Chapitre 2
Le cœur de Sam battait la chamade alors que Matt les conduisait vers une table libre et lui avançait une chaise – en vrai gentleman. Elle sourit en s'asseyant, mais à l'intérieur elle avait l'impression que ses intestins étaient ballottés comme dans un sèche-linge.
Jack O'Neill. Ici. Maintenant ! Impossible.
Mais il était là, paraissant légèrement plus vieux que dans ses souvenirs, assis en face d'elle avec son bras enroulé autour des épaules d'une femme qui – elle ne put s'empêcher de le remarquer - était assez jeune pour être sa fille ! Non que cela soit ses affaires.
« Alors, Carter », dit-il d'une voix traînante, « comment va le monde de la télémétrie radar de l'espace profond ? »
Elle sourit légèrement, saisissant un soupçon d'animosité dans sa voix. « Plein de paperasse ».
« Je vais vous dire, ça ne me manque vraiment pas. Non, vraiment pas ».
Oh oui, tout à fait de l'animosité. « La retraite semble vous aller bien », répondit-elle doucement. « Beaucoup de temps pour pêcher, je suppose ? »
Un air étrange apparut sur son visage, ses yeux sans expression malgré son sourire. « Oh, oui. Laura adore pêcher. N'est-ce pas ? »
Laura lui sourit, un peu perplexe. « Bien sûr. En fait, nous nous sommes rencontrés au chalet de Jack », dit-elle, en se tournant vers Sam. « Je prenais des photos là-haut. Superbe endroit. Et nous avons eu une sorte de collision dans les broussailles ! »
« Cela semble intéressant », rit Matt. « Avez-vous eu de belles photos ? »
Laura rit aussi. « De la faune ? Bien sûr. Bien que pas aussi belles que celles que j'aurai en Erythrée ».
« Oui », opina Matt, s'avançant sur son siège. Retour aux affaires. « Alors, parlez-moi de ça. Quelle est l'optique de votre projet ? »
Sam écouta la conversation pendant un moment, mais elle était trop distraite par l'homme assis en face d'elle pour réellement être attentive. C'était tellement… étrange, de le revoir. La dernière fois avait été le jour de son mariage, et il avait été une tache de regret parmi une foule d'invités. Ils avaient à peine eu le temps d'échanger deux mots, et avant qu'elle ne le sache, il était parti et sa nouvelle vie avait commencé.
Il ne la regardait pas maintenant, semblant absorbé par la conversation de Laura, les doigts d'une main caressant distraitement son épaule. Pour quelque raison, Sam n'arrivait pas à s'en détourner. Il avait toujours eu des doigts longs et élégants. Plus artistiques que manuels pas vraiment les mains du soldat typique. Mais il faut dire que le Colonel O'Neill n'avait jamais été un soldat typique. Sauf parfois à son détriment, peut-être.
Elle sourit légèrement comme elle se rappelait ses plaisanteries, ses taquineries. L'équipe. Et une pointe de regret se manifesta au fond d'elle, s'échappant en un doux soupir. Les yeux d'O'Neill furent instantanément sur elle, curieux et sur ses gardes. Sam sourit, le capturant et le maintenant d'un regard. « Daniel a dit que vous étiez en ville la semaine dernière ».
« Oui », acquiesça-t-il. « Juste pour quelques heures ».
« Vous auriez dû appeler ».
« Je l'ai fait », répondit-il doucement. « J'ai appelé Daniel ».
Si cela avait pour but de la blesser, cela réussit. Sam se détourna, irritée par lui et par elle-même. Le silence entre eux était masqué par le bruit de la pièce, mais pour Sam il était aussi profond que le passé. Il parlait de toutes ces choses qui avaient été autrefois, auraient pu être et ne le seraient jamais plus à présent. Il parlait de regrets, par-dessus tout, et d'opportunités manquées.
« Daniel a dit que les choses allaient bien ».
Elle ne s'attendait pas à ce qu'il parle à nouveau, et le dévisagea avec surprise. Son visage était aussi grave que jamais, mais son bras avait bougé des épaules de Laura et remuait les restes de sa boisson au fond de son verre. « C'est exact », répondit-elle lentement. « Nous faisons de bons progrès ».
Il acquiesça, évitant toujours de la regarder. « Vous aussi, apparemment », dit-il. « Vous serez le commandant de toute la base dans deux ans ».
« J'en doute », sourit-elle. « Le Général Taylor ne va nulle part ».
Il leva alors les yeux, balayant son visage de son regard avant de le fixer dans la foule. « J'ai l'impression que c'était il y a une éternité maintenant. »
Elle acquiesça. « Oui ».
Il la regarda brièvement avant de reporter son regard au fond de son verre. « C'est drôle comment les choses se passent ».
Elle ne savait pas vraiment quoi répondre à cela. « Je-- »
« Je veux dire », ajouta-t-il rapidement, « si je n'avais pas quitté le SGC au moment où je l'ai fait, je n'aurais jamais rencontré Laura. Et elle… » Il rit doucement et secoua la tête, « Elle est la meilleure chose qui me soit jamais arrivé ».
« C'est super », répondit Sam, souriant et se disant à elle-même qu'elle croyait ses mots. « J'en suis heureuse ». Et elle l'était. Elle était heureuse qu'il ait trouvé quelqu'un, heureuse qu'il soit heureux. Heureuse que les sentiments qu'il avait peut-être eus autrefois pour elle soient morts. Elle n'aurait pas voulu qu'il passe le reste de sa vie à se languir d'elle ce n'était pas comme si elle ne pensait jamais à lui avec regret.
« Oui, nous devrions, vraiment ». Les mots de Matt atteignirent Sam d'une manière ou d'une autre, perdue qu'elle était dans ses pensées, et elle lui jeta un regard pour voir son visage sérieux en discussion avec Laura. « Demain serait super ». Il se tourna vers elle alors, avec un grand sourire. « Nous aimerions dîner avec Laura et Jack demain, n'est-ce pas chérie ? Donnez-vous une chance de vous redécouvrir ! »
Il n'y avait absolument pas de raison pour que son cœur tremble à cette perspective, aussi elle choisit d'ignorer cette sensation et dit, « Ce serait agréable ».
De l'autre côté de la table, O'Neill commença à s'agiter. C'était un spectacle familier même après toutes ces années, elle pouvait dire qu'il était mal à l'aise. Visiblement dîner avec elle n'était pas une chose qu'il appréciait. Elle jeta un regard à son visage sans expression. Mais il avait visiblement été en train de la regarder, car ses yeux s'éloignèrent froidement quand elle les rencontra. La haïssait-il vraiment, se demanda-t-elle. La blâmait-il d'avoir rompu cette promesse non dite qu'il y avait entre eux ? Elle se rappelait très – trop - bien sa capacité à garder rancune. Tout d'un coup, il fut sur ses pieds. « Ravi de vous avoir revu, Mike ».
« Matt », corrigea Laura, avec un sourire indulgent.
« C'est vrai », acquiesça-t-il, tendant sa main vers elle. « Tu viens ? »
Elle se leva. « On se retrouve au bar demain soir, alors ? »
« Sept heures », confirma Matt, se levant et serrant sa main. « Je pense que ce projet tient la route, Laura ».
« J'en suis vraiment excitée », répondit-elle avec enthousiasme, balançant ses cheveux roux sur une épaule. Ou plutôt, dans l'esprit de Sam, sur-enthousiasmée. Pourtant, la fille espérait un contrat, aussi se sentait-elle obligée de trop mettre en avant ses articles. Pour ainsi dire.
Et après quelques au revoir polis supplémentaires et des souhaits pour une bonne journée à venir, Laura se retourna pour les quitter. O'Neill ne dit pas grand-chose, simplement tapota le journal qu'il tenait impatiemment contre sa cuisse et garda ses yeux fixés à l'autre bout de la salle, comme s'il surveillait l'endroit à la recherche des troupes ennemies. Sam se sentit obligée de parler. Ou, peut-être, fut-elle simplement provoquée. « C'était bon de vous revoir, monsieur ».
Son visage trembla légèrement et il baissa le regard là où elle était assise. « Je suis en retraite depuis quatre ans, Carter. Laissez tomber le monsieur ».
Malgré son réflexe à grimacer, elle ne le fit pas. Et elle ne baissa pas non plus les yeux sous son regard sévère. « Alors, vous pouvez également arrêter de m'appeler Carter. C'est Sam ».
Il fit un demi-sourire, quelque part entre un défi et une plaisanterie. « Peu importe ». Prenant la main de Laura, il se retourna pour partir. « Bonne nuit, Carter ».
Il partit sur cela, en ayant le dernier mot.
Le salaud.
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Sam était silencieuse, pensa Matt le lendemain matin, alors qu'ils prenaient ensemble le petit-déjeuner sur la terrasse. Cachée derrière ses lunettes de soleil, ses longues jambes étendues devant elle, elle semblait détendue. Mais il ne s'y fia pas. Et il savait qu'avec Sam, calme voulait dire ennuis.
« Impatiente de passer la journée sur la plage ? » demanda-t-il, brisant la glace. Et puis il soupira quelle stupidité d'avoir à briser la glace avec sa propre femme !
Elle fit une bonne tentative pour sourire. « Oui. C'est bon de partir pendant quelques jours. Je ne me rappelle pas de la dernière fois que je me suis assise sur une plage ».
« L'as-tu jamais fait ? » demanda-t-il, et ce n'était pas complètement une plaisanterie. Même leur lune de miel avait été ce que Sam aimait appeler 'aventure' et qu'il préférait appeler 'ne pas avoir un accès régulier à une salle de bain'.
Elle sourit à nouveau, plus sincèrement. « J'ai vécu à Long Beach pendant un temps, tu te rappelles ? Je me suis assise sur bien des plages ».
Bonne remarque. « Eh bien, j'espère que tu ne vas pas flirter avec les mecs cette fois. J'ai tout entendu sur ta jeunesse dépravée ».
« Hé », grogna-t-elle, prenant une gorgée de jus de fruits. « Tu sais, tu ne dois pas croire à la moitié de ce que Mark te dit ».
« C'est la moitié qu'il ne me dit pas qui m'ennuie ! ».
Sam lui sourit, puis jeta un regard au-delà du sable blanc vers le bleu de la mer effleurée par l'aube. « C'est vraiment magnifique, malgré l'urbanisation ».
« Je sais que ce n'est pas exactement ton type d'endroit », opina Matt, regardant le long de l'immense plage barrée d'hôtels tels des bandes piétonnières. « Mais tu pourrais faire un break. Et nous allons nous amuser au dîner de ce soir ».
S'il n'avait pas été en train de l'observer, il n'aurait pas noté ses sourcils s'abaisser ou sa bouche se resserrer en une ligne mince. « Bien sûr », fut tout ce qu'elle dit.
« Quoi ? Tu ne veux pas-- »
« Non, c'est bien ».
Il resta silencieux pendant un instant, réfléchissant. « C'est ce Jack », dit-il après un moment. « Tu ne t'entends pas avec lui, c'est ça ? Je veux dire, il n'était pas un genre de sergent monstrueux en treillis ? »
« Non », dit-elle avec un sourire. « Non, nous nous entendions bien ». Et puis brusquement il vit les barrières s'évanouirent et elle se tourna vers lui et retira ses lunettes de soleil. « Je suppose que de le revoir m'a ramené des souvenirs. Tu sais, simplement penser aux bons moments que nous avions. Ca me manque parfois ».
« Tu n'en parles pas beaucoup », commenta-t-il, désirant qu'elle n'ait pas choisi ce moment précis pour se confier. Il devait être à l'ouverture de la session dans dix minutes !
« Je n'en ai pas le droit ».
« Pas de ce que tu fais là en bas, quoi que ce soit », dit-il, en finissant son café. « Les autres choses. Les amis. Les collègues. Je veux dire, il y a Daniel et Maggie. Mais à part eux… Ce Jack était ton supérieur, tu disais ? »
Elle acquiesça. « Il est venu à notre mariage ».
Elle avait mentionné cela la nuit dernière, bien que même pour sa vie, Matt n'arrivait pas à se rappeler le visage. Il n'avait pas dû rester longtemps. « C'est un ami de Daniel ? »
« Oui », soupira-t-elle. « Ils sont toujours en relation ».
« Mais pas un ami à toi ? » poursuivit-il, ne comprenant pas son humeur mélancolique. « Je veux dire – tu ne sembles pas exactement ravie de le voir. Si c'est un problème, je dirai à Laura que nous ne pouvons pas dîner et me rattraper avec elle pendant la journée. Au déjeuner peut-être. Tu pourras rester sur la plage ».
Pendant un instant Sam sembla examiner l'offre, ce qui le surprit. Elle devait vraiment avoir des problèmes avec ce type ! Mais alors, il vit son expression déterminée redescendre, et sut que pour des raisons qui lui étaient propres, elle voulait lui faire face. « Non », dit-elle. « Je viendrai. Ca ira».
Matt jeta un coup d'œil à sa montre. « Je dois vraiment partir », s'excusa-t-il en se levant. « Ca va aller ? »
« Bien sûr », l'assura-t-elle avec un sourire languissant. « Je vais travailler sur mon bronzage ».
Se penchant en avant, il lui donna un rapide baiser. « Ne travaille pas trop dur ».
« Tu me connais ».
Effectivement, il la connaissait ; elle avait probablement une demi-douzaine de dossiers dans sa valise aussi bien à lire qu'à écrire. Mais c'était Sam. Et il l'aimait ainsi.
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Jack s'était réveillé avec la sensation déconcertante qu'il avait à peine dormi de toute la nuit, et le sable dans ses yeux confirmait ce fait. Cela l'irritait. Non pas qu'il avait réellement quelque chose à faire de toute la journée, autre que de se dorer au soleil. Mais cela l'irritait qu'elle l'ait privé encore une fois d'une nuit de sommeil.
Il avait pensé que tout cela était du passé, retour dans les jours après qu'il en était venu à réaliser que tous ses espoirs et plans inexprimés avaient été précipités contre la dure réalité du nouvel amour de Carter. Mais c'était il y a des années de cela, et il avait tourné la page. Il ne se préoccupait plus d'elle, et cela l'irritait sacrément qu'elle ait occupé ses pensées toute la nuit.
C'était peut-être parce qu'elle ressemblait tellement à celle d'autrefois, comme la Carter qu'il avait essayé si difficilement d'expurger de sa mémoire. Il n'avait pas vu une trace de gris dans ses cheveux, bien qu'il décida qu'à trente-sept ans elle les teignait probablement. Peut-être l'avait-elle toujours fait ? Elle n'avait pas pris de poids ni apparemment vieillie d'un jour. Elle paraissait exactement, d'une manière déconcertante, comme il se la rappelait. Et cela l'irritait aussi.
Il savait que les années l'avaient touché, dans le gris de ses cheveux et les rides de son visage. Il se demanda ce qu'elle avait vu quand elle l'avait regardé. Avait-elle été surprise par son apparence ? Avait-elle pensé qu'il paraissait vieux à côté de son mari à la peau lisse ? Avait-elle pensé qu'elle avait eu de la chance de ne pas s'être attachée à lui après tout ? Ou peut-être n'avait-elle pas pensé à lui du tout. Il aurait parié qu'elle ne s'était pas tournée et retournée toute la nuit, en échouant à empêcher ses souvenirs de remonter à la surface.
Avec un soupir, Jack pensa entrer dans le bar. Il était tôt, mais une bière fraîche descendrait bien sous le soleil de Floride. Il pourrait peut-être même la boire sur la plage, s'il pouvait trouver un endroit calme loin de ces touristes qui s'échouaient, comme les baleines, sur les plages au pied des hôtels, incapables, semblait-il, de descendre plus loin sur l'immense plage.
Ou peut-être qu'il ignorerait le bar de l'hôtel et descendre sur la plage à la recherche d'un peu de couleur locale. Il devait y en avoir, après tout.
Peut-être même de quoi pêcher. Ayant pris la décision, il n'était pas du genre à traîner. Et donc s'emparant de ses lunettes de soleil et de son chapeau il sortit. Une marche lui ferait du bien, lui ôtant de l'esprit ses pensées déconcertantes et exercerait son corps. Rien de tel qu'un peu d'air frais pour chasser le brouillard.
Après tout, il avait besoin d'être aussi détendu que possible afin d'être prêt pour une soirée de bavardages avec la femme qui avait brisé son cœur il y a de cela tant d'années.
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Avec un sac rempli du déjeuner suspendu à une épaule, et ses sandales se balançant dans sa main, Sam flâna le long du sable humide près des vagues. Le soleil était chaud et la brise juste assez fraîche pour le rendre supportable alors qu'elle passait près des dames aux chapeaux à frou-frou se laquant de crème solaire et faisant cuire leurs peaux bien soignées. Parfois elle était dépassée par des jeunes filles pleines d'entrain à peine couvertes par le haut de leur bikini alors qu'elles s'élançaient puissamment à travers les vagues, leur queue de cheval blond se balançant en rythme avec leurs postérieurs parfaitement entretenus.
Elle sourit et fixa l'horizon au-delà de la mer. Si Matt était ici, ses yeux auraient été scotchés ! Les hommes – tous les hommes, venait-elle de réaliser – étaient aussi simples que des machines à sous. Mettez un jeton et ils avaient tous la même réaction. Il n'y avait pas un homme sur la planète – n'importe laquelle – qui n'aurait pas la même réaction face à un jeune corps parfait. Ce qui, supposa-t-elle, était la raison pour laquelle le colonel avait paru si odieusement content la nuit dernière, son bras drapé d'une façon protectrice autour des épaules jeunes et gracieuses de Laura Hartstone.
Non que Sam fut jalouse. Il pouvait sortir avec qui il voulait et elle serait heureuse pour lui. Mais elle ne pouvait s'empêcher de ressentir une petite envie face à la peau fraîche de jeune fille, ses épais cheveux et son enthousiasme juvénile. Elle avait eu ces choses-là autrefois et parfois regrettait leur passage. Elle n'avait jamais été vaniteuse – la vie était trop courte pour cela. Mais parfois, quand elle se regardait dans le miroir, elle regrettait cette jeunesse décliner alors qu'elle se dirigeait vers la quarantaine à une vitesse qui semblait impossible. Peut-être était-ce pour cela que le colonel était tombé amoureux de Laura ? Peut-être sa jeunesse était contagieuse et retenait le passage du temps un tout petit peu plus longtemps.
Ou ils étaient peut-être simplement amoureux.
Cette pensée broya désagréablement son cœur, la faisant grimacer. Mais elle ne s'arrêta pas pour examiner davantage cette sensation, tournant son regard vers la plage devant elle. Elle était déserte ici. Les hôtels avaient laissé place aux propriétés résidentielles, et soudain elle ressentit l'envie de s'immerger dans les vagues bleues, froides. Sam remonta la plage pour réserver une place pour sa serviette et son sac.
Enlevant son short elle retourna en gambadant vers les vagues et dans l'eau. C'était froid, mais les vagues étaient grosses et elle eut un grand sourire à la soudaine montée d'adrénaline comme elle plongeait à travers la première grosse vague pour éviter d'être rejetée sur la plage comme tant de débris. Elle laissa échapper un cri de joie involontaire lorsqu'elle refit surface, avant de plonger à nouveau sous la vague.
Pendant quelques instants, elle ne pensa à rien d'autre qu'à la mer et le chaud soleil de Floride. Et elle était heureuse.
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Armé seulement du New York Times et de deux cannettes de soda, Jack décida qu'il avait eu assez d'exercices pour aujourd'hui. Il pouvait entendre les bavardages assourdis de la terrasse d'un petit bar un peu plus loin sur la plage, mais pour le moment il préférait la solitude. Aussi il s'arrêta et se laissa tomber sur le sable chaud. Chaud, mais pas aussi chaud qu'à Abydos. Cette planète pouvait arracher la peau de vos membres si vous n'étiez pas prudent.
Le souvenir apporta des pensées mélancoliques de Skara et le mariage qui n'eut jamais lieu. Il se demanda si les êtres ayant fait l'ascension se mariaient, mais pour une raison ou une autre il en doutait. Ils avaient plus de bon sens. Chassant ces pensées, il ouvrit le journal pour lire les dernières folies du monde et se remonter le moral.
Mais le soleil était trop chaud et rapidement il prit un soda. Alors que la cannette s'ouvrait en sifflant, il leva les yeux et vit une silhouette émerger des vagues. Il sourit, enchanté de la vue, des jambes longues, souples et un corps qui paraissait puissant, beau et sain. Celle-ci n'était pas une de ces filles maigrichonnes, pensa-t-il comme la femme scrutait la plage, se demandant visiblement où elle avait laissé ses affaires.
Ce fut alors que Jack nota la serviette et le sac posés à quelques mètres de lui et son sourire s'agrandit. Non pas que reluquer les femmes sur la plage avait été son intention pour la journée, mais quand l'offre se présentait d'elle-même il n'allait pas refuser.
S'installant avec un soda dans une main, il fixa les vagues, comptant sur ses lunettes de soleil pour cacher ses yeux qui étaient en fait fixés sur la femme qui remontait la plage vers sa serviette. Il devait l'admettre, elle paraissait fantastique. Il y avait quelque chose dans sa silhouette qui laissait à penser que tout était parfait. S'il n'était pas si tôt dans la journée, il aurait pensé avoir eu un coup de soleil. Après tout, il n'y avait pas de raison pour qu'il ait une réaction aussi forte – pas avec Laura dans son lit la plupart des nuits, même si elle était légèrement du mauvais côté de la maigreur. Mais cette femme, qui remontait lentement la plage, se courbant parfois pour ramasser un coquillage ou deux, paraissait comme sortie d'un rêve. Ou même d'un souvenir. C'était comme si elle sortait de sa propre imagination, l'incarnation des plus ardents fantasmes de son esprit. Le soleil brillait sur ses cheveux blonds. Elle leva une main pour écarter ses boucles humides de son visage et elle—
NOM DE DIEU !
Il fut sur ses pieds avant que la pensée éclate violemment dans son esprit.
Carter.
C'était Sam-sapristi-Carter !
Il regarda autour de lui, désespéré de pouvoir fuir. Mais le vide de la plage le piégea. Il ne pouvait pas partir maintenant sans qu'elle le voie. Et de quoi cela aurait-il l'air ? Comme s'il avait été en train de l'observer et puis s'enfuyait de la scène du crime. Merde !
Résolument il tint sa position, faisant de son mieux pour ne pas noter exactement combien elle paraissait fantastique. Elle n'était plus rien pour lui, se rappela-t-il fermement. Et alors quoi, si chaque fantasme des onze années passées avait sous-estimé précisément combien elle était parfaite sous son uniforme ? C'était seulement physique. Il avait dépassé ça. Il avait Laura – elle était jeune et belle. Son corps réagissait peut-être à Sam Carter, mais son cœur lui était fermé.
Comme elle s'approchait de sa serviette, elle lui jeta un coup d'œil. Elle le reconnut instantanément et il vit sa bouche s'ouvrit un instant sous le choc avant qu'elle ne se baisse et récupère sa serviette, couvrant rapidement son corps. Merci mon Dieu.
Il lui sourit et se rapprocha d'un pas nonchalant, aussi sardonique qu'il le pouvait. « Eh bien, c'est une première. Jamais je n'aurais pensé que vous prendriez des vacances, Carter ».
Elle le regarda en clignant des yeux, cramponnant sa serviette sur sa poitrine. Non pas qu'il regardât sa poitrine. « Ces conférences sont assez ennuyeuses », dit-elle, sans un sourire. Aucun doute, elle était toujours fâchée de la soirée précédente. Bien. Il était toujours fâché des quatre dernières années.
« Je suis surpris que Mike arrive à vous détourner du SGC. Ou êtes-vous une petite femme dévouée qui fait ce qu'on lui a dit de faire ? »
« Wow », elle hocha la tête, le regard dur, « vous pouvez vraiment être un sacré connard, Jack ». En dépit de ses meilleures intentions, sa surprise avait dû se voir sur son visage, car elle continua avec un demi-sourire. « Vous n'êtes plus mon supérieur, vous vous rappelez ? Je peux vraiment dire ce que je pense ».
« C'était une plaisanterie », mentit-il. « Je vois que vous n'avez pas développé le sens de l'humour au cours de ces quatre années passées ».
Pendant un instant, ses yeux étincelèrent de colère, mais ils s'obscurcirent de tristesse lorsqu'elle les détourna. « Je crois que je n'ai pas trouvé cela amusant. Nous étions amis ».
Il grimaça, mais ne renonça pas. « Est-ce que c'est ce que nous étions ? » Elle ne dit rien et haussa les épaules. « Les choses changent ».
Acquiesçant, Sam saisit son sac et fouilla à l'intérieur pour prendre ses lunettes de soleil. Elle les mit avec un évident soulagement. Cachée. « Je suppose que je vous verrai au dîner, mons—Jack ».
« Je suppose », répondit-il, ne sachant pas s'il redoutait ou voulait qu'elle parte.
Avec un bref signe qui ressemblait tout à fait au Major Carter, elle se détourna et descendit à grands pas la plage vers l'hôtel. Il la laissa partir, mais regarda chaque pas, écoeuré par son propre désir de courir vers elle pour s'excuser.
//Elle n'est plus rien pour moi,// se rappela-t-il silencieusement. //Elle n'est plus rien pour moi.//
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