Action ou vérité ?
Gon avait l'impression que son âme luttait toujours pour rester attachée à son nouveau corps, toutefois le baiser ainsi que les intenses et délicieuses sensations qu'il faisait naître en lui semblaient accélérer le processus d'ancrage. Bientôt, il oublia la douleur pour se concentrer uniquement sur les vagues de chaleurs qui déferlaient en lui.
A sa grande consternation, Killua s'aperçut qu'il était tout bonnement incapable de se rassasier des lèvres de Gon. Au contraire, plus il y goûtait, et plus leur saveur l'enivrait. Finalement, il se contint et finit par abandonner le délicieux nectar qui s'offrait à lui sans résistance.
Lorsque Killua cessa de l'embrasser, Gon reprit peu à peu pied dans la réalité. Et ce retour fut plutôt douloureux. Il avait l'impression que son corps s'élargissait, se distordait, devenait plus fort. Le jeune homme n'était plus le maître de son propre corps. Cela le dérouta quelque peu, mais il ne s'effraya pas. Auprès du démon, il se sentait en sécurité. Il pouvait tout affronter.
Killua s'était relevé, sans doute pour partir, et s'attendait visiblement à ce que Gon fasse de même. Sachant que son ami supportait mal le moindre signe de faiblesse, le jeune homme tenta désespérément de remuer son corps. Bien entendu, ses efforts furent vains. Ses muscles, sa chair, son sang et toute son énergie avaient déjà été bien trop sollicités par la transformation qui avait failli lui coûter la vie. Il avait besoin de repos et s'en rendait bien compte, mais son entêtement à conquérir le respect et le cœur de celui qu'il aimait le poussa à se dépasser. Dans un immense effort, puisant dans sa volonté et son amour, ignorant la douleur qui l'assaillait, à chacun de ses mouvements, il réussit à bouger. Tremblant de tous ses membres, il se hissa néanmoins sur ses jambes. Nonobstant, une fois debout, un voile noir passa devant ses yeux et il tomba.
Etonné par l'état de faiblesse de Gon, Killua réagit néanmoins avec les stupéfiants réflexes qui le caractérisaient et rattrapa son ami avant qu'il ne touche le sol. Il s'écoula plusieurs minutes avant que le jeune homme ne refasse surface. En voyant son jeune compagnon qui se réveillait, le démon s'empressa de masquer la peur qu'il avait éprouvée et se releva rapidement. Ouvrant précautionneusement les yeux, le plus jeune contempla son vis-à-vis et se hâta de s'excuser pour sa faiblesse. A bout de forces, Gon tendit la main vers celui qui le dominait et dit avec un sourire d'excuses qui creusa deux adorables fossettes sur ses joues :
-Je suis sincèrement désolé, mais pour le moment je suis incapable de me lever. Je me sens aussi faible que l'enfant qui vient de naître. Alors, s'il te plaît tu veux bien vaincre ta répugnance pour les faibles et m'aider un peu ?
Killua se força à prendre un visage exaspéré tandis qu'il se baissait en soupirant profondément pour prendre Gon dans ses bras, mais celui-ci aperçut quelque chose au fond de ses yeux qui lui réchauffa le cœur. Il était certain de ne pas s'être trompé. Les yeux rubis du démon recelaient une frêle étincelle d'inquiétude. Elle était si minuscule que seule une personne attentive et amoureuse comme Gon, pouvait la saisir. Cela lui fit plaisir. Il en fut si joyeux qu'il en oublia presque la douleur, mais celle-ci n'était pas bien loin. Elle se manifesta dès qu'il prit une profonde inspiration pour évacuer discrètement un trop plein de bonheur qui aurait agacé le démon. Cette douleur s'accompagna en prime d'une odeur extrêmement désagréable. En effet, Gon s'aperçut avec surprise que son corps n'était pas le seul à avoir subi des transformations. La capacité de perception de ses sens avait considérablement augmenté. L'odeur de sang, qui imprégnait le champ de bataille qu'ils avaient laissé derrière eux, était devenue bien plus forte, presque insupportable. Alors, doucement, comme pour ne pas effaroucher Killua, il nicha sa tête au creux de son cou et se mit à s'imprégner de son odeur. Cela ne sembla pas déranger le démon. Au contraire il resserra sa prise. Le poids et la chaleur de son jeune ami contre son propre corps, lui procurait un plaisir inattendu, comme un vide comblé. Au creux de ses bras, Gon respirait son odeur qu'il n'avait jamais sentie avec autant d'acuité. C'était un parfum d'herbes, de feu de bois, avec quelque chose en plus qui n'appartenait qu'à lui, un parfum de nature et de liberté si enivrant qu'il en oublia l'odeur écœurante du sang. Avant qu'il ai pu réfléchir, les mots franchirent la barrière de ses lèvres et en rougissant, il s'exclama :
-Oh qu'est-ce que tu sens bon !
Puis, un peu effrayé par la réaction qu'allait susciter sa déclaration irréfléchie, il détourna les yeux et enfouit son visage dans les replis de la chemise du démon. Au lieu de s'énerver, celui-ci lui prit le menton entre deux doigts et fit en sorte que leurs yeux se croisent. Il était plutôt heureux, car même transformé, Gon n'avait pas perdu son aura de douceur, d'innocence et de joie de vivre. Incapable de lui résister plus longtemps, il l'embrassa tandis qu'il les transportait tous deux vers son monde sans même que Gon ne s'en aperçoive tant il était fasciné.
En effet, sa vue devenue plus perçante lui avait révélé des détails qu'il n'avait jamais remarqués. Killua était encore plus magnifique qu'il ne le pensait. A ce moment, ses grands yeux en amandes étaient brillants de désir et illuminaient presque son visage par leur éclat. Gon, quant à lui était plutôt gêné et dérouté par les sensations que les baisers de Killua provoquaient en lui. Cependant, il cessa bien vite de se poser des questions. Sa nature spontanée reprit le dessus et, bientôt, il ne se contenta plus que de savourer le baiser.
Soudain, quelque chose interrompit sa félicité, l'intuition de ne plus être au même endroit. Ils baignaient tous deux dans une lumière grise et flottaient au milieu de nulle part. De plus, au dessus d'eux brillaient non pas une, mais cinq lunes.
Estomaqué, Gon regarda autour de lui et remarqua qu'ils ne flottaient pas, ils volaient. Avec un hoquet de surprise, il examina de plus près les splendides ailes noires que son ami avait déployées. Il percevait qu'une grande puissance en émanait. L'aura de Killua était comme renforcée par chaque battement d'ailes qu'il faisait pour les maintenir en l'air. Devinant son trouble, le démon expliqua :
-Tu découvriras bien assez tôt, les particularités de ton nouveau corps, mais sache d'ores et déjà que tout ici est proportionnel à ta puissance ou aux appuis dont tu disposes. Pour le moment, tu es sous ma protection, je ne laisserai personne te nuire.
Gon écouta attentivement Killua. Il comprenait parfaitement le concept de la loi du plus fort. C'était d'ailleurs une des seules lois qu'il connaissait depuis la mort de ses parents. Il nota que son ami avait bien précisé que sa protection ne serait qu'éphémère. Néanmoins, il ne s'en formalisa pas. Il savait pertinemment qu'il n'était pas assez intéressant pour garder éternellement à ses côtés un être aussi fascinant et avide de changements que Killua. Il était tout de même décidé à profiter au maximum du temps qui leur serait imparti, histoire de n'avoir aucun regret. Gon se détendit complètement, s'installa plus confortablement dans les bras de son ami et se laissa bercer par les doux mouvements que le vol infligeait à leurs corps. Lorsqu'il sentit ses paupières se fermer, il ne lutta pas et se laissa emporter par le sommeil. Pour une fois, les rêves sanglants ne vinrent pas le torturer. C'était comme si, en abandonnant sa dernière part d'humanité, il avait également laissé sa première vie derrière lui. Oui c'était exactement cela. Cette transformation était une renaissance. Il était devenu quelqu'un d'autre, une personne sans passé avec juste l'avenir qui s'ouvrait devant lui. Il n'avait plus besoin de se venger, il pouvait enfin s'ouvrir à d'autres sentiments, plus doux. Il pouvait aimer et se faire aimer, il s'en sentait digne maintenant qu'il s'était vengé.
Ce fut sa dernière pensée consciente avant qu'il ne sombre véritablement dans le sommeil. Il ne se réveilla pas lorsqu'ils atterrirent sur le sol devant une immense demeure, ni lorsqu'une armée de domestiques les entourèrent, ni lorsque Killua le déposa sur un lit moelleux. Celui-ci voulut repartir, mais le jeune dormeur gémit dans son sommeil et s'accrocha à son torse en murmurant son nom. Le démon, amusé et un peu attendri, capitula. Il s'allongea aux côtés de son invité et resta longtemps à le contempler avant de s'endormir.
Gon était vraiment adorable lorsqu'il dormait. On avait l'impression de voir sa véritable nature. Quand il était éveillé, les traumatismes qu'il avait subis l'empêchaient de se montrer tout à fait spontané. En revanche, inconscient, il redevenait le gamin agité qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être. Il l'avait souvent contemplé au coin du feu. Il l'avait même réchauffé parfois. C'était drôle, il avait lui-même un sommeil agité, il le savait, pourtant, lorsqu'ils se réveillaient côte à côte, ni l'un ni l'autre ne se plaignaient des coups qu'ils n'avaient pas manqués de recevoir la nuit. Parfois, Killua avait surpris Gon en train de le contempler dormir, l'air pensif, il avait conscience que son jeune élève cherchait constamment à lui cacher ses insomnies dues aux cauchemars et au sentiment de culpabilité qui le tourmentaient. La plupart du temps, les pensées de Gon étaient impénétrables et imprévisibles, mais dans ces moments là, il pouvait clairement lire dans le regard de son compagnon une tristesse si intense que même son cœur de démon en était un peu ému. Pourtant, dès que le soleil se levait, il reprenait son apparence joviale et souriante. Cette capacité à la dissimulation forçait l'admiration du démon. Il n'aurait jamais rien su de la peine qui habitait son compagnon, si la soudaine cessation des gesticulations de Gon ne l'avait pas parfois réveillé.
Le démon s'endormit pour la première fois de sa vie avec un sourire aux lèvres. Il y avait enfin quelqu'un qu'il appréciait et respectait à Démonifurora. La vie ici allait peut-être devenir plus intéressante grâce à ce petit bonhomme.
Quelques heures plus tard, Gon ouvrit les yeux. Il était inquiet. Le sol était étrangement mou sous son corps. Néanmoins, lorsqu'il remarqua que Killua, à ses côtés, n'avait pas remué, il se détendit et eut la présence d'esprit de regarder autour de lui. Il se trouvait dans une salle immense et richement meublée. Lui et Killua reposaient tous deux sur un lit à baldaquin qui aurait pu accueillir une famille de dix personnes sans qu'elles ne se gênent. Pourtant, leurs jambes étaient mêlées et Gon s'aperçut qu'il avait les bras passés autour du torse de son ami qui lui-même le pressait étroitement contre lui. Comme toujours, son sommeil était agité et il gigotait un peu sans pour autant le lâcher. Ses magnifiques cheveux d'argent luisaient doucement dans la pénombre, éclairés par les rayons conjugués des cinq lunes qui pénétraient par une fenêtre gigantesque dont les rideaux de velours pourpre n'avaient pas été tirés. A la faveur de ces rayons, Gon contempla longuement son mentor, ami et amant. Il était absolument superbe. Même endormi, il gardait une aura de danger qui l'attirait autant qu'un papillon le serait par une flamme. Sa peau pâle sans être blafarde ne connaissait aucun défaut, elle semblait si douce que Gon mourrait d'envie de la caresser, mais il se contint et continua son observation. Il y avait dans ce visage quelque chose de sauvage, ses grands yeux étirés en amande lui donnaient l'air d'un félin indomptable et dangereux, mais cette férocité latente était tempérée par le léger sourire qui flottait en ce moment sur ses lèvres et qui adoucissait la rudesse harmonieuse de ses traits. Bientôt, le jeune démon se retrouva totalement hypnotisé par ces lèvres entrouvertes d'où un souffle brûlant s'échappait. Il avait déjà goûté à leur douceur, alors un tout petit baiser de rien du tout cela ne gênerait pas. Il ferait cela si discrètement et si rapidement que Killua penserait que c'était un rêve. Inspirant profondément, il s'approcha lentement des lèvres tentatrices. Il se sentait rougir au fur et à mesure que la distance s'amenuisait. Décidément la vue de ce visage parfait le déstabilisait. Il devait fermer les yeux. Il s'aperçut bien vite que ce n'était pas suffisant. Même les yeux fermés, il percevait encore la lumière des lunes. Cela lui procurait la désagréable sensation d'être épié. Il fallait qu'il ferme les rideaux. Mais comment faire pour ne pas troubler le sommeil de Killua. Il tenta vaguement de se dégager, mais l'autre resserra immédiatement sa prise en grommelant. Gon retint son souffle, mais son ami ne se réveilla pas. Cependant, il fronça les sourcils et son sourire disparut. Gon soupira, à la fois soulagé et désappointé. C'était si rare de voir l'argenté sourire… Il devait trouver autre chose. C'est alors qu'il eut une idée… Il se concentra et plongea en lui-même. Peut-être n'avait-il pas tout perdu de sa vie d'antan. Oui, il la sentait, elle était tapie en lui tel un volcan prêt à entrer en éruption. Parfait, il allait pouvoir clore ces satanés rideaux sans avoir à bouger le petit doigt. Il imagina des fils invisibles doués de vie propre qui fermaient les lourds rideaux de velours avant de se désintégrer. Il murmura quelques paroles et bientôt, la pièce fut plongée dans l'obscurité. Gon reporta son attention sur son compagnon et avant d'hésiter plus longtemps il déposa délicatement un léger baiser sur les lèvres de l'autre. Aussitôt après, il voulut se reculer, mais deux mains enserrèrent son visage dans une poigne de fer, lui interdisant tout mouvement. Surpris, il ouvrit les yeux et remarqua aussitôt que ceux de Killua étaient restés fermés. Il fronça les sourcils l'argenté était-il en train de rêver ? A peine cette pensée lui avait-elle traversé l'esprit qu'il sentit les lèvres du démon s'étirer, pour un de ces sourires carnassiers dont il avait le secret tandis que ses yeux s'ouvraient pour le fixer intensément. Sa bouche s'entrouvrit sous l'effet de l'étonnement. Il pensait pourtant avoir été discret.
Une langue mutine profita de sa surprise pour s'insinuer dans sa bouche et entamer un délicieux duel avec celle de Gon, qui d'abord timide, se fit de plus en plus enthousiaste. Le démon le sentit trembler contre lui tandis qu'un doux gémissement lui échappait. Il s'émerveilla de l'effet que pouvait produire un simple baiser sur Gon. Celui-ci réagissait avec sa spontanéité habituelle. Il avait toujours été extrêmement sensible pour un humain. C'était tellement différent des froides étreintes dont il avait pris l'habitude. Le jeune homme s'accrochait farouchement à lui, comme s'il ne voulait jamais le laisser partir. Les yeux clos, il détourna la tête, rompant le baiser, un sourire rêveur jouant sur ses lèvres gonflées par leur baiser. Il posa sa tête sur la poitrine de l'argenté et lui passa la main dans les cheveux en murmurant son nom d'une voix si tendre et si chaude que Killua sentit le peu de maîtrise qui lui restait s'envoler. Il se déplaça doucement de manière à se positionner au dessus de son ami sans l'accabler de son poids. Puis, il glissa une main sous sa chemise et commença à caresser son corps en petits mouvements circulaires. Gon se tortilla un peu et ouvrit tout grand les yeux. Il était totalement dérouté. Chaque effleurement, chaque attouchement que lui prodiguait Killua laissait comme une traînée de feu sur son corps. Ce n'était pas douloureux, mais cela avivait comme une faim, une faim qu'il ne comprenait pas et que de ce fait il ne savait pas comment combler. Il posa sa main sur celle du démon et demanda :
-Killua qu'est-ce que tu fais ?
Celui-ci s'immobilisa et regarda le plus jeune sans comprendre. Puis, il vit le trouble et l'incompréhension dans ses yeux. Il se rendit compte que Gon ne savait même pas ce qui allait arriver après. Il avait toujours vécu pour se venger. Il n'avait jamais fréquenté des jeunes gens de son âge qui auraient pu lui expliquer le désir qui pouvait jaillir entre deux personnes, mais il lui avait dit que son Académie était sur une montagne bordée d'une forêt où il passait le plus clair de son temps. Il avait bien dû voir des animaux… Oui mais il n'avait que dix ans lorsqu'il s'en était échappé. Il devait certainement être trop jeune pour s'interroger ou même pour comprendre le sens de ce qu'il avait probablement vu.
Le démon soupira. Pour une fois il ressentait avec acuité l'immense différence d'âge qui existait entre lui et ce jeune adolescent de dix-sept ans qui n'avait pour expérience de la vie que la guerre et la fuite. Il se sentait incapable de lui voler son innocence. Il contempla le visage, aux rondeurs encore un peu enfantines, qui était levé vers lui une interrogation muette, puis détourna la tête à regret. Ce serait pour une autre fois. En attendant, il se contenterait de baisers. Il voulut se déporter sur le côté, mais la main de Gon saisit celle qu'il venait d'ôter de son torse. Killua regarda la petite main bronzée qui était crispée sur la sienne, partagé entre l'amusement et l'exaspération. Le gamin ne comprenait pas la situation, mais persistait à le retenir. Bon sang, qu'est-ce qui clochait chez-lui ? Il s'exhorta au calme. C'était lui l'aîné, c'était à lui de montrer l'exemple. Dès demain il lui apporterait un livre sur le sexe, ce qui lui épargnerait d'avoir à faire la leçon lui-même. Il ne restait plus qu'à espérer que cela ne le dégoûterait pas trop. Quoique, de toute manière, au vu des frissons qui agitaient le corps de Gon aux moindres effleurements, Killua était persuadé qu'avec un peu de doigté, il arriverait bien à le faire changer d'avis. Jusque là, il devrait se contenir. C'est pour cela qu'il retira sèchement sa main de celle du jeune homme et lui dit sans douceur :
-Cela suffit Gon, j'ai sommeil.
Il pensait que cette réplique assénée sans aménité découragerait le gosse, mais c'était mal le connaître. Ce n'était pas pour rien qu'il avait réussi à se venger sans se faire tuer, ni sombrer dans la folie. Sa meilleure qualité était sans conteste la persévérance. Il n'abandonnait jamais avant d'être parvenu à atteindre son objectif. C'est ainsi qu'il s'écria la voix vibrante d'indignation :
-C'est faux tu me mens Killua ! Mais pourquoi ? Qu'ai-je fait de mal pour que tu me mentes ainsi ?
-Comment sais-tu que je ne dis pas la vérité ?
-Oh ne me prend pas pour un imbécile je te connais bien. Cela fait sept ans que je t'observe chaque jour. Même lorsque je n'étais qu'un simple humain, j'arrivais à deviner lorsque tu me mentais, c'était une sorte d'instinct, mais maintenant que mes sens se sont développés, c'est encore plus flagrant. Lorsque tu es mal à l'aise ou que tu veux me dissimuler quelque chose, le ton de ta voix change imperceptiblement. Je pense que c'est indétectable pour ceux qui ne t'entendent pas parler tous les jours, ou qui se concentrent plus sur tes paroles que sur ton timbre, mais je peux le percevoir maintenant. Ce n'est plus qu'une simple intuition.
Killua en resta bouche-bée. Il avait été entraîné dès son plus jeune âge à ne rien laisser transparaître lorsqu'il mentait. Ni accélération des battements du cœur, ni trouble sur le visage dans les yeux ou dans la posture, ni tremblements dans la voix, rien. Or il s'était révélé un menteur exceptionnel, même dans sa famille, pourtant experte dans le domaine, et ce gamin voulait lui faire croire qu'il réussissait à percer ses mensonges. Non c'était totalement impossible, il avait juste eu de la chance.
Pourtant, en plongeant son regard dans celui de Gon, il y vit une sincérité et une certitude absolues. Inquiet, il décida de le tester :
-Donne-moi au moins trois occasions où selon toi, j'ai menti.
Il regarda Gon tenter de rassembler ses souvenirs et en profita pour rouler sur le côté. Son silence dura si longtemps qu'il crut qu'il n'allait pas trouver d'exemples, ce qui était plutôt bon signe, parce qu'il lui avait menti un bon nombre de fois en sept ans. Il était un démon après tout. Soudain, le plus jeune ferma les yeux, fit une moue adorable qui augmenta le désir qu'avait Killua de finir ce qu'ils avaient si bien commencé. Il le fixait comme s'il voulait le dévorer et en était conscient. Il n'eut pas le temps de modérer l'intensité de son regard, que déjà Gon ouvrait les yeux, un radieux sourire accroché aux lèvres. Il croisa le regard de son ami, le fixa sans détourner le sien et fit une déclaration on ne peut plus étonnante :
-Voilà j'ai choisi, mais si je te rappelle les occasions où il m'a semblé que tu me mentais et que j'ai raison, je voudrais que tu me dises ce que tu me caches. Jure-le moi.
-Je te le promets, fit Killua plutôt confiant, mais néanmoins intrigué.
Quels souvenirs Gon allait-il faire revenir à la surface ? Celui-ci eut un sourire malicieux et dit :
-Même si tu ne me crois pas maintenant, tu seras obligé de tenir ta promesse si je ne me suis pas trompé d'accord ?
-Mais oui. Confirma le démon avec une certaine impatience.
-Bien, alors… Il y a eu la fois où tu m'as dit que j'avais été très mauvais à l'exercice que tu m'avais fait faire. Tu te souviens ? C'était celui où je devais réussir à te prendre un ballon, je n'avais pas réussi, bien-sûr, mais je ne sais pas pourquoi, j'ai senti que cette fois-là tu m'avais menti en me disant que j'étais un incapable. Moi j'avais plutôt l'impression que tu avais été assez satisfait ! Alors, me suis-je trompé ?
Killua décida d'être franc dans sa réponse, le sourire nostalgique qu'avait arboré Gon pendant l'évocation de ce souvenir lui avait enlevé toute envie de mentir. De plus, le jeune garçon n'avait pas détourné son regard du sien et le démon pouvait y lire la tendresse, l'amitié, la candeur et l'espoir d'une réponse sincère. Ce fut cela plus que le reste qui le décida à dire la vérité.
-Etonnamment, tu ne t'es pas trompé. Je ne sais pas si tu avais remarqué, mais ce jour-là, en plus d'avoir persévéré pendant des heures et des heures sans prendre le moindre repos, tu avais finalement réussi, malgré ta fatigue évidente, à me faire me mouvoir. Je savais pertinemment que ton niveau était bien trop faible pour que tu puisses parvenir à me prendre la balle, mais j'espérais que tu arrives à gagner assez de terrain sur moi pour que je sois contraint de bouger toute les parties de mon corps et de me déplacer. Tu avais donc parfaitement réussi le test réel que je voulais t'imposer.
Il y eut un long silence pendant lequel Killua observa Gon, en tentant de deviner sa réaction, mais son visage ne révélait rien d'autre qu'une profonde réflexion. Soudain, sans que rien ne le laisse prévoir, il eut un sourire chaleureux, se redressa et dit en embrassant le démon sur la joue :
-Merci beaucoup d'avoir été aussi sincère avec moi.
Et tandis que Killua éberlué caressait doucement sa joue, il enchaina sur le second mensonge :
-Je me souviens aussi d'une fois où on jouait dans la forêt. Tu m'avais chargé de te toucher, mais lorsque j'avais enfin réussi, tu m'avais fermement affirmé que tu avais été distrait par une autre présence menaçante proche de nous. Là aussi, j'ai eu l'impression que tu n'étais pas sincère avec moi. Je ne sais toujours pas si tu t'es laissé toucher pour me récompenser de ma ténacité, ou si j'avais vraiment réussi à tromper ta vigilance.
Comme dans un rêve, le démon répondit et encore une fois, ce fut la vérité qui sortit de sa bouche :
-Ah tu as une bonne mémoire. Je pensais que tu avais oublié ce moment.
-Je ne peux compter que sur les doigts d'une main les fois où j'ai réussi à te surprendre, alors je n'allais certainement pas oublier celle-ci, d'autant plus que c'était la première fois !
-C'est d'accord je vais satisfaire ta curiosité, car encore une fois, tu as vu juste. J'avais menti. Il n'y avait pas de danger. En réalité, ce jour-là a été le premier d'une longue série où je me demandais toujours pourquoi je ne ressentais pas l'envie de te quitter. J'étais plongé dans mes pensées et tu as réussi à me surprendre. J'en ai été un peu vexé et j'ai inventé cette histoire.
Cette fois, Gon ne s'attarda pas sur la sensation de chaleur qui naissait dans sa poitrine à l'écoute de l'aveu. Il enchaîna directement sur une autre tranche de leur passé.
-Il y a eu aussi les fois où tu as prétendu ne pas aimer dormir seul afin d'avoir un prétexte pour me tenir chaud. Tu ne voulais pas que je prenne ce geste pour de la gentillesse et tu m'as menti.
-Celui-là ne compte pas, protesta Killua, je n'avais même pas fait l'effort de te convaincre. Je savais que tu n'étais pas dupe.
-Bon d'accord, je me doutais que tu dirais cela alors j'en ai gardé un en réserve, le plus grave à mes yeux.
Killua se raidit, la voix de Gon avait vacillé, tout comme son regard. Ce souvenir n'était pas agréable. Le démon se fit attentif et passa doucement sa main sur la joue du plus jeune pour l'encourager à se confier. Celui-ci l'agrippa au passage et ne la lâcha plus, puisant la force d'évoquer ce douloureux souvenir dans les fourmillements chaleureux distillés par la longue main fine reposant sur sa joue. Enfin, il se décida à parler et sa voix enrouée par l'émotion s'éleva dans le silence religieux de la chambre à coucher :
-Cela s'est passé pendant notre première bataille contre ceux qui avaient tué mes parents. Ce jour-là j'ai contracté une dette envers toi. Je me rappelle que j'avais commis la pire erreur qu'un guerrier puisse faire. En plein combat, je me suis laissé déconcentrer. Je venais de vaincre un nouvel adversaire, quand je voulus voir comment tu t'en sortais. Autour de toi, les corps sanguinolents s'amoncelaient. Nul ne te résistait. A ce moment, je ne sais pas ce qui se passa, mais je fus comme absorbé. Tes mouvements vifs, gracieux et meurtriers me fascinèrent et je me laissai aller à t'admirer. C'était stupide de ma part. Au bout d'un certain temps, je ne sais combien exactement, tu sentis la brûlure de mon regard. Alors, comme dans un cauchemar je te vis sursauter, ouvrir grand les yeux et ton adversaire en profita pour t'asséner un coup terrible que tu ne pus complètement éviter. Tu l'achevas rapidement, puis, tu usas de ta vélocité surnaturelle pour venir jusqu'à moi. Je te vis arriver sans comprendre. Tu me poussas violemment sur le côté, juste au moment où la lame s'abattait sur ma tête. Tu pris le coup à ma place et le détournas grâce à ton bras. Bien entendu, ce fut le seul coup qu'il te porta. Je me fis violence pour continuer à combattre, puis quand tout fut fini, je m'approchai de toi pour te remercier de m'avoir protégé, mais tu me répondis que tu avais déjà été blessé par cet homme là et que tu avais simplement voulu te venger. C'était assez plausible, mais je pressentis que ce n'était pas l'exacte vérité. Les deux jours suivants confirmèrent d'ailleurs mon impression. En effet, pendant laps de temps, tu refusas que je te soigne et tu ne m'adressas plus la parole. Tu te contentais de venir me protéger du froid. J'en déduisis que tu m'en voulais de ma distraction qui m'avait mis en danger. C'est là que j'ai décidé de faire tout ce qui était en mon pouvoir pour rendre ton séjour avec moi le plus agréable possible et de m'acquitter de ma dette dès que je le pourrais.
-Encore une fois, tu as raison, répondit Killua impressionné par le sens de l'honneur de Gon ainsi que par son instinct qui lui avait permis de déceler tous ses mensonges. Je voulais te protéger, mais enlève-toi de l'esprit que tu as une dette envers moi. C'est faux. De toute manière, même si tu en avais eu une, tu l'aurais largement payée en abandonnant ton humanité pour me suivre.
-C'est vrai ? Tu es vraiment heureux que j'ai fait cela ? J'avais un peu peur que tu me rejette parce que je ne t'avais pas demandé ton avis.
-Non, je suis content que tu m'aies suivi.
A ces mots, Gon laissa exploser sa joie et se jeta dans les bras du démon qui le rattrapa en souriant.
-Tu as l'air d'aller mieux que tout à l'heure visiblement.
-Oh oui ! J'ai mal partout, mais au moins je peux me déplacer maintenant. C'est peut-être la formation des ailes qui m'empêchait de bouger tout à l'heure. Mais tu sais, certaines séances d'entraînement avec toi me laissaient bien plus de courbatures.
Devant tant de candeur, Killua n'y tint plus. Il éclata d'un rire joyeux et ne reprit son sérieux que lorsque Gon lui rappela sa promesse d'une toute petite voix. Il soupira et desserra son étreinte. Il avait beau se creuser la tête, il ne voyait pas comment expliquer ses sentiment au jeune homme, mais il avait promis, alors il devait au moins essayer. D'une vois hésitante, qui ne lui ressemblait guère, il tenta d'exprimer ce qui l'avait retenu tout à l'heure :
-Lorsque tu m'as demandé ce que je faisais, et bien… euh… comment dire… ça m'a littéralement paralysé.
-Mais pourquoi ?
-Parce que je me suis rendu compte que tu n'avais aucune idée de ce qui se passait.
-Et alors ?
-Ben disons que ce n'est pas un sujet qui s'aborde facilement, d'autant plus que je m'apprêtais à faire des choses qui auraient pu te choquer. Tu es si innocent, je ne veux pas t'enlever ta candeur avant que tu ne sois parfaitement au courant et conscient de ce que nous faisons. Ces mains ont souillé beaucoup de choses, je ne voulais pas qu'elles fassent de même pour toi.
Gon ne répondit rien et resta parfaitement immobile contre lui. Un moment Killua crut même qu'il s'était endormi, mais lorsqu'il se pencha, il vit que le jeune homme avait les yeux grands ouverts et qu'il semblait méditer. Malgré lui, le démon s'agita, un peu mal à l'aise face à cette situation, inédite pour lui. Soudain, il sentit la main de Gon s'emparer de la sienne et la tirer vers lui. Curieux, il se laissa faire. Il ne put s'empêcher de sursauter lorsqu'il sentit les lèvres du plus jeune s'attarder sur chacun de ses doigts, avec une tendresse et une ferveur égale. Puis il dit doucement :
-Je ne sais peut-être pas ce qui se passe, mais je t'aime et je veux te rendre heureux. Or j'ai bien vu que tu n'avais pas l'air content lorsque tu as prétexté avoir sommeil. Je ne sais pas pour toi, mais moi tout ce que je sais, c'est que j'appréciais énormément de sentir tes mains sur moi. Elles ne me semblent pas souillées elles sont au contraire douces et tendres pour moi et c'est tout ce qui m'importe. Tu m'as déjà tant appris, pourquoi ne pas être mon mentor dans ce domaine aussi ? Peu importe ce qui arrive, j'ai une confiance absolue en toi.
Killua fut touché en plein cœur par ce discours simple, mais qui révélait une grande générosité. Il caressa doucement les cheveux de Gon et tenta encore une fois de protester :
-Mais je ne t'ai jamais dit que je t'aimais !
-Et alors ?
-Bah les humains aussi gentils que toi font généralement ce genre de choses lorsqu'ils sont certains de la réciprocité de leur amour. C'est comme pour les baisers.
-Dis-moi que tu m'aime alors !
Killua sourit tristement et répondit :
-Dans la mesure où je n'ai jamais compris ce que vous, les humains, qualifiez « d'amour », je ne peux pas te dire cela. Je t'admire, je te respecte et je t'apprécie, mais quant à savoir si je t'aime…
Gon se redressa, le démon s'attendait à voir des larmes briller dans ses yeux. Il ne l'avait jamais vu pleurer, mais l'avait déjà entendu. Cependant, ce n'était pas le cas, il avait un air paisible et demanda :
-Qu'as-tu ressenti lorsque tu as cru que j'étais mort ?
Les yeux du démon s'élargirent tandis qu'il repensait à ce moment terrible où il avait cru Gon perdu. Il porta une main tremblante à son cœur comme s'il sentait encore la lame le transpercer, son regard hanté par l'horreur du moment plongé dans celui du plus jeune qui sursauta violemment et se mit à pleurer. Ce furent les larmes de Gon, mêlées à ses baisers qui le ramenèrent dans le présent. Celui-ci tentait désespérément de décrisper sa main de son cœur et répétait en balbutiant :
-Je suis désolé, oh je suis tellement désolé, pardonne-moi je t'en prie !
-Que s'est-il passé demanda-t-il ?
-Je t'ai posé une question, mais je ne pensais pas que ta réaction serait si violente, j'ai cru que tu allais sombrer dans la folie. Tes yeux étaient révulsés et hantés, j'ai eu l'impression de me revoir peu après la mort de mes parents.
-Ne me refais plus jamais un coup pareil, ordonna le démon d'une voix coupante et glaciale.
Gon s'éloigna rapidement et se recroquevilla à l'extrême bord du lit, le corps parcouru de tremblements dus aux sanglots qu'il tentait désespérément de retenir.
Le démon, encore mal remis de son émotion, resta un moment plongé dans ses pensées, puis un peu alarmé par l'état de Gon qui ne se calmait pas, il dit d'une voix qui s'était considérablement radoucie :
-Au moins, je suppose que nous sommes fixés sur mes sentiments n'est-ce-pas ?
Il suspendit sa réponse, attendant une quelconque réaction de la part du plus jeune, mais l'état de celui-ci sembla s'aggraver à ces mots. Il se mit à claquer des dents et les tremblements devinrent plus violents. Killua s'approcha doucement tout en répondant à sa propre question :
-Si ma réaction a été aussi brutale, cela signifie que je suis amoureux de toi non ?
Il passa ses bras autour du corps de son ami et attendit sereinement que les spasmes se calment. La voix de Gon vibrait de désespoir quand elle s'éleva enfin :
-Je le savais, je le savais et pourtant je t'ai posé cette question sans me préoccuper de la douleur que tu ressentirais. Je suis un monstre égoïste. J'aurais dû savoir mieux que personne quelle serait ta douleur. Je ne te mérite pas.
Il tenta de se dégager des bras de Killua, mais celui-ci le retenait fermement et susurra à son oreille :
-Oh que non je n'en ai pas terminé avec toi mon bonhomme. Maintenant que j'ai compris que je t'aimais tu ne m'échapperas pas. Je vais me venger des émotions bizarres que tu as fait naître en moi.
-Et comment ?
Killua eut un sourire sadique avant de déclarer :
-Je te les ferais éprouver puissance mille !
Gon en resta bouche-bée, puis éclata de rire. Son sourire éclairant, comme un rayon de soleil, son visage chiffonné par les larmes. Killua s'émerveilla de la vitesse des changements d'humeur du plus jeune. Et le plus beau, c'était qu'il en était le seul responsable, le seul maître. Il se retourna et tendit son petit doigt vers le démon avant de dire sur un ton de défi :
-Chiche ?
L'argenté sourit de ce pacte enfantin, mais le scella néanmoins. Le pauvre Gon ne savait pas à qui il avait affaire. Killua était un maître dans l'art de jouer avec les corps pour les faire se plier au moindre de ses caprices. Et il commença sur le champ la formation de Gon sur l'amour physique. Il commença par se déshabiller. Lentement, il déboutonna sa chemise, sans quitter le plus jeune du regard. Il était intéressant de voir se succéder les différentes émotions sur son visage. La surprise tout d'abord, puis le trouble, l'admiration ensuite et enfin la fascination. Sans se vanter, Killua savait qu'il avait un beau corps. Sans avoir la carrure d'un adepte de la musculation, il était très bien bâti. Ses muscles puissants, mais fins roulaient souplement sous sa peau, son ventre était plat, sans la moindre once de graisse et des abdominaux joliment dessinés parachevaient le tableau. Il vit avec amusement que Gon fermait les yeux et prenait une jolie couleur pivoine lorsqu'il s'attaqua à son pantalon. Il le laissa glisser le long de ses longues jambes fines et musclées. Puis, lorsqu'il fut tout à fait nu, il se mit à parler :
-Ouvre les yeux Gon.
-Euh… Tu es sûr que je peux ? demanda-t-il d'une voix timide.
-Je savais bien que certaines choses te choqueraient, tu es trop jeune ! soupira le démon d'une voix faussement désolée.
Comme prévu, Gon se redressa, piqué au vif, et dans son indignation, il ouvrit les yeux. Après lui avoir jeté un ostensible regard de défi, il se mit lentement à parcourir le corps sculptural du démon qui se tenait fièrement devant lui. Il était si beau qu'il en oublia bientôt toute sa timidité et le dévora des yeux. Il voulait le toucher, éprouver de ses mains la douceur de la peau de l'autre, en goûter la saveur avec ses lèvres, mais soudain il se figea. Toutes ses envies lui paraissaient sales et incongrues. Il se remit à rougir et se recroquevilla sur lui-même.
Killua sentit immédiatement qu'il devait cesser de jouer les mannequins. Promptement, il s'approcha du lit, y grimpa et enferma Gon dans ses bras. Il interrogea :
-Que se passe-t-il ? As-tu peur ?
Le plus jeune hocha la tête et Killua se raidit, mais il se força à continuer :
-De moi ?
Surpris, Gon releva son visage, atterré que le démon puisse avoir de telles pensées, et s'écria :
-Non bien sûr que non, je te l'ai dit, j'ai confiance en toi. Seulement… (il prit une profonde inspiration et continua.) Seulement je me sens tellement bête. Quand je t'ai vu si beau… eh bien… j'ai eu des pensées… des pensées étranges et dégoutantes.
Killua sourit et resserra son étreinte. Il avait une idée assez précise des pensées qui avaient pu traverser l'esprit de son jeune ami. Et encore, il était prêt à parier qu'elles ne représentaient même pas le quart de ce qu'il avait lui-même en tête. Doucement, mais fermement, il força Gon à s'étendre sur le lit. Celui-ci ne protesta même pas, encore sous le coup de ses pensées. Killua commença à déboutonner sa chemise. Il prit son temps pour cela, s'arrêtant longuement pour caresser et butiner la peau douce et tendre qui s'offrait à lui.
Gon resta complètement immobile, pendant cette opération, poussant de temps à autre de petits gémissements de plaisir, qui sans qu'il le sache exaltaient encore l'ardeur de son amant. Il était à la fois étonné et complètement sous le charme de l'instant. Etonné parce qu'il s'était rendu compte que Killua lui faisait exactement ce qu'il avait rêvé de faire lui-même quelques instants auparavant et sous le charme parce que les mains du démon lui procuraient de délicieuses sensations. Etrangement, ce qu'il avait pensé honteux, étrange et sale, lui semblait maintenant parfaitement naturel, comme si c'était le seul moyen d'exprimer plus concrètement encore que par des mots leur amour mutuel. Soudain, il sentit comme une gêne dans son pantalon. Avec un hoquet, il voulut se redresser pour voir ce qui se passait, mais Killua l'en empêcha. Comprenant l'origine de la surprise du plus jeune, il posa doucement sa main dessus et la palpa à travers la fine étoffe. Celui-ci écarquilla les yeux et rejeta la tête en arrière dans un long gémissement incontrôlé. Sa respiration déjà haletante, s'affola et il se trémoussa maladroitement, sans vraiment comprendre que plus il bougeait et plus le frottement s'accentuait, augmentant du même coup son plaisir.
Killua se pencha sur lui, l'immobilisant de son poids et s'empara fiévreusement de ses lèvres. Il profita de la distraction de Gon, qui avait passé ses mains autour de son cou et caressait ses cheveux, ses épaules et son dos, pour retirer le plus discrètement possible le pantalon de ce dernier. Il s'en aperçut seulement lorsqu'il constata que sa chair intime était en contact direct avec le ventre ferme du démon. Il eut un mouvement de recul, mais en amant prévoyant, Killua avait déjà agrippé ses hanches pour le maintenir tranquille. D'une voix apaisante, il lui susurra à l'oreille :
-Chut, ne t'en fait pas, laisse toi faire.
Le démon était surpris par sa propre attitude. C'était la première fois qu'il prenait autant à cœur le plaisir de son partenaire au détriment du sien. Cependant, aussi étonnant que cela puisse paraitre, il avait autant de joie à donner qu'à prendre. Faire plaisir à quelqu'un d'aussi gentil, spontané et chaleureux que Gon était un ravissement de tous moments.
Il sentit le corps de Gon se détendre considérablement contre le sien, comme s'il l'invitait à continuer ses caresses. Alors, précautionneusement, il s'empara du sexe dressé contre lui et se mit à le masser doucement.
Une fois de plus, le plus jeune voulut manifester son étonnement, mais il fut réduit au silence par la vague de plaisir qui le submergea. Bientôt, le sentant consentant, Killua décida de passer à l'étape suivante de l'initiation. Tendrement, ses lèvres s'attardèrent sur celle de son amant, puis descendirent en folâtrant ça et là, vers le membre érigé qu'il tenait dans sa paume. Même lorsqu'il eut compris son intention, Gon ne tenta pas de l'en empêcher. Il avait saisi que c'était vain. Killua possédait l'étrange pouvoir de transformer son corps en une série de sensations toutes plus surprenantes et agréables les unes que les autres. Il n'avait plus l'énergie de lutter contre le plaisir qui l'envahissait grâce à ces caresses indécentes. Il ne protesta pas lorsque les lèvres du démon embrassèrent le bout de son sexe, ni lorsqu'elles s'en emparèrent délicatement pour le caresser de la langue. Il ne put que s'enfoncer les ongles dans la paume de sa main et tenter de réprimer les cris qui affleuraient à ses lèvres. Son plaisir s'aviva de plus belle en réaction à ce subtil effleurement, mais paradoxalement, la faim dévorante qu'il ne savait ni comment combler, ni comment exprimer s'en trouva également renforcée, le faisant presque gémir de frustration. Tandis que la chaleur s'accumulait dans son ventre, le vide se faisait plus criant.
Killua profita du moment où Gon, submergé par le plaisir, ne sut plus où donner de la tête pour lui écarter discrètement les jambes et insinuer progressivement deux doigts humides en lui. En élève intelligent et doué qu'il était, le jeune homme avait rapidement compris que le plus important dans cet acte inconnu était la détente du corps. C'est ainsi qu'il s'efforça, malgré la sensation d'intrusion plutôt désagréable, de se décrisper au maximum. Cette initiative facilita grandement la tâche du démon qui atteignit plus vite le bouton de chair nécessaire à la venue du plaisir. Pendant ce temps, sa langue et ses mains avaient continué à distraire le plus jeune par un enivrant ballet auquel il avait de plus en plus de mal à résister. Son corps vibrait de plaisir. Il ne savait plus où donner de la tête. Son corps et son cerveau se liquéfiaient littéralement sous les mains expertes de Killua. Bientôt, il n'y tint plus et céda à la chaleur brûlante de son corps. Un long spasme accompagna son cri de jouissance, que cette fois, il ne parvint pas à retenir. Il croyait que c'était fini alors que ça ne faisait que commencer.
Killua ne lui laissa pas le temps de redescendre des sommets où il l'avait envoyé. Il retira ses doigts, se positionna entre les jambes de Gon et pénétra doucement en lui. Le jeune homme poussa un petit cri, se crispa un instant sous l'effet de la douleur, mais se détendit rapidement, laissant le démon s'enfoncer plus profondément en lui. Killua resta un moment immobile, laissant le temps au plus jeune de s'habituer à sa présence. Pendant ce temps, Gon, ouvrit des yeux chavirés par la passion, lui adressa un sourire comblé, et noua ses bras et ses jambes autour de lui, comme pour l'attirer plus proche encore. Il approcha également son visage du sien et l'embrassa passionnément. C'était pour ces deux hommes un véritable éblouissement d'enfin ne faire plus qu'un.
Killua commença à se mouvoir lentement, puis voyant que Gon accompagnait ses mouvements sans paraître souffrir plus que ça, il accéléra, s'enfonçant en son amant de plus en plus vite, de plus en plus fort. Les yeux dans les yeux, chacun contemplant la passion de l'autre faire chavirer son regard, ils atteignirent ensemble, dans un même cri, les rivages de la félicité, dans une harmonie encore plus parfaite que celle qui les liait lorsqu'ils combattaient côte à côte.
Ils restèrent un long moment enlacés, savourant les liens tout neuf qui les unissaient. Leur âme comme leur corps s'étaient fondues l'un dans l'autre, réunis par l'amour qu'ils se portaient.
Killua fut le premier à retrouver ses esprits. Il roula sur le côté, mais maintint le corps de Gon serré contre lui. Il avait l'impression d'avoir fait l'amour pour la première fois, tant les sensations éprouvées différaient de celles dont il avait l'habitude. Il n'avait pas seulement ressenti un simple plaisir éphémère, non cela avait été bien plus fort. Maintenant, il se sentait calme, serein et heureux, comme apaisé. Il n'avait jamais été dans cet état. C'était nouveau et plutôt agréable. Il en était là de ces réflexions, lorsque la voix fatiguée de Gon s'éleva légèrement inquiète :
-C'était merveilleusement agréable ! Merci de m'avoir fait découvrir tout cela ! J'espère que je n'ai pas été trop mauvais !
-Non, assura Killua sincère et légèrement amusé par l'incongrue politesse de son amant, tu as été parfait. Tu m'as comblé.
Le plus jeune soupira de contentement et de soulagement. Il nicha sa tête au creux de l'épaule de l'argenté et murmura d'une voix endormie :
-Tant mieux j'aime te faire plaisir ! J'ai hâte de recommencer, murmura Gon avant de s'endormir, un sourire rêveur accroché aux lèvres.
Le démon étouffa un petit rire ravi d'avance à cette perspective, puis il déposa un baiser sur son front et ferma les yeux à son tour…
