Disclaimer : Comme d'habitude, rien ne m'appartient ! SAUF : Sam Beckett, Lou Vidal et Rose Fitzwilliam, qui m'appartiennent totalement ;)

Paring : Harry/Draco (principalement)

Rated : MA (Lemon)

Rappel : Cette fanfiction contient des OC (personnages originaux), fait mention de violence physique et morale, eeeet joue un chouïa avec le déroulement de l'oeuvre canon. Ainsi, pour le bon déroulement de cette histoire : Severus Snape, Albus Dumbledore, Sirius Black et Remus Lupin ne sont pas morts ; Cho Chang et Katie Bell sont de la génération d'Harry ; Tout événement sinistre s'est terminé en sixième année ; J'ai pris une certaine liberté avec la composition des équipes de Quidditch.

Nombre de chapitres : 1 prologue, 34 chapitres et 1 épilogue.

Réponse à Guest :
Je vais très bien, merci, j'espère que toi aussi ! x) Les chapitres seront définitivement plus longs que le prologue, mais tu ne mettras très certainement pas 3h à les lire... Si je ne m'abuse, ils font aux alentours de 10 pages Word, un peu plus ou un peu moins, j'espère que ça te conviendra :)
En attendant, je te souhaite une bonne lecture, j'espère que ce premier chapitre te plaira !

Enjoy !

. . .


- Une mission pour la Nouvelle -

- Lundi 9 septembre -

Si on ne l'avait pas connu, on aurait pu à cet instant comparer Draco à une loque. Cette première journée l'avait usé. Complètement. Botanique l'avait ennuyé, Sortilège l'avait agacé, Potions l'avait fatigué… Défense l'avait achevé. Il ne s'était pas souvenu à quel point une journée à Poudlard pouvait se révéler si éreintante. Et ce, quoi qu'aient pu en penser ses amis à cet instant.

-Et Snape ! Renchérit Blaise qui s'exhalait avec Pansy de la journée passée. Merlin, il était en forme aujourd'hui ! Ils ont pris cher les Gryffons !

Et c'était vrai. Son parrain avait vraiment bien vécu la rentrée. Au point même de dire que les Rouge et Or cette année partiraient avec un déficit de points. Mais Draco n'arrivait pas à s'en satisfaire. Il n'avait pas pu lâcher Potter des yeux. A chaque cours commun, à chaque rencontre, dans les couloirs, même de loin. Il n'avait quasiment pas mangé au déjeuner tant il avait été occupé à le regarder, et que dire du dîner. Il allait finir par s'en pourrir la vie.

En réalité il voulait juste que ça s'arrête. Ça. Cette chaleur au fond de son ventre à la seule entente de sa voix. Il voulait recommencer à le haïr, c'était tellement plus simple. Ne pas se soucier de la portée de ses coups lors d'une bagarre, ne pas souffrir des insultes qu'il lui lançait, celles qui le blessaient jusqu'au fond de ses yeux si verts que Draco s'y perdait parfois. Se perdre dans le vert de ses yeux… Ça faisait tellement niais, tellement fleur-bleue. Tellement faible. Et puis c'était ridicule, pour ne rien gâcher. Jamais Draco n'aurait un jour imaginé tomber si bas. Il s'était persuadé, plus tôt avant l'été, que ce n'était qu'une passade, qu'il avait été usé, bousculé par les événements de leur sixième année. Celle qui aurait pu leur être fatale à tous. Mais non. Ils avaient survécu, les choses s'étaient calmées, l'été était passé… Et cette foutue sensation de chaleur était toujours là. Plus forte, plus puissante qu'avant. Parce qu'il ne risquait plus de s'attacher à un condamné, parce que Potter avait survécu, et que la joie que Draco en ressortait était telle… que parfois, rien que d'y penser, il pouvait oublier tout le reste et juste se sentir bien.

Et puis… Putain, qu'est-ce qu'il lui avait manqué. Deux mois, Merlin ! Deux foutus mois ! Sans compter les journées entières de juin que Potter avait passé au Ministère. Et les absences forcées de Draco pour « motifs familiaux ». Conneries. Evidemment que lui aussi en avait passé, des journées au Ministère. Et tout ce temps, il avait tenté de ne pas y penser. Peine perdue, oui… Potter avait pourri sa tête. Pourtant, tout ce que Draco voulait, c'était qu'il arrête. Qu'il le laisse tranquille. Qu'il cesse d'être à la base de ses joies, de ses peines, de sa rage et de la dépression qui ne tarderait plus si les choses demeuraient ainsi.

-Excuse-moi…

Et c'était qui, cette fille, là, qui le coupait dans sa neurasthénie. Blonde, plutôt petite… même le vert de ses yeux lui paraissait fade. Tout le contraire de Potter. Il l'en aurait insultée.

-T'es qui toi ? Attaqua-t-il. On se connaît ?

Elle parut blessée. Non… vexée. Tant pis pour elle. Elle n'avait qu'à le laisser s'enfoncer dans son dégoût de la vie. Elle tourna les talons et repartit sur un fauteuil de la salle commune, non loin, dont sans doute elle venait.

-T'aurais pu faire un effort.

Blaise avait arrêté de s'extasier sur leur journée de rentrée et le regardait d'un air blasé. Draco haussa un sourcil.

-C'est la nouvelle. Elle ne connaît rien ni personne à Poudlard.

Draco roula des yeux. Même Pansy le regardait avec ce genre de désapprobation dans les yeux. Il souffla. Si même eux commençaient à lui faire des reproches, autant qu'il aille se pendre tout de suite. D'ailleurs, il était fatigué, il allait monter se coucher. Il se leva.

-On t'a vexé ? Se moqua Blaise.

-Je suis vanné. On se voit demain.

Et sur un dernier sourire presque forcé, il regagna son dortoir. Dortoir bien vide en réalité, puisque seul Théo semblait s'y trouver. Draco balaya la pièce du regard.

-Où sont Vincent et Grégory ?

Théo releva les yeux sur lui, baissa son livre et se releva sur son lit en position assise. D'après le sourire qu'il arbora à cet instant, il allait se moquer de lui.

-C'est pas très étonnant.

Draco haussa un sourcil, vint s'asseoir sur son lit, lit voisin, et entreprit d'ôter ses chaussures.

-Il est à peine vingt heures. Qu'est-ce que tu fais là, Draco ?

Le jeune homme haussa les épaules. Qu'est-ce qu'il pouvait bien lui dire ? « Oh, je me meurs d'amour à petit feu pour Harry Potter, alors j'ai eu envie de me coucher tôt et de ne plus jamais me réveiller. Trois fois rien. ». A la place, il éluda :

-Et toi, pourquoi t'es déjà là ?

Théo releva à demi son livre et l'agita doucement. Eh ben oui. Il lisait, c'était évident. Draco desserra sa cravate. Retira sa chemise. Sur l'oreiller de son lit parfaitement préparé, le pyjama fourni par l'école. La veille ils n'avaient pas été encore donnés. Draco l'avisa un instant, septique.

-Ils l'ont changé ? Demanda-t-il à son ami.

-Ouais…

Draco prit l'uniforme de nuit entre ses mains. Le tissus était le même, mais il lui semblait que le vert était plus sombre que les années passées. L'insigne de sa maison était plus grand, aussi, un peu. Il soupira, blasé. De toute façon il n'allait pas plus le porter que les autres années. Il se leva, jeta le pyjama au fond de l'armoire où il resterait jusqu'en juin, et enfila un tee-shirt dans lequel personne ne l'aurait jamais imaginé. Personne en dehors de ces garçons qui partageaient son dortoir depuis leur entrée à Poudlard. Blanc, il flotta légèrement sur son ventre plat. Il retira puis déposa son pantalon sur la malle au bout de son lit, puis s'affala avec soulagement sur son matelas. Il entendit Théo rire près de lui et releva les yeux vers lui.

-Le grand repos du guerrier ? Fit son ami.

Draco sourit. Puis se mit sous ses couettes, presque pressé.

-Ris pas, cette journée m'a tué.

Mais il avait du sourire plein la voix et Théo l'entendit. Draco était heureux d'avoir des amis comme ça près de lui. Ça lui permettait au moins de se rappeler que la vie ne faisait pas que lui donner une famille corrompue ou des amours impossibles. Il avait aussi des amis uniques. Et ça, c'était quand même pas négligeable. Il ferma les yeux.

-Bonne nuit, Théo.

Il l'entendit répondre et se retourna sur le côté, ramenant ses jambes contre son torse et s'emmitouflant un peu plus dans ses couvertures. Il s'endormit plus vite que jamais.

.

- Mardi 10 septembre -

-Debout là-dedans, le jour se lève, il fait beau comme jamais !

Draco grogna. Blaise venait d'ouvrir les rideaux de son baldaquin mais il espérait toujours pouvoir réussir à garder les yeux fermés. Peine perdue, évidemment, puisque le basané claironnait dans leur dortoir ce refrain ridicule. Draco ouvrit les yeux, les releva vaguement vers la fenêtre. Il faisait gris. Sans doute même pleuvrait-il dans la journée. Blaise n'était qu'un abruti. Un abruti de bonne humeur, qui avait sans doute bien fait de le réveiller. Draco s'étira.

-Blaise.

-Draco ?

-La ferme.

Son ami rit de bon cœur et Draco se leva. Il alla jusqu'à la salle de bain, mit la main sur la porte.

-Oublie pas de te dépêcher, mon pote !

Draco lui fit un vague signe de tête en entrant dans la salle d'eau. Il se débarrassa de son tee-shirt, de son boxer, et se glissa sous la douche. L'eau le réveilla et il se frotta légèrement les yeux. Puis il lança un tempus. Il resta un instant devant l'heure qui s'afficha devant lui. Puis tout s'accéléra. Il se lava en presque moins d'une minute, sortit de la cabine de douche, se sécha en quatrième vitesse et déboula dans le dortoir pour s'habiller plus vite que jamais. Il nouait sa cravate lorsqu'il descendit dans sa salle commune.

-Alors, comment s'annonce cette merveilleuse journée ?

Il ne répondit d'abord à Blaise que par un regard noir.

-Tu aurais pu me dire qu'il était déjà presque huit heures.

Blaise rit, et Draco remarqua le petit sourire de Théo. Théo, ce traître qui ne l'avait pas prévenu. Blaise relativisa, comme quoi ce n'était pas si grave, qu'ils ne commençaient qu'à neuf heures, et que s'ils avaient eu cours à huit heures et demie il l'aurait réveillé plus tôt. Draco savait, bien sûr. Mais il aimait bien cette relation qu'ils avaient toujours eu, basé sur cette amitié forte et cette dangereuse confiance. Confiance qui se révélait précieuse dans les instants forts, mais avec laquelle ils se plaisaient à jouer. Pour le plaisir. Parce qu'il fallait bien rire, surtout avec le lourd passé qu'ils avaient déjà à leur âge. Draco se demanda si le béguin de Pansy pour lui avait survécu à l'été. Comme tout le reste. Il ne savait pas quelle réponse il préférait. De savoir qu'il serait plus tranquille, ou qu'elle non plus n'avait pas été gâtée par l'été. Les deux, sans doute, lui ferait chaud au cœur. Elle devait les attendre dans la Grande Salle. Il se demanda si elle avait quand même commencé à manger. C'était une question plutôt stupide, mais il n'eut même pas le temps de s'en rendre compte.

On le bouscula.

Lui, Draco Malfoy, fut bousculé, là, au milieu de ce couloir. Violemment, en plus. Un accident, peut-être, mais il sentait qu'il allait pulvériser celui qui venait de faire ça, et qu'il n'entendait toujours pas s'excuser à plat ventre. Il se retourna.

-Eh ! Héla-t-il. Tu sais pas à qui t'as à faire !

Ses amis s'arrêtèrent derrière lui, et la jeune fille se retourna. Pourtant il ne lut ni peur ni honte dans ses yeux. Seulement un profond désintérêt et un blasement insultant. Il la reconnut, c'était cette fille, cette nouvelle qu'il avait envoyé balader la veille. Elle allait très vite comprendre ses erreurs.

-Nan. T'es qui ?

Draco écarquilla les yeux, de stupeur. Comme ceux de Blaise, comme ceux de Théo. Comme ceux de tous ceux qui avaient entendu et qui n'osaient plus se faire remarquer.

-Qu'est-ce qu'il se passe, ici ?

Sam Beckett, préfète de Gryffondor, cassa l'instant de tension palpable. Certains se remirent à respirer. Sam était quelqu'un qui savait gérer les conflits. Et, parfois, elle était impartiale. Les deux pieds bien ancrés au sol, elle croisa ses bras sur sa poitrine et d'un bref mouvement de la tête dégagea les boucles brunes qui gênaient son front.

-Malfoy, tu causes déjà des ennuis ?

Draco se retourna vers elle, la bouche tordue de dégoût.

-Sérieusement, Beckett ? J'y suis absolument pour rien. C'est elle, qui m'a bousculé !

-Je connais ton extrémisme et ta mauvaise foi, Malfoy.

-Quoi ? Tu te moques de moi, là ?

Beckett était plus sérieuse que jamais. Elle croisa les bras sur sa poitrine.

-Pas le moins du monde. Maintenant tu passes ton chemin.

Draco serra les poings. C'était quoi, cette poisse, là ? Théo le fit avancer vers la Grande Salle. Beckett baissa les yeux sur Blaise qui la fixait.

-T'abuses, Beckett. Draco n'avait rien fait.

-La prochaine fois, fit-elle en s'avançant vers lui. Prend sa défense, Zabini.

Il eut un sourire mauvais.

-Je t'aurais même mené en Conseil si tu lui avais retiré des points.

-Cinq sur cinq, préfet

Ils soutinrent un instant encore le regard de l'autre et Blaise sourit. Il allait faire tout sauf rentrer dans son jeu. Il se retourna vers les curieux.

-Dispersez-vous ! Ordonna-t-il, puis il tourna les talons.

Sam le regarda partir. Lou vint à sa hauteur. Derrière elles, une voix les aurait presque fait sursauter. Une voix qui, en quelque sorte, cassa un peu l'ambiance, le climat instauré.

-Sérieusement… Vous avez que ça à faire ?

Elles se retournèrent et Sam eut un sourire que l'on aurait pu qualifier de stupide alors que Lou ne sembla seulement que fière d'elle. La préfète de Serdaigle secoua très doucement la tête, comme désabusée, son air rendit plus sérieux que jamais par ses longs cheveux noirs ramassés en tresse sur son épaule.

-Rose ! Mon amie ! Lança Sam alors.

-Retournez en cours.

Lou obéit, sur un dernier rire. Et Sam sourit devant le regard blasé de son amie en Bleu et Bronze.

-Toi aussi, reprit Rose.

-Moi j'ai cours à neuf heures, souligna Sam. C'est toi qui va finir par être en retard !

Mais le regard de Rose ne cilla pas, et elle répéta :

-Toi. Aussi.

Sam leva les yeux au ciel et, sur un dernier « Oui, Chef ! », déserta le couloir. Seulement alors Rose s'autorisa un sourire amusé. Ce qu'elles pouvaient être stupides…

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-Elle m'a fait quoi là, Beckett !

Draco refusait de lâcher l'affaire. Il avait passé les quatre heures de Défense Contre les Forces du Mal à maudire cette préfète de Rouge et Or à deux Gallions qui ne savait que le foutre en rogne. Aussi, Potter avait passé ces mêmes quatre heures à faire comme si Draco n'existait pas. Pas même un regard, pas même une insulte. C'était quoi, son problème ! Blaise tentait de le calmer, il lui disait de manger, comme quoi il aurait faim en Métamorphose sinon, qu'il le connaissait par cœur. Conneries. Il n'avait pas faim, il voulait juste se défouler. Contre n'importe quoi.

Il se leva.

-Je vous retrouve en cours.

Ses amis voulurent le retenir, mais il déserta la Grande Salle. Il avait les nerfs en feu. Si seulement c'était possible de mettre le feu à ses nerfs. L'air frais lui ferait du bien. Oui, voilà, il allait se calmer à l'extérieur. Il serait seul, dans la fraîcheur de l'Ecosse en fin d'été, et il irait rapidement mieux. Il suffisait qu'il ne pense pas à cette conne de Beckett et ses airs supérieurs, ni à ce crevard de Potter et ses yeux trop verts.

Il fallait simplement qu'il se vide l'esprit. Simplement… Oublier les cheveux bruns et le corps svelte, la démarche lente ou pressée, les mèches volantes dans le doux vent du parc et cet air totalement consterné de le voir.

-On s'isole, Malfoy ?

Evidemment, c'était tout de suite moins facile si Potter se pointait. Quelque chose se froissa dans son ventre. Lui, tout ce qu'il avait demandé, c'était d'oublier.

-Tu deviens dépressif ? C'est la rentrée qui te fait ça ?

Ses sarcasmes ne le remplissaient plus d'adrénaline ou du goût de la répartie. Ils le blessaient juste. Alors Draco le frappa. Au visage. Et il eut la sensation qu'on déchirait lentement l'intérieur de son ventre. Il eut sans doute même plus mal que Potter lui-même, qui se redressa bien vite pour frapper à son tour. C'était leur première altercation de l'année, et Draco trouva qu'elle avait un très désagréable goût d'amertume. Il aurait dû dire quelque chose, avant. Il aurait dû avoir la force de dire quelque chose. Ou alors aurait-il dû ne pas se laisser toucher par ses mots et s'en aller classieusement après deux ou trois insultes. C'était des choses qu'il avait su faire, pourtant. Autrefois. Il voulut frapper encore, mais n'en eut pas le courage. Et Potter frappa à sa place.

-Potter ! Malfoy !

Cette voix, Draco la connaissait. Aujourd'hui il était presque content de l'entendre. Parce qu'à l'inverse de son homologue à Gryffondor, Rose Fitzwilliam n'était d'aucun camp. Il avait cru comprendre que c'était une des nombreuses choses qui faisaient qu'elles se disputaient souvent, toutes les deux. Mais là, ce n'était pas important. Potter cessa ses coups, Draco se redressa. Il cracha, pour la forme, dans sa direction. Son visage devait refléter la haine, mais Potter ne fit que lui sourire. Un sourire… méprisant.

-Potter, je suis sûre que tu as d'autres choses à faire.

Il ne se le refit pas dire deux fois. Draco épousseta son uniforme. Tout pour ne pas relever les yeux sur la préfète de Serdaigle.

-Ça va, Malfoy ?

-Evidemment, fit-il, hautain.

Elle n'insista pas.

-Alors on se revoit en Métamorphose. Ne sois pas en retard.

Il fit un vague mouvement de tête. Elle s'en alla. Il fit quelques pas, pour voir s'il le pouvait toujours. Ce n'était pas des douleurs physiques, simplement… retenir ses larmes l'éreintait. Il s'arrêta, baissa les yeux. Comme si de pleurer tête basse pouvait le cacher au monde entier. Même à lui. Putain… Il n'aurait jamais cru que se battre contre Potter lui ferait si mal. De rage il ramassa la première pierre à portée et la jeta le plus loin qu'il put, hurlant sa colère. Cette colère sourde qui raisonnait en lui et de qui il était la seule cible. Il se laissa tomber dans l'herbe, en tailleur, les mains devant les yeux. Mains qui s'humidifièrent très vite. Il ne voulait pas… il ne voulait pas… ressentir ça… C'était trop… pas assez lui.

Il sursauta. Il était persuadé d'avoir entendu un bruit, non loin. Il essuya ses larmes, rapidement, et se releva, sortant doucement sa baguette de sa poche. Mais non, rien. Il soupira. Il devenait parano. Tant qu'il tenait sa baguette, il lança un tempus. Treize heures quarante. Il ferma les yeux, rangea sa baguette.

Vingt minutes. Il devait avoir le temps de retrouver les autres en salle commune juste avant qu'ils ne se mettent en route vers leur salle de Métamorphose. Il souffla un bon coup, histoire de se redonner contenance. Et essuya une dernière fois ses larmes. Sur son pouce, une légère trace de sang. Il roula des yeux. Voilà qu'il saignait du nez. Tant pis pour les autres, c'était aux toilettes qu'il passerait en premier. Pas question d'aller saluer Pomfresh pour si peu, mais hors de question de retourner auprès de ses amis ainsi. Il ne voulait pas de questions. Il ne voulait pas d'allusions à une quelconque rencontre. Il ne voulait pas qu'on lui parle de Potter. Pas maintenant. Et si possible, plus jamais.

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Il n'y avait eu pourtant absolument aucune raison de le provoquer. Ça avait été comme… viscéral. Et maintenant, Harry était énervé. C'était un peu ridicule, en un sens il s'était énervé tout seul. Il avait juste eu envie d'échanger avec lui quelques piques emplies d'acide. Il avait bien le droit, après tout, c'était même obligatoire pour des retrouvailles dans les règles. Mais non, il n'avait même pas essayé de l'emporter en répartie. C'était lui, qui avait frappé en premier. Harry n'avait jamais demandé à se battre. C'était cette Fouine bipolaire qui avait laissé sa foutue mauvaise humeur lui démonter la mâchoire.

Harry se massa vaguement les maxillaires. Ça faisait un mal de chien, mine de rien. Et cette Fitzwilliam, là… Elle aurait au moins pu laisser le temps à Malfoy de se défendre. Harry avait une désagréable sensation d'inachevé en travers de la gorge. Il tenta de se calmer. Cho n'allait pas apprécier s'il avait la tête ailleurs, comme ça.

Il tourna à droite, s'arrêta devant le tableau de la salle commune des Serdaigle.

-Pour entrer, réponds simp…

-Laisse tomber, dit Harry au heurtoir. Je ne compte pas entrer, tu peux garder ton énigme.

Il se sentait toujours aussi stupide, depuis tout ce temps, de devoir parler à un heurtoir. Un heurtoir en forme d'aigle, qui plus est. C'est-à-dire qu'il parlait à une tête d'aigle en fer forgé, accrochée à une porte. Normal.

-Je viens chercher Cho Chang.

La tête d'aigle parut vexée et grommela quelque chose qu'Harry ne saisit pas avant de faire passer le message à l'élève le plus près à l'intérieur. Ce fut Cho elle-même qui lui ouvrit. Elle lui sauta au cou, et l'embrassa longuement. Harry se répéta encore, et encore, et encore, qu'à partir de ce moment il était impératif qu'il ne pense plus à Malfoy. Il sourit à sa petite amie. Mais elle fronça les sourcils.

-Ça va, Harry ? Tu as l'air préoccupé…

Harry se maudit. Lui, mais surtout Malfoy, qui savait toujours le mettre dans des états qui inquiétaient ceux qu'il aimait. Il l'embrassa, doucement.

-Mais non, tout va bien. Je suis un peu en retard, j'étais à la volière.

Elle lui prit la main et se mit en route vers la salle de Métamorphose. Elle souriait, et Harry se dit qu'il aimait ce sourire. Bien plus que la haine sur le visage de Malfoy. Et que c'était sur ça qu'il devait se concentrer.

-Tu voulais voir Edwige ? Demanda sa petite amie.

Il sourit. Il trouvait adorable jusqu'à cette douce curiosité qu'elle lui vouait.

-Non, s'amusa-t-il. Remus avait besoin d'un service.

Elle serra doucement sa main. Elle était chaude dans la sienne, et Harry entreprit de se vider la tête. Il n'avait plus aucune raison d'être en colère. Il fit tout pour faire taire cette insupportable adrénaline dans le fond de son ventre qui le poussait à retourner se battre. Il n'avait pas besoin de ça.

Ils arrivèrent, et elle l'embrassa.

-Tu vas me manquer… Souffla-t-elle contre ses lèvres.

Au-dessus de son épaule, Harry remarqua Malfoy, là, contre un mur. Son baiser dut prendre un goût amer, parce que Cho se retourna vers le Serpentard.

-Ne fais pas attention à lui, Harry.

Il rebaissa les yeux vers elle, et sourit doucement. Elle avait raison, il ne fallait pas qu'il laisse Malfoy gâcher les instants qu'il partageait avec elle.

-On se retrouve en Sortilège ? Fit-elle.

-Bien sûr…

Elle sourit, et elle rentra à la suite des autres dans la classe du professeur McGonagall. Professeur qui salua Harry d'un signe de tête.

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Sortilège. Cho y retrouva Harry, Harry y retrouva Cho. Mais dans l'ensemble les Gryffondor retrouvèrent les Serdaigle, et vice versa. Sam Beckett, par exemple, s'était assise près de Rose Fitzwilliam, quelque part derrière. Elles ne parlaient pas vraiment, elles écoutaient surtout. Tout du moins, Rose écoutait, pendant que Sam griffonnait quelques vagues dessins sur le coin droit de son parchemin. Mais Rose se doutait bien que Sam ne devait pas s'être mise là pour rien, et elle ne put qu'attendre qu'elle se décide à briser ce silence ridicule installé entre elles. Ça ne tarda pas.

-Tout à l'heure… Entama la Gryffondor.

-Hm.

-Malfoy a pleuré.

Rose se tourna vers elle. Elle ne semblait ni surprise, ni… ni même rien du tout. Elle ouvrit la bouche pour parler, puis se ravisa. Puis parla finalement.

-Tu étais là ?

Sam leva les yeux au ciel avant de se faire sarcastique :

-Non, non, je suis passée maître dans l'art de la divination !

Sam n'avait jamais été « maître » dans l'art de quoi que ce soit qui s'apprenait entre les murs de l'école qu'était Poudlard. Rose parut blasée.

-T'aurais pu intervenir… Fit-elle remarquer.

Elle reprit ses prises de notes. Et puis, toujours concentrée sur sa plume, les yeux sur son parchemin, elle demanda :

-Quand tu dis « pleurer »…

-Ouais.

-Hm.

La Serdaigle, sans pour autant poser sa plume, releva le regard vers son homologue à Gryffondor.

-Il faudrait qu'on fasse quelque chose.

Cette constatation tira à Sam un sourire satisfait.

-Je savais que ça t'intéresserait… S'amusa-t-elle.

Le silence revint entre elles et la Serdaigle se remit à écrire. Et puis…

-Tu me fileras tes notes, hein ?

Rose ne fit que lever au ciel des yeux consternés.

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Lou marchait seule dans un couloir plutôt désert. A vrai dire, elle commençait à se demander si elle ne s'était pas perdue. Ce serait quand même franchement ridicule, de se perdre dans une école. Même grande. Même très grande. Elle prit à gauche. La veille elle avait pourtant trouvé son dortoir super facilement… Elle soupira. La chance du débutant. Elle prit à droite. Les escaliers face à elle descendaient. Ça semblait plutôt logique, pour des cachots. Elle prit par là.

Et si elle se perdait vraiment ? Et si elle mourait de déshydratation ? Ou de folie ? Et si jamais personne ne retrouvait son corps en décomposition dans les dédales de l'école ? Ce serait… glauque. Quoiqu'intéressant, pour une future légende. Le spectre perdu. Ça sonnait plutôt bien.

-Lou.

Elle sursauta. Merlin ! Elle venait de frôler la crise cardiaque ! Devant elle, deux élèves aux uniformes respectivement Serdaigle et Gryffondor. Elle soupira de soulagement.

-Plus jamais ça… Leur dit-elle.

-Tu te souviens de ce type que tu as humilié ce matin ? Demanda Sam en faisant fi de sa peur bleue.

Lou se redressa, épousseta son uniforme pour la forme. Bien sûr qu'elle se souvenait de ce petit con prétentieux, arrogant et péteux, qui l'avait dénigrée pas plus tard que la veille et qui devait sans nulle doute avoir l'habitude de voir se prosterner devant lui larbins et groupies.

-Evidemment.

-Bien.

Les deux autres ne rajoutèrent rien, mais leur petit sourire fit froncer les sourcils de la Serpentard. Et puis finalement, elle comprit ce qui les amusait tant. Et ça tenait en quelques mots. Quelques mots que Rose se délecta à prononcer :

-Il faudrait que tu deviennes son amie.

A suivre...


Et voilà pour le vrai premier morceau ! Evidemment si vous avez un avis, je serais ravie de l'entendre :)

J'espère que ça vous donne envie de lire la suite, en tout cas ! Et dans ce cas, publication du chapitre 2 mercredi prochain (18/11/15), sans faute :3

A très vite !
Chip.