Tu feras comme on te le dira, un point c'est tout ! rétorqua Vernon. Et cesse de me suivre !
Harry obéit et regagna sa chambre, complètement dépité. Il ne fallait pas que Marge vienne. S'il perdait à nouveau le contrôle de lui-même et qu'il usait de la magie, il aurait de sérieux ennuis avec le Ministère de la Magie et risquait de se faire renvoyer de Poudlard. Il avait déjà un casier judiciaire pour usage abusif de la magie, depuis qu'il avait repoussé deux détraqueurs l'été dernier. Mais il laissait trop souvent aller ses émotions. Il ne fallait pas que cela recommence...
Les heures défilèrent trop vite au goût de Harry. Il avait à peine rangé ses affaires qu'on sonna à la porte d'entrée.
J'arrive ! lança joyeusement la tante Pétunia de sa voix désagréable.
Il entendit une porte qu'on ouvre, puis les cris surexcités de sa tante. Dudley descendit l'escalier en trombe, et le remonta presque aussitôt. Harry perçut le son du scratche du porte-feuille de son cousin sans aucun étonnement. Marge adorait offrir beaucoup d'argent à Dudley, simplement pour le dégoûter. Etant enfant, Harry attachait de l'importance à cela, mais la tante Marge ne semblait pas avoir remarqué qu'il s'en fichait complètement à présent.
Harry ! Monte ma valise ! rugit Marge du bas de l'escalier.
Le sorcier se décida enfin à sortir et la regarda par dessus la rampe.
Pourquoi ? demanda-t-il calmement
Sa tante lui jeta un regard noir.
Monte la valise de Marge, ordonna-t-elle.
Bien sûr... marmonna Harry.
Il fit demi tour.
HARRY ! hurla Vernon
Je ne suis plus un enfant, expliqua Harry. Si elle veut monter sa valise, elle le fait elle-même !
Il regagna sa chambre, bien décidé à ne pas se laisser faire.
Un peu de cognac, Marge ? proposa Mr Dursley à sa soeur
Volontiers !
La tante Marge avala d'une traite le fond de son verre de rosé, puis tendit son gros bras vers la bouteille de cognac.
Alors comme ça Dudley est champion inter-région ? questionna-t-elle, un sourire niais aux lèvres.
Oui ! confirma Pétunia en ne cachant pas sa fierté. Il s'est beaucoup entraîné pour y arriver, n'est-ce pas Duddy ?
Oui maman ! répondit Dudley d'une voix faussement douce
Harry préféra se taire et ne fit aucune remarqua, bien qu'il mourrait d'envie de répliquer que Dudley s'entraînait plus souvent sur les enfants du quartier que dans un gymnase.
Et toi, ajouta Marge en le désignant avec un des ses mentons, tu reçois toujours autant de coups de canne à St-Brutus ?
Harry jeta un bref coup d'oeil à son oncle qui lui fit signe d'approuver
Oh... euh, oui ! Oui, on me frappe souvent ! assura-t-il. Regarde, j'ai un bleu là ! ajouta-t-il en montrant son épaule là où il s'était cogné dans l'armoire de sa chambre.
La tante Marge le regarda et lui adressa un sourire mauvais.
Et ça fait mal ? demanda-t-elle en découvrant encore plus ses dents jaunes.
Oui, bien sûr ! affirma Harry. Certains soirs, je n'arrive pas à m'endormir tellement on me cogne...
Marge parut satisfaite de cette réponse.
Tu as choisi le bon établissement pour lui, Vernon ! déclara-t-elle
Il était évident que St-Brutus était fait pour lui ! affirma Mr Dursley. Le directeur n'a pas hésité à me contacter un jour pour me le dire. Harry est tout ce qu'il y a de plus agressif, insolent, arrogant... enfin tu le connais bien ! Il n'a pas changé !
Vernon observa Harry du coin de l'oeil, comme pour voir s'il allait s'énerver et faire gonfler Marge. Mais Harry préférait jouer le jeu jusqu'au bout. Cela commençait à l'amuser. Jusqu'à ce que la tante Marge dirige la conversation vers ses parents.
Il tient ça de son père, j'imagine ! railla-t-elle. Il était tout ce qu'il y a de plus mal élevé... Tel père tel fils, hein ?
Vous ne connaissiez pas mon père ! fit remarquer Harry sèchement.
Ah, parce que tu le connaissais, toi, peut-être ? cassa Marge
Non, il ne le connaissait pas. Il conservait bien sûr des photos de lui, mais il ne l'avait jamais vu autrement. Sauf dans la pensine de Rogue, son professeur de potions à Poudlard. Et le souvenir dans lequel il avait pénétré n'allait pas dans l'avantage de James Potter. Mais Harry refusa de l'avouer à la tante Marge.
Plus que toi en tout cas... finit-il par rétorquer
Ce que je sais, c'est que tes parents n'étaient que des bons à rien qui...commença Marge, mais elle fut interrompue par Pétunia, empêchant Harry de répliquer.
Marge ! Encore du rôti ?
Vas-y, ma chère Pétunia !
Harry jeta un regard noir à sa tante. Il aurait voulu répondre à Marge.
De toute façon, dit cette dernière la bouche pleine, tu es comme eux, tu ne peux donc pas te rendre compte de la tare dont tu as hérité de ta mère...
Ma mère n'avait aucune tare, répliqua Harry entre ses dents
Tu vois ! Tu es tellement arrogant que tu refuses de voir la vérité en face ! Ils étaient ivres morts avant de mourir, ça ne te suffit pas pour savoir qui ils étaient ? demanda-t-elle méchamment
La vérité, c'est qu'ils ne sont pas morts en voiture ! hurla Harry, fou de rage
Bien sûr que si ! gronda Marge
Vernon et Pétunia échangèrent un regard inquiet, puis se décidèrent à intervenir.
Harry, je crois qu'il est temps que tu ailles te coucher ! déclara Vernon d'un ton qui n'admettait aucune réplique, pourtant son neveu ne bougea pas.
Harry ! Vas te coucher ! ordonna Pétunia. Marge, tu reprends un morceau de fromage ?
Non, merci ! répondit-elle. J'aimerais mieux écouter ce qu'il a à raconter ! se moqua-t-elle. Vas-y, Harry ! Comment sont-ils morts?
HARRY ! rugit l'oncle Vernon. DANS TA CHAMBRE!
Ils sont morts assassinés ! rapporta Harry en se levant.
Il avait oublié ce qu'il risquait s'il provoquait un événement magique.
Assassinés ?
Marge éclata de rire.
Et par qui ? Le patron du bar ? Parce qu'ils n'avaient pas payé ?
Dudley fixait Harry comme s'il s'agissait d'un revenant.
HARRY ! rugirent en même temps Vernon et Pétunia.
Il sentit un bras qui s'emparait du sien. Il esquissa un mouvement pour se dégager mais n'y parvint pas.
Lâche-moi, ordonna-t-il.
DANS TA CHAMBRE !
LACHE-MOI ! cria Harry. TOUT DE SUITE !
Un des carreaux de la fenêtre se brisa.
Les cinq Dursley se turent. Harry sentit les visages se tourner vers lui, y compris celui de Marge, bien que sa grosse tête soit moins agressive que celle de Vernon. Il prit sa sur par le bras et la fit sortir de la cuisine, en direction de Magnolia Crescent, sûrement pour la calmer un peu, mais aussi pour l'emmener à distance de Harry.
Tu es content de toi ? demanda calmement Pétunia quand son mari eût fermé la porte derrière lui
Elle n'eut aucune réponse. Le sorcier était revenu à la réalité. Il avait usé de la magie. Il ne tarderait pas recevoir une lettre du Ministère annonçant son renvoi. Cette fois, Dumbledore ne pourrait rien faire pour sa défense.
Tu es content ? répéta sa tante un peu impatiemment
Elle n'avait qu'à se servir du peu de cerveau qu'elle a pour essayer de m'écouter...maugréa Harry. Vous savez...
La tante Pétunia le gifla, l'empêchant de finir sa phrase.
Monte dans ta chambre.
Harry s'exécuta. Il passa devant Marge et son oncle, mais ne leur adressa aucun regard. Lentement il monta l'escalier, si lentement qu'on frappa à la porte avant qu'il n'atteigne le palier. Quelqu';un ouvrit la porte, sans doute son oncle, il n'en était pas sûr, mais le cri de surprise qu'il poussa le laissait croire. L'adolescent jeta un coup d'oeil par dessus la rampe et comprit aussitôt la raison pour laquelle Vernon avait reculé d'un pas. Dehors se tenaient trois personnes, dont seule la silhouette apparaissaient dans l'obscurité de la nuit tombante. L'une d'elle, mince et pas très grande, était sans aucun doute une silhouette de femme. Harry reconnut Tonks, une jeune sorcière de l'Ordre du Phénix.. La deuxième silhouette, plutôt grande, à l'allure un peu bancale, laissait supposer qu'il s'agissait de Maugrey Fol OEil, un autre sorcier de l'Ordre, vieux et totalement paranoïaque. La troisième personne, Harry ne la reconnut qu'au moment où elle entra dans la maison. L'air fatigué, ses cheveux de plus en plus blancs, avec des cernes bien visibles sous les yeux, Remus Lupin salua les Dursley en souriant. Pétunia, qui les avait rejoint, déglutit avec peine et interrogea son mari du regard.
Nous venons chercher Harry, déclara Maugrey sans même saluer.
Son oeil magique roula dans son orbite, ce qui provoqua la fuite de Dudley.
Oui, nous pensons qu'il est préférable de le garder avec nous plutôt que de le laisser avec elle ! renchérit Tonks en désignant la tante Marge du doigt.
Ses cheveux roses lui tombaient sur les épaules, et elle portait toujours son tee-shirt des Bizarr'Sisters.
Premier jour, et déjà une gifle ! ajouta Maugrey. Il y a de l'abus, Dursley.
Vernon semblait incapable de parler.
Enfin, Vernon, qui sont ces visiteurs ? demanda la tante Marge
La ferme, grosse truie ! rétorqua Fol Oeil. Allez plutôt chercher Harry !
Pas la peine ! assura Harry. Je suis là !
Les trois sorciers se tournèrent vers lui tandis qu'il descendait l'escalier.
Harry ! lança joyeusement Lupin quand il le vit.
Tu les connais ? interrogea Marge. Qui est-ce ?
Vous posez trop de questions, madame, informa Tonks.
Harry lui fit signe de se taire.
C'est moi qui me suis laissé aller, je n'aurai pas dû m'énerver ainsi, déclara-t-il.
Oh, ça, je n'en suis pas sûr ! dit Maugrey. Allez, vas chercher ta valise, on s'en va !
Je viens avec toi ! décida Tonks.
Ensemble ils montèrent l'escalier et entrèrent dans la chambre de Harry. C'était un peu mieux rangé que la dernière fois qu'elle était venue, mais il regrettait d'avoir vidé sa valise dans l'après-midi. Tonks passa devant le miroir et fit pousser les cheveux de vingt bons centimètres. Elle était une métamorphage, et avait donc le pouvoir de changer à volonté son apparence.
Je suis pas sûr que ça leur plaira, avertit Harry. Ils n'ont pas l'habitude de voir des cheveux pousser autant en quelques minutes...
Tu crois ? demanda Tonks
Déçue, elle raccourci ses cheveux roses à leur taille initiale.
Bon, allez, la valise ! dit-elle. Empile tes affaires, et je les rangerai.
Harry dû alors ressortir tout ce qu'il avait rangé. La chambre se vida petit à petit, en partant des vêtements, jusqu'aux manuels scolaires et au matériel nécessaire pour son année à Poudlard. Quelques minutes plus tard, quand il tira sa valise de sous son lit, il trouva dans le fond, sous un morceau de tissu totalement inutile, une feuille de papier journal, dans lequel des parties d'un miroir brisés s'empilaient.
Il n'est pas en très bon état, ton miroir ! remarqua Tonks. Reparo !
Le miroir, petit et carré se répara aussitôt.
Oh...
Tonks regarda le miroir et Harry à tour de rôle.
Ce miroir... commença-t-elle prudemment. Ce ne serait pas...
Celui de Sirius... acheva Harry sans enthousiasme
Son parrain lui avait offert ce miroir à double sens l'hiver dernier. Grâce à lui, il aurait pu lui parler lorsqu'il était vivant... et peut-être même éviter sa mort.
Il te l'a donné ?
Harry acquiesça.
Le deuxième doit être resté Square Grimmaurd... J'imagine qu'il ne l'avait pas sur lui quand... quand il est tombé...
Elle baissa les yeux.
Je n'arrive toujours à croire qu'il ait pu... qu'il soit si bêtement... enfin bref, ta valise, Harry ! Failamalle !
Les affaires du jeune sorcier s'empilèrent toutes seules dans sa valise.
Allez viens ! Ils nous attendent ! Locomotor Barda !
La valise flottant dans les airs, ils redescendirent dans le salon, où tous attendaient dans un silence pesant.
La tante Marge hurla de terreur en voyant Tonks qui dirigeait la valise avec sa baguette magique. Dudley se leva d'un bond de la chaise sur laquelle il était assis et prit ses grosses fesses entre ses mains pour les protéger. Pétunia poussa un petit cri aigu, et Vernon devint si rouge qu'il semblait prêt à exploser.
Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda Marge d'une vois tremblante. Au secours !
La ferme ! rugit Maugrey.
Nous allons y allez ! déclara Lupin en prenant Harry par le bras
Comment on y va ? Et où on va ? questionna l'adolescent
On y va par la poudre de cheminette, pardi ! annonça Maugrey. Et nous allons tu sais où !
Au quartier général ? demanda Harry. Squa...
Pas ici! grogna Maugrey. N'importe qui peut nous entendre !
Enfin, Alastor, reprocha Lupin, qui voudrais-tu qui nous entende ? Il n'y a que des moldus ici.
La tante Marge ne comprenait rien à la conversation. Elle se contentait de fixer les sorciers avec horreur, comme Dudley.
Excusez-moi, intervint Harry, mais la cheminée est condamnée, ici ! En voulant l'utiliser il y a deux ans, Mr Weasley a dû dévaster la moitié du salon !
Pas grave ! ricana Maugrey. S'il l'a déjà fait une fois, on peut se permettre de le refaire une deuxième ! Et puis, nous venons par ordre de Dumbledore !
Sur ces mots, il sortit sa baguette magique de sa poche et la pointa sur la cheminée. Quelques secondes plus tard, le salon était en ruine, mais la cheminée dégagée.
L'oncle Vernon se mit à crier, Dudley partit en courant se réfugier dans sa chambre, Marge se cacha le visage. Seule Pétunia resta à peu près calme. Elle regarda Lupin sortir et ouvrir une boîte noire de sa poche en le dévisageant. Remus dû se sentir fixé car il tourna la tête vers lui.
Il y a un problème ? demanda-t-il poliment.
Puis, après avoir vu l'état du salon, il ajouta :
Hormis le fait que votre salon est détruit ?
Je vous connais... répondit Pétunia
Lupin fronça les sourcils.
Nous nous sommes vus hier, à la gare, assura-t-il.
Non, je ne parle pas de la gare... Je vous ai déjà vu...sur une des photos de ma soeur...
Harry la fixa des yeux. Sa tante parlait rarement de sa soeur. Elle affirmait même qu'elle n'en avait jamais eu. L'été dernier, elle avait surpris tout le monde en se souvenant d'un morceau de conversation entre Lily, sa soeur, et James Potter. Et aujourd'hui elle déclarait avoir vu Lupin sur une de ses photos.
Pétunia ? murmura Vernon. Qu'est-ce que tu racontes ?
Je vous ai déjà vu, Remus Lupin... C'est bien comme ça que vous vous appelez, non ?
Lupin acquiesça et échangea un rapide coup d'oeil avec Harry.
Je me souviens qu'elle lui parlait de vous... vous étiez jeune sur la photo. Dix-sept ans, pas plus. Elle disait... Elle disait qu'elle avait peur pour vous ! déclara-t-elle. Peur de vous voir rejoindre le mauvais côté...
Comment te souviens-tu de tout ça ? interrogea Harry avec soupçon
Je me souviens de beaucoup de chose ! répondit Pétunia. Lui, il pensait qu'elle s'inquiétait pour rien, il avait une confiance absolue en vous...
Qui ça ? James ? questionna Lupin
La tante Pétunia acquiesça d'un signe de tête.
Il disait aussi que le Choixpeau Magique vous avait envoyé à Gryffondor, pas à Serpentard, et que le Choixpeau ne se trompait jamais.
Elle éclata en sanglots. Vernon la regardait tel un spectre. Harry, lui, voyait bien que sa tante cachait un secret au fond d'elle. Un secret qu'elle était sur le point de dévoiler. Tonks semblait triste pour Pétunia, et Maugrey s'impatientait à en juger par le soupir qu'il poussa. Lupin, plongé dans ses pensées, releva la tête un peu après.
Bien sûr que si, le Choixpeau peut se tromper... murmura-t-il, d'une voix légèrement tremblante.
Harry était persuadé qu'il pensait à Peter Pettigrow, un des amis de son père et de Lupin, qui avait été envoyé à Gryffondor et qui pourtant avait fini par trahir les parents de Harry.
Pétunia cessa brusquement de pleurer.
Vous êtes au courant ? bredouilla-t-elle
Au courant de quoi ?
De...De...balbutia Pétunia. De mon renvoi !
Comme un coup de poing aux oreilles de tout le monde, cette phrase provoqua le silence absolu dans la pièce.
Ton renvoi ? demanda timidement Harry. Ton renvoi de Poudlard ?
La tante Pétunia prit une profonde inspiration, puis avoua tout.
J'avais onze ans quand j'ai reçu ma lettre d'admission à Poudlard.
Vernon fit un bruit bizarre, puis sortit en courant du salon. Mrs Dursley ne s'arrêta pas pour autant.
J'étais tellement heureuse ! Moi, sorcière ! J'ai pris le train, comme tout le monde, et je suis arrivée à l'école. J'ai traversé le lac, et je suis entrée dans le château. C'était merveilleux... Mais la merveille ne dura pas longtemps. Je fus envoyé à Poufsouffle, mais dans la semaine qui suivit la rentrée, je ne manifestait aucun don pour la magie. Je ne parvenais même pas à faire sortir des étincelles de ma baguette. On en vint alors à conclure qu'on s'était trompé, que je n'étais pas une sorcière. Je fus renvoyé chez moi, et on me fit promettre de ne rien dire à propos de la magie. Mais ma soeur, elle, devint une vraie sorcière. Je ne cessais de me répéter que les sorciers étaient juste des monstres, mais j'enviais tout de même Lily, pour qui tout réussissait. J'étais tellement jalouse que je lui rendait la vie très dure, l'été... Et quand elle parlait à ses amis en ma présence, je ne pouvais pas m'empêcher de tout écouter, pour en savoir un peu plus sur ce monde merveilleux dont je ne faisais pas partie. Jusqu'au jour où je compris que ce monde n'était pas si merveilleux que ça, et qu'un fou s'était fait assassin, semant la terreur chez les sorciers. Alors, je n'eus aucun mal à me dire que tout cela n'était que de la folie, que Lily n'avait qu'à faire ce qu'elle voulait. Ce n'était plus ma soeur, c'était une sorcière... Nous vivions dans deux mondes différents désormais...
Harry n'en croyait pas ses oreilles. Pétunia était allée à Poudlard... Après toutes ses années de mensonges, elle se révélait enfin... Il ne put s'empêcher de penser que la haine que lui avait inspirée sa soeur était à présent justifiée. Sa tante avait dû se sentir si humiliée...
Pourquoi tu ne m'as jamais rien dit ? demanda-t-il, la gorge serrée.
Je ne fais plus partie de ton monde... répliqua-t-elle
Viens Harry, dit Lupin, il est temps de partir...
Oui, il est plus que temps ! grogna Maugrey. Nous devrions déjà y être !
Lupin tendit la boîte noire qui contenait de la poudre de cheminette et lui dit d'en prendre une poignée.
Tu sais où on va, alors vas-y, nous te rejoignons, renseigna Tonks. Remus va aller avec toi, on ne sait jamais ce qu'il peut arriver.
Lupin prit à son tour une poignée et tous les deux entrèrent dans la cheminée.
12, Square Grimmaurd ! annoncèrent-ils ensemble.
Des flammes vertes apparurent avant que Harry ne se sente tourner de plus en plus vite. Autour de lui, il distinguait Lupin, parmi tant d'autres formes indistinctes qui se confondaient les unes avec les autres. Il atterrit enfin sur le sol dur après un temps qui lui parut interminable. Il se trouvait à présent dans une cuisine qu'il reconnut sans peine : il y avait passé des heures à attendre des nouvelles de Mr Weasley l'hiver dernier. Très sinistre, elle avait environ la taille d'une caverne et ses murs étaient faits de pierre brute. La principale source de lumière provenait de la cheminée d'où il venait de sortir, rendant la pièce si sombre qu'on ne pouvait que distinguer les contours du mobilier qui se résumait à une longue table de bois entourée de nombreuses chaises. Apparemment, Harry était attendu. Mrs Weasley, la mère de Ron, se précipita sur lui et l'étreignit si fort qu'il eut du mal à respirer pendant quelques secondes. Son mari, qui lui adressa un sourire chaleureux, lui serra la main, et fut imité par ses fils, Fred et Georges, les jumeaux, et Bill, l'aîné au cheveux longs. Kingsley Shaklebolt, un auror (chasseur de mages noirs) lui donna une tape amicale dans le dos.
Salut Harry ! dit-il joyeusement. Ca va depuis hier?
Ca va, répondit Harry sans enthousiasme. Enfin...
Il s'apprêtait à ajouter qu'il pourrait aller mieux, mais il se ravisa. Il ne voulait pas qu'on lui pose trop de questions.
Voilà... acheva-t-il un peu maladroitement
Tu as mangé ? s'inquiéta Mrs Weasley
Oui, c'est bon, ils n'avaient pas fini, mais je pense que tu n'as plus faim, Harry, si ? dit Lupin
Non, ça va... Euh... Où sont Ron, Hermione et Ginny ?
Au lit, répondit Molly.
Pas vraiment, non ! répliqua Ron en entrant dans la cuisine en pyjama, suivi des deux filles. Salut Harry !
Salut ! salua-t-il gaiement.
AU LIT ! gronda Mrs Weasley.
Molly... reprocha Arthur. Laisse les un peu ! Harry vient d'arriver !
Ils l'ont déjà vu hier !
Allez, maman ! supplia Ginny
Bien ! s'exclama Kingsley pour empêcher Molly de protester. Tu resteras là jusqu'à la rentrée, Harry...
Et ne sors jamais d'ici sans la permission de quelqu'un de responsable, demanda Mr Weasley en insistant bien sur la fin de la phrase avec un regard amusé envers les jumeaux, et d'ailleurs ne sors jamais tout seul...
En fait, il serait préférable que tu ne sortes que quand on te le demande ! rectifia Maugrey qui venait d'arriver avec Tonks.
Harry se souvint. Il avait utilisé de la magie. Il devait être renvoyé, pourtant il n'avait reçu aucun courrier.
Euh, excusez-moi, hasarda-t-il, mais j'ai usé de la magie, chez mon oncle et ma tante. Pourquoi je n'ai pas reçu de lettre de renvoi ?
De la magie ? répéta Molly Weasley
Encore ! explosa Lupin
Harry fut déconcerté par leur réaction.
Et bien oui... assura-t-il. C'est bien pour ça que vous êtes venus me chercher, non ?
Non, pas vraiment... répondit Arthur, gêné. Mais j'imagine que si tu n'as pas reçu de lettre, c'est que le Ministère de la Magie à autre chose à faire que de s'occuper de petits incidents comme celui-là...
Harry les regarda tous à tour de rôle.
Et pourquoi vous êtes venus me chercher, alors ?
Et bien en fait, commença Lupin lentement, nous avons de bonnes raisons de penser que d'ici quelques jours, ton oncle et ta tante vont avoir de la visite...
De la visite ? répéta Harry sans vraiment comprendre. De la visite de qui ?
De personnes qui ne te veulent pas que du bien...annonça Kingsley avec assurance. Huit personnes, pour être exact.
Bien sûr, nous avons prévenu ton oncle et ta tante, et ils iront chez Marjorie Dursley en attendant... expliqua Maugrey. Histoire de ne pas prendre de risques inutiles... On ne veut pas de lutte, trop de moldus sont déjà morts...
Les mangemorts encore en liberté s'en donnent à coeur joie... ajouta Molly
Ca les amuse, renchérit Fred
Tu te souviens de la Coupe du Monde de toute façon ...assura Bill
Ils s'étaient défoulés sur le gardien du camping sans en ressentir aucune honte... rappela inutilement Georges
Harry se souvenait parfaitement de cette épisode. C'était à ce moment qu'il avait vu pour la première fois la Marque des Ténèbres, le symbole de Voldemort.
Et bien là, c'est pareil ! dit Lupin. Ils commencent sur les moldus, pour bien montrer leur présence et terrifier tout le monde, puis ils passeront aux choses sérieuses, et attaqueront les sorciers...
Et alors huit mangemorts veulent tuer mon oncle et ma tante ? Pour quoi faire ? demanda Harry
Ce ne sont pas ton oncle et ta tante qu'ils veulent, informa Tonks. C'est ce que nous supposons en tout cas...
Voldemort est vexé que tu t'en sois encore sorti, dit Lupin d'un air amusé. Et il n'a pas apprécié que tu poursuives Bellatrix Lestrange après ce qu'elle a fait à Sirius...
Son visage se ferma, et toute trace d'amusement disparu. Harry aurait donné sa main à couper que Lupin souffrait autant que lui de la mort de son parrain.
Comment est-ce que vous savez qu'ils veulent me tuer ? demanda-t-il pour ne pas penser à Sirius
Nous avons des espions, Harry ! répondit Arthur. Et nous avons aussi des cerveaux... Accio carte !
Un grand rouleau qui était posé par terre arriva directement dans sa main. Il l'ouvrit et posa la carte qu'il contenait sur la table. Harry reconnut l'Angleterre. De nombreux points rouges avaient été placés, et des traits bleus les reliaient entre eux. Ils se croisaient tous au même endroit.
Regarde, Harry, les points rouges représentent les lieux où des moldus ont été tués. Les plus à l'extérieur sont les plus anciens. Ils sont au nombres de huit, et les meurtres ont tous été commis à la même heure. Ils datent d'avant-hier. Ensuite, regarde les plus récents, qui sont les plus à l'intérieur. Ils datent de ce matin. Et les meurtres de chaque série se sont déroulés simultanément. Tu remarqueras, comme en témoignent les traits bleus, que si nous relions les lignes de points qui se sont formées au fur et à mesure, elles se croisent en un seul et même point. Et ce point se situe à Little Whinging, où, comme tu le sais, vivent ton oncle et ta tante...
Ca alors... murmura Ron, impressionné. Comment vous avez fait pour trouver ça ?
Ils réfléchissent, Ron, cassa Hermione. Ils ouvrent les yeux... Pas toi...
Tu comprends donc pourquoi nous sommes venus te chercher, dit Lupin. Peut-être que nous avons fait une erreur, que rien n'a été organisé, mais Dumbledore refuse de prendre le risque de te laisser là-bas...
Et les moldus, s'inquiéta Harry, ont-ils remarqué quelque chose ?
Oh, oui ! s'exclama Hermione. Ils en ont parlé à la télévision. Bien sûr ils ne savent pas que ces crimes sont commis par des sorciers, mais mes parents l'ont deviné.
La guerre a commencé, soupira Lupin. Et elle a déjà tué pas mal de gens...
Au lit, maintenant, Ron, Ginny, Hermione ! ordonna Molly. Harry chéri, toi aussi il faudrait que tu ailles te coucher, il est tard...
J'y vais, bonne nuit tout le monde.
Bonne nuit ! répondirent-ils tous en coeur.
Fred, Georges, je n'ai plus d'autorité sur vous à présent, mais vous savez ce que je pense ! avança Mrs Weasley d'un ton sec
Tu penses que nous devrions faire de même... assura Georges
Et c'est ce que nous allons faire, pas vrai, Georges ? demanda Fred
Exactement, Fred, allez viens...
Ils rejoignirent les quatre autres dans l'escalier. Quelques minutes plus tard, Mrs Weasley poussa un petit cri aigu.
On ferait mieux de se dépêcher, Georges ! fit Fred
Je ne te le fais pas dire !
Ils se mirent à courir, tandis que leur mère rugissait dans la cuisine.
J'EN AI ASSEZ DE VOS IMBECILITES ! JE NE VEUX PLUS JAMAIS VOIR DE CREMES CANARI DANS LA CUISINE !
