Titre : Vogue
Base : Saint Seiya
Genre : Général / Drame
Crédits : Masami Kurumada, Toei, etc.
Raiting : K+ voire T.
Couples : Kanon x Isaak - à sens unique - et d'autres..
Avertissements : Yaoi
Dédicaces : A Lilou Black, toujours pour le titre. A Phebe83a, pour ses encouragements.
Résumé : Les rêves de grandeur restent à jamais des rêves.. Qui parfois virent au cauchemar. Yaoi. Ante-Poséidon. Julian & Marinas.
NdA : Voici la suite de Vogue. Ce chapitre est très indépendant du précédent, on dirait plus deux One-Shots à la suite l'un de l'autre. Est-ce que ça va rester aussi haché ? Aucune idée, réellement. Je sais pas comment va tourner cette petite Fiction mais ça m'énerve déjà. Ne comptez pas sur le prochain chapitre avant.. un moment, je crois. Enfin, en espérant que vous aimerez quand même. Ah ! Et j'ai réussi à mettre un couple ! Il y en aura d'autres aussi, mais en attendant.. Bah, y a celui-là.
Vogue
Les choses ne se disent pas. La parole, c'est la petite vague au-dessus; mais les profondeurs, ça ne se voit pas.
Marcel Pagnol
Chapitre II : Remous
- Je n'aime pas ce type, avait un jour déclaré Isaak, de but en blanc, sans préambule aucun, au beau milieu d'une partie de belote.
Ce qui va sans dire qu'une affirmation de ce calibre ne pouvait que jeter un froid sur les trois autres personnes présentes, c'était à dire Io, Krishna et Dragon des mers. Seul Io avait regardé le jeune Finlandais, perplexe et hautain, pendant que Krishna battait les cartes et les distribuait, sans mot dire. Dragon des mers se taisait également mais Isaak avait capté un discret mouvement d'épaule comme s'il était agacé par la remarque. Quand tout le monde eut ses cartes en main, le général de Scylla crut bon de demander.
- De qui tu parles, crevette ?
- De Julian, bien sûr, poulpe en confiture. Tierce, ajouta Isaak en déposant sa première carte.
- Ah, sa Majesté du pâté de sable… Le ton était ouvertement méprisant, ce qui rassura quelque peu le marina. Même s'il n'était pas sûr qu'Io soit le meilleur allié qu'il puisse trouver dans sa croisade anti-Julian, il pouvait se révéler utile.
- Qu'est-ce qu'il t'a fait ? Tierce aussi, renchérit Io, en déposant une dame.
- Rien de bien particulier… répondit le Kraken. Il existe, c'est tout. A quoi, ta tierce ?
- Au Roi.
- Merde… La mienne est au valet.
- Oh, bon plan, ça, ricana Io, avec un petit sourire satisfait. Qui a pris encore ?
- C'est moi, en pique. Tu ferais bien de suivre un peu ce qui se passe autour de toi, Io, répondit Dragon des mers d'un ton cassant en laissant tomber un huit de pique sur le paquet de carreau.
- Comme d'hab', t'as un bol de malade, cracha le Scylla, dégoûté quand Krishna eut joué son as de carreau et que Dragon des mers rafla le pli. On va encore se faire avoir, Krishna, je te le dis.
- Montre ta tierce au lieu de faire des pronostics, cervelle de moules, s'énerva Isaak, quand Dragon des mers déposa une nouvelle carte, l'as de pique.
Io fit un sourire horriblement charmeur au Kraken et montra un Roi et un Valet de carreau dans son jeu, qu'il montra ostensiblement avant de les ranger.
- Avec ma dame qui vient de tomber, ça me fait une belle tierce pour contrer la tienne, menthe à l'eau.
- Joue, espèce d'huître pas fraîche !
- A ton service, petit bigorneau, fit Io en déposant une nouvelle carte. Alors, tu disais ? Que t'a fait sa Majesté des Coquillages pour te mettre à ce point en rogne ?
- Rien… je ne l'aime pas, c'est tout. C'est un gamin pourri-gâté qui s'imagine être le maître suprême de l'univers que parce qu'il est le véhicule terrestre du Seigneur Poséidon et qui nous prend pour des genres de... de larves inférieures à son auguste personne. Il m'insupporte et j'ai l'impression qu'il le sait et qu'il me nargue avec ça. Ca m'énerve encore plus. Ca me rend dingue.
Io ne répliqua rien, pour une fois. Il se contenta de regarder Isaak d'un air condescendant comme si ce dernier était un gamin qui ne comprenait rien à ce qui se passait et retourna se consacrer à la partie qui était en train de se jouer. A moins qu'il ne réfléchisse à la réplique du Kraken. Krishna n'avait pas dit mot de toute la partie et ne semblait rien vouloir dire de plus. Il devait trouver ça inutile. Le général Chrysaor était un économe des mots… Et Dragon des mers… restait fidèle à lui-même. Il se taisait aussi… cependant dans ses yeux verts couleur d'océan, Isaak pouvait entrevoir la tempête qui y grondait. Contre qui était-elle dirigée ? Julian ? Ou lui ? Cette perspective le glaçait d'effroi. Et pas parce qu'il avouait être littéralement fasciné par cet homme et que cette colère pourrait réduire à néant ses désirs de proximité avec l'insaisissable chef des marinas. Non… s'il avait peur d'être la cible de la fureur du Dragon des mers, c'était parce qu'il ne valait mieux pas être l'ennemi de cet homme. Cet homme qui pouvait l'écraser, le balayer du revers de la main s'il le voulait. Et Isaak était trop attaché à la vie pour la perdre. La preuve est qu'il a survécu aux eaux mortelles de la Sibérie.
A ce souvenir, Isaak se renfrogna. Il ne pardonnerait pas à Hyoga d'avoir été si égoïste… il ne lui pardonnerait pas d'avoir payé si cher pour sa seule faiblesse. Il espérait juste que la culpabilité de le croire mort le rongeait de l'intérieur. Et s'il le revoyait…
Secouant la tête pour chasser la peu réjouissante perspective d'un combat entre Hyoga et lui, Isaak reporta son attention sur la partie qui se jouait. Il ne savait pas très bien jouer à la belote mais l'occasion de se rapprocher de Dragon des mers était trop belle pour qu'il ne puisse pas la saisir. Il avait appris tant bien que mal les règles, seul dans son coin, aidé de temps en temps par Kassa. Le général des Lyumnades avait une chance rare au jeu, si bien que ce n'était même plus amusant de jouer avec lui, parce qu'il gagnait systématiquement. Au début, on l'avait accusé de tricher mais faute de preuves, les gens s'étaient résignés à perdre. C'était lui qui avait fini par s'exclure des groupes de jeux, au grand soulagement de tout le monde. Isaak avait été sceptique quand il avait accepté l'aide de son voisin mais il devait reconnaître que ses conseils lui avaient été utiles… Et pas qu'un peu, même.
- T'as pas la plus mauvaise combinaison de partenaires qui s'offrent à toi, p'tit veinard… avait fait remarquer la salamandre en bon tacticien qu'il était, un soir qu'ils étaient en train de s'entraîner à carte retournées. Hm… si tu n'veux pas passer pour le bleu que t'es, je te conseille de te mettre en équipe avec Dragon des mers. C'est encore la meilleure des solutions qui s'offrent à toi.
Le jeune Isaak essayait de ne pas laisser transparaître le trouble qui l'avait envahi à l'annonce de ces paroles, en se concentrant de toutes ses forces sur son jeu. Faire équipe avec Dragon des mers ? Cela lui paraissait sa plus belle victoire depuis qu'il s'était mis en tête de se rapprocher du Dragon et si tout cela se devait d'être un début, alors il était plus que prometteur. Kassa, trop absorbé par son monologue stratégique ou trop peu concerné par les états d'âmes d'Isaak pour faire remarquer quoi que ce soit, continua sur sa lancée.
- Il est dirigiste, indépendant et essayera de mener le jeu, ce qui implique qu'il ne se reposera pas trop sur toi. Tu pourras en profiter pour t'améliorer. Le seul souci avec ce type, c'est qu'il n'aime pas perdre. Il vise toujours l'excellence. Pour les autres… Krishna réfléchit toujours à deux fois avant de poser une carte, ce qui est un bon point en soi, mais le problème, c'est qu'il est extrêmement prudent. S'il n'a pas un jeu sûr, il n'ira pas. Et Io… c'est sans doute le pire des trois. Evite de le prendre en binôme. Il prend ça à la légère et fera comme bon lui semblera. Complètement imprévisible.
- Il a raison, non ? avait fait remarquer le Finlandais. Ce n'est qu'un jeu, après tout.
- Détrompe-toi, Kraken. Rien au monde de plus sérieux que les jeux. Ceux qui les prennent à la légère se font bouffer. Regarde Julian, par exemple.
- Quoi, Julian ?
- Ce gamin s'y croit. Il pense que tout ça n'est qu'un jeu qu'il dirige, avec l'aide du Seigneur Poséidon. Comme une gigantesque partie d'échec dont il est la Roi. L'ennui aux échecs, c'est que quand tous les pions que l'on juge inutile sont tombés, le Roi se retrouve sans défense. Et même un simple pion adverse peut alors le mettre à terre.
- C'est… qu'est-ce que tu insinues, là ?
- Je n'insinue rien, Kraken… ce ne sont que les règles du jeu. Tout simplement. Et si je peux me permettre, fais attention à ne pas les quitter des yeux, ces fameuses règles, et n'oublie pas que ce n'est pas toi le maître du jeu… Un pion, c'est vite pris. Ou pire, remplacé.
- De quoi est-ce que… ?
- Rien qui ne soit pas dans ton intérêt, jeune homme. Et maintenant, trêve de discussions. Dis-moi ce que tu comptes faire avec ce jeu que t'as dans les mains et essaie de ne pas me refaire les coups minables que tu m'as sorti jusqu'à présent. Faut que t'aies un peu plus de cran que ça ! Allez, du nerf !
Revenu dans le présent, Isaak poussa un soupir et joua une nouvelle carte. Certes, les premières parties de jeu avaient été grisantes mais Dragon des mers semblait toujours aussi indifférent à son égard. Seuls les quelques sourires arrachés audit général à la fin de parties particulièrement houleuses qu'ils avaient remportées mettait du baume au cœur du Finlandais, qui s'appliquait depuis à multiplier les œillades, les frôlements « accidentels » ou les invitations. Sans succès apparent. Dragon des mers restait intouchable, une icône froide et terriblement belle. La seule chose qui le rassurait restait qu'il ne s'affichait avec personne, même si Isaak se doutait que cela ne voulait rien dire. Mais il préférait y croire et se dire que cet homme qu'il admirait avant de désirer n'était pas de mœurs si légères que les rumeurs voulaient le décrire. Quitte à être déçu plus tard.
- Dix de der ! annonça soudain le concerné par les pensées du Kraken en raflant le dernier pli. Avec la tierce d'Io, on joue sur… dix-huit points, alors… L'aîné des généraux se perdit dans le compte des cartes avant d'annoncer, sourire aux lèvres. Treize à cinq, pour nous. Si on ajoute ça au compte général, ça nous fait… quatre-vingt trois à cent cinq. Encore une manche réussie, j'en ai bien peur.
- J'abandonne, lâcha Io, dégoûté. C'est vraiment une gageure pour te battre, toi.
- C'était bien joué, se contenta de commenter Krishna d'une voix égale. Mais je crains que la prochaine partie doive malheureusement être ajournée, Julian a eu l'excellente idée de faire modifier certaines heures de patrouilles et donc, je suis pris ce soir.
- Bah, te bile pas, on s'occupera autrement, fit Io, dardant un œil aguicheur sur Isaak. Pas vrai, petite crevette ?
- M'inclus pas à tes jeux débiles, s'pèce de poulpe crevé ! s'énerva le Kraken.
- Vous êtes vraiment irrécupérables, fit remarquer vainement Krishna en rassemblant les cartes.
- Je t'accompagne, Dragon des mers ?
Le concerné haussa brièvement les sourcils puis eut un vague mouvement d'épaule, comme pour signifier qu'il s'en foutait. Comme mieux valait ça qu'un refus, Isaak se plaça d'autorité à ses côtés, alors qu'ils s'engageaient sur les chemins qui les emmèneraient vers leurs quartiers respectifs, suivis par le regard brûlant d'Io qui s'était retourné vers eux. Le silence perdura un moment avant qu'enfin hors de vue, Isaak ne lance, sur un ton qu'il voulait badin.
- Belle victoire, hein ?
- Hm. Tu le penses vraiment ? répondit sceptiquement le Dragon. Si tout était aussi simple qu'une partie de belote…
- Tu trouves le jeu simple, toi ? J'avoue avoir encore un peu de mal…
- Tu te débrouilles bien, pourtant. Enfin, pour un débutant, bien sûr… Puis, je ne te laisse pas beaucoup le choix. Tu devrais essayer de jouer avec d'autres partenaires que moi. Ca ne peut que t'aider à t'améliorer.
- Mais…
- Mais quoi ?
Le regard inquisiteur du chef des généraux laissa le Kraken muet de déception. Il aimait bien jouer avec lui pourtant ! N'était-il pas à la hauteur, malgré ses efforts ? Ou bien encore s'était-il lassé de jouer avec le petit nouveau inexpérimenté ? Possible. Mais les deux hypothèses ne lui plaisaient pas. Pas du tout même. Se plantant face à son aîné, Isaak ouvrit la bouche et demanda, dans un sifflement furieux.
- Pourquoi tu te débarrasses de moi ?
Contre toute attente, son vis-à-vis tordit la bouche dans un rictus si écœurant de moquerie que le Finlandais eut un mouvement de recul. L'amertume qui se lisait sur ce beau visage était troublante, mais dans un mauvais sens. Comme si, brutalement, Isaak avait soulevé le voile sur une facette de son aîné, qui jusque là était restée cachée… Seulement, il n'aimait pas ce qu'il pouvait lire sur ces traits. Les remous dans ses yeux se teintaient de rancœur, de mépris et d'un dégoût qui laissait à l'adolescent un goût âcre sur la langue.
- C'est l'impression que tu as ? Que je t'abandonne ? Hm. Intéressant. Mais dis-moi, Isaak du Kraken… si je réponds à ta question, tu répondras à la mienne ? Une réponse pour une réponse… Ca me semble être un marché équitable.
- Ca dépend, répondit Isaak, soudain prudent. Pose ta question, je verrais.
- Qu'espérais-tu en m'accompagnant, ce soir ?
L'ancien apprenti du Verseau ouvrit la bouche. La referma, les yeux durs. Il avait cru pouvoir donner le change dans sa tentative d'approche, mais c'était sans compter le sens de l'observation de son vis-à-vis. Qu'à cela ne tienne. L'ambiguïté pouvait parfois se retourner contre vous, de même que la franchise. Lequel était le mieux ? Probablement aucun. Isaak employa alors la dernière défense qu'il connaissait : le silence. Silence que Dragon des mers perça d'un soupir, apparemment pas dupe.
- Comme les autres, n'est-ce pas ? Isaak, écoute-moi bien parce que je ne le répéterais pas. Ce que j'ai dit aux autres est valable pour toi aussi : abandonne.
Net, sec et mortellement précis. Le Kraken sentit ses joues s'enflammer, mais il n'aurait su dire si c'était de rage ou de dépit. Dans un sifflement furieux, il lâcha :
- Pourquoi ?
- Parce que, répliqua Dragon des mers, toujours aussi tranchant et implacable. J'ai mes raisons de te rejeter, Kraken. Mauvaises, tu es en droit de le penser, mais ce sont les miennes et je reste fidèle à moi et à mes convictions.
Isaak n'avait pas besoin de plus pour se sentir blessé par les paroles dures du chef des Marinas. Et comme toute bête blessée, il attaqua. Mordit. Avec ses crocs ridicules, sans une chance d'atteindre le Dragon des mers, il lui balança son poing dans la figure, qui vint s'écraser contre la joue. Craquement. Stupeur. Aucun des deux ne s'attendait à ça, ni l'agresseur, ni l'agressé. Et Isaak, en bonne bête blessée qui se rebellait, en profita.
- Et moi, j'ai des raisons de m'accrocher ! tempêta-t-il. Tu as peut-être tes propres convictions mais moi, j'ai les miennes ! Personne ne résiste à l'étreinte du Kraken, tu m'entends ! Personne à moins d'être mort ! Tu ne pourras pas me résister ! Je t'aurais, Dragon des mers, un jour ou l'autre, je guetterais la moindre de tes failles pour te piéger et tu pourras te débattre tant que tu voudras, je ne te laisserais plus !
Le silence suivit l'éclat fut intense, brisé par le bruit récurrent des vagues. Dans les yeux océan, les remous grondaient plus fort mais la tempête était encore loin. Isaak frémit mais soutint le regard profond, l'océan qui semblait vouloir l'avaler tout entier, le déchirer et l'attirer dans les abysses les plus noires et glaciales de l'âme orageuse qui lui faisait face. Et soudain, le contact fut rompu et Dragon des mers se détourna de lui, pour continuer sa route comme si de rien n'était, comme si les mots proférés par Isaak n'étaient pas plus importants que le bruit de l'eau. Le Kraken délaissé, blessé dans son orgueil, répéta, d'une voix colérique et assez forte pour que l'intéressé l'entende.
- Ce ne sont pas des mots en l'air, Dragon des mers ! Tu ne pourras pas m'échapper, même si tu essaies ! Je t'en fais la promesse !
L'aîné s'arrêta net, quelques pas plus loin, et se tourna vers le Finlandais. Les remous semblaient s'être calmés mais le sourire de prédateur qu'il lui lança tordit les entrailles du jeune homme.
- Je t'attends.
Assis sur une des nombreuses marches qui jonchaient le Sanctuaire sous-marin, Io fumait. Ou du moins, faisait semblant si on jetait un œil sur la une cigarette éteinte par l'humidité ambiante au coin des lèvres du général. Cigarette à laquelle il ne prêtait aucune attention, tout concentré qu'il était à guetter les moindres mouvements de la soirée. Enfin, une chevelure longue et marine apparut dans son champ de vision avant de s'arrêter net à la vue du général de Scylla. Lequel vint écraser son mégot déjà éteint sur les marches et adresser un sourire goguenard au Dragon.
- Alors ?
- Alors, quoi ?
- Pas à moi, je t'en prie, Kanon. J'veux savoir si à lui, tu lui as laissé une chance ou non ?
- Pourquoi ça t'intéresse ? cracha Kanon, agressif. Le regard d'Io s'alluma d'une lueur mi-intéressée mi-contrite. Le Général était beau quand il était en colère. Et en colère, il l'était tout le temps, en perpétuel conflit avec le monde. Cette colère était belle, d'une beauté sauvage qui n'appartenait qu'à lui mais destructrice. Comme l'orage. L'orage qui n'était pas encore là mais dont les remous qui s'agitaient dans les yeux trahissaient l'arrivée proche.
- Disons que j'aime bien me mêler de ce qui ne me regarde pas, avoua Io. Et que je dois être un peu masochiste sur les bords. Alors, dis-moi… qu'est-ce qu'elle a de plus, la crevette, pour avoir l'illustre droit de te courtiser ?
- Je ne sais pas. Rien. Ce n'est qu'un gamin, en plus.
- Un gamin… Peut-être que si j'avais été aussi innocent que lui, j'aurais eu ma chance. Mais tu l'as dis… c'est un gamin. Ménage-le autant que possible, il ne s'est pas encore rendu compte de certaines choses.
- Le ménager ? Tu me connais plus mal que je ne le pensais. Et si tu m'excuses maintenant… j'ai à faire et te parler indéfiniment n'entre pas dans mes projets pour ce soir.
- Fais donc, Kanon, je ne te retiens pas. Va donc accomplir les nobles projets qui te tiennent tant à cœur.
Dragon des mers fit quelques pas et dépassa Io pour ensuite se retourner vers ce dernier, un sourire sûr de lui aux lèvres.
- Et au fait, Kassa… La prochaine fois que tu veux me dire quelque chose, ne prends pas l'apparence de n'importe qui pour le faire.
- Poséidon ! s'exclama le polymorphe, pas vraiment surpris, sans toutefois se retourner. Qu'est-ce qui m'a trahi, cette fois, ô noble Dragon des mers ?
- Le regard. Io regarde toujours derrière lui, au cas où un ennemi se glisserait dans son dos. Excellent réflexe d'ailleurs, que j'aimerais vous voir tous adopter.
- On dirait que j'ai encore du chemin à faire, dans ce cas, constata simplement le Lyumnades. Bonne soirée, Kanon.
- Egalement, Kassa, fit Kanon en se détournant complètement de son pair avant de s'éloigner d'un pas rapide. Après tout, il avait des choses à faire, songea le polymorphe. Des choses qui concernaient certainement un jeune homme d'à peine dix-huit ans, qui aimait se prélasser du haut de son trône, loin, bien loin des remous qui agitaient les bas-fonds.
Mais pour combien de temps encore ?
Chapitre II - Fin
