Chapitre 1 – Les 12 Chevaliers de la maison sombre

.

.

.

Nymphadora Tonks avait fait une entrée… fracassante dans sa vie.

.

.

Boum.

Bien sûr. Encore ce fichu porte-parapluie.

- C'est Tonks ?

La tête de Sirius venait d'apparaître dans l'embrasure d'une porte. Fendue d'un grand sourire.

- Traitresse à son sang ! Sale Sang-de-bourbe revenue pour rappeler l'opprobre qu'elle a fait tomber sur notre famille, espèce de…

Nymphadora poussa un rugissement de rage. Sirius engagea aussitôt une joute verbale avec sa chère maman.

Une main sortit de nulle part pour l'aider à se relever.

- Ce porte-parapluie et ce vase sont une horreur, pas vrai ? sourit l'inconnu, un sorcier d'une quarantaine d'années.

Purée, Tonks, ce serait un Mangemort que tu ne l'aurais même pas senti derrière toi… où est ton sixième sens, bon sang !

Elle prit sa main d'un air reconnaissant et se remit sur pied. Elle jaugea le sorcier.

Un mélange particulièrement savoureux entre le vieux célibataire (il rentrait sa chemise dans son pantalon, par Merlin !) et… un vieux célibataire. Quoique… peut-être pas si vieux. C'était dur à dire.

- Merci, dit-elle avec gratitude.

- Vous ne vous êtes pas faite mal ? dit-il, soucieux.

- Moi ? dit-elle avec un sourire étonnamment joyeux pour quelqu'un qui venait de se viander assez inélégamment au milieu du hall du 12 Square Grimmaurt. Vous avez demandé au vase comment il allait ?

- Et Lunaaaard est là aussi, ça va être la fête ! Allez les copains, dit Sirius les mains fermement agrippés aux rideaux du portrait. On avance, la réunion n'attend que vous.

- Patmol, le salua le sorcier en retour.

- Salut, Mr Sirius Black ! dit Tonks avec un clin d'œil.

Remus enleva son manteau et l'accrocha à la patère (des pattes de licornes montées sur une planche) sans se presser, et laissa l'étrange jeune fille le dépasser et entrer dans la salle de réunion, l'ancien boudoir de Mrs Black.

Il ignorait qui était cette jeune femme. Sans doute une conquête de Sirius… Il les choisissait de plus en plus jeune…

.

- Patmol, salua le sorcier.

Tonks cilla. Drôle de surnom…

- Salut, Mr Sirius Black !

Il ne restait que deux fauteuils libres, l'un à côté de l'autre. Dumbledore leur fit signe de s'asseoir. Sirius referma la porte et s'assit sur son trône habituel, une horreur en cuir noir mangé aux mites.

- Bien… Oh, nous sommes douze à table, sourit Dumbledore avec un regard complice avec le professeur McGonagall.

- Le premier qui fait une remarque sur le fait qu'avec treize convives le premier à se lever va mourir, je lui donne une retenue, ancien élève ou nom. C'est la seule alternative à l'étouffement par boule de cristal, dit McGonagall, les ailes de son nez frémissantes.

- Je pensais plutôt faire une remarque sur les Chevaliers de la Table Ronde, dit Sirius d'un air nonchalant en tournant sa coupe de vin frappée aux armoiries Black entre ses mains.

- C'est plus à propos en effet, sourit Dumbledore. Aujourd'hui, en ce 1er juillet, je vous annonce cependant que l'Ordre a dépassé les douze membres, grâce à votre travail. Et aussi, que nous allons transférer Harry Potter à cette adresse-ci.

- Quand ? demandèrent aussitôt Molly et Sirius.

- Mi-août. Le temps que toute votre famille s'installe ici.

Il avait été convenu qu'étant donné l'investissement en termes de temps des Weasley dans l'Ordre, accueillir toute la fratrie au 12 Square Grimmaurt était le moins qu'ils puissent faire pour leur protection. Molly sembla sur le point de protester, mais Dumbledore avait déjà été plus que clair sur le fait qu'Harry devait rester chez sa tante chaque été, pour sa sécurité.

Sirius souriait. La venue de son filleule était sans doute la meilleure nouvelle qu'il ait reçue depuis un mois - avec celle de l'arrivée des Weasley. Il s'entendait particulièrement bien avec les jumeaux. Les dignes héritiers des Maraudeurs - même si Harry et ses amis n'étaient pas loin derrière. Et aussi les seules personnes capables de le dérider, récemment. Remus n'était rentré en Angleterre que récemment, et Nymphadora ne passait à chaque fois qu'en coup de vent, à cause de tout son travail au Bureau des Aurors.

Sirius avait déjà l'impression de piétiner, avant même que l'Ordre n'ait eu l'occasion de faire ses preuves. Il s'était attendu à du mouvement, à des attaques, et pourtant, rien. Voldemort ne bougeait pas. Son retour ne s'était pas déroulé comme il s'y attendait, puisqu'Harry s'en était tiré.

Oh, Dumbledore et lui n'avaient pas mis longtemps à comprendre quelle était sa stratégie, cette fois-ci. Les décrédibiliser. La presse n'avait pas parlé de l'issue du Tournoi des Trois Sorciers, ni d'un quelconque rassemblement de mages noirs : cela seul avait suffi à Voldemort pour comprendre que le Ministère ne se tiendrait pas aux côtés de Dumbledore dans cette guerre-ci. Ce qu'il comptait bien jouer à son avantage. Tant que Voldemort restait cacher, il encourageait les sceptiques à ne pas croire à son retour. Mieux encore, il les encourageait à avoir des soupçons sur la santé mentale des deux héros du monde des sorciers, Potter et Dumbledore. C'était malin, et quasiment impossible à parer. On ne pouvait pas forcer Voldemort à sortir de sa cachette, et personne, en vérité, ne le souhaitait.

Sirius lança un regard à la ronde. Kingsley avait fini son rapport, Maugrey et Remus de récriminer contre une certaine Dolorès Ombrage et ses nouvelles lois sur les hybrides et les loups-garou, Tonks faisait une bulle avec son chewing-gum, Hestia Jones se grattait le nez, Emmeline évitait son regard, et Sturgis, Dumbledore, McGonagall et les Weasley écoutaient attentivement les autres.

Par Merlin, cette guerre froide l'ennuyait d'avance. Il ne se reconnaissait pas.

Remus lui lança un regard qui semblait dire la même chose. La première fois, le rire tonitruant de leurs amis retentissait à chaque réunion, dans les QG successifs qu'avait connus l'Ordre. Il y avait eu l'espoir de meilleurs lendemains. Là, tout était à refaire, et sans James, Lily, Frank, Alice, Fabian, Gidéon, Marlene, Dorcas et les autres. Sirius n'était plus le même. Dumbledore avait vieilli. La vie les avait éloignés d'Emmeline Vance, de Sturgis Podmore et des anciens. Les professeurs de Poudlard restaient fidèles à eux-mêmes, mais Remus se rendit compte qu'il n'y avait que les nouvelles têtes qui faisaient réellement bouger l'Ordre.

- … Rogue a appris que Voldemort est à la recherche de quelque chose.

- Mais encore ?

- Un objet extrêmement précieux. Je pense qu'il se trouve au Département des Mystères, étant donné Malfoy a passé les dernières semaines à tenter d'entrer en contact avec les Langues-de-Plomb qui y travaillent.

En réalité, tout le monde savait qu'une hypothèse de Dumbledore était à prendre comme une information sûre.

- Et qu'est-ce que Rogue a d'autre à nous raconter sur son cher Maître ? grinça Sirius.

Nymphadora leva les yeux au ciel. Deux semaines dans l'Ordre et elle en avait déjà marre de la petite guéguerre que se livraient son ancien professeur de potions et son cousin. Elle claqua de la langue d'un air agacé, et ne fut pas la seule à en faire autant. McGonagall lui sourit légèrement.

- Bien assez.

- Il faut que tous ceux qui sont au Ministère - Kingsley, Tonks, Arthur, précisa Dumbledore en les transperçant de son regard bleu, tentent d'obtenir des informations sur ce que contient le Département des Mystères. Sur tout ce qui peut être utile à Voldemort, une arme, une liste de noms, n'importe quoi.

- Est-ce qu'il ne faudrait pas aussi instaurer un tour de garde devant le Département ? intervint Tonks. Le Ministère est très mal gardé la nuit, je l'ai toujours dit.

Arthur, qui faisait souvent des heures supplémentaires la nuit, confirma d'un hochement de tête. Le sourire de Dumbledore s'élargit.

- J'y venais. Je propose que dans un premier temps on se renseigne sur les horaires de fermeture du Département, puis qu'on établisse un planning de tours de garde – mais je ne veux pas que ça interfère avec votre travail, comprenez-vous ?

Ils acquiescèrent. Ce ne fut que le seul élément marquant de la soirée. Minerva rentra au château avec le directeur dès la fin de la réunion.

Sirius et les autres se levèrent pour se diriger vers la cuisine, où comme de coutume, Molly leur avait préparé un buffet. L'occasion pour les nouveaux de se présenter.

- Remus, dit Remus en tendant la main à Nymphadora.

- Où est Romulus ? sourit-elle.

On ne lui avait pas faite depuis le collège. Il sourit vaguement, et Nymphadora éclata de rire devant son air.

- Désolée, j'ai un humour tout à fait spécial, rit-elle. Tonks, se présenta-t-elle.

- Tonks ? Tonks comment ?

- Juste Tonks.

A l'autre bout de la table, Sirius rit.

.

.

- Qu'est-ce qui t'as fait rire, tout à l'heure?

- Pas la blague sur Romulus, rassure-toi…

- Alors quoi ?

- Tu ne l'as pas reconnue.

- Qui ?

- Tonks. Nymphadora Tonks.

- Nympha…Non ?!

- Tu es parti quoi… quinze ans ? Le monde a continué à tourner…

Remus observa du coin de l'œil la jeune Auror qui riait à gorge déployée à une plaisanterie de Maugrey Fol'œil. Il était vrai qu'il y avait eu quelque chose dans ce sourire qui lui avait rappelé Andromeda, la fille qu'il avait aimé pendant près de deux ans, quand il en avait quinze. Mais elle ne lui avait pas fait autant d'effet que sa mère. Son style trop voyant et sa blague puérile l'avaient plus déconcerté qu'autre chose.

- Il y a une très vague ressemblance avec toi, mais de là à le deviner…

- C'est les cheveux violets, affirma Sirius, ça fait cet effet-là.

Remus rit, puis soupira.

- Quand même, le coup de vieux ! On la gardait quand elle avait quoi, un ? deux ans ? dit-il, bouche bée. Elle me prenait pour son nounours…

- Tu veux toujours qu'elle te prenne pour son nounours ? lui susurra Sirius à l'oreille.

- Vieux pervers… dit-il en rosissant.

- Je n'ai pas changé d'un poil, tu vois… Bon, allez, bouge, mon vieux Lunard, la suite de la cavalerie ne va pas tarder à arriver, et je veux avoir une bonne place pour goûter la soupe au potiron de Molly (tu m'en donneras des nouvelles…)

- C'est ta maison, tu dois sûrement pouvoir avoir la place que tu veux… rit Remus.

- Que tu crois…

- Mais qu'est-ce qu'elle fait là ? Ta petite cousine ?

- Maugrey l'a présentée à Dumbledore le mois dernier. Au cas où.

- Il recrute de plus en plus jeune…

- Elle est Auror.

- Ah. Pourquoi elle refuse qu'on utilise son prénom ?

- Si tu veux mon avis, on a dû lui faire remarquer que son prénom était un peu tarabiscoté quand elle était à Poudlard, dit-il l'air pensif. Ne l'appelle pas Nymphadora, c'est tout ce que je peux te conseiller.

- Ou… ?

- Ou le tableau de ma mère te paraîtra chanter une douce berceuse à tes oreilles…

- Oh. C'est noté.

.

.

.
.

- Fred ! George ! Ce n'est pas parce que vous avez dix-sept ans que… !

Ginny tomba lourdement sur le sol.

- Mais maman ! C'était volontaire ! ronchonna-t-elle en massant son arrière train endolori. Comment tu veux qu'on enlève ces toiles d'araignées, si…

- En prenant un escabeau ou une chaise, jeune fille ! dit la matrone Weasley, les mains sur les hanches en lui tendant le plumeau qui devait lui servir à dépoussiérer le lustre de cristal du salon de la noble maison des Black.

Au milieu de ce joyeux remue-ménage, Sirius riait et échangeait des conseils avec les autres enfants Weasley – ce qui faisait tout, sauf arranger l'humeur de Molly.

On frappa alors à la porte. Tout le monde s'immobilisa. Les membres de l'Ordre ne frappaient jamais à la porte.

- Le Magicobus est dehors, dit Remus depuis le salon. On attendait quelqu'un ?

- C'est Hermione ! dit la personne à la porte.

Ron se précipita pour lui ouvrir. Elle lui adressa un sourire éclatant avant de lui tendre sa valise.

- Salut ! Tu as passé un bon été ?

- Ecartez-vous ! dit Remus d'un air empressé. Prouvez-nous que vous êtes bien Hermione Granger !

- Mes parents sont dentistes, j'ai déduit que vous étiez un loup-garou après avoir fait une dissertation du professeur Rogue sur les loups-garou, et … vous avez dit un jour que j'étais la sorcière la plus intelligente de mon âge que vous ayez jamais rencontrée, dit-elle en rougissant un peu.

Un sourire s'épanouit sur les lèvres de Lupin.

- Bienvenue chez nous, Hermione, dit chaleureusement Sirius.

Il n'avait pas oublié la part qu'elle avait joué dans son évasion.

- Vous avez bien meilleure mine que la dernière fois, observa-t-elle. Salut Ginny !

- Le tutoiement est la première règle que tu devras apprendre ici, jeune fille, sourit Sirius en prenant son sac.

- On est dans la chambre au troisième, dit Ginny. Tu es en avance !

- J'étais déjà au Terrier quand le hibou de Dumbledore m'a trouvé… Alors j'ai pris le Magicobus, mais tu sais comment ils sont avec les horaires… On a traversé une bonne partie de l'Irlande et du pays de Galle avant que le conducteur se rappelle que je devais aller à Londres… D'ailleurs, pourquoi… ici ?

Elle se retenait visiblement de critiquer ouvertement la maison, au cas où elle appartienne à des parents des Weasley, par exemple, mais Sirius lança lui aussi un regard dégoûté vers l'entrée.

- Pour t'amener à développer tes talents encore insoupçonnés pour la décoration d'intérieur, sourit-il.

- Harry est déjà là ?

- Il arrive dans deux semaines, sourit Sirius. On va le chercher.

- Certains membres de l'Ordre vont aller le chercher, corrigea Molly avec un regard d'avertissement envers Sirius.

Celui se renfrogna. Hermione lui adressa un sourire compatissant.

- Je vais porter ton sac… Ginny, tu veux bien lui montrer le chemin ?

La jeune fille rousse acquiesça et les mena en sautillant dans les étages de l'antique demeure des Black.

.

.

.
.

Bill Weasley posa son badge à l'accueil de Gringotts. Finis les missions aux quatre coins du monde ! Il aurait enfin son bureau fixe au Chemin de Traverse.

- Mr Weasley, dit le directeur de la banque. Vos responsables sont très satisfaits de votre travail.

- Je l'espère, sourit-il.

Il leur avait après tout ramené dix pièces de joaillerie gobeline du seizième siècle (la plus difficile à trouver, en raison des guerres qui s'étaient jouées à cette période) en plus de les avoir débarrassé des habituels pilleurs de sarcophages et chasseurs de reliques crapuleux.

- Mr Crokfiel vous attend à l'étage… il semblerait qu'il doive vous demander de prendre sous votre aile une nouvelle recrue… Elle est efficace, mais son anglais écorche les oreilles…

Avait-il bien entendu ? Il devait jouer les professeurs d'anglais ?

Bill connaissait les Gobelins. Il y avait quelque chose là-dessous qu'il ne disait. S'il n'avait pas été certain de fournir un très bon travail, il aurait pensé qu'on le mettait à l'essai. Sa main se porta vers son catogan, signe qu'il réfléchissait.

- Bien, monsieur.

- Bureau 18, Mr Weasley. Vous connaissez le chemin.

Bill gravit les marches de marbre blanc et frappa à la petite porte (aux dimensions des gobelins, non des sorciers). Il dut se pencher pour entrer, mais le plafond était assez haut pour qu'il se tienne debout.

- Vous m'avez fait demander, monsieur ?

Crokfiel sourit de ses petites dents désagréablement pointues et appuya sur une petite sonnette posée sur son bureau.

- Asseyez-vous.

La porte s'ouvrit alors sur une des plus jolies jeunes filles que Bill ait eu l'occasion de rencontrer. Et il en avait vu des filles, lors de tous ses voyages. Aucune n'avait eu les cheveux si clairs, les dents si blanches et régulières, les yeux d'une couleur si proche du saphir, et tant de grâce, sans que l'effet soit désagréable. Oui, on sous-estimait beaucoup trop le désagrément, voire l'ennui, que suscitait la perfection.

- Miss Delacour, voici William Weasley.

- Enchantée, dit-elle. Je suis Fleur.

- Nous nous sommes déjà rencontrés.

- Vraiment ? dit-elle d'un air innocent.

- Le matin de la troisième tâche du Tournoi des Trois Sorciers.

- Oh, c'est exact ! dit-elle avec un sourire qui en aurait désarçonné plus d'un.

Elle jouait bien l'ingénue. Dommage qu'il ne soit pas dupe.

Bill Weasley avait passé suffisamment d'heures à briser des sorts pour sentir quand quelque chose n'était pas naturel. Déformation professionnelle. Son travail l'avait doté au fil du temps d'une forme d'immunité contre les sorts de séduction, d'influence et d'ascendant (une qualité que Dumbledore avait trouvée plus que bienvenue dans l'Ordre.) Fleur Delacour lui faisait par exemple beaucoup moins d'effet que ces sirènes danoises à qui il avait eu affaire.

S'il ne pouvait nier qu'elle était attirante, sa première réaction fut la méfiance.

- J'ai quelques problèmes avec l'anglais… les H aspirés, par exemple.

- Je ne suis pas professeur d'anglais, fit-il remarquer, sur un ton qu'il s'efforça de ne pas rendre froid.

- Non, mais vous travaillez pour Gringotts, dit Crokfiel, visiblement ravi de lui imposer ce « fardeau ». Vous êtes un ancien et nous n'avons que très peu de sorciers à Londres en ce moment. Ce ne sera que l'affaire de quelques mois…

- Quelques mois ? Je suis sensé reprendre l'affaire de l'héritage des Smith jeudi prochain !

- Eh bien, vous serez deux, dit fermement le Gobelin.

Fleur Delacour lui fit un grand sourire… que Bill ne lui rendit pas.

.

.
.

Fleur était déçue. Même les Gobelins avaient été impressionnés par elle – pas tant par son charme, qui ne marchait pas beaucoup sur eux que par son efficacité pour recouvrer des trésors perdus ou volés, et surtout, pour inciter certaines personnes à en faire dons à Gringotts ou à les laisser dans leur coffre (Le cours de la bourse des sorciers dépendait de cette épargne...).

Mais le garçon qu'elle voulait, c'était ce grand roux à la boucle d'oreille, le frère du meilleur ami d'Harry Potter.

Or, Bill Weasley n'avait pas été subjugué par elle, comme ses autres collègues sorciers. Elle avait trouvé l'excuse des cours d'anglais (dont objectivement, elle savait avoir besoin) pour l'approcher, mais ce plan-ci ne semblait pas marcher des masses. Il avait l'air d'avoir autant envie de lui donner des cours privés que d'embrasser un Minotaure.

Fleur savait que, paradoxalement, elle avait beau « avoir tout contre elle », elle n'avait pas grand-chose. Ni ami, ni petit ami.

Elle avait beau être belle et intelligente,

1) Elle était française (avec tous les stéréotypes de frivolité et légèreté que cela induisait)

2) Elle était très belle, une vraie blonde aux yeux bleus, et une beauté naturelle, c'est-à-dire a) tout ce qui peut provoquer la jalousie des femmes. Elle avait par conséquent très peu d'amies. Et b) ce qui peut susciter l'envie des hommes. Qui s'intéressait à ce qu'il y avait de l'autre côté de ses boucles blondes, à ses intérêts, ses études, etc., alors qu'elle avait toujours mis un point d'honneur à se cultiver et à travailler dur pour qu'on ne puisse pas lui attribuer sa réussite aux facilités données par la beauté ? Personne. Ce n'était pas faute d'être gentille, mais femmes et hommes mésinterprétaient toujours pour une invitation ou une tentative de séduction les paroles qu'elle adressait aux hommes.

3) Elle baladait un halo de lumière partout où elle allait. A ce sujet, eh bien…Elle ne pouvait pas vraiment lutter contre sa nature… Mais allez expliquer au reste du monde que ça ne l'amusait pas plus qu'eux de ressembler à la Fée Clochette 24h sur 24h.

Mais Fleur Delacour comptait bien conquérir Bill Weasley. Peut-être son intérêt pour lui serait-il passé rapidement s'il avait accepté sans difficulté de lui apprendre l'anglais. Mais son refus, sa méfiance et même son côté distant avaient piqué sa curiosité.

Elle avait toujours aimé relever des défis.

.

.

.
.

.

.

Maugrey entra en coup de vent au Bureau des Aurors. S'il était officiellement à la retraite, il passait le plus clair de son temps au Ministère, sous l'appellation officielle de « conseiller ». Il s'arrêta devant le cubicule de Kingsley, mais celui-ci était en intervention à l'extérieur.

- Un problème, Maugrey ? dit Tonks.

- Je dois en parler à Dumbledore… tu peux provoquer une diversion ? dit-il à voix basse.

Tonks savait que la seule cheminée sécurisée était celle de Scrimgeour, et qu'elle était normalement réservée aux communications professionnelles. Et apparemment, il faudrait qu'aucun mot de leur conversation ne soit entendu.

Tonks lui fit un clin d'œil, et le contourna.

Elle trébucha sur une corbeille à papier, ce qui fit déjà rire quelques-uns de ses collègues, puis cria à la cantonade.

- Hé ! Hé ! Aujourd'hui, c'est mon anniversaaaiiiire !

- Joyeux Anniv' Tonks ! dit l'Auror Williamson.

Un grommellement d'approbation s'éleva dans les bureaux alentours. Après trois ans à travailler aux côtés de Nymphadora Tonks, on se lassait de ses interventions fracassantes.

- Hé ! Mais non, vu que personne n'y a pensé, en punition, je vous invite tous au Dragon gourmet !

Cette fois, il y eut quelques exclamations d'approbation. Maugrey n'était pas revenu, mais elle savait qu'il fallait qu'elle prolonge son entretien avec Dumbledore le plus possible.

- Joyeux Anniversaire à moiiiiii, joyeux aa…

Tous ses collègues, habitués à ses idées bizarres se prirent au jeu et chantèrent, certains levant leur gobelet plein de café pour lui porter un toast. L'air de s'amuser follement, Nymphadora guidait sa petite chorale jusqu'à ce qu'elle voit Maugrey réapparaître.

- Ton anniversaire… c'est pas en octobre ? lui glissa Kingsley Shacklebolt à l'oreille, avant d'aller accrocher sa cape de voyage dans son bureau.

- Ooooh… tu crois que je me serais trompée ? dit-elle avec un clin d'œil.

- Fol'œil ?

- Hum ?

Il regarda son grand sourire avec suspicion.

- Tu m'aides à payer un resto pour tous les collègues ?

Il grommela, et leva son œil non-magique au ciel.

- Mais c'est mon anniversaire ! protesta-t-elle.

- Potter vient d'être attaqué par des Détraqueurs à Little Whinging, dit-il d'un air grave.

Elle enregistra l'information en une demi-seconde.

- Heu… en fait, les gars, j'ai un rendez-vous ce soir avec mes parents… Est-ce qu'on peut faire ça demain ? dit-elle à la cantonade.

- Bien sûr, Tonksie

Celui qui avait dit ça se reçut un Aguamenti en pleine figure, mais tous en rirent. Il était l'heure de rentrer. L'équipe nocturne venait d'arriver, et l'Ordre avait du pain sur la planche.

- Va chercher Kingsley, je vais chercher mes affaires, glissa Nymphadora à son ancien mentor.

.

Dans le hall du 12 Square Grimmaurt un vote à main levée s'était organisé.

- Qui veut aller chercher Harry ?

Les clameurs enthousiastes des volontaires couvrirent (et de loin) les insultes proférées par le portrait de Walburga Black.

- Nous ! criaient les enfants Weasley (Hermione, sachant pertinemment que la question ne les concernait pas, se contentait de les observer).

- Vous ne pouvez pas tous y aller ! cria Molly. Fred, George, Ron, Ginny, allez ailleurs !

- Mais maman!

- Calmez-vous! dit Remus. Qui ici a un balai ?

- Moi ! s'exclama Nymphadora avec enthousiasme.

Des mois qu'elle n'avait pas réussi à traîner ses collègues de travail jusqu'au un stade de Quidditch du Ministère. Sa Comète 260 allait enfin pouvoir reprendre du service.

- Moi, dirent Elphias Doge, Dedalus Diggle, Maugrey, Kingsley et Hestia.

- Sirius, je suis désolé mais tu n'as pas le droit de quitter le quartier général. Par contre, Lupin, toi, tu dois venir, dit Maugrey, il ne me fera pas confiance à cause de l'an dernier, et puis, tu le connais. Tu sauras flairer un piège, si ce n'est pas le vrai Harry Potter.

Remus échangea un regard avec Sirius, désolé de laisser son meilleur ami seul. Il savait qu'il vivait très mal son enfermement. Sirius qualifiant parfois la maison de « deuxième Azkaban », quand il avait bu trop de Bièraubeurres et qu'il avait l'alcool triste.

- Prêts ?

- Deux minutes, je dois transplaner pour récupérer mon balai, dit Nymphadora.

- Rendez-vous dans cinq minutes chez Arabella Figg, conclut Maugrey.

.

.

.

- Harry… comment est-il ? dit Kingsley d'un air timide, tandis qu'ils attendaient les autres dans le salon rempli de chats de la voisine des Dursley.

- Pas du tout fou, si c'est ce que tu veux dire, sourit Remus.

- Non, je veux dire… j'ai connu James… à l'époque. Je n'ai été Auror titulaire qu'un an avant son arrivée au Bureau.

Kingsley tripota la fermeture de sa cape de voyage d'un air inconfortable.

- Kings', s'il y a une personne ici qui devrait se sentir responsable de ne pas avoir proposé de s'occuper d'Harry après la mort de James et Lily, c'était moi. Le dernier des Maraudeurs.

- Oui, j'avais cru comprendre que tu avais le syndrome du Survivant… D'où ton déménagement en France ?

- On sous-estimera toujours le pouvoir des croissants au beurre et du bon vin, sourit-il d'un air fatigué.

En réalité, il n'avait trouvé le repos qu'en rencontrant Harry et ses camarades, l'année où il avait été professeur. Parce qu'Harry ne lui en avait pas voulu, sa culpabilité avait commencé à lâcher prise.

- On est sûr qu'il sera seul ?

- On ne peut plus sûr, pouffa Tonks.

Remus souleva un sourcil, mais ne posa pas de question. Hestia, Elphias Doge et Dedalus Diggle apparurent.

- Prêts ?

- Sturgis et Emmeline viennent aussi. McGongall doit nous dire quand la voie est libre.

Comme Remus s'y était attendu, Maugrey ronchonna.

- Combien d'autres volontaires ?

- Eh bien, c'est en fait une chance qu'il n'y ait pas eu plus de monde au QG, ou l'intégralité de l'Ordre se serait déplacé, je pense, rit Hestia.

- Ce n'est pas une séance de dédicaces, mais une mission visant à assurer la sécurité du jeune Potter !

- Oui, oui, Al', on sait, « Vigilance constante » et tout ça, dit Nymphadora en lui tapotant l'épaule d'un air compatissant.

Ils virent le visage de Maugrey virer au rouge, mais il ne dit rien.

- Attendez, séance de Désillusion pour tout le monde… dit Kingsley.

- Oh, mince, Shacklebolt, j'ai toujours l'impression que tu veux faire une omelette sur ma tête quand tu lances ce sort… on a seulement à traverser la rue…

Nymphadora et Hestia n'écoutaient déjà plus, trop occupées à comparer le modèle de leur balai.

- Un peu de concentration, mesdemoiselles !

- Mais oui, Fol'Oeil ! On est aussi concentrés que cette odeur de choux, rit Tonks en désignant vaguement le salon de Mrs Figg.

.

.

.
J'attends vos reviews avec impatience ! A bientôt ^^