Let us Stray 'til Break of Day
Derek a déjà été dans des bibliothèques avant. A plusieurs reprises. De la façon dont Stiles bavarde, c'est évident qu'il ne sait pas, et à part la partie où il se demandait si Stiles avait un bouton pour le mettre en sourdine, Derek trouve qu'il ne regrettait pas tout ceci – pas en ce moment, en tout cas. Ce n'était pas un mensonge : il pouvait améliorer ses facultés de recherche. Et Stiles connaissait tous les raccourcis, n'avait pas besoin de demander au bibliothécaire de l'aide. Il avait dit avoir mémorisé le système décimal de Dewey. Derek avait pensé que c'était une blague, mais ça ne devait pas forcément dire que ce n'était pas vrai. Ils sont tous les deux des exemples vivants que les mensonges pouvaient être basés sur la réalité.
« Donc tu dois probablement te mettre à l'aise ici, parce que quand il s'agit d'accéder aux livres qui t'intéressent et aux ordinateurs, c'est l'endroit parfait, » dit Stiles.
Il pose son sac sur la table, y fixe une note disant "occupé". Derek ne pense pas que ce soit sage, mais il y avait peut-être cinq personnes dans la bibliothèque et cela s'il était généreux, alors il suppose que Stiles avait calculé le risque.
« Et si quelqu'un est déjà là ? »
« Un coup d'œil à toi et ils prendront leurs jambes à leur cou, pour plusieurs raisons, » dit Stiles.
Ce n'était pas méchant. C'était franc. Derek a eu plusieurs occasions pour constater que, bien que Stiles soit physiquement attiré par lui, il n'a pas idéalisé Derek. Il ne l'a pas mis sur un piédestal ou bâti un temple à son effigie. Il semblait simplement associer Derek avec sexe et danger. Ça doit changer, réalise Derek, du moins un peu. Il doit faire penser à Stiles qu'il était en quelque sorte aimable. Parce qu'il n'y a aucun doute dans l'esprit de l'ébène que s'il fait simplement des avances ce soir, Stiles lui foutrait un râteau. Il était peut-être un adolescent excité (Derek tiqua intérieurement à cette pensée ; il y avait savoir puis il y avait savoir), mais il avait longtemps eu un crush sur une beauté inaccessible. Une beauté inaccessible que Stiles avait aussi qualifiée de terriblement intelligente et au bord de l'instabilité quand ils buvaient la tasse dans la piscine de Beacon Hills High. Ce qui donnait à Derek des informations qui, dans ce cas, étaient d'excellentes munitions.
Stiles allait avoir besoin de plus qu'une banale attraction physique pour qu'il veuille quelque chose de Derek. Il allait avoir besoin de connecter avec lui. Le baigner d'attention allait aider, mais ça ne suffirait pas. C'est une pensée déprimante, mais Derek en est venu à la conclusion qu'il aurait besoin de développer une sorte de personnalité pour que son plan fonctionne. Il peut à peine se rappeler de qui il avait été, avant, et l'idée de créer une toute nouvelle persona à partir de rien est éreintante. Et Stiles n'est pas un imbécile. Il ne croirait pas à une soudaine transformation. Il les voit au moins une fois par mois depuis que Scott a été mordu. Il sait qu'ils ne resteraient pas indéfiniment. Alors ça aurait besoin d'être un acte équilibré. Il devrait prendre son temps, étirer ce plan et le faire durer plus longtemps qu'il ne l'aurait préféré. Il a des avantages, mais Stiles en a aussi.
« Est-ce que tu veux que je te montre des livres particulièrement utiles d'abord, ou comment accéder à Internet d'ici ? » demande Stiles, encaissant sans mal le manque de réponse de Derek. Il n'a pas l'air du tout perturbé que Derek ait passé un moment à le fixer avec une expression vide.
« Les livres, » il répond, incapable de venir avec une réponse créative. « Ils sont solides. Tangibles. Ils ont une odeur et une texture. »
« Old-school, » dit Stiles. « Pas étonnant. Suis-moi. »
Derek le suit, mais il a besoin de demander. « Qu'est-ce que tu veux dire – pas étonnant ? »
« Que tu es plus susceptible de me demander comment bosser comme moi que de t'apprendre comment bêtement googler des choses si tu étais intéressé par la technologie ? »
Derek n'a aucune idée de quoi parlait Stiles. Il se dit que c'est le but. Ils arrivent devant de longues étagères et Derek ne peut s'empêcher de questionner Stiles encore une fois.
« On ne va pas utiliser le catalogue ? »
« Je te montrerai ça plus tard. Pour l'instant, on va plonger directement dans la source. La plupart de ce dont t'as besoin est dans cette section. »
Derek scanne du regard les étagères. Beaucoup de livres paraissent vieux et usés, déchiré au niveau de la tranche si celle-ci n'était pas reliée par du cuir. De nombreux titres étaient composés de lettrage doré, le haut et le bas de la couverture écaillés. Au moins, quelques livres avaient l'air familier. Il se souvient de la collection que sa famille avait possédé dans leur bibliothèque quand il était gamin ; des centaines de tomes similaires à ceux-ci, racontant des récits et des mythes, des histoires et des légendes. Il adorait les lire, autrefois, et la plupart de ce qu'il savait aujourd'hui était issus des fragments de souvenirs de quand il parcourait les archives de sa famille.
Stiles sort un large livre en cuir et le plaque contre le torse de Derek. Quand il baisse les yeux, il voit le titre : "L'Histoire de la Lycanthropie". Huit autres livres s'ensuivent, dont plusieurs plus épais et plus lourds que le premier. Une fois que Stiles a terminé, il fait signe à Derek de rejoindre leur table. La plupart des livres traitaient de loups-garous, bien qu'ils y en aient quelques-uns qui couvraient des sujets plus généraux.
Derek s'assied sur le bord de la table tandis que Stiles s'affale sur une chaise et commence à ouvrir les livres.
« Je n'ai pas besoin de livres sur les loups-garous, Stiles. »
« Vraiment ? Parce que je suis sûr que tu peux utiliser quelques conseils. Mais quand même, beaucoup de ces bouquins disent qu'ils ne sont que sur les loups-garous, alors qu'en vrai c'est tout un paquet de mythes mêlés ensemble. Tu peux apprendre énormément en séparant le vrai du faux. »
Stiles tire un cahier et un stylo de son sac et lève les yeux vers lui avec un sourcil haussé. « Si j'étais toi, je prendrais une chaise. Tu vas être affreusement inconfortable après trois heures à être perché sur du contreplaqué. »
« Trois heures ? Je n'ai pas ce temps à perdre. »
« Pourquoi pas ? Tu as un rendez-vous chez ton manucure pour peindre tes ongles ? »
Derek se penche, plonge dans l'espace de Stiles et trace sa mâchoire avec deux ongles, se délectant des paupières papillonnantes et du « oh mon dieu » murmuré qu'il reçut en retour. C'est partiellement séducteur et entièrement menaçant. Il tapote deux fois ses ongles sur le point de pulsation de Stiles, sa gorge se serrant quand il sent la circulation rapide de tout ce sang, chaud et humide.
« Etais-tu sous l'illusion que ceci n'était que pour une session ? Quelques heures à feuilleter tes bouquins préférés ? J'attends tellement plus. Et je te donnerai plus en retour. Tu en as visiblement besoin. »
Comme il l'a prévu, Stiles se penche en arrière et adresse à Derek un sale regard. Sale dans le mauvais sens. Il n'y a rien similaire à du désir dans son expression. Pourtant, il y en a dans son odeur, juste sous la surface de toutes les autres odeurs typiques de Stiles : le chagrin et la détermination et le pragmatisme. Derek change de tactique, il prend une chaise comme l'a suggéré Stiles. Ça l'empêche de s'imposer, mais signifie qu'il peut presser sa jambe contre celle du brun. Un moment passe où Stiles l'étudie du regard, avant de revenir à l'étude des livres.
« Tu as des questions cruciales ? Peut-être même des questions auxquelles tu connais déjà la réponse, pour que je puisse te montrer comment je fais pour chercher et vérifier. »
« L'éclipse lunaire a-t-elle un quelconque effet sur les loups-garous ? »
Stiles hausse un sourcil, surpris. « Bonne question. Okay, alors la première chose à faire est d'aller à l'index de chaque livre et noter les numéros de pages qui évoquent le sujet de la question, s'il y en a. Puis je lis en diagonale chaque section, vite fait, pour affiner davantage la matière à lire. »
Stiles continue d'expliquer les procédés basiques de recherche – le genre que Derek utilisait pour ses rédactions et ses projets à l'école. Il est douloureusement détaillé dans ses explications, assumant une nouvelle fois que Derek avait passé sa vie entière dans une grotte. Derek ne sait pas s'il doit être amusé ou perplexe. Il s'était attendu à du génie. Il recevait des informations standards. Stiles a commencé à se lancer dans un discours sur la façon judicieuse d'utiliser un surligneur quand il le coupe enfin.
« Tu sais que je suis parti à l'école ? J'avais des A's. »
Stiles raille. « Tu avais des A's, toi ? »
« Et des Bs, » concède Derek, même s'il n'y en avait eu que deux. Il n'allait pas laisser la supposition de Stiles sur son manque de prouesses intellectuelles le désabuser. « Un C, de Harris. »
« Je savais qu'il détestait tout le monde ! » dit Stiles, battant l'air de sa main libre. « Ca ne pouvait pas juste être moi. » Il tapote son stylo contre ses lèvres et son regard va de Derek jusqu'aux livres. « Si tu n'as pas besoin de ça, pourquoi as-tu demandé ? »
« Je pensais que tu avais un système. »
« J'en ai un. Le voilà. »
Derek pointe du doigt le livre, puis Stiles. « Ça prendrait des heures. »
« Oui. Oui, ça prend des heures. »
Derek plisse les yeux. « Où trouves-tu le temps ? »
Stiles arbore une expression signifiant 'duh' bouche ouverte et yeux roulants. Il devrait vraiment gagner un prix pour sa faculté à descendre les gens et de les traiter avec condescendance.
« Je réserve du temps. Je veux dire, qui a besoin de dormir ? Pas moi. Y a-t-il des cours que je peux sécher ? Peut-être juste cette fois. Et contrairement au tien, mon temps de beauté est sérieusement faible. »
« Ça se voit, » dit Derek, parce que vraiment, il va devoir répliquer s'il voulait un quelconque contrôle sur la conversation.
Stiles reste immobile, puis hausse les sourcils, l'air presque impressionné.
« Tout est soudain clair, » continue Derek. « Pas étonnant que tu n'aies jamais été sélectionné comme titulaire. »
« Tu veux dire ça comme un compliment ou une insulte ? Tu sais quoi, je m'en fiche. Je vais le prendre comme un compliment. »
Les lèvres de Derek se courbent involontairement vers le haut. Il observe Stiles, l'évaluant. Il se demande ce que c'était ce qui le poussait à travailler aussi dur sur une tâche qui avait si peu de récompense, mettant ce devoir avant même ses propres désirs. Combien de fois avait-il mis sa vie en danger ? Combien de sacrifices avait-il fait ? Et pour quel but ? Par loyauté ? A cause la culpabilité ?
« Tu peux me montrer comment chercher dans le catalogue, avant que je ne meure d'ennuie ? » demande Derek, au lieu de toutes les questions trottant dans son esprit.
Stiles lève les mains dans un geste de moquerie-colère. Ou peut-être juste de réelle colère. Il y a des moments où les émotions de Stiles sont tellement bruyantes, qu'il est difficile de dire s'il les feignait ou non – si les gens devaient être plus inquiets quand il est silencieux ou distant. Mais il y a une trace d'agacement dans la façon dont sa mâchoire est contractée et de la frustration dans son odeur, alors Derek pense que peut-être le fait de feindre ses émotions servait aussi comme double-bluff. Stiles tire sur la manche de Derek pour qu'il le suive, se lançant sur une énième tirade sans fin des pourquoi et comment. Derek laisse les mots le baigner, ne prêtant attention à rien si ce n'est le frôlement des doigts de Stiles contre son poignet.
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Stiles s'effondre sur son lit et essaie de plonger dans le sommeil du triomphant. Malheureusement, son corps et son cerveau avaient d'autres idées. Ses jambes continuent de trembler et ses pensées continuent de faire la course, il pense au fait qu'il vient juste de passer le plus long moment du monde avec Derek dans une situation qui ne menaçait pas leurs vies. Des heures. Des heures ensemble et tout ce qu'ils avaient croisé de plus malfaisant, c'est Mme Carroll, et bien qu'il ait une théorie sur elle étant un démon suceur d'âmes qui se nourrit de la misère des gamins durant les examens, elle ne les avait pas violemment attaqués aujourd'hui.
Comme il s'avère, quand ils ne sont pas tous les deux sous la pression de sauver la vie de l'autre, passer du temps avec Derek n'était pas horrible. Il a un sens de l'humour – enterré au fond, très au fond – mais bien là. Il écoutait et il semblait presque reconnaissant, ce qui était plus que l'on pouvait dire sur la plupart des gens. Après tout, il avait insisté sur le fait de donner à Stiles quelques leçons sur lacrosse avant que Stiles n'entame la partie 'Internet' pour améliorer ses compétences de recherche, ce qui nécessitait donc à ce que cela se produise un autre jour. Certes, il avait baillé lorsqu'il l'avait dit ça. Mais il n'avait pas grogné quand Stiles lui avait donné des devoirs.
("Ecoute," avait dit Stiles, "je veux être sûr que tu as le droit d'être aussi arrogant et hautain que tu l'es maintenant. Alors compile ces citations et je n'insisterai pas sur mon atelier de cinq heures sur l'usage des bibliographies. Et si tu obliges ta meute à le faire pour toi, je le saurai, alors ne le fais pas.")
Et, ok, alors Derek était toujours absolument terrifiant, mais il y avait une réalité à lui qu'il n'y avait jamais eu avant. Avant, quand tout cela avait commencé, il était cette figure ambulante de malheur et de méfiance, et, au cours des derniers mois, il s'était développé en cette figure ambulante de malheur, de méfiance avec une certaine dimension. Il était presque impossible de l'imaginer faire quelque chose d'ordinaire, mais maintenant, Stiles sait à quoi il ressemble quand il est fatigué. Comment il sonne quand il étouffe un rire. (aux dépens de Stiles, presque éviscéré par un regard aigu de Mme Carroll, mais, tout de même, un rire.)
Stiles se tourne sur son dos et fixe le plafond. Il avait pensé que Derek l'utilisait probablement pour espionner sur Scott, mais l'ébène n'avait pas posé de questions sur Scott, pas même une fois. Après, il avait aussi clamé savoir tout ce que Stiles lui apprenait, alors Stiles n'excluait pas que c'était une partie de sa motivation, sinon il n'aurait aucune raison d'agir ainsi. Ce qu'il doit vraiment décider est s'il est offensé par ceci ou non. Se rapprocher de Derek peut être une bonne chose, voir s'il était suffisamment digne de confiance pour être un allié. Il sait que Scott a besoin de plus d'entraînement, de quelqu'un qui a la connaissance qui ne vient pas entièrement de la théorie mais aussi de la pratique. Quelqu'un avait besoin d'être proactif dans cet aspect, et l'histoire avait établi que ce ne serait pas Scott.
Il frotte ses doigts contre ses yeux et souhaite que le sommeil vienne. Il est supposé voir Derek au terrain, à l'aube, et considérant que Derek n'a même pas la patience d'apprendre la différence entre la recherche de mots-clés et celle des auteurs, il ne pense pas qu'il serait indulgent à l'égard d'un retard. Alors qu'il retire ses mains de son visage, une effleure sa mâchoire et il se tend, se souvenant de la manière dont Derek avait traîné ses ongles le long de cet exact endroit. Il ne peut empêcher le frisson qui parcourut son corps entier. Alors, okay, ses propres intentions n'étaient pas tout à fait nobles et altruistes. Il laissait son attirance physique influencer son jugement. Mais franchement, il s'en fiche.
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NDT : à suivre.
