Salut à tous!
Juste un petit blabla vite fait pour quelques infos.
- Comme annoncé, le titre à changé: "Quand on parle du loup..." est devenu "Scratch Team" (1)
- Modification du résumé: des avis seraient les bienvenus, l'écriture du résumé ayant été très laborieuse.
- Longueur des chapitres: toutes mes excuses, celui-ci est plus long que prévu, mais impossible de faire tenir mon plan de chapitre en 12 pages. (NB: Sur cette fiction, en moyenne: 1 chapitre = 6500/7500 mots
Allez zou, sans plus attendre, les mercis !
Merci à Sarah0406 et Lily&Maya (ahhh que du bonheur de te retrouver là, toi !) pour leur reviews, en espérant que ce chapitre vous plaise.
Et un petit coucou aux followers ! N'hésitez pas à donner votre avis, j'adore ça!
[Scratch Team]
Chapitre 2 : Mutation
« Mutation : altération du matériel génétique […] qui entraîne une modification durable de certains caractères du fait de la transmission héréditaire de ce matériel génétique de génération en génération […] » (2)
― « Hayley ! Dépêche-toi, bon sang, on va être à la bourre ! cria Peyton du bas de l'escalier. Caleb, tu veux bien aller remettre ton pantalon de pyjama, s'il te plait, soupira-t-elle lasse à l'adresse du petit garçon qui essayait d'atteindre frauduleusement la cuisine, simplement vêtu d'un t-shirt ample. »
Arrêté net sur le pas de la porte de la cuisine, Caleb baissa la tête, penaud, se dandinant d'un pied sur l'autre mal à l'aise.
― « Caleb, maintenant, s'impatienta sa tante. »
Peyton s'apprêtait à le gronder sévèrement pour son refus d'obtempérer, quand elle vit une grosse larme rouler sur la joue du bambin.
― « Eh, chéri, qu'est-ce qui ne va pas ? s'alarma-t-elle en s'agenouillant pour se mettre à la hauteur de l'enfant. Caleb ? insista-t-elle alors que le garçon demeurait mutique. »
Caleb, embarrassé, grommela des paroles incompréhensibles que sa tante lui demanda de répéter avec toute la douceur dont elle était capable.
― « Il est mouillé, finit par lâcher Caleb d'une toute petite voix.
― Oh, mon chat, ce n'est pas si grave, le rassura la jeune femme en venant serrer son neveu contre elle. »
L'enfant se pelotonna dans les bras de Peyton, jouant avec les mèches auburn de l'opulente chevelure de sa tante, signe qu'il se sentait vraiment mal.
― « Allez, Caleb, ce n'est rien, lui assura Peyton de nouveau. Ce sont des choses qui arrivent, tu sais.
― C'est les bébés qui font pipi au lit, rétorqua le gamin acerbe. Mais moi, je suis grand, j'ai six ans, je ne suis plus un bébé, bredouilla-t-il, des larmes au coin des yeux.
― Non, chéri, je t'assure que ça arrive aussi parfois aux enfants de six ans. Souvent, c'est parce que quelque chose ne va pas. Est-ce que tu as fait un nouveau cauchemar ? l'interrogea sa tante. »
D'un mouvement vif de la tête, l'enfant nia.
― « Alors, peut-être que c'est parce qu'Hayley t'a grondé hier soir et que tu en es contrarié ? proposa-t-elle.
― Non, je sais que c'est parce que c'était une bêtise de vider tout le bain moussant de Maman, réfuta encore l'enfant.
― Alors, dis-moi ce qui ne va pas, mon ange, insista Peyton, en s'asseyant sur les marches de l'escalier, attirant le petit sur ses genoux.
― Je ne veux plus être malade. Parce que ça rend Maman triste, sanglota l'enfant. Je veux guérir ! pleura-t-il de plus belle. »
OoOoOoOoO
D'un dernier coup d'œil dans le miroir, Hayley effaça une trace d'eye-liner rebelle au coin de son œil, puis d'un coup de brosse, elle rectifia une dernière fois l'agencement de ses cheveux bruns en un carré parfait.
Attrapant au vol son sac à main, elle s'élança dans le couloir, craignant que l'impatience de sa sœur ne se transforme en colère. En haut des escaliers, elle se stoppa net en entendant son neveu sangloter à chaudes larmes. Les mots qui sortaient de la bouche de Caleb lui brisèrent le cœur, tout autant que les vaines tentatives de Peyton pour lui remonter le moral.
― « Mais si je ne guéris pas, Maman sera triste pour toujours, soupira l'enfant.
― Caleb, tu n'es pas malade, affirma Peyton. Tu es différent, et la différence, c'est la vie, mon ange. Ta Maman n'est pas triste que tu sois différent, elle en est fière au contraire. Elle a juste peur que ce soit difficile pour toi d'assumer cette différence. Mais toi et moi, on sait que tu es bien assez fort pour vivre avec, non ? continua-t-elle en adressant un sourire tendre au bambin.
― Tu es gentille, tante Peyton, mais je ne suis plus un bébé, maintenant, je sais que ce n'est pas vrai, objecta Caleb d'un ton trop sérieux pour son âge. Je ne suis pas différent, comme tu dis, je suis un loup-garou, asséna-t-il avec fatalité. Et les loup-garous, ils font du mal aux gens normaux. Même que parfois, ils les tuent, les gens, laissa-t-il tomber avec un calme effrayant qui tira un hoquet de stupeur à Hayley. »
Hayley était aussi désemparée que sa sœur l'était à cet instant, quelques marches plus bas, regardant dans les yeux cet enfant intimement convaincu d'être un tueur en puissance.
Hayley essuya une larme solitaire qui s'était échappée, et renifla bruyamment, attirant l'attention de son neveu et de sa sœur. Aussitôt, l'apercevant, Caleb s'esquiva à la cuisine pour rejoindre sa mère.
À cet instant, Hayley aurait voulu hurler au monde entier que la vie était injuste et cruelle. Pourquoi Dieu avait-il infligé une si terrible malédiction à cet angelot aux yeux verts et aux boucles noires ébène ? Où était ce Dieu d'amour et de miséricorde quand cinq mois plus tôt, elle et ses sœurs avaient assisté impuissantes à la mutation de Caleb, ce bambin devenu, depuis le jour de sa naissance, le centre de leur univers ?
Hayley traînait ce poids dans son cœur depuis la transformation de l'enfant, tâchant de le masquer aux yeux de Caleb et de ses sœurs. Elle souffrait en silence, priait chaque soir pour que Caleb ait une vie normale. Elle s'était tue, avait souri et s'était contentée de continuer à vivre en faisant comme si tout était normal, comme avant. Elles l'avaient toutes fait. Pour Caleb. Pour lui ôter la moindre culpabilité pour son état.
Hayley savait que ses sœurs aussi portaient ce fardeau. Plus encore qu'elle-même. Brooke était la mère impuissante d'un enfant à qui jamais, quoi qu'elle fasse, elle ne pourrait offrir une vie normale. Et Peyton et sa haine viscérale pour les lycanthropes avait été mise à rude épreuve.
Alors, jamais Hayley ne s'était autorisée à se plaindre, à se montrer affectée. Elle avait continué à sourire, à vivre comme avant, parce qu'au fond, elle était la plus chanceuse de tous. Et qu'elle ne l'ignorait pas, Peyton et Brooke luttaient chaque jour pour faire en sorte qu'elle n'en soit pas affectée, qu'elle ait une vie normale. Alors, Hayley avait porté sa croix en silence.
Mais elle ne s'était pas imaginé que Caleb puisse en souffrir. Il était si jeune, qu'elle et ses sœurs avaient imaginé qu'il s'adapterait aisément à cette nouvelle vie, à ce nouveau lui. Mais de toute évidence, la mutation l'avait fait mûrir bien plus que les sœurs n'avaient pu l'envisager. L'enfant se sentait coupable, se rendait responsable de la souffrance de sa mère, et de ses tantes sans nul doute.
Alors qu'elle s'était levée d'une humeur joviale, heureuse de démarrer cette journée qui s'annonçait passionnante, ce fut les pieds chaussés de plomb et les épaules basses qu'Hayley descendit les escaliers pour rejoindre Peyton.
Cette dernière signala à Brooke qu'elle revenait au plus tôt, et le visage chagriné de l'aînée démontra qu'elle n'avait rien manqué de la terrible conversation entre son fils et sa sœur. Abattues, Hayley et Peyton montèrent en silence dans le SUV, et restèrent muettes jusqu'à ce que Peyton se gare sur le parking de Beacon Hills High School.
― « Peyton, l'arrêta Hayley avant que sa sœur ne quitte le véhicule. Ce qu'il s'est passé ce matin…
― On va le gérer, Hayley, affirma Peyton. Il se pose des questions, après tout, c'est de son âge. Et puis, il passe tout son temps enfermé avec nous, il a trop de temps pour penser, pour réfléchir, ce n'est pas bon. Je pense de plus en plus qu'il est indispensable de le scolariser, de le mêler aux autres enfants, pour qu'il oublie un peu…
― Il n'oubliera jamais, Peyton ! s'insurgea Hayley. C'est en lui, il ne peut pas l'ignorer. Et chaque pleine lune se chargera de lui rappeler, soupira-t-elle amèrement. Ce dont il a besoin, c'est …
― Non, pas encore, trancha vivement Peyton. On peut encore essayer de …
― Peyton ! s'énerva Hayley. Est-ce que tu pourrais oublier deux secondes tes petites animosités égocentriques et obsolètes, et penser à Caleb ! »
Peyton regarda la jeune fille bouche bée devant tant d'assurance et de fermeté. Il était temps pour elle d'admettre que sa petite sœur n'était plus une enfant. Elle aurait bientôt dix-huit ans, presque une adulte, et elle lui rappelait chaque jour qu'elle aussi avait voix au chapitre.
Voyant que sa petite sœur ne céderait pas, elle l'invita silencieusement à continuer.
― « Il est terrifié, il ne comprend pas et se sent coupable. Il a besoin d'un guide. Besoin de trouver ses racines, de comprendre qu'il n'est pas seul, reprit Hayley.
― Il ne l'est pas, contra Peyton. Il nous a. Sa famille.
― Oui, le petit garçon a sa famille, mais le jeune loup a besoin d'autre chose, et tu le sais, Peyton. Il a besoin d'une meute, asséna-t-elle avec conviction.
― C'est trop tôt, grogna Peyton.
― Peyton, je t'en prie, arrête, soupira Hayley en levant les yeux au ciel. Tu es la seule à faire barrage. Pour des raisons qui te sont propres, on le comprend. Et c'est pour cela que Brooke ne te force pas. Mais tu dois oublier tes vieilles rancœurs et laisser le passé derrière toi pour quelque temps. Pour Caleb, lui rappela-t-elle. On ne peut plus retarder ce moment. On doit résoudre ça avant la prochaine pleine lune. Elle pourrait être pire que la dernière, et s'il arrivait quoi que ce soit …Caleb ne s'en remettrait pas. Tu dois aller le voir, Peyton. Tu dois lui parler. Aujourd'hui. »
Peyton garda le silence, observant avec intérêt cette jeune fille si mûre et sûre d'elle-même. Hayley était bien plus rationnelle qu'elle-même ne l'était, et Peyton devait bien avouer que sa cadette avait raison. Depuis deux semaines, elle retardait cet instant, prétextant que ce n'était pas le bon moment, qu'elles avaient encore du temps, d'autres options. Mais si elle devait être honnête avec elle-même, Peyton devait reconnaître que la seule raison qui lui faisait repousser l'échéance, c'était sa propre peur, son angoisse à elle de l'affronter de nouveau. Ses démons qui la hantaient et qui l'empêchaient de faire ce qui devait être fait.
― « D'accord, abdiqua Peyton. Tu as raison. Mais aujourd'hui… Laisse-moi un peu de temps encore, Hayley, s'il te plait, supplia-t-elle alors que sa sœur lui jetait un regard plein de reproches. Discutons-en toutes les trois ce soir. On demandera à Stiles de garder Caleb une heure ou deux, comme ça nous pourrons en parler calmement.
― Stiles ? Tu es sûre ? s'inquiéta la cadette.
― Il est d'accord, et Caleb se contrôle de mieux en mieux. Ce sera seulement pour une heure et nous serons juste en face. Caleb sait comment me prévenir si jamais il ne se sent pas… bien, la rassura Peyton. »
Les deux sœurs enfin d'accord, elles quittèrent le véhicule pour rejoindre le lycée où le proviseur adjoint les attendait.
― « Pourquoi ce n'est pas le proviseur qui nous reçoit ? demanda Peyton.
― Il paraît que l'ancien, M. Argent, a disparu il y a quelques semaines, répondit la plus jeune. Personne ne sait où il est passé. D'ailleurs, la rumeur dit que c'est étrange, parce que sa famille est encore ici, son fils et sa petite fille je crois, mais ils ne s'inquiètent pas vraiment à ce qu'on dit.
― Tu sais, les on-dits, balaya l'aînée d'un geste de la main.
― Sa fille et sa belle-fille sont mortes cette année : moi je dis, cette famille est maudite ! répliqua Hayley.
― Cette ville est maudite, chérie, répliqua Peyton. Je me demande où tu as entendu tout ça ! s'étonna-t-elle.
― A ton nouveau boulot pardi ! Les gens adorent radoter !
― Ouais, mon boulot… maugréa Peyton. »
Trois jours plus tôt, Peyton avait démarré au coffee shop du centre-ville, la famille ayant bien besoin d'un revenu de plus que le maigre salaire d'infirmière de Brooke. C'était une chance que les deux aînées aient trouvé du travail aussi rapidement, mais cela n'empêchait guère les fins de mois d'être difficiles.
― « Tu sais, je pourrais prendre un petit job après les cours, proposa Hayley, tandis qu'elles patientaient toutes deux devant le bureau du proviseur. Ça mettrait un peu de beurre dans les épinards.
― On en a déjà parlé, Hayley : c'est hors de question ! trancha Peyton d'un ton sans appel. Brooke et moi, on tient vraiment à ce que tu te concentres sur tes études tant que tu le peux. Tu devras bosser bien assez tôt pour te payer la fac.
― Si j'y vais… soupira la jeune fille.
― Attends qu'est-ce que ça veut dire, ça ? commença Peyton, d'un ton courroucé. »
Mais la jeune femme ne put pousser plus avant son interrogatoire, puisqu'elles furent enfin appelées par le proviseur adjoint.
OoOoOoOoO
― « Viens, je vais te présenter Danny ! s'enthousiasma Stiles en tirant Hayley par le bras. Eh Danny !
― C'est bon Stiles, soupira Hayley en se massant l'épaule douloureuse sur laquelle Stiles tirait depuis une bonne demi-heure pour la présenter à chacun. Danny Mahealani, lui aussi je le connais, lui rappela-t-elle. Comment aurais-je pu l'oublier ! lança-t-elle joyeusement en étreignant avec plaisir le beau joueur de crosse. Tu partageais toujours ton goûter avec moi quand cette brute de Mike O'Brian me piquait le mien en primaire ! »
Tout en bavardant avec Danny, Stiles toujours sur ses talons, Hayley ne pouvait s'empêcher de sourire béatement. Revoir tous ses anciens amis de l'école lui mettait du baume au cœur. En quittant la Louisiane, Hayley s'était sentie déchirée entre les besoins de sa famille et sa vie sociale. Ses amis de Shreveport lui manquaient énormément. Un manque que n'arrivaient à combler ni les séances Skype quotidiennes avec Amy, sa meilleure amie, ni les textos incessants qu'elle échangeait avec toute la petite bande restée en Louisiane.
Aussi, retrouver ses anciens camarades, qui pour la grande majorité ne l'avaient pas oubliée, la rendait folle de joie. L'idée de la conseillère d'orientation, lors de son inscription pour l'année suivante, de lui permettre de vivre la dernière semaine de classe avec ses futurs camarades, lui paraissait encore plus excellente maintenant.
Les professeurs eux aussi l'avaient accueillie à bras ouverts, se mettant en quatre pour lui fournir les cours de fin de semestre qu'elle avait manqués. Elle aurait tout l'été pour rattraper son retard, et elle pourrait compter sur Brooke pour ne pas la lâcher tant qu'elle n'aurait pas étudié avec acharnement. Il fallait bien avouer que vu l'état de ses notes – atteignant de justesse le C- pour le dernier semestre – ce n'était pas du luxe.
Après les cours de la matinée, Stiles – qui s'était autoproclamé son guide personnel déjà trois jours plus tôt – était devenu encore plus excité.
― « Ha ! Tu vas enfin rencontrer mon meilleur ami ! lança-t-il ravi.
― Ton meilleur ami depuis la maternelle, Stiles, lui rappela Hayley. Vu le nombre d'heures qu'il a passé chez toi, et le nombre incroyable de ces heures que vous avez passé à venir récupérer votre ballon dans notre jardin, je connais Scott McCall aussi, rappelle-toi Stiles.
― Mais t'es partie depuis tellement longtemps, que c'est comme si tu étais nouvelle, riposta le jeune homme en s'asseyant à une table, enjoignant son amie à faire de même. Enfin si on peut dire que six ans c'est long, continua-t-il. Parce qu'en terme d'années, sur une vie, c'est vrai que c'est pas grand-chose. Mais si on ramène ça proportionnellement à nos âges, eh bien…
― Stiles, je crois que tu la gonfles, intervint une voix rieuse dans le dos d'Hayley. Salut Hayley, content de te revoir parmi nous, ajouta Scott à l'adresse de la jeune fille en s'installant à ses côtés.
― Contente d'être de retour aussi, répondit Hayley. »
Tandis que Stiles continuait de monologuer en nommant à l'attention de son amie chaque personne qui passait, Hayley se plaisait à rêver enfin à une vie paisible et normale. À cet instant, elle ne songeait plus à Brooke et ses angoisses maternelles, à Peyton et ses démons, ou encore à Caleb et sa terrible malédiction. Pour un moment suspendu dans le temps, elle vivait pour elle, juste pour elle, et savourait pleinement ce petit bonheur sans condition.
Au moins jusqu'à la prochaine pleine lune, songea-t-elle amèrement.
OoOoOoOoO
― « Une semaine, murmura tristement la jeune mère pour elle-même. »
Une sourde angoisse au creux des entrailles, Brooke observait le petit calendrier lunaire qu'elle cachait dans le tiroir de sa table de nuit, hors de vue de son fils. Caleb était déjà suffisamment angoissé, avait-elle dit, pour ne pas lui mettre en permanence sous les yeux ce compte à rebours mensuel.
C'était le même rituel chaque matin : elle tirait de sa cachette l'éphéméride, puis rayait le jour passé, réduisant chaque fois le temps restant avant la nuit fatidique. C'était la même douleur qu'elle s'infligeait à chaque fois, pour se rappeler jour après jour d'être forte et confiante en l'avenir. Un jour passé était un jour gagné. Une nuit de pleine lune après l'autre apportait toujours l'espoir d'un avenir meilleur.
― « Je suis rentrée ! cria Peyton depuis le hall d'entrée. »
Rangeant précieusement le calendrier, Brooke descendit rejoindre sa sœur, le cœur lourd.
― « Écoute, est-ce qu'on pourrait parler de ce qui s'est passé ce matin, plus tard ? dit-elle d'emblée en entrant dans la cuisine où Peyton se servait son troisième café de la journée. J'en ai pas très envie, là, soupira-t-elle morose.
― Ok, répondit simplement sa sœur. De toute façon, on en parlera ce soir, je l'ai promis à Hayley. Je crois que je n'ai plus vraiment le choix, ajouta-t-elle avec une grimace. Il va falloir prendre une décision.
― Est-ce que j'ai bien entendu ? renchérit l'aînée d'un ton sarcastique.
― Oh ça va… râla Peyton. Te casse pas, Hayley m'a déjà fait la leçon. Comment il va ? demanda-t-elle après un silence songeur.
― Mieux, je crois. La chance d'être un enfant, on oublie vite.
― On n'oublie jamais rien, on vit avec, répliqua Peyton.
― Maman, je peux jouer dans le jardin ? s'écria Caleb en déboulant comme une flèche dans la cuisine. »
S'installant sur la terrasse pour surveiller le bambin, les deux sœurs profitaient paisiblement d'un café, savourant le calme de cette petite ville, loin du brouhaha constant de Shreveport.
― « Peter Hale est revenu d'entre les morts, lâcha subitement Peyton.
― Pardon ? s'étonna Brooke, les yeux écarquillés.
― Ouaip, grinça sa sœur. L'oncle détraqué l'a joué façon Lazare : il s'est réveillé un beau jour de son état de légume et s'est mis a gambadé. Et personne ne semble étonné que la moitié carbonisée de son visage soit revenue à la vie, elle aussi. Chirurgie reconstructive, qu'on raconte.
― À la Clinique des Joyeux Loup-Garous, ils font des miracles ! railla Brooke.
― Waouh ! Tu fais de l'humour, ma chérie ! se moqua sa cadette. Tes antidépresseurs font des miracles !
― Boucle-là, morveuse ! »
Soudain un craquement sourd dans le jardin fit bondir les deux sœurs et les lamentations de Caleb les affolèrent. Brooke et Peyton se précipitèrent vers l'enfant pour découvrir l'ampleur des dégâts. Le vieux portique de bois s'était effondré, et le toboggan de fibre de verre s'était brisé net. À côté des ruines, Caleb, assis dans l'herbe, pleurait à chaudes larmes en psalmodiant des excuses en chapelet.
Brooke courut auprès de son fils, craignant qu'il soit blessé, tandis que Peyton, un petit sourire aux lèvres, achevait de faire s'écrouler l'édifice instable, de peur qu'il ne s'effondre sur l'enfant.
― « Eh bien, on dirait que mon petit Superman n'a pas senti sa force ! rigola doucement Peyton. Laisse-moi deviner : tu as sauté ?
― C'est pas drôle, bougonna Caleb, penaud.
― Si ça l'est, répliqua sa mère. Pendant des années, tes tantes et moi avons essayé de faire tomber cet horrible portique, tu sais. Ta grand-mère tenait beaucoup à ce que nous jouions dehors, plutôt que de regarder la télé, et ça nous ennuyait beaucoup, raconta-t-elle. Elle disait que nous avions ce qu'il fallait dans le jardin pour faire nos propres films au grand air.
― Mais à chaque fois, on se mettait des échardes dans les doigts, continua Peyton. Du coup, on avait imaginé que si le portique tombait, on pourrait regarder un peu plus la télé, mais on a jamais réussi.
― Moi, j'aime pas la télé, intervint le petit garçon.
― Mais ça, c'est parce que tu es un petit garçon exceptionnel ! s'écria Peyton en soulevant son neveu de terre pour le projeter dans les airs. »
La jeune femme continua son petit jeu jusqu'à ce qu'enfin le bambin rie aux éclats et oublie sa mésaventure. Alors, profitant de la nouvelle bonne humeur de Caleb, elle entamant une partie de chat glacé avec le petit, sous l'œil vigilant de la mère.
Peyton et Caleb ne semblaient pas s'épuiser, et Brooke profitait de ce que son fils soit occupé pour prendre un moment pour elle.
Si son instinct de mère s'affola en voyant son fils tomber, et se relever le genou en sang, elle s'obligea à rester où elle était quand Peyton lui adressa un signe. À le voir jouer comme tous les enfants, elle en oubliait qu'il était différent. En moins d'une minute, il n'y paraissait plus rien : Caleb avait déjà cicatrisé.
Son fils était un loup-garou, Brooke devait se faire à l'idée. La lycanthropie ne la répugnait pas : avec Tyler et toute sa famille, elle avait fini par s'y habituer. Mais quand la malédiction avait touché Caleb, elle avait été désemparée. Comme pourrait-elle s'occuper de lui, elle, la faible humaine ?
Et pourtant, chaque jour qui passait lui rappelait qu'avant d'être un loup, Caleb était son fils. Un petit garçon plein de rêves et d'envie, à l'énergie débordante et à l'amour sans limite. C'était pour cela qu'elle se battait, qu'elle cherchait sans cesse des solutions. Pour cette raison qu'elle était venue chercher à Beacon Hills la seule chose qui pourrait rendre la vie de Caleb plus simple : une meute. Sa meute.
― « Il faut qu'il aille à l'école, affirma Peyton en la rejoignant, la tirant abruptement de ses pensées.
― Peyton, sois réaliste, soupira Brooke. Tu as vu ce qu'il vient de se passer. Que fera-t-on, quand il s'égratignera un genou et qu'une fois à l'infirmerie, il n'y aura plus rien à soigner ? Ou quand il défoncera une porte d'un coup de ballon ? S'il casse le bras d'un camarade ou pire ? imagina-t-elle. Il ne peut pas fréquenter d'autres enfants.
― Brooke, fais attention, s'il te plait. Il t'entend, murmura Peyton. Il apprendra à se contrôler. On a trois mois pour ça. Même s'il faut retarder son entrée à l'école, il doit y aller. Rencontrer d'autres enfants. Prendre conscience de la diversité du monde. Oui, il est différent, mais tous les enfants le sont.
― Les autres enfants ne risquent pas d'éventrer un de leurs camarades en jouant, répliqua tristement la jeune mère.
― Alors quoi ? On le garde ici jusqu'à l'adolescence ? objecta fermement sa sœur. On en fait un attardé asocial ? Ou pire, un sociopathe ? Et quoi ? Ici, il ressasse, et plus il ressassera, plus il culpabilisera et ça ne donnera rien de bon. Oui, il y a des risques, mais on a pas le choix, affirma-t-elle.
― Tu as peut-être raison, reconnut pensivement Brooke. Mais on ne pourra pas faire ça toutes seules. On va avoir besoin d'aide. De son aide, insista-t-elle.
― Ouais, je sais, marmonna Peyton. J'irais. Avant la prochaine pleine lune, j'irais lui parler.
― Espérons seulement qu'il accepte. »
OoOoOoOoO
Le bruit léger de petits pas sur la moquette fit ouvrir un œil à Peyton, pelotonnée entre ses draps. Elle n'esquissa pas un mouvement quand l'enfant se hissa sur le lit pour se glisser entre les draps. Ce fut seulement lorsque Caleb vint se coller à elle, tirant doucement sur son large t-shirt qu'elle se tourna vers lui pour l'accueillir au creux de ses bras.
Elle pouvait percevoir la fébrilité du petit garçon aussi nettement qu'elle sentait l'odeur de café envahir la maison le matin. Depuis qu'elle était montée se coucher, une heure plus tôt, elle entendait l'enfant tourner et se retourner encore dans la chambre face à la sienne.
Elle avait pourtant pensé que passer deux heures hors de la maison à jouer avec Stiles, pendant que les trois sœurs discutaient de la meilleure décision à prendre, lui aurait changé les idées. Encore plus du fait que, même sans sa mère et ses tantes près de lui, il avait pu passer un moment agréable sans le moindre problème.
Quand il était revenu à la maison, Caleb était surexcité. Il avait fait ses preuves ; montré qu'il pouvait se contrôler sans se brimer pour autant. Mais après le repas, quand le bambin fut couché, les sœurs avaient repris leur conversation, oubliant une fois de plus que l'ouïe surnaturelle du petit empêchait toute discrétion dans les discussions.
Caleb avait tout entendu. Les suppliques d'Hayley d'agir au plus vite, les doutes et la mauvaise grâce de Peyton, et les éternelles angoisses de sa mère, imaginant toujours les pires scénarios. Et puis, le petit ne comprenait pas tout. Il ne saisissait pas les enjeux de cette décision, la raison de toutes ces discussions houleuses. Et puis il ne connaissait pas tous ces gens dont elles parlaient. Et puis, c'était quoi « une meute » au juste ?
Il n'y avait que deux choses que Caleb avait parfaitement comprises. D'abord, cette chose qui le tourmentait depuis près de trois mois, quand il avait compris qu'il en était le seul responsable. Il avait fait du mal à sa tante et ça la rendait triste. Et cela, Caleb n'arrivait pas à se le pardonner.
Et puis, il y avait lui. Il ne le connaissait pas, et pourtant, il lui manquait tant. Son papa. Tous ses copains, au jardin d'enfants – avant qu'il soit un loup, quand sa maman n'avait pas si peur qu'il fasse du mal aux autres enfants – tous avait un papa. Mickael en avait même deux, lui. Caleb aussi aurait voulu avoir un papa avec qui bricoler, sauter dans la piscine et jouer au foot. Maman l'emmenait souvent dans la piscine à Shreveport, et Hayley tapait souvent dans la balle avec lui, mais ce n'était pas pareil. Ce n'était pas comme avoir un papa.
― « Peyton, est-ce que tu m'aimes toujours ? demanda Caleb de but en blanc. »
Peyton sursauta à l'énoncé de la question, attira encore plus contre elle le bambin.
― « Bien sûr, chéri.
― Mais tu m'aimes aussi fort qu'avant ? voulut s'assurer le petit garçon. »
Peyton n'eut pas besoin de questionner son neveu pour comprendre ce que signifiait le « avant ». Pour sa famille, il y avait eu beaucoup « d'avants ». Avant la mort de ses parents. Avant Shreveport. Avant la naissance de Caleb. Avant la transformation de Caleb. Mais pour le garçonnet, un seul avant le rongeait, celui qu'il partageait avec sa tante : avant qu'elle aussi ne soit maudite.
― « Tu veux que je t'avoue quelque chose, mon chat ? murmura-t-elle avec tendresse, enfouissant sa tête dans les boucles indisciplinées du petit. Je t'aime encore plus fort qu'avant. Je t'interdis d'en douter un seul instant : je t'aime plus que n'importe qui au monde, Caleb.
― Autant que tu aimes Maman et Hayley ?
― Bien plus que ça, chaton. Je t'aime jusqu'aux étoiles ! »
Rassuré, Caleb se blottit plus encore contre sa tante. Mais le sommeil ne le trouverait pas encore : il y avait autre chose qui le tracassait.
Le sentant, Peyton l'invita à se confier à elle.
― « Peyton, est-ce que mon papa il est mort ? »
La question de Caleb fit l'effet d'un coup de poing dans l'estomac pour Peyton, et lui coupa presque le souffle.
― « Mon Dieu, chéri, où est-ce que tu as… Bien sûr, tu nous as entendues en parler, souffla Peyton.
― Je voulais pas vous écouter, mais… s'excusa Caleb, penaud.
― Oui, je comprends.
― Maman, elle ne parle jamais de Papa. Moi, j'aurais bien aimé avoir un papa. Est-ce que je lui ressemble ? Et est-ce que lui aussi c'était un loup ? débita l'enfant à toute vitesse.
― Ok, ok. Laisse-moi répondre, tu veux, répondit Peyton. Pourquoi tu veux savoir toutes ces choses, Caleb ?
― Parce que mon papa me manque. C'est pas que je ne vous aime pas, hein ! Je vous aime fort, fort, fort ! se rattrapa précipitamment Caleb. Mais j'aurais bien aimé jouer au foot avec mon papa, et puis voir à quoi il ressemblait, termina-t-il d'un air nostalgique. »
Sans pouvoir rien contrôler, les larmes se mirent à rouler brûlantes sur les joues de la jeune femme. Malgré tout l'amour que les trois soeur pouvaient donner à Caleb, il restait amputé d'une part de lui-même. Cet héritage paternel dont elles ne lui avaient soufflé mot.
Caleb n'avait pas la moindre image masculine à laquelle se raccrocher. Et surtout pas d'identité. Voilà ce qu'il voulait, ce dont il avait besoin, ce dont Peyton s'entêtait à vouloir le priver. Au fond ce n'était pas d'une meute dont Caleb avait besoin, mais de connaître ses racines, ses origines. De comprendre pourquoi lui. Pourquoi une nuit de pleine lune il était devenu quelque chose qu'il ne connaissait pas. Pourquoi il était devenu si différent de sa famille. Une différence qu'il ne parvenait pas à s'expliquer.
Caleb devait savoir d'où il venait, pour voir où il allait. Il devait comprendre qui étaient ses parents pour décider qui il serait.
À cet instant, Peyton prit enfin la décision qu'attendaient ses sœurs depuis plusieurs semaines. Demain, elle irait le voir. Demain, elle donnerait à Caleb les réponses qu'il cherchait. Pour l'heure, elle pouvait toujours répondre à certaines de ses questions.
― « Ton papa s'appelait Tyler, et c'était un loup, comme toi, commença-t-elle à narrer. Il venait d'une grande famille de loup-garous. Tu lui ressemble beaucoup, tu sais. Les mêmes yeux verts en amande, les cheveux aussi noirs que lui, et le même petit nez mignon !
― Tu l'aimais bien, mon papa ?
― Oui, reconnut-elle, surprise elle-même de réaliser qu'elle avait voulu se convaincre du contraire toutes ces années, en vain. Oui, j'aimais beaucoup ton papa. C'était un garçon plein d'humour et très gentil. Plutôt beau aussi. Ta maman et lui s'aimaient énormément. Je me souviens qu'un jour… »
Pendant une heure, Peyton continua de raconter toutes sortes d'anecdotes concernant Tyler, jusqu'à ce que Caleb, s'assoupisse profondément. Tout en caressant les boucles du bambin, elle admirait son minois parfait : le portrait juré de son père. Et ses yeux à lui Ces yeux qui lui rappelait chaque jour cet homme qu'elle avait aimé et haït tout à tour.
OoOoOoOoO
― « Est-ce que c'est toi qui l'as appelé ? chuchota Hayley.
― Mais non ! Bien sûr que non ! répondit Peyton d'une voix suraiguë, largement contrariée.
― Chut ! lui intima sa sœur. Pas si fort, il va t'entendre ! l'admonesta-t-elle.
― C'est un loup-garou, Hayley ! râla Peyton avec humeur, tout en sautillant pour enfiler un jean. Tu peux chuchoter autant que tu veux, s'il veut nous entendre, il nous entendra ! Au passage, a-t-on idée de débarquer chez les gens sans prévenir à 8 heures du matin, grogna-t-elle avec force, pour être sûre qu'il l'entende. »
Si déjà être tirée du lit si tôt la mettait d'ordinaire d'une humeur massacrante, le fait que l'homme ait eu le culot de s'inviter chez elle n'arrangeait rien. Pire encore, s'ajoutait à cela une vieille colère et une angoisse terrible qui lui tordait les entrailles depuis qu'Hayley avait débarqué comme une furie dans sa chambre, la secouant comme un prunier pour l'en informer.
― « Brooke est avec Caleb dans sa chambre. Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse ? demanda Hayley, d'une voix anxieuse.
― Où est-ce qu'il est ?
― Dehors, sur le perron, je crois que c'est toi qu'il veut voir. Et euh… hésita-t-elle. Il a … reniflé…
― Flairé, Hayley, flairé, la corrigea Peyton. Évidement qu'il l'a flairé. Cette baraque pue le loup à 100m.
― Je ne sens rien, moi. »
Peyton jeta un regard blasé à sa sœur, puis enfila une chemise sur son débardeur, et dévala les escaliers, sa cadette sur les talons.
― « Sans savoir comment ça va se passer, je préfère que Caleb et vous restiez là, dit Peyton une fois dans le hall. Je m'occupe de ça. De lui et … des autres. Je vous appelle, acheva-t-elle avant de prendre une grande inspiration et de quitter la maison. »
Quand elle se retrouva face à lui, son cœur s'emballa, comme si six années passées n'avaient rien changé, comme si elles n'avaient même jamais existé.
― « Bonjour Peyton, souffla-t-il de sa voix grave.
― Derek, le salua-t-elle, d'un ton qu'elle aurait voulu glacial, mais qui sortit chevrotant. La politesse aurait voulu que tu t'annonces avant de débarquer, lui reprocha-t-elle en se dirigeant vers sa voiture. Je te suis, on… hé ! Qu'est ce qui te prend, Derek ! s'écria-t-elle quand, passant à sa hauteur, il l'arrêta brutalement par le bras. »
Elle s'apprêtait à le sermonner violemment comme par le passé, puis elle vit se succéder sur le visage de l'Alpha la perplexité, l'étonnement, puis – le pire de tout – la compassion.
― « Tu ne t'attendais pas à ça, hein ! railla-t-elle sans assurance. Oh allez, ne me regarde pas comme ça, c'est déjà suffisamment pénible comme ça, maugréa-t-elle en voyant que Derek ne se défaisait pas de son air grave. »
Toujours muet, il se tourna à nouveau vers la maison, grimpa trois marches du perron et huma l'air, les sourcils froncés.
― « C'est de ça que je voulais te parler. Mais pas ici, intervint Peyton. On y va.
― On prend ma voiture, décréta Derek d'un ton sans appel en faisant volte face. »
Peyton soupira d'agacement mais obtempéra, bien que l'idée d'être si proche de lui dans un si petit espace la rendait nerveuse. Mais elle n'était pas en position de protester, au risque de se le mettre à dos. Elle était en position de demandeur, mieux valait éviter les embrouilles.
Dans la voiture le silence se fit de plomb, mais Peyton ne fit rien pour l'alléger, préférant concentrer toute son attention sur le paysage qui défilait. Le tableau de bord. Le cuir des sièges ou les particules de poussière qui voletaient dans la lumière. N'importe quoi, plutôt que de le regarder, lui.
― « Si je ne t'avais pas délogée de chez toi de force, tu serais venue me voir, ou t'avais décidé de te terrer comme un ours ? finit par lâcher Derek d'un ton calme. »
Peyton fut surprise par la pondération du jeune homme, si loin de la spontanéité dont il faisait preuve quand elle l'avait connu. Néanmoins, lui aussi avait eu son lot de drames, aussi elle ne s'étonnait pas vraiment de cette nouvelle sévérité qui émanait de tout son être.
― « Un ours ? T'essaie de faire de l'humour, rapport aux loups, là ? railla-t-elle. Ok… Tu as aussi perdu ton sens de l'humour je vois, grincha-t-elle quand il lui jeta un regard noir. Non. Je ne serais pas venue te voir. Je n'ai plus rien à te dire, Derek, lâcha-t-elle.
― Si tu essaie de me blesser, ne perds pas ton temps, je suis immunisé, riposta-t-il sans émotion. Pourtant il me semble que tu voulais me parler de quelque chose.
― Si ça ne tenait qu'à moi, non. Mais ce n'est pas le cas. J'ai essayé de repousser ça … acheva-t-elle pensive.
― Alors ça te répugnes à ce point de me voir, se désola Derek.
― Je … Non… Enfin…ça m'est égal, bafouilla Peyton. »
Un sourire en coin s'étira sur les lèvres de Derek, et il jeta un regard satisfait à la jeune femme, qu'elle repoussa d'un soupir agacé.
― « Tes copains poilus sont là-bas… je veux dire là où on va ? demanda-t-elle.
― Tu veux dire ma meute ? Des loup-garous… comme toi… Bon sang Peyton, comment est-ce que… s'exclama-t-il en pilant net.
― Bordel, préviens ! râla-t-elle en évitant de justesse de s'écraser le nez sur le tableau de bord. Je vous expliquerai ça après. Mais si tu te poses la question, je n'étais pas vraiment volontaire.
― Te changer volontairement en ce que tu hais le plus au monde ? railla Derek. Je ne me posais pas la question, non.
― Pas ce que je hais. C'est toi que je hais, asséna-t-elle sans émotion.
― N'essaie pas, Peyton. C'est inutile, répliqua Derek avec douceur. Il n'y a plus rien à blesser aujourd'hui. »
Si elle avait vraiment voulu lui faire mal, et du même coup éloigner d'elle cette espèce de tendresse dont elle n'arrivait pas à se défaire à l'égard de Derek, la réponse de l'Alpha la mit mal à l'aise. Oui elle voulait le blesser, le faire souffrir : voilà six ans qu'elle ruminait. Mais maintenant qu'elle en avait l'occasion, elle n'en était plus si sûre. Faire du mal gratuitement, c'était gâcher trop d'énergie pour détruire. Et aujourd'hui, elle voulait – non plutôt – elle devait construire.
― « Autant te prévenir tout de suite, Peter est là, et votre retour a attisé sa curiosité malsaine, l'informa Derek en approchant de la porte de son loft.
― Le contraire m'aurait déçu… enfin je crois. Un peu glauque, chez toi, jugea-t-elle en voyant apparaître les deux grandes portes en fer qui menaient au loft. Disons qu'il faut aimer le côté industriel. Quoi ? demanda-t-elle en voyant Derek figé devant elle avec un sourire amusé.
― Que ça te plaise ou non, Peyton… Je suis vraiment heureux de te revoir, déclara-t-il avec tendresse.
― Ouais, marmonna-t-elle gênée. Oh Derek, l'arrêta-t-elle en l'attrapant par le bras avant qu'il n'ouvre les portes. Je voulais juste… Je … Je suis désolée pour ta famille, sincèrement. »
L'espace d'un instant, la chaleur du regard de Derek la projeta six ans auparavant. Quand elle était heureuse et insouciante. Quand son cœur battait à tout rompre pour le loup devant elle. Quand il battait tout court, songea-t-elle.
Réalisant la nostalgie dans laquelle elle tombait, elle se secoua mentalement : hors de question de mollir. Elle haïssait Derek. Elle avait une mission. Elle le faisait pour Caleb. Point. Pas de place pour les souvenirs ou le sentimentalisme.
Voyant que l'instant de nostalgie était passé, Derek ouvrit les portes et instantanément, deux regards curieux et intrigués dévisagèrent Peyton.
― « Alors là, tu fais fort mon neveu ! Je ne pensais pas que tu nous en ramènerais une. Et surtout pas celle-là ! s'exclama Peter. Est-ce que tu l'as droguée ? Ou menacée ? Ou … Nom de Dieu ! »
Peter s'interrompit brusquement, observant Peyton les yeux écarquillés.
― « Cocasse, hein, Peter ? ironisa Peyton.
― Mais comment est-ce que … bredouilla Peter.
― Un sale Halloween : y'avait plus de bonbons, et je ne les ai pas pris au sérieux quand ils m'ont donné le choix entre des bonbons ou un sort. J'aurais dû, railla-t-elle.
― Tu n'avais pas dit que c'était l'une des nôtres, intervint Isaac.
― Je ne suis pas des vôtres, blondinet ! répliqua Peyton acerbe. C'est pas parce que j'ai les poils et les dents qui poussent à la pleine lune que ça fait de nous une joyeuse compagnie d'amis pour la vie, ok ! s'emporta-t-elle. Tu ne me connais pas, et je ne te connais pas. On est pas potes, continua-t-elle en s'avançant de manière agressive vers Isaac. Alors ne crois pas qu'on est lié par une sorte de pacte ou je ne sais pas trop. Je n'ai rien en commun avec toi. J'ai pas voulu cette merde ! cria-t-elle à à peine quelques centimètres du bêta blond. »
Répondant à la provocation, Isaac retroussa les lèvres sur ses canines pointues et se mit à gronder, les pupilles jaunes vrillées sur la jeune femme devant lui.
Voyant que les mains de Peyton se paraient de griffes devant la menace que représentait Isaac, Derek gronda un ordre à son bêta, calmant immédiatement celui-ci.
― « Peyton, écarte-toi, laisse-le tranquille, ordonna Derek. Maintenant, explique-nous ce que tu veux, continua-t-il tandis que la jeune femme se reculait, sans pour autant perdre Isaac des yeux.
― En appeler à votre sacro-sainte règle de la famille et de la meute, répondit Peyton en jetant un coup d'œil dédaigneux à Peter qui ricanait. Bon, il n'y a pas de bonne manière d'annoncer ça, alors autant faire court et concis, annonça-t-elle en se désintéressant des deux bêtas pour se concentrer sur l'alpha. Quand Brooke a quitté Beacon Hills, elle était enceinte.
― De Tyler ? demanda Peter.
― Évidement, répondit Peyton agressive. Il n'y a toujours eu que lui. Si vous devez en vouloir à quelqu'un c'est moi ! s'écria-t-elle précipitamment en voyant Derek froncer les sourcils sévèrement. Elle voulait le lui dire une fois installée, c'est moi qui l'en ai empêchée.
― Pourquoi ? s'emporta l'Alpha.
― À ton avis ! riposta Peyton sur le même ton. Parce que je n'avais plus la moindre confiance en vous après tous ces mensonges. Oh et peut-être parce que je ne voulais pas voir un loup débarquer dans la vie de mon neveu, étant donné que ce sont des loups qui ont détruit nos vies !
― C'est un garçon ? demanda Derek adouci, faisant fi de l'accusation à peine voilée.
― Il s'appelle Caleb. Il a six ans. C'est le portrait craché de Tyler, raconta-t-elle. Brooke avait décidé de l'annoncer à Tyler une fois qu'il serait né, même si j'étais totalement contre.
― Et ça ne t'est bien sûr jamais venu à l'esprit que le fils de Tyler aurait pu naître loup-garou ! se moqua Peter.
― Eh bien, non, voilà ! s'énerva Peyton. Pas avant qu'il naisse. C'est après que j'ai réalisé, mais… Caleb est né une semaine après l'incendie, le jour même où Brooke a appris la mort de Tyler et de ta famille.
― Est-ce que je pourrais… hésita l'Alpha.
― Le voir ? proposa Peyton. C'est pour cette raison que je suis là. Parce que… Caleb a besoin de savoir d'où il vient, de comprendre d'où lui vient sa lycanthropie. Et d'être épaulé… accompagné. Il est de ta famille, Derek. De ta meute par sa naissance. Il a besoin … de toi, acheva-t-elle dans un murmure suppliant, les yeux plongés dans les prunelles vertes de Derek. »
Les lèvres de Derek se pincèrent. Son cerveau tournait à cent mille. Toutes ses pensées se bousculaient. Derek commençait à se demander quand les problèmes arrêteraient enfin de lui tomber dessus.
D'abord, il y avait ses bêtas à entraîner : Isaac, et l'insupportable Jackson. Et puis Peter sur lequel il gardait un œil, toujours méfiant. Il se sentait aussi responsable de Scott et de son agaçant alter-ego sautillant, Stiles, qu'il surveillait de loin, attendant la prochaine occasion qu'ils saisiraient tous les deux pour se mettre dans les ennuis. Et puis l'étrange Lydia dont Peter s'était servi pour revenir à la vie, et qui ne semblait toujours pas dans son état normal : Derek se sentait coupable pour ce qui arrivait à la jeune fille.
Bien, sûr il gardait constamment les chasseurs Argent sous son radar, même s'ils semblaient vouloir se tenir tranquille.
Et cette menace qui planait au-dessus de leurs têtes à tous, et qu'il tentait de garder secrète le plus longtemps possible. Cette meute d'alphas, il en était convaincu, était aussi responsable de la disparition de Boyd et Erika.
Alors, quand il avait appris le retour des sœurs Taggart, ça avait été le trop plein, il avait explosé. Se demandant ce qui allait lui tomber dessus, encore. Pourquoi elles avaient refait surface. Derek s'était même convaincu que Peyton n'était revenue à Beacon Hills pour lui coller une balle en argent dans le cœur.
Mais deux semaines avaient passé, et ni Peyton, ni ses sœurs n'avait fait le moindre mouvement dans sa direction. Aussi, le matin même, il avait décidé d'aller lui-même voir de quoi il en retournait.
Et la voilà, Peyton, fraîchement transformée, débarquant comme une fleur, un neveu venu d'on ne sait où dans les bras, exigeant de lui qu'il joue la nounou pour louveteau potentiel ! Il n'avait pas que cela à faire. Et puis, la situation ici était déjà bien assez risquée pour sa meute, alors pour les trois sœurs, et son neveu… Derek ne voyait qu'une solution : refuser et les pousser à repartir. En sécurité.
― « Sauf que là, ce n'est vraiment pas le bon moment, grogna-t-il en tournant le dos à Peyton, faisant mine de retourner vaquer à ses occupations.
― Garde tes excuses, Derek ! tempêta la jeune bêta. Tu crois vraiment que si j'avais eu un autre choix je l'aurais amené ici ? Cette ville maudite où j'ai tout perdu.
― C'est trop dangereux, insista l'alpha menaçant, en faisant rougeoyer ses pupilles.
― Lui aussi il est dangereux, Derek ! riposta-t-elle presque en hurlant, nullement impressionnée. »
Les trois hommes présents se figèrent et s'entre-regardèrent, perplexes. Comment un bambin de six pouvait-il être dangereux ?
― « Dangereux ? répéta Peter en haussant un sourcil. Il a six ans… persifla-t-il.
― Il a déjà muté. La prochaine pleine lune sera sa cinquième, les informa Peyton, d'un ton neutre, une lueur chagrinée dans les yeux.
― Muté ?! Déjà ? s'exclama Isaac ébahi. »
Derek ne disait rien, consultant son oncle du regard. Les deux Hale n'étaient pas si étonnés. Certes les mutations si jeunes n'étaient pas la règle, mais depuis quelques décennies, elles étaient devenues assez fréquentes dans leur famille. Peter haussa les épaules, songeant que maîtriser un loup de cet âge n'avait rien d'irréalisable, même pour des humains. Alors, en plus, si Peyton était des leurs maintenant, cela serait un jeu d'enfant.
Mais son neveu n'était pas du même avis. Trop souvent, Peyton avait assisté à ses propres transformations. Jamais elle n'avait eu vraiment peur de la lycanthropie. Elle était prudente et raisonnée. Il était certain qu'elle et ses sœurs se préparaient à un tel événement depuis bien longtemps déjà. Alors qu'est-ce qui pouvait bien affoler à ce point la jeune femme.
― « Ouais, on pensait qu'on aurait un peu de temps. Au moins jusqu'à son adolescence. Raté, soupira Peyton en grimaçant.
― Alors tu t'es faite mordre pour… l'aider ? supposa Isaac, troublé par la situation.
― Je n'ai jamais voulu être transformée, répondit Peyton d'un air abattu. Derek, c'est pour ça que je suis là : je pensais qu'être loup-garou ça suffirait à gérer … ça… Mais…
― Ça, quoi ? insista Peter. »
Prenant une grande inspiration, Peyton s'approcha un peu plus de Derek, puis accrochant les yeux verts et intenses de l'alpha, elle lâcha du bout des lèvres :
― « C'est Caleb qui m'a mordu. Caleb est un alpha. »
(1) Scratch Team: en anglais Equipe de fortune/Improvisée.
- L'expression Scratch Team signifie Equipe Improvisée, ce qui colle tout à fait avec l'espèce d'équipe un peu bancale de loups, de chasseurs, d'humains, de "on-ne-sait-pas-trop-quoi-Lydia, et autres joyeusetés du genre de Beacon Hills. Mais le mot Scratch(es) signifie aussi égratignure(s)/griffure(s)
(2) Définition de "mutation" tirée du site futura-science . com
