Tristesse d'exilée

Chapitre 2


Le hasard.

Après deux ans de recherche, de menaces, de doutes, c'est par le plus pur hasard qui l'avait retrouvée.

Il avait presque renoncé à la chercher, renoncé à la revoir, renoncé à elle. Le seul lien qui pouvait le mener à elle refusait de révéler sa situation. Ni la raison, ni le chantage, ni les supplications, ni la colère ne purent le convaincre : Ozai resta muet. Et souriant de ce sourire froid et écœurant, satisfait, cruel. Ses sarcasmes cinglants et son mépris profond étaient tout ce qu'il acceptait de donner à son fils. Mais pas de réponse. Jamais.

Il l'avait bannie pour son crime, le meurtre du Seigneur du Feu Azulon, et elle n'avait plus mis le pied sur le sol national depuis dix ans.

Et c'est avec cette seule et maigre information que Zuko avait, à plusieurs reprises, pris les rênes d'un rhino ou d'un cheveautruche, pris la barre d'un navire ou d'un dirigeable, et parcouru les deux hémisphères, un portrait d'Ursa à la main, et un espoir toujours intact au cœur. Il ne parvenait pas à compter le nombre de personnes qu'il avait interrogées, le nombre de villages qu'il avait traversés, le nombre de tavernes sordides, de salons de thé, de résidences, d'hôpitaux, d'hôtels, de temples qu'il avait visités… sans résultat.

Aucune trace d'Ursa, comme si elle avait absolument disparu.

Il avait fait appel à Jun, la chasseur de prime « Hé, grincheux, quand tu sauras garder tes femmes, ça me feras des vacances ! ». Mais il possédait peu d'objet lui ayant appartenu, et sur ceux-là, l'odeur était passée, faible. Pourtant le flair de Nyla ne l'avait pas trahi, et l'avait conduit jusqu'à un petit village du Royaume de la terre occupé par la Nation du Feu pendant la guerre. Et là…

Là, le shirshu était à moitié devenu fou. Chaque habitant du village avait, chez lui ou sur lui, un objet d'Ursa. Ils juraient tous les avoir reçus. Un cadeau du Seigneur du Feu Ozai aux habitants de la colonie. Et La piste s'arrêtait là.

La rage de Zuko avait provoqué l'hilarité de son père déchu.

- Peut-être qu'elle ne veut pas que tu la trouves, avait lancé l'homme affaibli, entre deux éclat de son rire malade.

Peut-être. Peut-être qu'Ursa, encore jeune, avait refait sa vie quelque-part, avec un autre homme, et qu'elle avait eu d'autres enfants, qui ne soient ni un parfait petit prodige, ni une totale déception. Sinon, pourquoi ce silence ? Pourquoi n'avoir pas cherché à le joindre lorsqu'il avait été banni, lui aussi ? Pourquoi ne pas s'être manifestée lorsque l'Avatar a renversé Ozai ? Le monde entier célébrait la fin de cette guerre centenaire, les populations de toutes les régions respiraient enfin librement, et quiconque pouvait voyager à sa guise d'une nation à l'autre. Comment pourrait-elle ignorer que son fils- pour qui elle était prête à tuer !- avait été sacré Fire Lord ? A moins qu'elle… qu'elle…

Il devait faire son deuil. Encore.

Mais cette fois, il ne serait pas seul.

- Je dois me rendre à l'évidence : soit elle n'est plus de ce monde, soit elle n'a aucune envie d'entendre parler de moi.

- Ne te laisse pas détruire par Ozai. Je suis sure qu'Ursa est quelque-part, et qu'elle t'attend.

- Peut-être qu'elle n'est pas où tu la cherches.

- Mais, mais ooouais ! Aang a raison, si ça se trouve, elle a même jamais quitté la nation !

Des amis. Sa vie avait changé en dix ans, il avait d'abord tout perdu, avant de tout parier bêtement, et à la fin, il avait reçu bien plus qu'il n'attendait. C'était un présent qu'il avait eu du mal à accepter, mais depuis qu'il avait appris à tendre les mains –pour autre chose que propulser des boules de feu à la tête des gens- il ressentait sans cesse la poigne de chacun des membres du « gaang » le tirer vers le haut, vers la confiance, vers la paix.

Chacun s'était porté volontaire pour l'aider dans ses recherches, et l'avait accompagné dans ses escapades. Aang y voyait une sorte de pèlerinage ; Sokka, une quête dangereuse (et virile !) ; Toph, l'excursion de groupe avec lui (dont elle avait été lésée pendant la guerre) et Katara, sans l'admettre, devait y voir une forme de rédemption, et il avait la certitude que c'était un peu sa mère qu'elle cherchait à travers Ursa.

Mais même si aucun ne s'avouait vaincu, tous reconnaissaient avoir atteint les limites de leurs compétences. Les temples le l'Air, toutes les grottes de Kyoshi à Gaoling, les deux pôles et les marais avaient été passé au peigne fin. Il restait la possibilité d'une île déserte et inconnue…

Enfin, c'est le hasard qui l'avait ramenée.

Lors d'un débat relativement animé concernait les colonies du Feu sur le Royaume de la Terre, de nombreuses cartes de toutes les époques avaient été posées sur la table. Les généraux, représentant Kuei, réclamaient des territoires au nord-ouest du continent, appartenant historiquement à la Terre, mais colonisés par le Feu depuis plus de cent ans : c'étaient ces mêmes colonies qui aveint provoqué la querelle entre Roku et Sozin. Les avis étaient partagés, et les voix s'élevaient : « À quoi bon délocaliser des populations pacifiques et intégrées dans la région ? » « Ces terres reviennent de droit aux fils de la Terre auxquels elles ont été volées ! » « Soyez raisonnables, … »

Mais Zuko ne prêtait plus attention aux opinions divergentes qui s'échangeaient et s'affrontaient autour de lui : il avait sous les yeux une carte de la Nation du Feu, datant de l'an trois du règne de Kozun Premier, et contresignée à l'époque par l'Avatar Kuruk. Au milieu de l'ocre représentant les territoires du Feu était tracé un pointillé vert, que la légende indiquait come « Fief de Terra Moraturi, dot de Lady Aora de Zin, offert au Seigneur Yo-Yo Bei-Phong du Royaume de la Terre, en gage d'amitié et de promesse de fiançaille par le Seigneur Rulun de Zin de la Nation du Feu, père de Lady Aora ».

Une région peu habitée, perdue au milieu de la nation du Feu mais n'en faisant pas partie. Un territoire ignoré, inaccessible. Un endroit où lui, Zuko, une fois banni, n'avait aucun moyen d'aller.

C'était presque une île !


AN: Voilà le deuxième chapitre. Probablement encore un troisième à venir, si je trouve un moyen de raconter les retrouvailles dans faire dans le larmoyant.

Merci à Fanatii'k. (Oh, et par rapport à une de tes remarques, je posterai bientôt une illu pour Cap sur dA, et je donnerai le lien, comme ça tu ne seras plus perturbée ^^)